La Conférence internationale de la presse francophone (CIPREF) est appelée à devenir une plateforme d’échanges constructifs et un cadre promotionnel du journalisme francophone. Les participants à sa 1ère édition, tenue récemment à l’université Berthe et Jean de Libreville sous le thème « L’IA et son impact sur les médias », se sont engagés à pérenniser la CIPREF et à faire de l’IA un usage maîtrisé et responsable tout en gardant à l’esprit les droits et devoirs qui incombent au journaliste dans l’exercice de son métier.
Venus d’Afrique, des Antilles, du Canada, de France, d’Italie et de Roumanie, 150 professionnels de la presse, experts en IA, universitaires et acteurs engagés dans la transformation numérique du paysage médiatique francophone, ont échangé et fait des proposition concrètes pour œuvrer aux avancées du journalisme à l’ère de l’IA.
Les enjeux, opportunités et défis liés à l’intégration de l’intelligence artificielle dans les médias ont mobilisé les participants autour des thèmes suivants :
- IA et journalisme en Afrique.
- IA, nouvel acteur de l’information : menace ou opportunité pour le journalisme francophone ?
- Éthique, véracité et transparence : comment maintenir la confiance du public à l’ère des contenus automatisés.
- Initiation du journaliste aux outils de l’IA : rédaction assistée, veille intelligente et fact-checking automatisé.
- Détection des deepfakes et lutte contre la désinformation numérique.
- Le journalisme de demain : nouvelles compétences, nouveaux métiers, nouveaux horizons.
- IA, médias et démocratie en Afrique : autonomie, pouvoir et modèles économiques pour la presse francophone.
Le choix de la CIPREF
Selon le président du comité d’organisation de la CIPREF et journaliste gabonais Désiré Éname, « L’IA transforme déjà la production de l’information, sa diffusion, sa consommation et, parfois même, sa crédibilité. Néanmoins, « l’IA peut être une opportunité formidable comme elle peut présenter un risque majeur. »
« Face aux mutations profondes et à la technologie qui avance à une vitesse que nul ne peut ignorer, nous avons fait le choix de ne pas subir mais de penser, d’anticiper et de construire… de mobiliser la presse francophone autour d’un nouvel idéal, de créer un espace de dialogue, de réflexion et d’action, et de fédérer nos énergies au-delà des frontières, des cultures et des rédactions », a déclaré le patron du journal gabonais en ligne Échos du Nord.
Au-delà, Désiré Éname a édifié les participants sur la création de la CIPREF consécutive au retrait du Bureau international de l’Union de la presse francophone (UPF) de l’organisation des Assises de la presse francophone au Gabon. « La CIPREF n’est pas née d’un simple calendrier institutionnel mais de la nécessité de réfléchir autrement, de se rassembler autrement et, surtout, d’ouvrir un nouvel horizon pour la presse francophone », a martelé le journaliste.
Photo CIPREF
Désiré Ename. Président du comité d’organisation de la CIPREF
Renforcer les capacités des professionnels des médias
D’autres allocutions, y compris celles du ministre gabonais de la Communication et des Médias, ont souligné l’importance du thème de la conférence et réaffirmé l’engagement des pays en faveur du renforcement des capacités des professionnels des médias face aux mutations technologiques.
Reconnaissant les opportunités considérables qu’offre l’IA telles que « l’amélioration de l’accès à l’information, l’accélération du traitement des données et la diversification des formats éditoriaux », Germain Biahodjow a estimé que « l’IA peut être un levier de modernisation, de compétitivité et de rayonnement. »
Néanmoins, a dit le ministre, « L’IA pose des défis d’éthique majeurs, de fiabilité des contenus, de transparence des sources, de protection des données et de respect de la dignité humaine. Si l’avenir des médias ne doit pas être pensé sans l’intelligence artificielle, il ne peut être construit sans l’éthique, la responsabilité et l’humain. »
Pour la mairesse de Ntoum, Zéphirine Etotowa Ntountoume, « On ne peut accepter que l’IA devienne un substitut à la conscience humaine, à l’éthique journalistique et à la responsabilité éditoriale. Elle doit rester au service de l’homme et non l’inverse. Elle a lancé un appel à la responsabilité des collectivités territoriales qui ont un rôle essentiel à jouer auprès des populations. Le processus inclut l’appui à la formation, à l’innovation responsable, à l’usage de l’IA respectueux des valeurs humaines et des cultures locales.
« En tant qu’institution de l’enseignement supérieur, l’Université internationale Berthe et Jean, croit fermement que la formation, la recherche et l’innovation doivent accompagner les transformations numériques afin qu’elles servent le progrès humain et le développement durable de nos sociétés », a déclaré le représentant de la présidente-fondatrice de l’université, Marie-Madeleine Mborantso.
Ulrich Kamwa a formulé le vœu que les échanges des assises de Libreville « soient riches et porteurs de recommandations concrètes pour l’avenir de la presse francophone à l’ère de l’intelligence artificielle. »
Photo « Vivre »
Zéphirine E. Ntountoume – Mairesse de Ntoum. Germain Biahodjow – Ministre de la Communication.
Dr Ulrich Kamwa – Université Berthe Et Jean
Vers la tenue de la 2ème édition de la CIPREF
Ouverte le 21 janvier, la première édition de la CIPREF s’est achevée le 23 janvier avec l’adoption du Rapport général de la conférence et la Déclaration de Libreville. La Déclaration réaffirme l’engagement inébranlable des participants à l’éthique, à la déontologie, aux principes universels de la liberté de la presse, de la liberté d’expression et du droit à l’information. La CIPREF projette également de se réunir annuellement dans le cadre de journées scientifiques centrées sur les problématiques touchant à l’écosystème médiatique mondial, et de mettre en place un comité chargé de rédiger les textes fondamentaux de la CIPREF.
Représentant le ministre de la Communication et des Médias à l’issue de la conférence, l’Administrateur directeur général de l’Agence gabonaise de presse (AGP), Hermine Otounga Souna, a salué la qualité des travaux et la pertinence de leurs conclusions : « La CIPREF témoigne d’une responsabilité collective sur l’intelligence artificielle. Elle a permis de créer une entité pour continuer d’avancer et réfléchir sur les problèmes de l’intelligence artificielle. L’utilisation responsable de l’IA constitue un nouvel acteur de l’information. »