Journalistes Seniors

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Flavienne L. Issembè

MALADIES CARDIO-VASCULAIRES

La flambée des addictions dans la population gabonaise laisse entrevoir une augmentation des affections cardio-vasculaires, notamment chez les jeunes et les femmes qui s’y adonnent de plus en plus. Dr Christelle P. Akagha Kondé, cardiologue à l’Institut des maladies infectieuses Professeur Daniel Gahouma d’Owendo, dresse un état des lieux qui appelle à agir au plus vite. « Vivre » – Dr Akagha Kondé, quelles sont les maladies cardio-vasculaires causées par l’alcool, le tabac et la drogue, et comment affectent-elles le bien-être ? Dr Akagha Kondé – Les maladies cardio-vasculaires désignent, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un ensemble de pathologies touchant le système cardio-vasculaire, constitué du cœur et des vaisseaux sanguins. Elles représentent la première cause de décès et de handicap dans le monde. Le système cardio-vasculaire sert à alimenter l’ensemble des organes du corps humain. En cas d’atteinte de l’un de ces deux éléments, il y aura, par exemple, des répercussions sur : La qualité de vie de la personne concernée s’en trouvera ainsi altérée. Docteur Akagha Kondé, comment le tabac, l’alcool et la drogue affectent-ils la santé cardio-vasculaire ? Au nombre des facteurs de risque comportementaux des maladies cardio-vasculaires figurent une mauvaise alimentation, le manque d’exercice physique, la consommation de tabac et l’usage nocif de l’alcool. Il est démontré par la communauté scientifique, et malheureusement pas bien perçu par les populations, que le tabagisme est un facteur de risque cardio-vasculaire majeur. Le tabagisme entraîne la formation de plaques d’athérome à l’intérieur des artères. Ces plaques vont rétrécir voire boucher complètement les artères. En fonction de la région concernée, il se produira une atteinte de différents organes : au niveau du cerveau, il y a l’accident vasculaire cérébral (AVC) et au niveau du cœur, l’infarctus du myocarde, pour ne citer que ces deux-là. Les effets néfastes du tabac sur la santé sont présents quelle que soit la dose. Ils sont plus importants en fonction de la quantité et la durée du tabagisme, qui peut être actif (concernant le fumeur lui-même) ou passif (concernant celui qui vit dans un environnement de fumeurs). D’où l’importance de la création d’espaces non-fumeurs dans les lieux publics. S’il est clair que la consommation de tabac est nocive pour la santé, la consommation modérée d’alcool a longtemps été considérée comme saine. Des études récentes n’ont pas pu démontrer les facteurs de protection de celle-ci. Cet avis médical sur le rôle protecteur de l’alcool tend à disparaître. Une consommation excessive d’alcool augmente la pression artérielle et la fréquence cardiaque. L’alcool favorise le surpoids et le stockage des graisses au niveau de l’abdomen, tous deux facteurs de risque cardio-vasculaire. La drogue, pour sa part, augmente le risque de troubles du rythme cardiaque : le cœur va battre de façon irrégulière et rapide. Un malaise qui sera bien perçu par la personne. Quelles sont les maladies cardio-vasculaires liées à la consommation d’alcool, de tabac et de drogue ? Comme nous l’avons dit plus haut, toutes ces addictions peuvent être à l’origine des maladies cardio-vasculaires, notamment au niveau : La flambée de ces addictions dans la population gabonaise en général et chez les jeunes en particulier laisse envisager une augmentation des maladies cardio-vasculaires chez les jeunes et les femmes qui s’y adonnent de plus en plus. Combien de patients souffrant de maladies cardio-vasculaires liées à l’alcool, au tabac et à la drogue recevez-vous par mois et quelle est l’ampleur des dégâts causés par ces substances, en particulier chez les populations pauvres ? L’alcool est incriminé dans près de 44,7 % des accidents vasculaires cérébraux hémorragiques reçus au Centre hospitalier universitaire de Libreville. Nous suivons de nombreux patients atteints de cardiopathie et présentant une addiction, surtout à l’alcool. La caractéristique principale est le retard de consultation, ces patients arrivant à un stade très évolué de la maladie. Mais en l’état actuel des choses, nous ne disposons pas de statistiques locales nous permettant d’attribuer à l’alcool ou à la drogue l’origine d’une atteinte cardiaque. C’est l’occasion pour nous de susciter ce type d’études. Quelles sont les raisons que vos patients avancent pour expliquer leur addiction ? Pour expliquer leur addiction, certains évoquent le chômage et la pauvreté. Pour d’autres il s’agit simplement d’une habitude qu’ils ont acquise depuis leur jeune âge et dont ils ont du mal à se défaire. La poursuite de l’information et de l’éducation des populations sur les dangers de ces addictions à l’hôpital, à travers les médias et par le biais des associations, pourrait contribuer à modifier le mode de vie de ces personnes. Comment accompagnez-vous les patients atteints de maladies cardio-vasculaires liées aux addictions ? D’une manière générale, nous sensibilisons les patients et discutons avec eux de la nécessité de se défaire de ces addictions. Nous les orientons vers les personnes qui peuvent leur apporter un soutien. Nous collaborons avec les psychologues et les psychiatres dans ce sens. Il est vrai que dans notre milieu, les patients ont une idée négative de la consultation de psychologie. Notre travail consiste dans un premier temps à leur faire comprendre et accepter l’utilité de cette démarche. La santé cardio-vasculaire rime avec l’hygiène de vie. Quels conseils donnez-vous à vos patients et au public en général en matière d’hygiène de vie ? L’hygiène de vie désigne le choix fait par une personne de respecter certaines pratiques qui visent à préserver ou à favoriser la santé. Dans ce domaine, nous conseillons à nos patients et à la population en général d’arrêter le tabac, de ne pas prendre de drogue et d’éviter l’usage nocif de l’alcool. Nous suggérons également de réduire la quantité de sel dans l’alimentation, de manger beaucoup de légumes et suffisamment de fruits, de poisson, de boire suffisamment d’eau de pratiquer une activité physique régulière (si possible, faire au moins 30 minutes de marche rapide chaque jour) et d’éviter les sodas. Il est tout aussi important de trouver du temps pour un sommeil réparateur. Toutes ces mesures aideront à réduire le risque de maladies cardio-vasculaires. Comment travaillez-vous avec vos patients pour qu’ils adoptent un mode de vie sain ? Le MALADIES CARDIO-VASCULAIRES

« NON À LA PEINE DE MORT »

La peine de mort peut-elle ou non revenir au Gabon ? Selon Me. Francis Aubame, la peine capitale n’est pas la solution. Avec des exemples précis, l’expert en droit public démonte l’irréparable, l’irréversible qui peut, en cas d’erreur judiciaire condamnent des innocents à la mort. Il serait dommage, dit-il, de revenir à la peine de mort qui a été abolie officiellement en 2010 au profit de la condamnation des coupables à la prison à perpétuité.  Me. Francis Aubame – Je suis contre la peine de mort. Je suis contre pour une simple et bonne raison, par Humanité. Vous savez, quand on arrive à la peine de mort, quand des hommes transgressent la loi jusqu’à supprimer la vie de quelqu’un, la société a échoué quelque part. La société ne peut pas se comporter avec la loi du talion. La société d’aujourd’hui ne peut pas se comporter avec le code d’Hamourabi. Prenons le cas des États-Unis où les états du sud appliquent la peine de mort et où les états du nord-est, qui ne l’appliquent pas, enregistrent moins de criminalité. Même si, de manière globale, la criminalité a baissé aux États-Unis, son efficacité n’est pas prouvée. Toutes les études sérieuses montrent qu’elle n’est ni prouvée ni efficace. Alors, que faire ? Il faut faire la prévention. Je prends l’exemple des crimes rituels dans notre pays sur la base desquels le sujet sur la peine de mort est revenu suite au décès d’une jeune enfant. Le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel, lors des vœux au président de la République, a relancé le débat. Je ne sais pas si le Conseil économique, social, environnemental et culturel en avait discuté au préalable. Son président venait fraîchement d’être nommé. Il arrive avec une proposition. Je ne sais pas s’il y a vraiment eu un débat. Du point de vue de la méthode, il faut dire que ça interroge. Alors oui, émotionnellement c’est difficile. Mais est-ce la solution ? De manière générale, si vous observez les crimes rituels, on trouve rarement les coupables. Un petit exécutant est sacrifié et ça s’arrête là. Le président Omar Bongo disait que le Gabon est un pays de verre. De l’intérieur, on voit ce qui se passe à l’extérieur. De l’extérieur, on voit ce qui se passe à l’intérieur. Mais nous savons que les OPJ, Officiers de police judiciaire, arrivent à savoir qui sont les commanditaires. Mais ça s’arrête aux exécutants. J’ai entendu le président Oligui dire que si la peine de mort est appliquée, elle s’appliquera aux exécutants et aux commanditaires. Mais les commanditaires sont connus. Il manque simplement la volonté politique de les appréhender. Mais pour autant, faut-il la peine de mort ? « Vivre » – Me. Aubame, que préconisez-vous ? Il faut organiser la sécurité dans un pays. Il faut organiser le bien-être. Prenons les pays du nord de l’Europe (Norvège, Suède, etc..). Il y a moins de criminalité parce que les problèmes sociaux sont assez bien réglés. Réglons nos problèmes pour qu’il n’y ait pas de dérive, pour qu’il n’y ait pas de violence. Organisons la société de manière conséquente de sorte que je ne puisse pas aller faire le désordre à gauche pour revenir me camoufler à droite. Autre exemple : aux États-Unis, depuis la réintroduction des cold case, des dossiers qui étaient totalement classés et fermés, grâce aux nouvelles technologies et à l’ADN, etc.., des condamnés qui étaient dans le couloir de la mort ont été libérés parce qu’ils ont été reconnus non coupables. Mais, si la peine de mort avait été exécutée, des innocents seraient partis. C’est un problème qu’il est impossible de réparer. Dès que la personne est morte, le problème est irréversible. La justice peut se tromper, par contre la mort est irréversible. Le Gabon ne peut donc pas revenir à la peine de mort ? Non, mais tout est possible. Revenir à la peine de mort serait vraiment dommage. C’est un recul. Il faut mettre l’accent sur d’autres questions parce que rien ne prouve que la peine de mort agît sur le comportement des hommes pour arrêter la criminalité. Quelles sont les questions profondes que soulève la peine de mort ? Le jugement n’est pas infaillible. Dès qu’on a tué le condamné, la peine de mort est irréversible et le risque d’exécuter des innocents est une réalité. Enfin, dans un monde qui se veut humain, à l’instar des grandes civilisations où l’être humain, où la vie est sacrée, on ne tue pas. Il n’y a pas de loi du talion, il n’y a pas de vengeance d’État contre les criminels au point de les tuer. Il y a des solutions alternatives, incompressibles, telle que la réorganisation de la société pour faire baisser la criminalité. Si je vis bien, je ne vais pas aller voler et tuer mon voisin, et le voisin ne fera pas de même. Qu’est ce qui a motivé l’adoption de la loi sur l’abolition de la peine de mort au Gabon ? En réalité, je crois que le Gabon n’a fait que se conformer à ce qui était devenu une évidence. La peine de mort n’était plus appliquée depuis de très longues années. Elle était dans les textes, mais on ne l’appliquait plus. Le président Omar Bongo, qui à l’époque avait décidé, sous la pression d’ailleurs de la communauté Mpongwè, d’arrêter. Je pense que c’est le chef Ambaye, si ma mémoire est bonne, qui est parti le voir et lui a dit que tuer les gens au bord de mer devenait un spectacle hideux qu’il fallait arrêter. Aujourd’hui, on fait des crimes soi-disant rituels, mais ce n’est pas vraiment dans nos traditions. Le chef Ambaye estimait que la peine de mort salissait le pays sur le plan spirituel. Le président Bongo n’a plus jamais appliqué la peine de mort et en 2009, il s’est conformé à une décision qui avait été prise depuis longtemps. Comment avez-vous accueilli la proposition d’organiser un référendum sur la peine de mort ? « C’est de la distraction. Je pense que le président lit tous les discours avant de répondre. il savait que la question serait posée. S’il a proposé le référendum, c’est qu’il y pense. Je suppose, mais ce n’est pas une bonne chose. Si on fait un référendum, le vif va l’emporter. Oui, le « NON À LA PEINE DE MORT »

C’EST UNE ATTEINTE À LA LIBERTÉ D’EXPRESSION

« J’ai accueilli avec stupéfaction l’annonce de la suspension des réseaux sociaux. Une telle décision, aussi brutale et aussi vaste, touche l’ensemble des réseaux sociaux dans notre pays, porte atteinte, à tout le moins, à la liberté d’expression qui est une liberté garantie par la Constitution, notamment en son article 14. Il s’agit également d’une liberté garantie par les conventions que nous avons signées, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ainsi que la Charte africaine des droits de l’Homme, sans oublier le Code de la Communication en son article 3. Évidemment, tout principe comporte des exceptions. Au nom de la sécurité et de l’ordre public, des dispositions peuvent être prises. Cependant, ces dispositions doivent être adoptées dans le respect des formes légales. La Haute Autorité de la Communication (HAC) avait-elle le pouvoir de prendre une telle décision ? Je dis d’emblée non. La HAC n’a pas le pouvoir de prendre une décision générale de suspension. » « Vivre » – Pourquoi ? « Ce n’est pas dans ses prérogatives. Il faut identifier les personnes qui sont des contrevenants aux dispositions légales. Le Code de la Communication est là : la responsabilité est personnelle. Voyez-vous, certains Gabonais, ou certaines personnes enfreignent la loi, et au final, tout le monde est considéré comme coupable. Or, la responsabilité est personnelle, elle ne se partage pas. Pourquoi devrais-je subir les conséquences des fautes de quelqu’un d’autre ? » L’État ne peut pas se comporter de cette manière, et je crois que la décision est davantage politique que juridique. Il faut respecter les procédures juridiques. La HAC ne peut pas, par un simple communiqué, suspendre une liberté dont les Gabonais jouissent en vertu de la Constitution. Un simple communiqué… Je pense que c’est extrêmement grave. Si la HAC devait avoir le pouvoir de suspendre, même pour un temps limité, cela devrait se faire par une décision constituant un véritable acte juridique, et non par un acte administratif qui n’est qu’une forme de communication destinée à informer. La HAC s’est engagée dans une voie de fait. Une voie de fait, parce qu’elle suspend une liberté alors que les opérateurs et les autres relais ne disposent pas de l’instrument juridique leur permettant de procéder à cette suspension. Je crois que le gouvernement fait trop dans l’improvisation et dans le déni des droits. Nous avions pensé que le 30 août 2023 allait constituer une véritable rupture qui rendrait non seulement la dignité aux Gabonais, mais qui garantirait aussi le respect de leurs droits. Respecter les droits, c’est quoi ? C’est respecter les procédures. Les procédures nous garantissent que nous sommes gouvernés par des autorités qui prennent le soin, avant toute décision ou au cours de celle-ci, de garantir nos droits. Or, les droits des internautes ne sont pas garantis. De même, les droits des opérateurs économiques ne le sont pas, car il existe toute une dimension économique : aujourd’hui, nombre de personnes travaillent grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Qu’en est-il pour elles ? Elles sont pénalisées parce que trois, dix, quinze ou vingt personnes inondent les réseaux sociaux d’insanités. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problème sur les réseaux sociaux. L’État a raison de constater qu’il en existe. Nous voyons des individus proférer des propos tribalistes, cherchant à diviser les Gabonais de manière décomplexée. Cependant, pour certains, ces propos sont tolérés parce qu’ils sont proches du pouvoir, alors que pour d’autres, ils ne le sont pas. Prenons des exemples précis : le fameux « nganga national », qui s’est mis à accuser une province de monopoliser les postes au ministère des Finances, s’est retrouvé en prison, mais d’autres personnes tenant les mêmes propos à l’égard d’autres communautés restent tranquilles. On avance parfois le prétexte qu’elles ne sont pas sur le territoire national, mais l’État devrait montrer sa volonté d’arrêter ce genre de personnes. Nous avons des accords et des conventions judiciaires avec la France, par exemple. Quelles sont les commissions rogatoires qui ont été mises en place pour, au moins, démontrer cette volonté d’agir ? Vous constatez qu’il existe deux poids, deux mesures. La décision de la HAC enfreint le principe constitutionnel appliqué par la Cour constitutionnelle gabonaise : le principe de proportionnalité. C’est à dire ? La décision est disproportionnée. Elle doit s’attaquer uniquement à ce qui est nécessaire. Or, le nécessaire, ce sont les personnes ayant enfreint la loi qui doivent être visées. Ce n’est pas facile, mais il faut le faire. Il faut s’organiser pour y parvenir. À présent, on nous parle d’un prochain forum sur les réseaux sociaux. Très bien, mais ce ne sera qu’un forum de plus. Vous savez, en droit parlementaire, on dit que lorsqu’on veut noyer un sujet, on l’envoie en commission. C’est la même logique ici : on veut noyer le sujet en créant un forum qui ne produira rien de plus. Avons-nous les capacités de régler ce problème ? Oui, il existe un arsenal juridique. Que dit la loi ? L’arsenal juridique comprend des sanctions administratives que l’autorité compétente peut appliquer de manière ciblée, des sanctions pécuniaires ainsi que des sanctions pénales. Les textes sont là. D’une part, nous avons le Code de la Communication, qui a une partie sur le numérique. Nous avons également la loi sur la cybercriminalité, la cybersécurité, puisque c’est le fond du problème, ainsi que les dispositions du Code pénal. Maintenant, il faut pouvoir traquer les gens qui se mettent en mal par rapport à la loi. Tout dernièrement, j’ai écouté un monsieur qui proférait des propos extrêmement graves (menaces de mort, soit spirituelles, soit physiques) sur qui serait contre le président Oligui. Cette personne est clairement identifiée, mais elle s’exprime. Et rien ne se passe. Ce n’est pas la première fois que cette personne s’exprime de cette manière. Que cherchons-nous ? La loi n’est pas le problème. Le dispositif légal est là, mais il manque un certain nombre d’obligations légales. Tant que les coupables sont proches du pouvoir, on ne fait rien. Mais quand ils ne sont pas proches du pouvoir, on les arrête. C’est ce que C’EST UNE ATTEINTE À LA LIBERTÉ D’EXPRESSION

TOP FM FACE À L’ANNONCE DE LA HAC

TOP FM nous ouvre ses portes. Roselyne Békalè, journaliste et responsable de la Rédaction, nous reçoit dans le studio situé au premier niveau de la radio numérique. Créée il y a six ans par son président directeur général, Jean-Romain Fanguinoveny, TOP FM, à l’instar de l’ensemble des médias, est toujours aussi consternée par l’annonce de la Haute Autorité de la Communication (HAC) de suspendre les réseaux sociaux, et attend impatiemment que cette mesure soit levée au nom de la liberté d’expression et d’informer. Levons le voile sur notre entretien avec Roselyne Békalè. « Vivre » – Madame Bekale, de quand date votre passion pour le journalisme ?   Roselyne Bekale – Mon parcours journalistique s’est construit autour de ma passion pour l’information et la communication. Au fil des années, j’ai développé une expérience dans la collecte, le traitement et la diffusion de l’information, notamment à travers la production de contenus journalistiques et la couverture de l’actualité nationale. Aujourd’hui, j’exerce en tant que journaliste et responsable de la Rédaction au sein de Top FM. Mon rôle consiste notamment à coordonner le travail de la Rédaction, superviser la production des contenus éditoriaux et veiller à la qualité de l’information diffusée sur nos antennes. Sous la direction de Monsieur Jean Romain Fanguinoveny, Président Directeur Général de top FM qui ne ménage aucun effort pour hisser Top FM parmi les meilleures Radios de la place. L’environnement professionnel est à la fois dynamique et exigeant.  Nous travaillons dans un esprit d’équipe, avec pour objectif de proposer aux auditeurs des informations fiables, équilibrées et accessibles. La Radio étant un média de proximité, nous accordons également une grande importance aux préoccupations des populations et à la couverture de l’actualité nationale et internationale.  Parlez-nous à présent de top FM et sa place dans le paysage médiatique gabonais et son rapport aux réseaux sociaux Top FM occupe une place importante dans le paysage médiatique gabonais. C’est une radio qui contribue à la diversité de l’offre radiophonique en proposant des programmes variés, allant de l’information au divertissement. Comme d’autres radios privées, elle participe à la pluralité des voix et à l’animation du débat public. Par ailleurs, Top FM a compris l’importance du numérique : les réseaux sociaux lui permettent de toucher un public plus large, d’interagir directement avec les auditeurs et de prolonger l’expérience radio au-delà des ondes.  En votre qualité de journaliste, quelle est l’importance que revêtent les réseaux sociaux pour le métier que vous exercez ?  En tant que journaliste, les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place importante dans notre métier. Ils constituent d’abord un outil d’accès rapide à l’information et permettent de suivre l’actualité en temps réel, d’identifier des tendances ou encore de repérer des témoignages et des sources potentielles. Ils sont également un moyen efficace de diffusion de l’information, car ils permettent aux médias de toucher un public plus large et plus diversifié, notamment les jeunes qui consomment de plus en plus l’actualité via les plateformes numériques.  Cependant, l’utilisation des réseaux sociaux exige beaucoup de vigilance. Ils sont aussi un espace où circulent de nombreuses fausses informations. Le rôle du journaliste reste donc essentiel : vérifier, regrouper les sources et apporter une information fiable et contextualisée. En somme, les réseaux sociaux sont un outil précieux pour notre travail, mais ils ne remplacent pas les principes fondamentaux du journalisme que sont la rigueur, la vérification et la responsabilité.  Comment avez-vous accueilli la décision de la HAC de suspendre les réseaux sociaux ?  La décision de la HAC de suspendre les réseaux sociaux a suscité beaucoup de réactions, notamment dans le milieu des médias. En tant que journaliste, je l’ai accueillie avec un mélange de compréhension et de préoccupation. Compréhension, parce que les autorités peuvent vouloir prévenir la propagation de fausses informations ou préserver l’ordre public dans certains contextes. Ma préoccupation tient au fait que les réseaux sociaux sont aujourd’hui des outils essentiels pour la circulation de l’information, l’interaction avec le public et la diffusion rapide de l’actualité. Cette suspension a donc un impact direct sur notre travail, notamment en matière de collecte d’informations, de visibilité des contenus et de relation avec l’audience. Elle nous oblige à nous adapter et à renforcer l’usage des canaux traditionnels tout en restant vigilants sur la question de l’accès à l’information.  Quelle est votre interprétation de la décision de la HAC ?  La décision de la Haute Autorité de la Communication peut être interprétée comme une mesure visant à encadrer l’espace médiatique et à réguler l’utilisation des plateformes numériques. En tant que journaliste, je comprends que la HAC agit dans le cadre de ses prérogatives pour préserver l’ordre public et lutter contre les dérives informationnelles. Toutefois, cette décision soulève également des questions sur l’impact qu’elle peut avoir sur la circulation de l’information et sur le travail des professionnels des médias, notamment dans un contexte où les réseaux sociaux sont devenus des outils importants pour informer rapidement le public. Il est donc essentiel de trouver un équilibre entre la régulation nécessaire et la préservation de la liberté d’informer car la suspension des réseaux sociaux limite la rapidité avec laquelle nous pouvons partager certaines informations et réduit l’accès direct de nos auditeurs à nos contenus en ligne. Cependant, malgré ces contraintes, la Rédaction de Top FM continue d’assurer sa mission d’information à travers ses canaux traditionnels, notamment l’antenne Radio, tout en s’adaptant au contexte actuel. Nous restons mobilisés et attachée à sa mission première : informer le public avec professionnalisme, rigueur et responsabilité. Nous continuons à nous adapter et à exercer notre métier dans le respect des règles en vigueur, tout en restant fidèles aux principes du journalisme. Pour terminer, que souhaiteriez-vous dire au public et aux autorités gabonaises ?  Au public gabonais, je voudrais dire merci pour la confiance qu’il accorde aux médias.  Nous travaillons chaque jour pour lui fournir des informations fiables, vérifiées et utiles à la société. Son soutien est essentiel pour encourager un journalisme responsable et professionnel. Aux autorités gabonaises, nous souhaitons rappeler l’importance de la liberté d’informer et de l’accès aux outils de communication, notamment les réseaux TOP FM FACE À L’ANNONCE DE LA HAC

ALERTE AU SUICIDE

Le pire, l’irréparable peut arriver plus souvent qu’on ne l’imagine et au moment où on s’y attend le moins. Si le phénomène est rare au Gabon, il n’en demeure pas moins que les cas de suicide qui se produisent dans notre pays interrogent sur les racines du mal.  Un mal-être, un malaise profond, une crise existentielle mine le vécu de bon nombre de nationaux, en particulier les jeunes. Une fissure de plus. Une fissure de trop. Souvenez-vous du cas de cette étudiante qui, une fois son diplôme en poche, est restée des années durant au chômage. Ne pouvant plus vivre dans la précarité, elle a mis fin à ses jours. En cette année 2026, en mars, un lycéen en classe de première s’est donné la mort en se jetant de la passerelle du Lycée Léon Mba à Libreville « pour avoir été accusé à tort d’une faute qu’il n’avait pas commise.» Déception amoureuse, harcèlement à l’école ou en ligne, problèmes familiaux ou professionnels figurent au nombre des causes qui conduisent au suicide. Désespérées, fragilisées et souvent incomprises, les victimes s’isolent et s’enferment sur elles-mêmes. Un malaise profond Le mal-être des jeunes est profond. Ceux qui font l’objet d’une attention et d’un appui familial soutenus ont plus de chance de s’en sortir que d’autres qui n’hésiteront pas à franchir la ligne rouge et à s’adonner à des pratiques malsaines y compris la consommation de drogue et d’alcool, la prostitution, le vol, la violence ou le crime. L’univers des réseaux sociaux qui, rappelons-le, présente des avantages mais aussi des risques tel que l’addiction, nuit, si l’on n’y prend garde, à la santé mentale. Les jeunes sont d’autant plus vulnérables qu’ils vivent dans une société où les valeurs essentielles à leur épanouissement s’amenuisent comme peau de chagrin. Ces valeurs, inscrites dans l’article 9 de la Constitution nationale de 2024, incluent, entre autres : À ces valeurs s’ajoutent les droits et devoirs de chacun. Au chapitre des droits, en ses articles 11-12, la Constitution dispose respectivement : S’agissant des devoirs, la Constitution dispose en son article 35 : « La protection de la jeunesse contre l’exploitation et contre l’abandon moral, intellectuel et physique, est une obligation pour l’État et les autres collectivités publiques. » Les jalons posés au cours des trois dernières années dans le domaine de l’amélioration de la sécurité dans l’environnement scolaire gagneraient à s’inscrire de manière effective dans les faits. L’objectif est de prévenir et de lutter contre les drames qui gangrènent et mettent en danger la jeunesse gabonaise. La santé mentale et physique des enfants doit faire l’objet d’un suivi permanent des parents, des établissements scolaires, du secteur de la santé et de l’État. Le dialogue étant une arme puissante, tout un chacun devrait en user pour aider les jeunes à s’ouvrir et échapper au suicide. Mieux vaut prévenir que guérir.

LES FAITS PARLENT D’EUX-MÊMES

En ces temps de mal mal-être et de repli sur soi face à un environnement inégalitaire, marginalisant et profitable à une petite minorité, les faits parlent d’eux-mêmes. La fissure sociale s’accentue avec, à la clé, la cherté de la vie, la grève des enseignants, les coupures d’eau et d’électricité, la crise du logement et la menace suicidaire. Loin de cicatriser, le mal plombe la dignité des Gabonais.es économiquement faibles, gangrène les relations interpersonnelles et attise la méfiance des gouvernés vis-à-vis des gouvernants. Le Peuple se demande si le pouvoir en place est à l’écoute de ses revendications, de ses besoins réels, qui ne sont ni plus ni moins que ceux d’hommes et de femmes qui aspirent à une vie meilleure basée sur le respect, le bien-être, la sécurité économique pour exister à l’abri de la précarité, de la maladie, du chômage, de l’exclusion.  Tant que notre pays n’aura pas atteint le niveau de développement durable requis, accessible et profitable à tous, le fossé entre riches et pauvres continuera de s’élargir. Les maux qui minent notre pays sont autant d’injustices qu’aucun Peuple, quel qu’il soit, ne devrait subir.  Répondre aux attentes de la population Au nom du respect des droits humains, des actes concrets s’imposent aux fins d’aider la majorité des Gabonais.es à reprendre le cours normal de leur vie. Le projet de société du chef de l’État offre un cadre approprié pour l’action à travers six piliers dont les 3 premiers sont ancrés dans :

JEANNE CLARISSE DILABA

Le parcours de Jeanne Clarisse Dilaba est parsemé de pépites. Ambitieuse, courageuse et humaniste, cette Gabonaise de l’Estuaire et de la Ngounie esr une fervente militante contre les discriminations et les violences faites aux personnes vulnérables. Fondatrice de l’ONG Femme Lève-toi (OFLT), du Mouvement Jeunesse Lève-Toi et de la Coopérative MognuGuButambe « La Vie Provient de la Terre », elle est depuis février 2022, coordinatrice nationale du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC). « Vivre » : Madame Dilaba, Qu’est au juste le REDHAC et quelle en est la mission ? Jeanne C. Dilaba – Le REDHAC a été créé en avril 2007 par les délégués des organisations de défense et de promotion des droits de l’homme de huit pays d’Afrique centrale. J’ai cité le Cameroun, la Guinée Equatoriale, le Gabon, la République du Congo, la République démocratique du Congo, la République Centrafricaine, Sao-Tomé et Principe et le Tchad. Le REDHAC est donc une organisation sous-régionale, apolitique et à but non lucratif. La mission de notre réseau est de coordonner et structurer toutes les organisations des défenseurs(es) des droits de l’homme, de faire des plaidoyers afin que l’Etat tienne les engagements régionaux et internationaux en matière de respect et de promotion des droits humains, et de contextualiser la loi type du REDHAC. Ce texte est un modèle de loi que chaque pays doit adapter à son contexte national. Il a été adopté en vue d’assurer la protection et la sécurité des défenseurs(es) des droits de l’homme par le renforcement de leurs capacités dans l’exercice de leurs activités. Qui sont les défenseurs (es) des droits humains et quels sont les risques auxquels ils/elles sont exposés (ées) ? Jeanne C. Dilaba – Les défenseurs (es) des droits humains sont issus de toutes les couches sociales et professionnelles sans considération de classe, de sexe, de race ou de religion. Ce sont, par exemple, les activistes, les défenseurs (es) des minorités et des groupes vulnérables, les journalistes, les migrants. Pour en venir au deuxième volet de votre question, les défenseurs des droits humains encourent des risques majeurs en protégeant et en défendant les autres au point qu’ils en oublient leur propre sécurité. Ces risques se traduisent notamment par des actes d’intimidation, de harcèlement, de violence et des arrestations. Etes-vous une victime ? Jeanne C. Dilaba – Non. Je n’ai été victime d’aucune de ces situations de la part des autorités gabonaises, mais de certains camarades de la société civile depuis que je suis à la tête de la Coalition du Réseau des défenseurs des droits humains d’Afrique centrale. Quelles sont les mesures qui s’imposent pour garantir la sécurité des défenseurs des droits humains ? Jeanne C. Dilaba – A mon avis, les mesures qui s’imposent pour garantir la sécurité des défenseurs des droits humains sont d’ordre politique et juridique. Sur le plan politique, le contexte est, hélas, caractérisé par un déficit démocratique dû à la faiblesse des institutions. Dans le domaine juridique, si de nombreux textes ont été pris en vue d’assurer la protection des défenseurs des droits humains, il convient cependant de relever que malgré tout cet arsenal, les violences et les violations des droits persistent à l’encontre des défenseurs des droits humains. Dans notre situation il n’y a aucune loi de promotion et de protection des défenseurs des droits humains. Quel est le programme d’action du REDHAC et les moyens dont l’ONG dispose pour l’exécuter ? Jeanne C. Dilaba – Nous œuvrons à l’organisation d’ateliers avec des personnes ressources pour la contextualisation de la loi type que nous espérons obtenir avant les élections présidentielles. Elle nous sera extrêmement utile pour le combat que nous menons en faveur de la promotion des droits humains, de la protection et de la défense des prisonniers politiques et tous ceux qui sont arrêtés arbitrairement. S’agissant des moyens, les premiers dont nous disposons sont Dieu et les mécanismes africains et onusiens des droits de l’homme. Le travail est laborieux. Au vu du fonctionnement de notre pays, aussi petit soit-il, du manque d’unité des défenseurs des droits de l’homme, des pesanteurs administratives, des lobbies et de la Commission nationale des droits de l’homme, nous ne pouvons compter que sur la détermination des collaborateurs et la Providence. Madame, que souhaiteriez-vous dire pour clore ce chapitre sur le REDHAC ? Jeanne C. Dilaba – « Nous protéger, c’est sécuriser nos droits. »En disant ces mots qui sont inscrits dans le Manuel du REDHAC sur la protection et la sécurité des défenseurs (es) des droits humains, je plaide haut et fort pour la réduction de l’iniquité, de l’injustice et des discriminations. En ma qualité de coordinatrice nationale du REDHAC, j’exhorte les défenseurs des droits humains, où qu’ils se trouvent, à se mettre en réseau avec d’autres défenseurs. L’objectif est de renforcer la lutte contre la violation des droits humains et, partant, de veiller à la sécurité des personnes qui ont à cœur de les défendre et protéger. Le chemin est long, mais la lumière est au bout du tunnel. Votre détermination ne date pas d’aujourd’hui. En 1997, j’ai créé l’Association des femmes délaissées afin d’aider les femmes qui n’avaient pas de soutien à trouver leur place dans la société, y compris dans le monde du travail. Mais le sigle AFD ne nous a pas aidées à évoluer. Le 27 septembre 2014, nous l’avons changé et appelé ONG Femme Lève-Toi (OFLT). Nous luttons contre toutes les formes de discrimination et de violences à l’endroit des personnes vulnérables. Nous menons des actions en faveur de nos cibles qui sont les familles de personnes vivant avec un handicap, les jeunes désœuvrés et apatrides, clés victimes des violences basées sur le genre et les personnes âgées. Quel est l’objectif de l’OFLT ? L’objectif est d’aider ses membres à connaître leurs droits et à en jouir, de les éduquer, de les former et de les accompagner dans le domaine de la création d’activités génératrices de revenus pour leur autonomisation. L’OFLT compte près de 200 adhérents dont une moitié est active et l’autre pas pour des raisons multiples. Celles-ci sont essentiellement liées à la culture associative, à la réticence, voire à la JEANNE CLARISSE DILABA

VALEURS ET PRIMAUTE DES DROITS HUMAINS

Au-delà de l’éclairage du Pr Télésphore Ondo, « Vivre » s’est intéressé à l’article premier de la Constitution nationale dont l’intégralité est publiée à la fin de cette édition. Le texte, qui s’affiche sous le titre préliminaire de la loi fondamentale, dispose : « La République gabonaise reconnaît et garantit les droits inviolables et imprescriptibles de l’homme qui lient obligatoirement les pouvoirs publics. » Dans un entretien exclusif, le président de la Commission nationale des droits de l’homme, Me Bertrand Homa Moussavou, nous livre son interprétation de l’article 1 er de la Constitution, des valeurs et de la primauté des droits humains. Me Homa Moussavou – « L’article premier est annonciateur de la garantie des droits de l’homme. Il évoque les droits naturels et rejoint les préoccupations de la justice qui sont de rappeler que les droits de l’homme sont imprescriptibles parce qu’ils sont intemporels. Ils sont éternels. Ce sont les deux définitions de l’inaliénabilité et de l’imprescriptibilité. De la primauté donnée aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, l’article premier en vient aux institutions qui sont chargées de faire respecter les droits de l’homme. Les droits de l’homme sont les colonnes, les fondamentaux de notre Constitution. Néanmoins, aux principes et droits fondamentaux on aurait pu ajouter les devoirs. Ceci dit, la Constitution est le lieu de rencontre des valeurs sociales et culturelles qui, je le précise sont évoquées dans son le préambule de la Constitution. Elles ont, dès lors, valeur constitutionnelle et c’est une bonne chose. Elles forment un bloc. Elles sont le fondement de la nation Gabonaise. Elles font de notre société ce qu’elle est, et de l’identité que nous sommes ce que nous sommes. S’agissant des valeurs de dignité, liberté, égalité, elles sont les sentinelles de notre vivre-ensemble. En matière de droits de l’homme, il est bon qu’on les énumère, les exerce et les respecte. La liberté, l’égalité, la dignité sont des droits humains fondamentaux que l’exécutif, le législatif et le judiciaire se doivent de respecter. Comment interprétez-vous les six premiers alinéas de l’article 1er ? Me Homa Moussavou – Les trois premiers alinéas évoquent les droits auxquels personne ne peut déroger. Prenons le cas de la torture : il est interdit de torturer, de faire subir à un être humain des traitements inhumains et dégradants. Il est même rappelé en droit international des droits de l’homme, notamment la Convention sur l’interdiction de la torture de 1984, qu’il est interdit lorsque vous avez voté, ratifié ce texte, de torturer et qu’aucune réserve n’est admise en la matière dès l’instant où l’on a signé et ratifié la Convention. Ce texte s’impose aux Etats qui l’ont ratifié. D’autres droits, dits de la première génération, sont énoncés aux alinéas 4-5-6. Il s’agit des libertés civiles et politiques qui ont donné le Pacte des droits civils et politiques du 16 décembre 1966. Ces libertés se basent, respectivement, sur : les droits de la défense en cas de procès doivent être garantis à tous; le droit à l’inviolabilité du secret de la correspondance, des communications postales, télégraphiques, téléphoniques et télématiques peut être levé qu’en application de la loi, pour des raisons d’ordre public et de sécurité de l’Etat ; les limites de l’usage de l’informatique pour sauvegarder l’homme, l’intimité personnelle et familiale des personnes, et le plein exercice de leurs droits, sont fixées par la loi. Que révèlent les alinéas 7 à 9 et les alinéas 10 à 12 ? Me Homa Moussavou – Les droits de la deuxième génération, encore appelés droits sociaux, ont donné lieu au Pacte des droits sociaux, économiques et culturels. Ce sont les droits au travail, à l’emploi, à l’éducation, à la santé, au logement, pour n’en citer que quelques-uns. Ils requièrent la volonté politique. Pour cela, ils obligent l’Etat à s’engager. Les Etats ont, par rapport à ces droits, une obligation positive. Ils doivent faire montre d’un dynamisme, d’une volonté clairement affirmée pour que ces droits puissent exister et être effectifs. Qui assure et garantit l’emploi ? C’est l’Etat. Qui garantit les droits à l’éducation ? C’est l’Etat. Qui donne le droit à l’instruction ? C’est l’Etat. Qui garantit le droit à la santé ? C’est l’Etat. L’Etat décide du quand on travaille et du quand on se repose. Les conditions du droit à la propriété énoncées aux alinéas 10, 11 et 12 sont régies par la loi. Chacun doit prendre conscience qu’il ne doit pas abuser de ce droit et qu’il ne doit pas créer des troubles sous peine d’être poursuivi. De même, si l’Etat expulse le propriétaire, il doit l’indemniser. Si l’Etat crée une route dans une zone d’habitation, il doit indemniser les propriétaires. Avant d’en venir aux alinéas 13 à 15, clôturons le chapitre sur les droits sociaux Me Homa Moussavou – Les droits sociaux énoncés par ailleurs aux alinéas 16-17-18-19 sont notamment les droits aux soins, à l’éducation, à l’instruction et à la laïcité, et les devoirs qui en découlent. L’éducation exige un budget de l’Etat. Le droit à l’éducation doit être assuré par l’Etat et les familles. Le droit à l’instruction est du ressort de l’Etat. La protection de la jeunesse énoncée à l’alinéa 17  est adossée à une politique publique. Comment protéger les jeunes s’ils se sentent abandonnés, s’ils n’ont pas d’aires de jeu ? Il faut mettre en place tous les moyens, toutes les conditions favorables à l’épanouissement des jeunes. il faut garantir leur sécurité en milieu scolaire en les protégeant notamment de la violence. A cet égard, il est de la responsabilité de l’Etat de créer, entre autres, des espaces pour les jeunes. De la laïcité énoncée à l’alinéa 19.  Le Gabon est un pays laïc. Aucune religion ne doit être au-dessus d’une autre. L’école publique doit être gratuite. L’Etat doit réguler les conditions de création des établissements scolaires. S’agissant de l’instruction religieuse, le règlement fixe les détails, la Constitution jette les bases. Quels sont les droits énoncés aux alinéas 13 à 15 ? Me Homa Moussavou – l’alinéa 13 sur la laïcité  s’intéresse à la question de savoir « comment les associations peuvent s’implanter et préserver l’intégrité morale des individus ». Il est rappelé ici que si les droits collectifs existent, VALEURS ET PRIMAUTE DES DROITS HUMAINS

CONSTITUTION ET EFFECTIVITE

La Constitution nationale joue un rôle indéniable dans nos vies et celle de la Nation. Elle définit et organise les institutions de l’Etat, et garantit les droits et libertés fondamentales de la personne humaine. Pour autant, sa suprématie est-elle toujours garantie ? Nous vous invitons à le découvrir à travers l’éclairage du Pr Télésphore Ondo, maître de conférences en droit public à la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université Omar Bongo et directeur du Centre de recherches et d’études constitutionnelles, administratives, parlementaires, politiques et internationales (CRECAPPI). «Vivre» – Professeur Télésphore Ondo, qu’est-ce que la Constitution nationale et que représente-t-elle pour la nation gabonaise ? Pr Télésphore Ondo – Le mot « Constitution » peut revêtir plusieurs sens. Toutefois, la définition juridique renvoie à une double conception de la Constitution : au sens matériel et au sens formel. Au sens matériel, on peut la définir à partir de son objet, de sa matière, sa substance ou son contenu. On parle alors de Constitution matérielle. La Constitution est considérée ici comme l’acte fondateur d’une société politique donnée. Mieux, elle est l’acte juridique précis qui définit le statut de l’Etat, c’est-à-dire qui soumet l’exercice du pouvoir à un cadre juridique précis pour le choix des gouvernants, pour l’organisation et le fonctionnement des différentes institutions, pour les rapports entre ces institutions, enfin pour les rapports entre les citoyens et l’Etat. Tous les Etats ont une Constitution matérielle, quels que soient leurs régimes politiques. Au sens formel, la Constitution se définit par sa forme et son mode d’élaboration. Seules les règles adoptées selon une procédure particulière sont constitutionnelles. Cette conception distingue les règles constitutionnelles des autres règles juridiques. En cela, elle place la Constitution au sommet de la hiérarchie des normes et exige des procédures de révision plus complexes et contraignantes que celles applicables aux lois ordinaires. «Vivre» – Quels sont le rôle et le pouvoir de la Constitution nationale ? Pr Télésphore Ondo – La Constitution n'a pas pour unique objet de déterminer la forme de l’État, d’organiser les institutions et de déterminer les règles de production des normes. La Constitution est un acte fondateur par lequel une société se constitue une identité et décide de l’ordre sociétal voulu. En particulier, elle consacre des droits et libertés fondamentaux et définit les modalités de leur protection. C’est la charte des valeurs libérales des sociétés démocratiques. En définitive, la Constitution se présente comme un acte de limitation des pouvoirs ainsi que l’exprime l’article 16 de la Déclaration française de 1789  sur les droits de l’homme et du citoyen qui prévoit que « toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ». Toutefois, ce rôle de la Constitution se trouve dénaturé aujourd’hui à cause de la fréquence des révisions constitutionnelles, tantôt instrumentalisées par le pouvoir en place ; tantôt déstabilisées par la banalisation des révisions en dépit de la rigidité affichée ; ou encore menacées de l’intérieur par un contenu crisogène et conflictogène; voire concurrencée par des accords politiques à la portée juridique discutable. Cette délégitimation du sens commun des Constitutions est réelle. Du pouvoir de la Constitution : La Constitution a : Un pouvoir (normatif) de contrainte et de soumission des pouvoirs publics et des personnes privées ; Un pouvoir qui institutionnalise la négociation, le consensus ; Un pouvoir qui incarne le pacte social fondateur, assis sur des valeurs et principes communs ; Un pouvoir de garant d’un équilibre juste et harmonieux des partenaires politiques et sociaux ; Un pouvoir de règlement pacifique des conflits ou de pacification des rapports politiques et sociaux ; Un pouvoir symbolique et juridique car elle justifie la fondation d’un Etat. L’établissement et la révision de la Constitution   obéissent à des règles particulières et protectrices. Quelle est la place des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la Constitution nationale ? Pr Télésphore Ondo – Les droits de l’homme et les libertés fondamentales occupent une place de choix dans la Constitution gabonaise. Car, dès le préambule de la Constitution, le peuple gabonais « affirme solennellement son attachement aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales » tels qu’ils résultent de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, consacrés par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1981 et par la Charte nationale des libertés de 1990. De plus, la Constitution prévoit un titre préliminaire intitulé « Des principes et des droits fondamentaux ». Enfin, l’article premier, qui consacre plusieurs droits fondamentaux, précise préalablement que : « La République gabonaise reconnaît et garantit les droits inviolables et imprescriptibles de l’homme, qui lient obligatoirement les pouvoirs publics. » Comment la Constitution nationale garantit-elle les droits de l’homme et les libertés fondamentales ? Pr Télésphore Ondo – La Constitution nationale prévoit plusieurs outils de garantie : Le pouvoir judiciaire, gardien de la liberté individuelle (article 1 er et 23 in fine) ; La Cour constitutionnelle garantit les droits fondamentaux de la personne humaine et les libertés publiques (article 83 in fine) ; Le Parlement, en votant la loi et en contrôlant l’action du gouvernement, participe largement à la garantie des droits de l’homme. Quelle est l’effectivité de la mise en œuvre des droits de l’homme et des libertés fondamentales au Gabon ? Pr Télésphore Ondo – Le bilan est mitigé quant à l’effectivité de la mise en œuvre des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Plusieurs facteurs justifient ce bilan : La méconnaissance des droits et procédures par les citoyens et même certains professionnels du droit. Le manque de volonté des organes compétents (absence de contrôle). La corruption de certaines institutions, notamment de la justice. La politisation du pouvoir judiciaire. La servitude volontaire des juges ou l’autocensure. Votre mot de la fin ? Pr Télésphore Ondo – La Constitution gabonaise reste largement importée et inaccessible aux citoyens, notamment de l’intérieur. Pour la rendre plus légitime et facilement applicable, il faudrait : La rédiger ou modifier selon des processus inclusifs, participatifs et ouverts ; D’introduire les mécanismes fondant l’identité gabonaise ; La traduire en langues gabonaises ; Décréter une journée de la Constitution et CONSTITUTION ET EFFECTIVITE

SOS PRISONNIERS

Le sort et les conditions de détention des prisonniers en République gabonaise demeurent une source de préoccupation majeure pour les  détenu.es, les familles et les défenseur.es des droits humains. La prison centrale de Libreville, construite en 1956 pour accueillir une population de 300 à 500 détenu.es, en compte actuellement plus de 3500. Le surpeuplement, les mauvaises conditions d’hygiène et la propagation des maladies sont le lot quotidien de ses occupants. En 2020, le défenseur des droits humains Lionel Ella Engonga crée l’Association SOS Prisonniers dans le but de promouvoir, protéger et défendre les droits des détenu.es. Il plaide pour la construction de prisons adaptées aux normes et respectueuses des droits de la personne. L’ouverture d’enquêtes sur les conditions de détention et les cas de torture des prisonniers est également au coeur de ses priorités.