YANGA

Une vie. Un combat

La légende raconte qu’il est né prince. Fils d’un roi gabonais d’ethnie punu dont le royaume était à cheval sur les provinces de la Nyanga et de la Ngounié actuelles, Yanga voit le jour dans la région du vaste royaume du Congo le 15 mai 1545, vingt-six ans après le début de la traite négrière sur le continent africain. Comme bien d’autres hommes, femmes et enfants noirs valides et en bonne santé, il est arraché à sa famille et embarqué manu militari dans un navire négrier. Direction : les Amériques.

Parqués tel du bétail dans des soutes insalubres infectées de rats et de cafards, où règne une chaleur étouffante, nombreux meurent de déshydratation ou de malnutrition. Certains se donnent la mort. Les survivants sont exposés, en un lieu appelé la « Grand-Place aux esclaves » ou le marché aux esclaves. Là, les propriétaires terriens blancs s’empressent d’enchérir afin d’acquérir « les plus beaux spécimens » pour leurs plantations. Pour ces « nègres », c’est la fin du voyage et le début d’une vie de servitude.

Les manuels scolaires ne mentionnent pas que de nombreux « captifs (ves) » ont refusé de courber l’échine, se sont rebiffés et rebellés. Parmi eux, Yanga alias Nyanga, le gabonais déporté au Mexique. Vendu comme esclave dans la Nouvelle-Espagne (actuel Mexique), il est alors baptisé Gaspar Yanga. A l’époque, les esclaves doivent porter un prénom chrétien. Il est affecté dans une plantation de canne à sucre dans la ville de Veracruz, dont la capitale d’Etat est Xalapa.

Ne pouvant supporter davantage d’être un sous-fifre, lui, né prince sur la terre de ses ancêtres, nourrit et fomente sa rébellion. Il se fait la malle avec quelques compagnons d’infortune et se réfugie dans les chaînes de montagnes inaccessibles du Coffre de Perote et le Citlaltétépetl (ou Pic d’Orizaba) où il installe son quartier général. Là, il devient le porte-parole et le bras armé de la résistance des esclaves noirs originaires d’Afrique appelés « marrons » (c’est-à-dire les sauvages) et découvre, dans cet environnement isolé et hostile, d’autres « marrons » ayant fui, comme lui, le joug de l’esclavage.

Certains survivent clandestinement en colonies organisées, à l’abri des oppresseurs, tandis que d’autres se fondent parmi les peuples autochtones, qui, eux aussi, refusent depuis toujours de se soumettre au colon esclavagiste. Yanga les rallie tous et fait d’eux une armée. Ne pouvant se rendre dans les villes voisines occupées par les Espagnols et voulant garder le secret, le chef des rebelles et ses acolytes usent de ruse pour ne pas mourir de faim et de soif.

Pour se ravitailler en produits de première nécessité, ils pillent les caravanes transportant des marchandises. Ces deniers sévissent particulièrement sur la route royale, une voie commerciale reliant le Veracruz et Mexico. Les pertes pour l’occupant colonial sont considérables. Exaspérés, les commerçants et les colons unissent leurs efforts pour localiser les pillards dont les têtes sont mises à prix. Sans succès. Les rebelles volent et pillent pendant trente ans avec une audace et une efficacité redoutables. Durant cette période, Yanga et ses hommes s’arment et s’entraînent au combat. Le prince punu se remémore alors les rudes entraînements des valeureux guerriers de son père, puis il enseigne cet « art indigène » de la guerre à ses hommes. Informés, d’autres esclaves en fuite le rejoignent. Le temps passe. Son armée s’agrandit, s’équipe et se perfectionne.

Discréditée par les commerçants et les industriels, l’administration coloniale espagnole locale supplie la capitale de lancer une opération de grande envergure dont la mission prioritaire est la capture de Gaspar Yanga. En 1609, le gouvernement colonial espagnol y répond : 600 soldats suréquipés, avec à leur tête le capitaine Pedro Gonzàlez de Herrera, sont dépêchés. Si le régiment est impressionnant par le nombre, en réalité, il n’est constitué, aux trois quarts, que de volontaires inexpérimentés et fraîchement enrôlés sous le prétexte du service militaire. Des « bras cassés » aux côtés d’une petite centaine de soldats professionnels aguerris.

Entre les rebelles et les soldats, la bataille s’engage. En raison de son grand âge, Yanga élabore une stratégie et confie la tête de ses troupes à l’esclave d’origine angolaise Francisco de la Matosa, un de ses bras droits. Les affrontements sont nombreux et violents. Yanga en sort vainqueur. A chaque défaite, le gouvernement envoie de nouveaux soldats et les combats reprennent de plus belle. Une pluie de fer et de feu s’abat sur les insurgés qui n’abdiquent pas. C’est le statuquo.

Lors d’une accalmie, Yanga propose la libération d’un soldat espagnol capturé par ses hommes en échange d’une cohabitation. Pour toute réponse, les Espagnols font à nouveau parler la poudre. Une énième bataille, la plus sanglante, fait de nombreuses victimes dans les deux camps. Malgré les morts et les habitations incendiées, le résistant et son armée survivent à « l’enfer », déterminés à rester libres.

Las de ce conflit sans fin, les Espagnols reconsidèrent son offre quatre ans plus tard. L’armistice est signé entre les deux belligérants et, en 1618, l’accord est officialisé. En 1630, la ville de San Lorenzo de Negros de Cerralvo se développe et devient une petite agglomération désormais appelée Yanga. Trois siècles plus tard, en 1932, la municipalité est créée sous le nom de Yanga. Le 22 novembre 1956, la ville du même nom est officiellement reconnue. Elle compte 17 896 habitants jusqu’en 2015.

Une statue de Gaspar Yanga, premier libérateur des Amériques, y est érigée en 1970 en l’honneur du vaillant combattant de la liberté et des droits humains. Le prince, autrefois déchu par le colon esclavagiste qui le priva de sa royauté, est finalement couronné roi sur les terres de son oppresseur ! Le 10 août de chaque année, un carnaval y est organisé pour célébrer la victoire des Marrons sur les Espagnols.


Lambert J. Youngou

MEMBRES DE L’ÉQUIPE
 

Fondatrice – Directrice

 

Flavienne Louise Issembè

 

Journalistes seniors

 

Yvette Bivigou

Martial Idundu

Flavienne Louise Issembè

 

Collaborateurs et Collaboratrices

 

Annie Mapangou

Eric Ozwald

Florène Okome Pambo

Tama Z’Akis

 

Equipe WEB

 

Chris Jonathan G. – Développeur
Yourick Seh Obame – Webdesigner
Gerald Boussougou – Com. Manager

 

Cadreurs et/ou Photographes

 

Andy G. Amiaganault

Herman Oke Mve

Alain Wolbert
Delvane BKG

 

CONTACTS

infomagazinevivre@gmail.com

+241 62 71 98 92

suivez-nous aussi sur