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CONCUBINAGE

QUAND TRADITION ET MODERNITÉ S’AFFRONTENT

Au Gabon, le concubinage s’impose comme une réalité sociale de plus en plus visible. Dans les villes comme dans certains milieux ruraux, de nombreux couples vivent ensemble sans avoir officialisé leur union par le mariage. Une pratique qui, tout en s’installant dans les mœurs, continue de bousculer les repères traditionnels. Alors que le mariage est un fondement culturel.

Longtemps, dans la société gabonaise, la vie à deux ne pouvait se concevoir qu’à travers le point de vue de la famille. Avant toute union, il fallait passer par des étapes bien connues issus de la coutume : présentation des familles, pourparlers, dot, bénédiction sociale du couple. Le mariage n’unissait pas seulement deux personnes, il liait aussi deux clans, deux histoires, deux univers. Dans cette illustration, le concubinage apparaît souvent comme une voie à part, parfois tolérée, mais rarement pleinement consacrée.

Aujourd’hui, nous assistons à la perte de nos valeurs culturelles induite par les mutations sociales. Pour autant, ce facteur ne devrait pas se dissoudre au risque de déstabiliser la société.

De nombreuses familles perçoivent le concubinage comme une union inachevée, voire comme une entorse aux valeurs coutumières. Pour les aînés, l’engagement du couple doit être visible, assumé et validé par les deux familles.

En revanche, pour une partie de la jeunesse, l’essentiel est ailleurs : vivre ensemble, se soutenir, construire un foyer, même sans cérémonie officielle, tout en négligeant le fondement culturel.

Nous pouvons relever trois principales raisons qui ont conduit à cette prolifération des foyers sans fondement culturel :

L’acculturation des peuples : l’absence de l’encadrement familial. Avant, c’était le père de l’homme qui se rapprochait du père de la femme en vue d’une rencontre dans un cadre formel. Malheureusement, aujourd’hui, on assiste au désistement des chefs de famille qui, le plus souvent ne mettent plus de pression pour que la relation de leurs enfants devienne officielle.

L’ignorance du cadre spirituel : l’ignorance entraîne la peur. Spirituellement, l’Homme ignore la personne avec qui il est en relation. Les familles ne se connaissent pas et donc, ne peuvent pas jauger la charge spirituelle mutuellement. La maîtrise de son environnement spirituel est indispensable.

La situation économique : Avant, il suffisait d’apporter quelques biens matériels et un montant symbolique. Aujourd’hui, le mariage coutumier est devenu une opportunité pour s’enrichir sur le dos du futur gendre. En conséquence, face au coût du mariage, à la précarité économique ou à l’évolution des mentalités, de nombreux couples choisissent aujourd’hui de vivre ensemble sans formalité. Si cette union libre répond à des besoins concrets, elle soulève néanmoins des interrogations, car si l’amour et la cohabitation sont bien là, la reconnaissance sociale et juridique, elle, reste fragile.

Concubinage et conséquences

Le Code civil gabonais décrit l’union libre comme le fait pour un homme et une femme de vivre ensemble sans avoir contracté mariage. Le Code civil indique aussi que le concubinage ne crée pas en principe de communauté de biens, ni de droits successoraux, ni de lien d’alliance avec les familles. Selon d’autres sources l’union libre ne produit d’effets juridiques qu’après deux ans de vie commune, sous conditions, tandis qu’un certificat de concubinage délivré en mairie n’a qu’une valeur symbolique.

Derrière la liberté apparente du concubinage, les conséquences peuvent être lourdes. En cas de séparation ou de décès, le partenaire concubin n’est pas toujours protégé comme peut l’être un conjoint marié. Les biens, la succession, la garde des enfants ou la reconnaissance du foyer deviennent alors des sujets sensibles. C’est pourquoi le concubinage, au-delà du simple choix de vie, pose une véritable question de sécurité familiale.

En terre gabonaise, le sujet renvoie à un affrontement discret mais profond entre les traditions et les mutations sociales. D’un côté, une culture qui continue de valoriser l’union encadrée par la famille. De l’autre, une société en mouvement, où les couples cherchent des formes d’organisation plus souples, plus rapides, parfois plus accessibles.

Le concubinage n’est pas seulement une histoire de vie privée. Il dit quelque chose du Gabon d’aujourd’hui : un pays où les valeurs anciennes restent puissantes, mais où les réalités économiques et sociales redessinent peu à peu la manière de vivre en couple.

Entre héritage coutumier et modernité, la société gabonaise avance, parfois à pas prudents, parfois à contre-courant des traditions. Et, le mariage civil a plus de considération que le coutumier alors qu’ignorer le mariage culturel équivaut à contribuer à la dislocation de nombreux foyers.

Claude Aurianne Obame, citoyenne mariée, a donné son avis sur ce phénomène. « Le concubinage offre davantage de liberté et de flexibilité, mais sans obligation apparente. De même, il permet d’avoir une meilleure connaissance mutuelle basée sur le vivre ensemble, la découverte des habitudes, des qualités et des défauts de l’autre, et la compatibilité entre partenaires. »

« En revanche, la durée du concubinage devrait être déterminée pour ne pas s’éterniser dans cette situation. De même, il procure généralement moins de sécurité juridique que le mariage s’agissant par exemple, de l’héritage lors de la perte de l’un des conjoints. »

Selon Mme Obame, le choix du concubinage dépend des valeurs, des attentes et de la situation de chaque couple.

Fortunat Damas Ndoumou, marié et père de famille, pense quant à lui que « Le concubinage désigne la vie commune de deux personnes qui vivent en couple sans être mariées. Très souvent, il est considéré comme un avant-goût de la vie maritale. »

Et M. Ndoumou de préciser : « D’un point de vue général, certains considèrent le concubinage comme une manière de construire une relation fondée sur l’amour, la confiance et la liberté, cependant, sans engagement juridique formel. Dans notre pays, le concubinage est très récurrent. Seulement, on relève plusieurs difficultés car très souvent, cette pratique laisse des femmes sans honneur, sans mariage après plusieurs années de vie commune et sans dot. »

Il estime par ailleurs que le mariage offre un cadre plus stable et plus protecteur pour le couple et la famille. Néanmoins, on peut mettre en place des textes qui encadrent le concubinage. Ailleurs, on a pensé à légiférer sur ce type de relation. Nous pouvons aussi inviter les autorités à reconnaître légalement cette forme d’union en accordant des droits aux concubins tout en les sensibilisant sur les avantages du mariage.  Retenons que dans la tradition gabonaise, le concubinage n’a pas la même légitimité symbolique que le mariage coutumier, et dans le domaine du droit, cette forme d’union protège peu ou pas les concubins.  Le vrai enjeu est donc de concilier les valeurs familiales avec la protection juridique des personnes concernées

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