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OUI À L’ÉTAT DE DROIT

NON AUX INTERÊTS PARTICULIERS

Après trois semaines de travaux, les participants au Dialogue national inclusif (DNI) ont acté et adopté, le 27 avril, le rapport final des assises d’Angondje. Acclamé par le bureau du Dialogue, les commissaires, les personnes ressource et l’assistance, le document s’articule autour des préoccupations et des aspirations des populations qui veulent tourner la page de l’ère Bongo et jouir de conditions de vie dignes à l’abri de la terreur, des injustices et des inégalités.

Elaboré au sein des commissions « sociale, économique et politique », le rapport se base sur 38.140 contributions citoyennes qui ont alimenté les travaux en commissions et mis en exergue l’urgence d’améliorer le vécu social des Gabonais, d’édifier un État de droit, de bannir les intérêts particuliers au profit du bien commun.

« Le Gabon a une économie à bâtir et se doit de redonner confiance et espoir aux jeunes, aux fonctionnaires, aux entreprises », a déclaré le président de la commission économie, Pr Gabriel Zomo Yebe. Il a recommandé :

  • La nationalisation de la sous-traitance pour permettre aux gabonais de se réapproprier leur économie.
  • Le renforcement des capacités des petites et moyennes entreprises.
  • La valorisation de l’entreprenariat.
  • Le paiement des arriérés aux fonctionnaires.
  • La réforme de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS).

Pour le Pr Zomo Yebe, redonner confiance aux Gabonais c’est aussi prendre les mesures qui s’imposent pour récupérer « les bâtiments et les ressources de l’État détournés par les étrangers et les Gabonais ; régler le problème de la vie chère ; améliorer la gouvernance budgétaire et financière par une gestion efficace de la dette. Outre ces recommandations, le Pr Yebe a préconisé le développement d’une politique industrielle spécifique qui valorise les productions locales et une politique industrielle commune avec les États de la communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC).

À ces recommandations s’ajoutent celles de la présidente de la commission sociale. Le docteur Elsa Ayo Bivigou, qui a foi en l’amélioration conséquente de la qualité et de l’espérance de vie des citoyens gabonais », a plaidé pour une réforme en profondeur des services sociaux basée sur la prise en compte de leurs besoins réels. Elle a recommandé la mise en place d’un système éducatif performant avec des structures adaptées aux enjeux actuels, le développement d’un système d’enseignement supérieur qui soit conforme aux standards internationaux et d’une recherche scientifique contributive au développement socio-économique. Dans le domaine de la santé, il s’agira notamment :

  • D’allouer un budget conséquent à la santé.
  • De mettre en place un système de santé accessible et efficace sur toute l’étendue du territoire.
  • D’augmenter le nombre d‘infrastructures sanitaires aux normes dans chaque province.
  • De former des personnels qualifiés.
  • De promouvoir la médecine de proximité et la médecine traditionnelle.
  • De créer un comité national pour l’insertion des personnes vivant avec un handicap.

Le Gabon devra, par ailleurs, créer des emplois pour les jeunes aux fins de lutter contre l’oisiveté et le chômage ; mettre en place des dispositifs de lutte contre la violence en milieu scolaire ; institutionnaliser le conseil national de la jeunesse ; alléger la procédure d’attribution du titre foncier ; accélérer l’accès de tous au logement, à l’eau et l’électricité ; mettre en place des dispositions contraignantes dans l’attribution de la nationalité gabonaise ; valoriser et préserver le patrimoine culturel et des valeurs, et institutionnaliser le mariage coutumier.

Succédant aux commissaires Yebe et Ayo, le président de la commission politique, Pr Noël Bertrand Boudzanga, a recommandé :

  • La suspension du Parti démocratique gabonais (PDG) et des partis alliés.
  • L’inéligibilité, pendant 3 ans, des responsables du PDG..
  • Le durcissement des conditions de création des partis politiques.
  • La suspension temporaire de toutes les formations politiques jusqu’à l’instauration de nouvelles règles.

Le Pr Boudzanga a préconisé par ailleurs :

  • Le maintien à deux ans de la durée de la Transition avec une clause permettant une extension d’un an en cas de force majeure.
  • Le passage d’un régime semi présidentiel à un régime présidentiel.
  • L’adoption par référendum de la nouvelle Constitution nationale.
  • La révision du code électoral basé sur l’organisation d’élections démocratiques, transparentes et crédibles.

La mise en place d’une administration publique dépolitisée, professionnelle et performante ; le renforcement de l’indépendance du pouvoir judiciaire et du Conseil supérieur de la magistrature ; la création d’une école nationale de journalisme, de prisons et de centres de détention modernes ; et le renforcement de la représentativité du Gabon dans les institutions internationales sont d’autres recommandations de la commission politique.

Qualifiées d’innovantes par le rapporteur général du DNI, Murielle Minkoue Mintsa, «toutes les conclusions du dialogue constituent, un pas pour aller plus loin vers la construction du Gabon nouveau, dont l’ambition passe nécessairement par un changement radical de nos mentalités. »

S’adressant aux plus hautes autorités du Gabon, le ministre de la Réforme des institutions a formulé « les espoirs des filles et fils du Gabon de voir concrétiser toutes les conclusions issues du dialogue par l’adoption de textes législatifs ou règlementaires qui amélioreront significativement leurs conditions de vie. »

« L’esprit de la Concorde a régné pour parvenir à atteindre l’objectif de refondation de notre nation et de notre vivre ensemble, a indiqué le rapporteur général. Elle a lancé un appel « à la mobilisation de tous, comme un seul homme, afin de rendre palpable ce qui apparaissait, il y’a encore quelques semaines, comme un coup d’épée de plus dans l’eau. »

Le président du Dialogue national inclusif, Mgr Jean-Patrick Iba-Ba, a rappelé l’objectif du DNI tout en se félicitant du bon déroulement des travaux. Selon l’archevêque métropolitain de Libreville, « ce dialogue a permis de jeter les bases d’un nouveau pacte social. Ses résultats constituent une feuille de route claire et précise pour l’avenir de notre pays. »

« Il nous appartient maintenant, aux côtés du gouvernement, de mettre en œuvre ces recommandations avec détermination et persévérance » a déclaré le président du DNI. Il a proposé « que les recommandations, après un travail d’étude de pertinence et de faisabilité par le ministère de la Planification, entre autres, constituent le fondement d’une culture d’orientation de la stratégie nationale de développement économique et social. »

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