La loi existe et gagnerait à être appliquée pour éviter les dommages et souffrances causés par les violences au sein du couple en République gabonaise. De nombreuses victimes, en particulier les femmes et les mineurs, s’en remettent difficilement, trainent des traumatismes à vie ou décèdent. Afin de prévenir le mal, il faut former et sensibiliser la population, les acteurs et les décideurs. C’est ce que s’attèle à faire l’Association « Justice et Droit pour Tous » en partenariat avec l’Union européenne (UE), l’Ambassade de France, l’ONG Agir et le ministère des Affaires sociales.
Les officiers de police judiciaire (OPJ), les magistrats, les agents des affaires sociales, les avocats, les étudiants en droit et les leaders des organisations de la société civile ont bénéficié en novembre 2025 d’une formation dédiée au renforcement de leurs capacités dans la lutte contre les violences dans le couple. Le cadre juridique, l’importance de la connaissance et de la maitrise de la loi, et la protection des victimes étaient au cœur de cette initiative.
La loi spéciale N°006/2021 du 6 septembre 2021, portant élimination des violences faites aux femmes, énonce en son article 2 : « La violence au sein du couple se traduit par des actes exercés sur les femmes et qui sont susceptibles de causer des dommages ou des souffrances physiques, psychologiques, sexuelles et économiques y compris la menace d’actes de violence, la contrainte ou l’imposition de restrictions ou la privation arbitraire des libertés fondamentales dans la vie publique ou privée.
Dans une déclaration forte, Maître Sylvie Rekanga, avocat au barreau du Gabon et leader de l’Association « Justice et Droit pour Tous », a attiré l’attention des participants sur la réaction des victimes de violence. « Lorsqu’une personne, notamment une femme, est violentée et reçoit des coups, elle se rend automatiquement dans un commissariat. Les OPJ doivent être habilités à recevoir ce genre de victime et être bien outillés par rapport à ce que dit la loi », a-t-elle déclaré.
« Il ne faut surtout pas mettre une victime face à son bourreau. C’est une erreur, car une victime face à son bourreau ne pourra plus s’exprimer. Les OPG doivent recevoir les différentes parties séparément. C’est seulement dans ce cadre qu’ils pourront obtenir les motifs de la plainte », a martelé Maître Rekanga.
Maître Jean Jacques Diboundje Minko, avocat au barreau du Gabon, a levé le voile sur l’ordonnance de protection de la femme qui s’inscrit dans le cadre de la Loi 06 du 6 septembre 2021. « Cette loi a été adoptée pour éloigner la femme de son bourreau et la protéger contre une situation difficile ou grave qui pourrait intervenir », a-t-il précisé.
L’ordonnance protège les femmes mariées, les femmes vivant en concubinage, les veuves et les mineur.es victime de violences. Lorsque le juge délivre une ordonnance de protection en raison de violences susceptibles de mettre en danger un ou plusieurs mineurs, il en informe sans délai le procureur de la République.
Les mesures prévues par l’ordonnance de protection sont d’une durée maximale de six mois à compter de la notification de l’ordonnance. Elles peuvent être prolongées au-delà de six mois, si durant ce délai, une requête en divorce ou en séparation de corps a été déposée ou si le juge a été saisi d’une requête relative à l’exercice de l’autorité parentale.
L’Association gabonaise « Justice et Droit pour Tous » a pour missions de promouvoir, vulgariser et contribuer à la protection de la personne vulnérable, en particulier les enfants ; d’apporter l’aide juridictionnelle, l’assistance juridique et judiciaire à la personne vulnérable ; de former la population, les acteurs, les décideurs et les membres de la société civile, l’objectif étant d’en faire des personnes compétentes à même de protéger les droits humains.
Le combat contre toutes formes de discrimination, la promotion du droit à l’égalité pour Tous, la sensibilisation des pouvoirs publics et des institutions internationales sur la nécessité d’œuvrer à la promotion des droits de la personne vulnérable, notamment des enfants mineur.es, sont d’autres volets majeurs de la mission de l’Association « Justice et Droit pour Tous ».
