Eric Ozwald

DU PARTI UNIQUE AU MULTIPARTISME

Le Gabon, petit pays d’Afrique centrale de moins de 3 millions d’habitants, a connu une évolution politique marquante depuis son indépendance le 17 août 1960. De l’instauration d’un régime de parti unique à la naissance du multipartisme, cette progression, jalonnée de défis, est le reflet des aspirations démocratiques du Peuple gabonais.   Une idéologie politique encore floue   Au début des années 60, la scène politique gabonaise s’est développée autour de forces partisanes marquées par des personnalités charismatiques tels que Léon Mba, le premier président de la République, et Jean-Hilaire Aubame son challenger, respectivement à la tête du Bloc Démocratique Gabonais (BDG) et de l’Union Démocratique et Sociale Gabonaise (UDSG). Si ces partis incarnaient des visions distinctes, la dynamique impulsée à l’époque semble s’être estompée avec le temps.   Aujourd’hui, bien que le multipartisme soit inscrit dans la Constitution nationale depuis la Conférence nationale de 1990 qui a ouvert la voie à une pluralité de partis, ces derniers peinent à définir des projets politiques cohérents et fédérateurs faute d’une idéologie politique claire et précise. L’idéologie politique se définit comme « un ensemble d’idées, de principes, de doctrines qui forme une vision descriptive du monde et de la société. » Les partis politiques gabonais, du moins certains, ont brillé par leur obédience au parti au pouvoir tandis que d’autres, fidèles à leurs valeurs, prônaient, au risque de leur vie, des idéologies telles que le socialisme et le communisme.   L’ère du Parti Unique : une époque de stabilité autoritaire   Sous la présidence d’Omar Bongo, le Gabon a vécu, pendant 22 ans, sous le régime du Parti Démocratique Gabonais (PDG), unique formation politique du pays. L’adhésion au PDG était non seulement un acte politique, mais aussi un passage obligé dans le système de gouvernance. Le parti, qui incarne la stabilité et l’unité, domine largement la vie politique gabonaise, laissant peu de place à l’opposition. Cependant, au fil du temps, des tensions se font sentir. La population, déçue par les promesses de développement non tenues et l’absence de moyens réels d’expression politique, commence à réclamer le changement et l’alternance. Les premières contestations populaires émergent dans les années 80, amplifiées par une crise économique générée par la chute des prix du pétrole, principale ressource du pays. Le vent de changement souffle sur le Gabon, et la pression de la société civile s’intensifie.   1990 : Le tournant démocratique et l’acceptation du multipartisme   C’est en 1990, après des années de contestations internes et internationales, que le Gabon fait le grand saut vers la démocratie. La Conférence nationale, organisée sous l’impulsion des forces vives du pays, marque le début de la fin du parti unique. Le président Omar Bongo, sous pression, accepte de réviser la Constitution et de reconnaître le multipartisme. Dès lors, de nouveaux partis politiques voient le jour et le pays se prépare à des élections libres, un changement majeur dans un contexte de gouvernance autoritaire.   Les partis politiques naissants : une nouvelle ère politique   Avec l’introduction du multipartisme, plusieurs partis apparaissent sur la scène politique gabonaise. Notamment : l’Union du peuple gabonais (UPG), fondée par Pierre Mamboundou et l’Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UGDD), dirigée par Zacharie Myboto, le Parti Gabonais du Progrès (PGP), créé par Me Pierre Louis Agondjo Okawe et le Rassemblement National des Bûcherons (RNB) de  Paul Mba Abessole. Mais, la transition n’est pas sans heurts. Les élections de 1993, marquées par des accusations de fraudes massives, exacerbent les tensions politiques et sociales. Les manifestations se multiplient, les partis de l’opposition dénoncent la gestion de l’organisation des élections et l’absence d’une véritable transparence électorale.   Rénovation et justice sociale   En 2014, le PDG perd l’un de ses membres les plus influents. Jean Ping démissionne du parti au pouvoir. Deux ans plus tard, il se lance dans la course à l’élection présidentielle. Son discours populiste sur la rénovation politique et la justice sociale marque les esprits, en particulier ceux des couches sociales les plus démunies. Il promet de réformer les institutions, de lutter contre la corruption et de mettre fin au « monopole familial » sur le pouvoir. Fort de soutiens divers, émanant de figures de l’opposition, Jean Ping est perçu comme le principal adversaire d’Ali Bongo Ondimba.   Le jour du scrutin, le 27 août 2016, la participation est exceptionnelle. Les premiers résultats non officiels semblent favorables à Jean Ping, qui s’est déclaré vainqueur avant la publication des résultats officiels par la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP). Le 31 août 2016, la CENAP annonce la réélection d’Ali Bongo avec 49,8 % des voix contre 48,2 % pour Jean Ping. La province du Haut-Ogooué, bastion familial des Bongo, enregistre un taux de participation suspect de 99,93 %, ce qui suscite des accusations de fraude électorale massive de la part de l’opposition.   La guerre des communiqués entre les deux camps, qui revendiquent la victoire, plonge le pays plonge dans une période de tensions violentes. Des manifestations éclatent dans tout le Gabon, conduisant à des affrontements avec les forces de sécurité. Le siège de campagne de Jean Ping est attaqué et plusieurs opposants sont arrêtés. Malgré les pressions internationales et les appels à la transparence, le pouvoir en place maintient les résultats. Jean Ping se proclame « président élu » et continue de mobiliser ses partisans, notamment à travers des appels à la communauté internationale pour obtenir une reconnaissance de sa victoire. En vain.   Le CTRI : L’avènement d’un nouveau chapitre politique   Les événements récents ont marqué un tournant décisif sur l’échiquier politique gabonais, avec l’arrivée au pouvoir du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) qui a pour leader le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Ce comité est perçu par une grande partie de la population comme un acteur salvateur, offrant un renouveau après des décennies d’un régime politique jugé autoritaire et figé.   Le coup d’État du 30 août 2023 ou « Coup de la Libération », est aux yeux de nombreux Gabonais, un moment de soulagement, un espoir tangible d’un avenir plus DU PARTI UNIQUE AU MULTIPARTISME

NOS VOIX COMPTENT…

Dans les urnes, chaque voix résonne comme une promesse de changement. Pourtant, pour beaucoup, cette promesse s’éteint dès que les élections sont terminées. À travers « Nos voix comptent », des témoignages sincères révèlent une déception profonde envers un système politique perçu comme déconnecté des réalités de ceux et celles qu’il prétend représenter. Ce projet met en lumière des histoires de citoyens qui, bien que désillusionnés par l’abandon post-électoral, continuent de croire que leur voix mérite d’être entendue, même dans un contexte où la confiance vacille. Jessica. 28 ans. Étudiante en logistique et transport   La période qui précède les élections est le moment où les citoyens peuvent exprimer leurs attentes et besoins en votant pour le candidat de leur choix. Après les élections, nos voix comptent car c’est le moment où les citoyens peuvent évaluer les actions des élus et les tenir pour responsables de leurs promesses. S’ils ne tiennent pas leurs promesses, les citoyens seront vraiment déçus. Les hommes politiques sont plus proches des populations avant les élections parce qu’ils cherchent à gagner des voix. Pour ce faire, ils font semblant d’être à l’écoute des préoccupations et des besoins des citoyens.  Ils élaborent leurs priorités et mènent campagne dans différentes provinces. Une fois qu’ils sont face aux populations, ils créent des liens émotionnels et montent une image positive. En fait, ils sont là pour un but précis. Une fois élus, ils s’éloignent des populations oubliant les besoins de celles-ci. Je les invite à améliorer nos conditions de vie, à mettre en place de meilleures conditions d’étude dans les écoles et les universités, à investir dans les infrastructures publiques et les transports en commun, et à réduire les embouteillages.   Timmy. Jeune diplômé en communication digitale. À la recherche d’un d’emploi   À mon avis, l’expression « nos voix comptent » fait référence à une période très spécifique dans notre pays, celle des élections. Cela renvoie au rôle décisif du peuple qui, conformément au droit constitutionnel, fait le choix de ses dirigeants, détermine qui sera son gouvernant, son chef et qui dirigera le pays. En somme, cela souligne l’importance de la voix du citoyen dans le processus électoral grâce à laquelle le choix des responsables politiques se fait. Les candidats ont besoin massivement des voix des citoyens pour être élus en tant que maire ou président. Mais une fois les élections passées et le pouvoir acquis, à quoi sert encore une voix ? L’importance des voix diminue, les promesses faites avant les élections ne sont plus tenues.  Pour moi, tout cela ressemble à un véritable jeu politique, un jeu de séduction. Pour s’attirer la faveur des électeurs, les politiciens font des promesses, offrent des dons, parfois même de l’argent de manière détournée. Une fois élus, une fois en poste, leur priorité n’est plus de respecter ce qu’ils ont promis, mais de se concentrer sur leurs propres intérêts. Les électeurs se retrouvent abandonnés avec leurs espoirs déçus. En tant que citoyens, nous devons être vigilants et discerner ce qui est vraiment réalisable et ce qui ne l’est pas. Au final, que constatons-nous ? Il est rare que les promesses faites soient tenues à 100%. Sur ce pourcentage, 30% seulement seront peut-être réalisés tandis que 70 % resteront sur le papier.   Qu’attendez-vous concrètement des élus pour améliorer votre cadre de vie ?   « En premier lieu, il s’agit de garantir un mieux-être pour tous. Cela signifie : l’accès aux services essentiels comme la santé et l’éducation pour tous, afin que chaque Gabonais, chaque citoyen, puisse bénéficier de ces droits fondamentaux. Il est également crucial que l’ensemble de la population se nourrisse de manière adéquate et vive dignement. Deuxièmement, il est primordial et impératif de réduire le taux de chômage qui est encore très élevé dans notre pays par la mise en place de mécanismes efficaces et de réelles opportunités d’emploi à la jeunesse gabonaise. Ce sont ces actions concrètes que nous attendons de ceux à qui nous confions notre voix et qui sont censés nous représenter au plus haut niveau. »   Maman Mirabelle. Fonctionnaire depuis 30 ans   Une fois élus, de nombreux politiciens ne tiennent pas leurs promesses. Certains deviennent même égoïstes et nous ignorent complètement même lorsque nous cherchons à solliciter leur aide. C’est regrettable et décourageant alors que nos besoins, notamment dans les provinces, sont nombreux et urgents. Nous avons besoin d’hôpitaux bien équipés et dotés de médecins spécialisés. Nombreux d’entre nous n’ont pas les moyens de se rendre dans la capitale pour des soins. Le coût de la vie est également un problème majeur. Les produits alimentaires et les services de base sont de plus en plus chers, tandis que les salaires restent insuffisants pour subvenir aux besoins des familles. En matière d’emploi, les jeunes diplômés peinent à trouver du travail alors que nombre d’entre eux sont ont le baccalauréat, des masters, des licences ou des diplômes techniques. Le système actuel tend à favoriser les plus jeunes dans les recrutements, négligeant ceux qui ont plus de 28 ans. Le récent concours des Forces de l’ordre et de sécurité est une preuve tangible. Les critères d’âge sont discriminatoires. Seuls les jeunes âgés de 18 à 24 ans sont éligibles, au grand désespoir de nombreux parents qui s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants. Il est urgent que des mesures soient prises pour réduire le chômage et offrir des opportunités équitables à tous. Enfin, nous prions pour que la situation change. Nous, les mères, espérons qu’un jour le Gabon offrira une meilleure vie à tous ses citoyens, peu importe leur niveau de vie. Margo. 52 ans. Commerçante à Libreville   J’ai donné ma voix à chaque élection. Je me souviens des promesses des politiciens. Ils viennent dans nos quartiers, nous promettent monts et merveilles, disent qu’ils vont améliorer nos conditions de vie, créer des emplois et tout changer pour nous. Mais, une fois les élections terminées, on ne les voit plus. Ils oublient d’où ils viennent. Ils oublient les citoyens qu’ils ont rencontrés dans les rues et qui ont mis leur confiance NOS VOIX COMPTENT…

RÉFLEXION SUR LES ÉLECTIONS

L’école joue un rôle déterminant dans la promotion des connaissances et la prise de décision. Loin de se limiter à son environnement, elle s’invite désormais sur le terrain. À titre d’exemple, l’Université Omar Bongo (UOB), à travers ses centres de recherche, accueille dans ses murs divers acteurs pour faire le point sur l’état du Gabon et proposer des pistes de solutions.  Les journées d’étude sur la thématique « Droit et pratiques électoraux à l’aune des élections générales au Gabon » s’inscrivent dans cette optique. Des enseignants-chercheurs et praticiens du droit électoral ont, du 26 au 28 avril 2023, éclairé le public sur le droit électoral gabonais à travers cinq axes majeurs. Ceux-ci incluent :  Les aspects théoriques du droit électoral. Les pratiques électorales. Les acteurs de gestion, de sécurisation, de participation des élections et de soutien ou d’appui aux élections. Le droit et la pratique du règlement des litiges électoraux. Les perspectives sur les meilleures règles et pratiques électorales. Dans un discours magistral, le directeur du CRECAPPI, le Pr Télésphore Ondo, a décliné les enjeux du droit électoral.  « Le premier enjeu est relatif au respect du concept de l’Etat de droit. Les acteurs politiques et les institutions intervenant dans la matière électorale doivent être au fait des règles et procédures du droit électoral, et s’y soumettre.» « Notre devoir est d’outiller les candidats pour qu’ils connaissent leurs droits et obligations et les électeurs pour qu’ils fassent leur choix en toute connaissance de cause et respectent leur vote en empruntant les voies des lois démocratiques. »  « Le deuxième enjeu du droit électoral concerne le renouvellement de l’élite gouvernante, plus généralement de l’alternance démocratique au pouvoir et, au-delà, le passage d’un ordre politique ancien à un ordre politique nouveau. Comment opérer ce changement ? » Le recteur de l’UOB, le Pr Mesmin Noël Soumaho, a relevé « la pertinence de la thématique des journées au regard de l’actualité brûlante marquée par la réforme de la Constitution nationale et de la loi électorale dans le cadre de la concertation politique tenue du 13 au 23 février 2023 à l’initiative du chef de l’Etat, Ali Bongo Ondimba.  « Le fruit des débats et réflexions conduira certainement à formuler des propositions originales et adaptées à notre société pour pacifier définitivement les joutes électorales et renforcer ainsi la légitimité des gouvernants et du vivre ensemble. Tel est le rôle de l’université considérée comme le Temple du Savoir et, singulièrement, de l’UOB dont la devise est : Savoir. Progrès. Universalité », a conclu le Pr Soumaho.  Le président d’EM Gabon, le Pr Franck Idiata, s’est engagé « à financer les acquis de ces journées rapidement en vue de leur publication avant les élections, afin de fournir aux décideurs politiques, aux acteurs politiques dans leur ensemble, mais aussi à la population, des outils d’appréciation et d’aide à la décision. »  En cette année électorale cruciale, les Gabonais.es sont appelé.es à faire valoir leur droit de vote dans le cadre des élections générales. Ces élections permettent d’élire simultanément le président de la République, les députés et les représentants locaux dans les mairies et les départements.  Les journées d’étude de l’UOB sont les 3e d’une série initiée en 2021 par le Centre de recherche et d’études constitutionnelles, administratives, parlementaires, politiques et internationales (CRECAPPI). Les deux premières étaient consacrées à la Constitution nationale et au Sénat. À travers ses travaux, le Centre de recherche apparait comme une plateforme de propositions et de contributions au développement de la démocratie dans notre pays. https://youtu.be/ER5ufw13XkQ

VIOLENCE À DOMICILE

Derrière les portes, loin des regards, ou en présence de leurs proches, les victimes des violences domestiques crient au secours. Nombre d’entre elles, meurtries, ont rejoint l’organisation non gouvernementale (ONG) Femme Lève-Toi et en sont devenues des membres actifs. Darleine et Télésphore sont de ceux-là. L’ONG les a aidés à se relever, à se reconstruire, à donner un sens à leur vie et à secourir d’autres victimes. Qu’est-ce que la violence domestique et quelles sont les séquelles que vous en avez gardées? Darleine : La violence domestique se définit comme le fait de subir des actes de violence en milieu familial. Les violences domestiques sont physiques, verbales, psychologiques, morales, sexuelles et mêmes financières. J’ai subi toutes ces formes de violences de la part de mon époux. Pour un oui ou pour un non, pour un mot mal placé, il en venait à ces actes de violence. Subir des violences au plan moral vous marque à vie. J’ai des flashbacks. J’ai subi des traumatismes. Par la grâce de Dieu, j’arrive à reprendre le dessus, à oublier. Pour ce qui est des séquelles physiques, je ne m’en suis rendu compte que bien après. Lors d’une dispute, mon époux m’avait giflée à l’œil droit. Pendant une semaine, je n’arrivais pas à l’ouvrir. Quand je venais à la lumière du jour, c’était horrible. C’était très douloureux. Télésphore : J’ai d’abord subi des violences verbales de mon épouse pour la simple raison que je vivais une situation financière difficile. Quand ma femme parlait, ses enfants applaudissaient. C’est un choc psychologique mais je m’interdisais de réagir, de frapper une femme. Je lui donnais des conseils. Au plan physique, j’ai pris un coup de vieux. Sur le plan psychologique, les violences provoquent des chocs. Tenez, quand on me parle du mariage, ça me refroidit. J’ai des angoisses. Quand vous êtes blessé, même si ça cicatrise, toutes les fois que vous regardez la cicatrice, vous vous en souvenez. Avez-vous consulté un psychologue pour vos troubles psychologiques ? Darleine : J’ai dû voir un psychologue parce que je n’arrivais pas à surmonter la douleur. J’en suis arrivée au point d’avoir des pensées suicidaires. La seule chose qui me retenait ce sont mes trois enfants. Je me suis dit : si je meurs, comment feront-ils ? Le père n’en est pas un. Quant à mes parents, ce n’est pas à eux de s’en occuper. C’est à moi de m’en occuper. Par la grâce de Dieu, on m’a mise en contact avec une psychologue qui m’a suivie pendant un mois et demi, deux mois. C’est elle qui m’a aidée à surmonter cette épreuve, à reprendre le dessus, à pouvoir espérer me remarier un jour. Télésphore : Je suis suivi par un psychologue qui travaille avec l’OFLT. Je dois dire que ma rencontre avec cette ONG, mes entretiens avec la présidente et les séances de prière m’ont aidé à me remettre, à reprendre une vie normale. Je crois que ça ira. J’ai appris à ne pas vivre mon traumatisme de l’intérieur, à pardonner à mon ennemi. Avant je n’y arrivais pas. J’étais dans une colère noire. Mais, maintenant, je crois que je suis libre. Pendant combien de temps avez-vous été victime de violence domestique et quand vous êtes-vous dit : ça suffit ? Darleine : J’ai été victime de violence pendant toute la période qu’a duré mon mariage. J’ai vécu six ans de calvaire. A la septième année, je suis devenue active au sein de l’OFLT. Le déclic a eu lieu après un atelier de renforcement des capacités. Accompagner les victimes tout en bénéficiant des techniques d’accompagnement des victimes m’a libérée. Je me suis dit : « Je suis moi-même victime. Les choses qu’on me raconte je les vis également. Je ne peux pas à la fois lutter contre les violences et les subir. Une fois ma décision prise, j’ai dit à mon mari : « Je ne veux plus de toi. Je veux divorcer. » Télésphore : Je me suis marié en avril 2010. Le 14 avril 2014, j’ai décidé de partir de la maison. J’avais découvert des choses qui n’étaient pas normales. Je suis tombé malade. C’était difficile. L’hôpital m’a recommandé de faire une échographie abdominale. Je me suis rapproché de la présidente et je lui ai demandé ce que l’ONG pouvait faire pour moi. Elle est revenue vers moi et m’a remis une enveloppe. J’ai fait les examens et j’ai découvert que j’avais une hépatite B. L’une de mes filles avait commencé à débloquer parce qu’elle avait perdu sa mère, ma première épouse. Elle n’a pas pu supporter. Elle voyait sa mère. Et le déclic dont vous parliez s’est produit. Une fois rentré à la maison, j’ai dit à ma femme : « Je ne peux plus continuer comme ça, je pars et je ne reviendrai pas sauf si tu changes de comportement. » Vos enfants ont-ils été victimes de la violence de votre mari ? Darleine : Oui. Le premier est une victime. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai quitté la maison. J’étais enceinte de six mois de ma fille, la troisième. Le premier avait 2 ans et le deuxième à peine 1 an. Il sortait même d’une hospitalisation. Le premier, qui était chez ma mère, lui a raconté ce qui se passait : « Mamie, quand on est à la maison, papa tape maman tous les jours et elle crie : Martial laisse-moi. » Ma mère a dit à mon mari : « Attention à ma fille. Je n’aime pas la façon dont tu la traites. » Monsieur s’est enflammé. Il a frappé l’enfant le lendemain en revenant du travail parce qu’il estimait qu’il n’avait pas le droit d’en parler à sa grand-mère. L’enfant hurlait: « Maman, c’est comment ? Maman, viens ! » Je suis allée vers lui, j’ai arraché la spatule. J’ai tapé mon mari. J’ai quitté la maison avec les enfants, j’ai soulevé un sac où j’ai mis quelques-unes de nos affaires et je suis partie chez la petite sœur de ma mère. Je pleurais. Arrivée à son domicile, VIOLENCE À DOMICILE

CNAMGS

Caisse Nationale d'Assurance Maladie et de Garantie Sociale

Créée en 2007, la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) est citée en exemple en Afrique et au-delà. Le Gabon s’est, en effet, engagé à mettre au profit de sa population un régime obligatoire et universel d’assurance maladie, devenant ainsi le premier pays en Afrique subsaharienne à couvrir l’ensemble de la population, notamment les plus défavorisés. Ce saut qualitatif a permis à la CNAMGS de contribuer à l’amélioration du système de santé au Gabon. Le statut de Gabonais économiquement faible (GEF) favorise l’accès aux soins de santé de cette tranche de la population et, partant, au droit à la santé. De nombreux citoyens s’en félicitent malgré des perturbations dans l’exécution optimale de la prise en charge des affiliés à la Caisse. Au cœur de Libreville, notre reportage nous conduit vers les Gabonais affiliés ou pas à la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS). « La CNAMGS a changé ma vie. Celui qui a créé cette structure est une bonne personne. » Ainsi parle Thérèse Manghandzi. Cette veuve de 71 ans, mère de cinq enfants et grand-mère de plusieurs petits-fils, est affiliée à la CNAMGS depuis dix ans. De son côté, Valérie Moubele Youmah nous livre son expérience avec la CNAMGS : « J’étais avec une collègue dans une pharmacie. Elle achetait des médicaments. J’ai été surprise de voir la réduction des prix sur l’ordonnance. Cette structure a changé beaucoup de choses dans ma vie. Désormais, j’achète les médicaments à moindre coût. Une partie des médicaments est aux frais de la CNAMGS et l’autre aux frais du client. Dieu merci ! Heureusement qu’il ya la Caisse ! Sur un total de 18 000 CFA par exemple, je dépense moins de 4 000. » Le quotidien des Gabonais est quelque peu soulagé depuis la création de la CNAMGS. Toutefois, remarque Manfoula Lebola, « la CNAMGS ne couvre pas tous les médicaments et ne prend pas en charge les médicaments les plus coûteux, les antibiotiques. C’est inconcevable. » Ce témoignage met en évidence les insuffisances observées par les Gabonais en ce qui concerne la CNAMGS. Des améliorations et des efforts doivent encore être consentis par les autorités compétentes en vue de la prise en charge complète des médicaments. Quand des Gabonais non affilés à la CNAMGS parlent de leur situation Malgré une couverture quasi totale de la population gabonaise, la CNAMGS est une notion abstraite pour certains citoyens. Bien qu’il sache que la CNAMGS est une facilité qui permet de se procurer des médicaments à coût réduit, M. Mihindou ne sait quelles pièces fournir pour être assuré. En outre, il n’a aucune idée de la localisation des agences de proximité de cette structure. Excelle Ossarakabi Mipata, une jeune étudiante en communication, déclare « ne pas avoir assez d’informations sur la procédure à suivre pour être assuré ». Sean Shannon Dembe Gnolo, la vingtaine révolue, se dit découragé. En effet, une partie de la population n’entreprend aucune démarche d’immatriculation à la CNAMGS parce qu’elle juge le processus long. L’assurance maladie universelle par le biais de la CNAMGS est une expérience innovante et prometteuse. Elle tient sa spécificité des revenus qui proviennent en partie des taxes sur les opérateurs de téléphonie mobile et des transactions de financement des soins de santé des Gabonais économiquement faibles (GEF). L’autre innovation est celle du choix d’adhésion progressive pour tendre vers une couverture universelle. Le Gabon a pris l’option de commencer par les populations les plus vulnérables pour passer ensuite aux agents du secteur public, aux salariés des secteurs privé et parapublic et aux travailleurs indépendants. L’innovation tient au fait que la plupart des pays commencent par les salariés des secteurs public et parapublic. Cependant, cette stratégie gagnerait à être réorientée en tenant compte des recommandations formulées, l’objectif étant de promouvoir le bien-être de la population. L’immatriculation à la CNAMGS en tant que GEF impose d’avoir au moins 16 ans et des revenus mensuels inférieurs au salaire minimum interprofessionnel garanti qui est actuellement de 80000 F CFA. Les frais liés à leur prise en charge incluent les soins externes, les hospitalisations, les médicaments et les évacuations sanitaires. A cette mesure s’ajoute celle afférente au renforcement de la couverture sanitaire à d’autres groupes vulnérables tels que les filles mères, les handicapés et les sinistrés.

COMMENT LES GABONAIS PERÇOIVENT-ILS L’HÔPITAL ?

Centre hospitalier universitaire de Libreville

Qu’il soit public ou privé, l’hôpital est l’un des lieux les plus fréquentés par les Gabonais. Cependant, on note au sein de la population un sentiment d’insatisfaction qui dépeint son malaise grandissant face à l’état des lieux. L’hôpital est-il là pour soigner ou pour conduire à la mort ? C’est la question angoissante que se posent nombre de compatriotes. Notre reportage nous plonge dans un environnement où des hommes et des femmes s’expriment à cœur ouvert sur les dérives et les insuffisances de l’hôpital. Valérie Moubele Youmah, une institutrice, évoque une de ses visites dans une structure sanitaire. « Quand je suis malade, je me rends à l’hôpital général parce que les coûts sont abordables. Hélas ! Je suis mal reçue. » Ce paradoxe met en lumière le fonctionnement de la structure. Thérèse Manghandzia a vécu une expérience similaire. Cette veuve de 71 ans se confie sans état d’âme : « Quand tu te rends dans les structures publiques, tu es reçu comme un malpropre. » Ces témoignages, les premiers d’une longue série, nous invitent à un questionnement sur les rapports entre les populations et les établissements sanitaires publics. Se pose aussi le problème de la capacité de ces structures à répondre efficacement aux besoins des clients. L’accès aux soins de santé au Gabon : le grand écart entre le secteur public et le secteur privé Au Gabon, comme dans d’autres pays, la politique de santé se traduit par un ensemble de lois, de décrets, de programmes et d’organismes qui soutiennent l’action publique. Le but est évidemment de soigner les citoyens dans des conditions idoines. Malheureusement, cette volonté d’agir n’est pas une réalité dominante. Valérie Moubelet Youmah, fonctionnaire, la cinquantaine révolue, fait part de son expérience : « J’ai accès aux services de santé du secteur public et du secteur privé. Cependant je préfère le second bien qu’il soit coûteux. Au secteur public, tu as le temps de mourir. » A son tour, une femme d’un âge respectable laisse échapper un sentiment de tristesse. Un cas parmi tant d’autres qui explique le désamour entre les Gabonais et le secteur de la santé qui est censé être un véritable point de soutien à la population. L’accès aux soins est l’un des problèmes les plus épineux. Il concerne toutes les couches sociales. Néanmoins, les démunis sont les plus désavantagés. Les carences du secteur public  Etudiante à l’Université Omar Bongo et mère d’une fille, Manfoula livre son témoignage : « Je vis au kilomètre 8 (PK8), sans eau potable. On consomme de l’eau de pluie. Etudiante sans bourse, je n’ai pas de travail. Je peine à prendre le taxi pour la fac. Au Gabon, les structures sanitaires sont peu équipées. C’est la faute de l’Etat, car un médecin sans outil de travail ne peut faire des miracles. » La politique nationale de santé, tout particulièrement le dispositif d’accès aux soins, est confronté à de nombreuses carences : manque de structures sanitaires de proximité, sous-effectifs, inégale répartition du personnel, sous-équipement, budgets insuffisants, absence de contrôle, service de recouvrement inopérant, manque de médicaments et de plateaux techniques, etc. Une population vivant dans des conditions exécrables ne peut se soigner dignement. La situation est aggravée par l’existence d’une médecine à double vitesse dominée par la quête du profit. Les médecins qui sont envoyés par l’Etat gabonais dans les hôpitaux du service public ouvrent des cliniques et délaissent leurs postes de fonctionnaires pour se muer en directeurs d’une clinique offrant des soins de santé très coûteux pour une population à majorité économiquement faible. Le changement commence au service d’accueil  Il est de notoriété publique que dans nos administrations, le service accueil est toujours pointé du doigt. Thérèse Manghandzi évoque sa mésaventure : « Quand tu arrives pour te faire soigner et que tu demandes des renseignements, on te répond mal. Une dame m’a dit récemment : « Maman, tu m’embêtes. Va d’abord. » Un témoignage qui révèle le manque de dévouement du personnel de santé qui, paradoxalement, a décidé de se mettre au service des autres et d’en faire sa vocation.

LE QUOTIDIEN DES « INVISIBLES »

  « Ils sont des centaines de milliers, mais on ne les voit pas, ils vivent parmi nous, mais ils sont à l’écart. Victimes d’une sorte d’omerta médiatique, les écartés de notre cadre de vie et de cadre de vue, les invisibles sont tous ceux que vous ne verrez généralement pas sur les médias au Gabon. Ces gabonaises et gabonais, ces individus qui font tache, sont les habitants des matitis. On les trouve dans toutes les métropoles d’Afrique, et même dans celles comme Libreville. »   Extrait de l’œuvre « Les Matitis » de Hubert Freddy Ndong Mbeng.   Selon l’Observatoire international des maires sur le vivre ensemble, Libreville est la ville la plus peuplée du Gabon avec une population estimée à 850 000 habitants et 6 arrondissements subdivisés en 117 quartiers. De Derrière-la-Prison à Cocotier en passant par Malaba au PK12, où la vie au quotidien est une épreuve, un parcours du combattant pour les habitants, notre reportage a fait une immersion dans les profondeurs de ces agglomérats de la capitale où le braquage est une norme, où les glissements de terrain emportent des maisons et endeuillent des familles.   Profil et mode de vie des habitants des matitis   Dans un quartier populaire dénommé Derrière-la-Prison (DP), communément appelé Boston par ses habitants qui font référence à cette ville des États-Unis où la violence et le crime sont élevés, M. Okoumba Asseko, résident depuis 2014, nous fait découvrir le quotidien de DP. « Les conditions de vies sont difficiles à Derrière-la-Prison, les gens qui y vivent sont pauvres, démunis, braqueurs. » Ces profils d’habitants révèlent une réalité peu reluisante.   « Le prix des loyers est accessible. Ici, beaucoup de gens sont propriétaires. Les bailleurs sont humains, ils connaissent les conditions de vie des habitants du matiti. C’est le pauvre qui vient vivre ici et le bailleur le comprend », affirme M. Okoumba Asseko.   C’est le pauvre qui vit dans les matitis, c’est le rejeté de la société qui n’a pas d’éducation qu’on retrouve dans ces quartiers sous-intégrés. M. Okoumba Asseko a fait son constat : « Nous retrouvons des constructions anarchiques, des toilettes dans la cuisine, des logements en tôles, le salon du voisin est le lieu de passage de tout le monde. »   Un logement, mais au prix des vies humaines   Les maisons sont construites de façon anarchique. Etudiant en communication résidant au quartier Malaba, Mboumba Mafouana nous raconte son expérience : « À Malaba, il y a des éboulements. Une pluie diluvienne a emporté un vieillard. Il était déjà couvert de boue. Les sapeurs-pompiers sont arrivés autour de 11 heures le lendemain. »   L’accès à ces quartiers est pratiquement impossible pour des interventions de sauvetage. Quand surviennent des catastrophes, les ruelles sont inaccessibles pour les véhicules. Le jeune étudiant ajoute : « Malaba est un quartier où la majorité des constructions sont faites sur des collines. Pour se frayer un chemin, des engins viennent faire des travaux. » Les infrastructures telles que les dispensaires ou les centres médicaux n’existent pas dans ces quartiers.   Le matiti, c’est la mort facile. À Malaba, tout est à haut risque d’après notre étudiant : « La majorité, c’est des maisons inachevées recouvertes de bâches pour être à l’abri ou de vieilles maisons qui menacent de s’écrouler au moindre vent. »   Le vice, la prostitution, les beuveries, les jeux d’argent et le vol sont les activités auxquelles s’adonnent les jeunes des matitis.   À Cocotier depuis quatre ans, Eureka Idomba, étudiant dans une école supérieure, nous partage son expérience : « La pauvreté dans ce quartier entraîne la délinquance et la prostitution. Un boutiquier prostitue des mineures à cause d’un sachet de riz ou d’un quart de litre d’huile. »   L’inaction des pouvoirs publics a tendance à faire de ce quartier l’un des plus dangereux de Libreville. Eureka Idomba témoigne : « Le niveau d’insécurité est effrayant, il n’existe pas d’heure pour les braquages. ». L‘étudiant en profite pour aborder la question du faible taux de scolarisation des jeunes de son quartier : « Il est devenu rare de voir un enfant de Cocotier réussir à l’école. »   De Derrière-la-Prison à Malaba, en passant par Cocotier, le constat est accablant : habitat précaire, absence d’infrastructures sociales, insécurité, délinquance juvénile, déperdition scolaire et chômage. Dans les matitis, les habitants luttent entre le désespoir et l’espoir.   Okoumba Asseko, Idomba et Mboumba Mafouana rêvent simplement de logements décents, d’eau et d’électricité accessibles, d’écoles et de centres médicaux.

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Martial Idundu

Flavienne Louise Issembè

 

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CONTACTS

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