Journalistes Seniors

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Martial Idundu
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Eric Ozwald
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Eric Ozwald

PIRATAGE INFORMATIQUE

Le numérique a profondément transformé nos vies. Médias, banques, administrations, entreprises. D’un  secteur à un autre, tout est désormais connecté. Mais cette révolution silencieuse a aussi ouvert la porte à une nouvelle forme de criminalité qui progresse dans l’ombre : le piratage informatique. Au Gabon, la réalité est alarmante. Avec 1,73 million d’individus connectés et un taux de pénétration internet de 71,7 %, le pays est devenu une cible de choix pour les cybercriminels. Les cas se multiplient et ne touchent plus seulement les grands groupes internationaux. Ici, sur notre territoire, des institutions reconnues en ont fait les frais. Le cas le plus retentissant reste celui de la BGFIBank Gabon. En juin 2023, l’établissement bancaire a été victime d’une cyberattaque majeure revendiquée par le groupe cybercriminel Bianlian, qui a exigé une rançon de 55 bitcoins, soit l’équivalent d’environ 998 millions de francs CFA. Une somme colossale. Une attaque froide, méthodique, menée depuis les coulisses du monde numérique. Mais les grandes institutions ne sont pas les seules visées. Les individus aussi sont dans le collimateur des pirates. En novembre 2025, un jeune Gabonais a été interpellé par les services anticriminalité de la Direction Générale des Recherches (DGR) pour arnaque et chantage aggravé, utilisant l’intelligence artificielle pour générer de fausses vidéos intimes afin d’extorquer des victimes. Une affaire qui illustre jusqu’où peut aller la perversité de certains acteurs du cybercrime. Derrière chaque attaque informatique, il y a des vies bouleversées, des activités paralysées, des réputations fracassées. Le piratage ne se limite pas à un simple accès illégal à un système. Ses effets se propagent comme une onde de choc. Pour les victimes directes, les conséquences sont d’abord financières. Des comptes vidés, des données monnayées sur le darkweb, des rançons exigées sous pression. Mais au-delà de l’argent, c’est la confiance qui s’effondre. Une banque piratée perd la confiance de ses clients. Un média infiltré perd sa crédibilité. Un particulier victime de chantage numérique perd sa dignité et sa tranquillité d’esprit. Il y a aussi les conséquences psychologiques, souvent minimisées. La peur, la honte, le sentiment d’impuissance face à un ennemi invisible qui connaît vos données, vos habitudes, votre vie privée. Pour les entreprises, s’ajoutent les coûts de remise en état des systèmes, les pertes d’exploitation et les poursuites juridiques possibles. À l’échelle nationale, le tableau est tout aussi préoccupant. Selon un rapport d’Interpol de juin 2025, la cybercriminalité représente désormais 30 % des actes criminels recensés en Afrique de l’Ouest et de l’Est. Un crime sur trois commis sur le continent est désormais lié au numérique. Le Gabon ne peut rester spectateur de cette réalité. Face à l’ampleur du phénomène, le législateur gabonais n’est pas resté les bras croisés. La Loi n°027/2023 portant réglementation de la cybersécurité et de la lutte contre la cybercriminalité en République Gabonaise Journal-officiel constitue aujourd’hui le bouclier juridique du pays contre ces infractions. Et les peines prévues sont sans équivoque. Quiconque accède frauduleusement à un système informatique s’expose à jusqu’à dix ans d’emprisonnement et cent millions de francs CFA d’amende. Journal-officiel Se maintenir illégalement dans ce même système expose à cinq ans d’emprisonnement et cinquante millions de francs CFA d’amende. Journal-officiel Des sanctions lourdes, à la hauteur des préjudices causés. La loi ne s’arrête pas là. Le Code Pénal gabonais prévoit de doubler les peines de plusieurs délits et crimes lorsque leur commission a été facilitée par l’utilisation de réseaux numériques ou électroniques de communication. Autrement dit, commettre un crime en ligne aggrave systématiquement la peine encourue. Le piratage informatique n’est plus une menace lointaine réservée aux multinationales ou aux gouvernements. Il est là, au Gabon, dans nos banques, dans nos téléphones, dans nos vies. Se protéger, signaler, poursuivre voilà les maîtres mots. La loi offre désormais les outils pour agir. Mais la meilleure défense reste, avant tout, la vigilance. Dans le cyberespace, personne n’est à l’abri. Mais tout le monde peut se préparer.

FRACTURE NUMÉRIQUE

Selon la Banque mondiale, le Gabon se distingue comme le pays le plus connecté d’Afrique subsaharienne avec un taux de pénétration internet dépassant 70% et des investissements massifs dans la fibre optique qui ont fait baisser les coûts de connexion. Ce Top 10 africain des technologies de l’information et de la communication (TIC) reflète un développement avancé, particulièrement à Libreville et Port-Gentil où la bande passante est fluide et abordable.  Mais, ce leadership masque une fracture numérique criante. L’accès à internet, aisé en ville, limité ou inexistant à l’intérieur, se mue en handicap majeur. Entre éducation en ligne inaccessible, télémédecine compromise et opportunités économiques hors d’atteinte, les disparités sociales et territoriales qui gangrènent la société gabonaise s’accentuent, creusant davantage l’écart entre les villes, où les enfants peuvent accéder aux métiers du futur, et les villages, où les enfants décrochent, non par manque de capacité, mais par manque d’infrastructures et d’accès. Couplé à l’éducation et à la formation professionnelle, le numérique pourrait devenir un catalyseur de développement et d’équité territoriale, et un outil de justice sociale permettant aux habitants des provinces de participer pleinement au développement national à travers la vente de leurs produits agricoles et artisanaux en ligne, l’accès à des micro‑crédits et à des formations professionnelles à distance. À terme, l’information et les marchés numériques permettront aux petites entreprises locales de se développer, de créer des emplois et de réduire l’exode rural. Il y a donc urgence d’étendre durablement la couverture numérique dans tous les villages et de garantir une connexion stable, afin que chaque jeune ait accès au savoir et aux opportunités numériques. D’autres priorités incluent : Le numérique n’est plus un simple outil de divertissement ou d’échanges entre proches et avec le monde. Aujourd’hui, cet espace est devenu un outil de travail indispensable. Derrière chaque compte se cachent un entrepreneur, un vendeur, un créateur, une mère ou un père nourrissant sa famille au jour le jour, des apprenants qui suivent des cours en ligne, un journaliste qui fait de la recherche et informe le public. Suspendre, même temporairement, les réseaux sociaux, paralyse l’économie numérique. Moteur de croissance essentiel, ce domaine représente « l’ensemble des activités économiques, de production et de services s’appuyant sur les TIC et Internet. Priver le public, les élèves et les enseignants des réseaux sociaux revient donc à débrancher le moteur en plein vol ; à limiter l’accès aux outils pédagogiques, à l’information et la communication ; et à s’isoler du monde. Des revenus sont anéantis, en particulier ceux pour qui le numérique est un outil de survie vitale et une partie intégrante de la vie au quotidien. La restriction d’accès ne reste jamais abstraite. Elle se ressent immédiatement chez la petite vendeuse qui prend ses commandes sur WhatsApp ou dans la presse en ligne où la rapidité de la circulation des informations et l’accès du public à ses contenus sont extrêmement réduits. Entre sécurité publique et droit d’accès aux réseaux sociaux Jusqu’où l’État peut-il aller sans toucher aux droits des citoyens et comment peut-il protéger la société sans fragiliser ceux qui en dépendent pour vivre ? Si l’État a le devoir de protéger la population, il se doit également d’éviter que les mesures de protection ne créent d’autres formes d’exclusion, un équilibre mal géré pouvant rapidement se transformer en fracture sociale. Toute décision concernant les réseaux sociaux a un impact direct sur la vie réelle. La vraie question n’est peut-être pas de savoir s’il faut réguler ou non, mais comment réguler sans couper les gens de leurs moyens de vivre, d’apprendre et de communiquer. À l’instar de ce qui se fait dans tous les pays, l’État peut encadrer les communications numériques pour protéger la sécurité publique, mais ce pouvoir n’est pas sans limites. Les textes internationaux comme la Déclaration universelle des droits de l’Homme rappellent que toute restriction doit être justifiée, nécessaire et proportionnée. En d’autres termes, on ne peut pas limiter un droit sans raison forte et sans mesurer l’impact réel sur la population. Mais, sur le terrain, la règle juridique et la réalité vécue ne se rencontrent pas toujours facilement. Analyse juridique de la suspension des réseaux sociaux Selon le juge Okili, qui a bien voulu répondre aux questions du magazine « Vivre », cette mesure s’inscrit dans le cadre légal de protection de l’ordre public, mais elle doit respecter les principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité.Le juge cite, entre autres, la restriction de la liberté d’expression et du droit à l’information qui limite la circulation des messages et des contenus. Et Me. Okili d’ajouter : « Le droit à l’éducation est indirectement impacté, car de nombreux étudiants utilisent les réseaux sociaux comme support pédagogique. De même, la liberté économique et le droit au travail sont touchés, particulièrement pour les jeunes micro-entrepreneurs et les professionnels du numérique, qui voient leurs activités paralysées. Du point de vue juridique, toute mesure de suspension doit être proportionnée et limitée dans le temps et l’étendue. Les autorités doivent démontrer qu’aucune alternative moins intrusive n’était possible. » De la légalité de l’action D’après le juge, la légalité de l’action peut être contestée devant la HAC ou la Cour constitutionnelle. Des recours internationaux restent envisageables, notamment devant la Cour africaine des droits de l’Homme et des Peuples. En outre, dit-il, « La suspension des réseaux sociaux au Gabon peut se justifier légalement par la protection de l’ordre public, mais ses effets sur les droits fondamentaux nécessitent une évaluation stricte. Une suspension prolongée et générale pourrait être considérée comme disproportionnée, affectant la liberté

LA CITÉ DE LA DÉMOCRATIE RENAIT DE SES CENDRES

La Cité de la Démocratie, détruite sous le régime d’Ali Bongo Ondimba et reconstruite au cours des 18 derniers mois sur son site originel, a servi de cadre à l’inauguration, le 03 mai, du Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba. La cérémonie, présidée par Brice Clotaire Oligui Nguema, a coïncidé avec le premier anniversaire de son investiture en tant que chef de l’État, président de la République et du gouvernement. La présence de ses homologues du Burundi, du Congo, du Ghana, de la République centrafricaine, de la Sierra Leone et de Sao Tomé-et-Principe a donné à l’évènement une véritable portée régionale. À leurs côtés, des chefs de délégations de pays amis et des responsables d’organisations régionales et internationales ont confirmé l’intérêt suscité par ce rendez-vous diplomatique majeur. Le chant de l’hymne national a suspendu le temps dans l’enceinte du Palais des Congrès. L’assistance, debout, a vécu un moment de recueillement collectif, chargé d’émotion et de solennité. Ému, le président Oligui Nguema a pris la parole. Il a rendu hommage à « son mentor » et à son œuvre marquée, entre autres, par la construction en 1977 du tout premier Palais des Congrès gabonais. Le complexe accueille, cette année-là, le sommet de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), traduisant ainsi la volonté du président Omar Bongo Ondimba de faire du Gabon un pôle diplomatique majeur. Ce même palais a abrité bien d’autres évènements dont la Conférence nationale de 1990 qui a marqué le retour du Gabon au multipartisme.   Poursuivant son discours, Brice Clotaire Oligui Nguema a mis l’accent sur les priorités de son mandat. « Je rappelle que la lutte contre le chômage, l’accès à l’eau et à l’électricité demeurent mes priorités. L’ambition de redresser mon pays reste intact », a-t-il déclaré. Des préoccupations qui, dans le contexte gabonais, touchent directement à la dignité des citoyens et à l’effectivité de leurs droits fondamentaux. Dans un pays où les questions sociales restent fortement liées aux droits humains, ce message résonne comme un engagement à faire de la gouvernance un outil de réponse concrète aux besoins essentiels de la population. « Très prochainement, devant le Parlement réuni en Congrès, « j’aurai l’occasion de dresser le bilan de mon action depuis le début de mon mandat », a indiqué le chef de l’État, témoignant ainsi de sa volonté d’inscrire son action dans une logique de résultats et de responsabilité, et de réaffirmer sa vision de l’action publique.   L’inauguration du Palais des Congrès a offert l’image d’un Gabon tourné vers la diplomatie, soucieux de traduire ses ambitions en avancées tangibles pour les citoyens, de replacer la question du développement dans une perspective plus large où l’amélioration des conditions de vie constitue un préalable à tout redressement durable. Entre affirmation diplomatique et célébration nationale, la Cité de la Démocratie est appelée à retrouver sa vocation de symbole national et continental. Dès les abords du site, l’atmosphère témoignait de l’importance de la cérémonie. Les jardins soigneusement aménagés, l’animation protocolaire et l’arrivée des délégations ont donné au lieu une dimension à la fois solennelle et chaleureuse. Le Palais des Congrès, dévoilé dans toute sa splendeur, offre à la Nation gabonaise un cadre prestigieux propice à la réflexion et à la prise de décision, l’objectif étant d’affirmer la volonté d’Oligui Nguema de moderniser et transformer le Gabon, et d’affirmer ses ambitions aux plans diplomatique et institutionnel.

L’avis du public

Le public gabonais s’impatiente. Il est temps, estime-t-il, de lever la suspension des réseaux sociaux et d’encadrer cet espace par la mise en place d’un système de surveillance adéquat, l’objectif étant de sévir et punir les coupables. Payer pour une faute commise par d’autres est injuste. À preuve, les personnes qui vivent du commerce en ligne, qui travaillent dans le secteur du marketing digital, ainsi que les familles, pour ne citer qu’eux, en font les frais. 

CRISE DE CONFIANCE ET GOUVERNANCE

Au cœur de la fissure sociale qui ronge profondément le Gabon, une crise de confiance sans précédent ébranle les fondations mêmes de la gouvernance sous la 5ème République. Grèves massives paralysant écoles, hôpitaux et administrations publiques, manifestations quotidiennes encombrant les artères bondées de Libreville et Port-Gentil, boycott généralisé des services essentiels. Ces soulèvements traduisent un contrat social irrémédiablement brisé. Du salarié urbain épuisé par l’inflation galopante au cultivateur provincial oublié des aides de l’État, chaque Gabonais exprime un ras-le-bol légitime face à des institutions perçues comme opaques, corrompues et déconnectées des souffrances du quotidien. Me. Ange Kevin Nzigou, avocat chevronné et président du Front Démocratique Socialiste (FDS), diagnostique dans le tumulte des tensions actuelles, avec une gravité palpable, la perte de confiance viscérale qui gangrène la société gabonaise envers la parole publique des élites. « Cette crise démontre que les Gabonais n’ont plus confiance en la parole publique », assène-t-il d’une voix ferme, les yeux rivés sur l’objectif. Il appelle solennellement les dirigeants actuels à « considérer les cris du peuple gabonais » qui montent de tous les quartiers. Sans une écoute sincère et des actes concrets, alerte-t-il avec force, « la situation ne fera qu’empirer, imposant inévitablement un rafraîchissement profond et urgent de la classe politique pour insuffler un véritable renouveau démocratique, inclusif et profondément humain. » Perspectives de sortie Restaurer la confiance érodée exige un dialogue, solidement ancré dans les droits humains fondamentaux y compris la dignité de tout être humain, la liberté d’expression pour que chaque voix soit entendue sans crainte, l’accès équitable à l’information malgré les abîmes de la fracture numérique qui isolent provinces et périphéries, et une justice sociale implacable pour panser les blessures profondes des plus vulnérables. Derrière les banderoles enflammées et les slogans, ce sont les mères de famille comptant fébrilement chaque franc pour nourrir leurs enfants, les jeunes entrepreneurs bricolant des rêves d’avenir dans l’ombre des coupures internet, les aînés des villages portant patiemment la mémoire collective d’un Gabon uni qui lancent un appel vibrant à la réconciliation. Leur dignité inviolable, pierre angulaire des droits humains universels, demeure la clé lumineuse d’un espoir retrouvé pour une nation pansée et renaissante.

SOMMES-NOUS DES PATIENTS OU DES CLIENTS ?

Au Gabon, l’hôpital est-il devenu une entreprise qui privilégie l’argent au détriment des malades ? L’avènement de l’hôpital moderne a donné naissance à une nouvelle forme de services de santé. Les structures sanitaires deviennent des machines à sous alors que les malades n’ont qu’un souhait : se faire soigner. Le mal gangrène l’hôpital et se répand comme un cancer qui fait tache à cette noble création de l’Homme. L’hôpital, ce lieu fréquenté par toutes les couches sociales, en particulier la classe moyenne, perd sa splendeur. Agissons avant qu’il ne soit trop tard. Le système de santé gabonais a adopté depuis plusieurs années une tarification à l’activité. Les hôpitaux sont désormais dans une démarche d’optimisation excessive des montants des consultations et autres soins médicaux, l’objectif étant d’augmenter leurs profits ou de combler leur déficit, quitte à franchir la ligne rouge. Le service public a failli, d’où la prolifération des cliniques privées qui, vraisemblablement, creusent davantage le fossé entre les différentes couches de la société. Certaines dérives sont dénoncées par des patients ou des usagers telles que la falsification d’horaires de décès, pour compter une journée d’hospitalisation supplémentaire ou la prescription de traitements destinés à maintenir en vie quelques jours de plus un patient condamné. En dépit des nombreux défis auxquels sont confrontés nos structures sanitaires, des histoires positives émergent. Nous avons rencontré trois gabonais qui ont vécu des expériences inspirantes dans nos hôpitaux et cliniques. Leurs récits témoignent de la résilience, de la compassion et du professionnalisme des professionnels de la santé au Gabon, et mettent en lumière les moments de réconfort et de guérison au cœur de ces institutions. Grâce, une jeune femme de 31 ans, se souvient de son expérience à l’hôpital avec gratitude et reconnaissance : « Lorsque j’ai été admise pour une intervention chirurgicale d’urgence, j’avais peur et j’étais anxieuse. Cependant, dès mon arrivée, j’ai été accueillie par une équipe médicale chaleureuse et compétente qui m’a immédiatement mise à l’aise. » Grâce considère son expérience à l’hôpital comme un moment de gratitude envers le personnel qui a veillé sur elle dans sa période de vulnérabilité, notamment l’infirmière Sylvie, qui lui a offert un soutien et un réconfort inestimables tout au long de son séjour à l’hôpital. « Grâce au dévouement et à l’expertise du personnel, j’ai pu surmonter cette épreuve avec courage et détermination. Timmy, étudiant en développement Web, relate son hospitalisation des suites d’une infection :« Quand j’ai été conduit à l’hôpital, j’étais dans un état délicat et j’avais peur. Cependant, grâce aux soins attentifs et à l’expertise de l’équipe médicale, j’ai non seulement reçu les meilleurs soins, mais je me suis remis complètement. Les médecins, les infirmières et tout le personnel hospitalier ont travaillé sans relâche pour m’aider. Leur dévouement et leur professionnalisme m’ont profondément touché et m’ont donné une nouvelle appréciation des services de santé au Gabon. » Loïc, un père de famille, a été confronté à un défi de santé majeur lorsqu’il a été diagnostiqué avec un diabète : « Quand j’ai appris ma condition, j’étais terrifié pour l’avenir de ma famille et le mien. Cependant, dès mon premier rendez-vous à l’hôpital, j’ai été accueilli par une équipe médicale chaleureuse et attentionnée qui m’a immédiatement mis à l’aise. » Aujourd’hui, Loïc est reconnaissant envers le personnel qui lui a offert des soins de première classe et lui a permis de vivre pleinement sa vie malgré son diabète. Mais, il n’en demeure pas moins que les services de santé souffrent de plusieurs maux qui impactent considérablement la santé d’une frange importante de la population gabonaise en raison notamment des bas salaires, des ressources extrêmement limitées aux plans humain, technique et financier. Au vu de ce qui précède, il est primordial de redonner au système national de santé ses lettres de noblesse par la valorisation de ses services et la promotion de la dignité de son personnel afin d’éviter ses dérives qui en font une machine à faire de l’argent au détriment de la santé des patients.  

SPORT ET DROITS HUMAINS

Fondé en 2018, le Club Atlético Akanda s’engage résolument pour la pratique féminine du football. Il accompagne les joueuses vers l’insertion professionnelle dans le cadre du projet « ÉDUQUER ». Le club prend en charge le parcours scolaire et universitaire des joueuses, ainsi que leur intégration dans des centres de formation. À cela s’ajoutent des actions concrètes qui transforment les talents en carrières.

LA RÉVOLTE SILENCIEUSE DES FEMMES ET

Le sport transcende les disciplines physiques régies par des règles, pratiquées individuellement ou collectivement. Il incarne des valeurs humaines essentielles y compris le vivre-ensemble, l’unification des peuples et des communautés, le droit des invisibles à la parole et l’ouverture de portes que la société maintient closes. La révolte silencieuse des femmes et des personnes handicapées retrace les initiatives inspirantes d’Atlético Akanda pour le football féminin et le témoignage émouvant de Waldhys, coach en situation de handicap. Ce reportage met en lumière les défis persistants et les appels à un soutien institutionnel accru. Atlético Akanda : un tremplin pour le football féminin Fondé en 2018 par Freddhy Koula, le club Atlético Akanda s’engage résolument pour la pratique féminine du football. Sa section féminine, championne du Gabon, accompagne une vingtaine de joueuses vers l’insertion professionnelle dans le cadre du projet « ÉDUQUER ». Michael Doussengui, directeur du club, s’explique : « Nous prenons en charge le parcours scolaire et universitaire de nos joueuses. Le suivi de leurs examens et leur intégration dans des centres de formation, y compris celle qui décrochent relèvent également de nos responsabilités. » Sur le plan sportif, social et professionnel, « Atlético Akanda mène des actions concrètes qui transforment les talents en carrières, l’objectif étant de briser le tabou d’une femme footballeuse professionnelle vivant de sa passion. » ? Michael Doussengui lance un appel aux autorités sportives afin « d’accompagner les clubs favorisant l’épanouissement de la jeunesse, vecteur de bonnes valeurs et de socialisation. » Témoignages : Passion, études et préjugés Marielle, ex-capitaine d’Atlético Akanda et milieu défensif en 1ère division équato-guinéenne, évoque une « expérience extraordinaire » qui l’a fait progresser socialement et professionnellement. Emyllie, étudiante en études ibériques à l’université Omar Bongo, concilie football et études : « Cours le matin, entraînements l’après-midi. » Lara, gardienne au club, a dû affronter l’opposition paternelle : « Mon père craignait les idées préconçues sur le football féminin.» Elle interpelle l’État : « Rendez le championnat féminin régulier, au-delà de quelques matchs sporadiques. » À l’instar du directeur du club, Mareille, Emyllie et Lara rêvent d’un environnement optimal. Si Atlético Akanda incarne le lien entre passion, études et avenir, elles attendent néanmoins une reconnaissance et soutien institutionnels. Waldhys : Le coach en situation de handicap qui inspire Passionné de football, Waldhys est président de l’ONG BAGNAMASSEBE (« Que l’on ne se moque pas de moi » en Nzebi). Il vit avec un handicap depuis l’enfance. Diplômé en sociologie de l’université Omar Bongo, il s’est intégré grâce au football : « De 2005 à 2013, j’ai coaché les Vieux Poumons de Koula-Moutou et une équipe universitaire. » Il plaide pour une structuration du sport adapté basée sur « la dotation des fédérations en équipements spécifiques et l’instauration d’un dispositif national de compétitions ». Le gouvernement, dit-il, « doit voir l’utilité du sport dans la société gabonaise. Sous la 5 ème République, Waldhys rêve d’un « miracle, de l’inclusion sportive des personnes en situation de handicap, avec moyens roulants et plus. » En larmes, il exhorte ses pairs : « Croyez en vos rêves, dépassez-vous, rejoignez les miraculés de la vie. » Dans un Gabon où le sport féminin végète sans championnat depuis trois ans et où les vulnérables restent cantonnés à la marge, Atlético Akanda et Waldhys incarnent une révolte silencieuse. Leur message est clair : « Investir dans les talents oubliés, c’est non seulement briser des tabous, mais c’est forger une société plus inclusive et unie par l’effort commun. » Aux autorités de transformer la voix des invisibles en écho national.

MÉDIAS ET DROITS HUMAINS

Au Gabon, les droits humains demeurent un enjeu majeur pour la société et les institutions. À cet égard, la presse en, tant qu’acteur incontournable de l’information et la sensibilisation, a la responsabilité de faire progresser la conscience citoyenne et de contribuer à l’édification d’une société plus juste et inclusive. Qu’elle soit écrite, audiovisuelle ou numérique, la presse joue un rôle de vigie en mettant en lumière les violations, en donnant la parole aux victimes et en interpellant les autorités. Elle devient ainsi un relais essentiel entre les organisations de défense des droits humains et l’opinion publique. Dans un pays où les débats sur la gouvernance, la justice sociale et l’égalité restent sensibles, les médias offrent une plateforme de dialogue et de plaidoyer. Cependant, ce rôle se heurte à plusieurs défis. La désinformation et la prolifération des contenus non vérifiés fragilisent la confiance du public. Les pressions politiques et économiques peuvent limiter la liberté éditoriale et pousser certains organes à l’autocensure. À cela s’ajoute la fracture numérique, qui prive une partie de la population, notamment en zones rurales, d’un accès régulier à l’information. Outre ces contraintes, des obstacles d’ordre institutionnel et structurel freinent la marche vers une presse libre et indépendante. De l’ambiguïté du cadre législatif Le Code de la communication de 2016, bien qu’ayant supprimé les peines privatives de liberté pour les délits de presse, contient des dispositions floues qui exposent les journalistes à des risques juridiques imprévisibles. Manque d’indépendance de l’organe de régulation des médias La Haute Autorité de la Communication (HAC) est critiquée en raison notamment de son mode de nomination qui est contrôlé par le pouvoir exécutif. Son président peut sanctionner un média sans consulter les autres membres, ce qui soulève des inquiétudes quant à l’équité de ses décisions. Accès limité aux sources officielles Les journalistes, en particulier ceux des médias indépendants, rencontrent des difficultés pour accéder aux informations gouvernementales. Cet obstacle entrave leur capacité à informer le public de manière complète et précise. Intimidations et pressions Des cas de convocations de journalistes par les services de sécurité sur la base du Code pénal ont été rapportés, créant un climat de peur et d’autocensure au sein de la profession. Malgré ces obstacles, les médias gabonais disposent d’opportunités inédites. Les réseaux sociaux et les plateformes digitales permettent de toucher la jeunesse, de vulgariser des notions complexes et de mobiliser autour de campagnes citoyennes. Les radios communautaires, quant à elles, restent des vecteurs puissants de sensibilisation des populations y compris celles vivant dans les régions éloignées. Ainsi, la presse gabonaise est appelée à renforcer son rôle pédagogique et critique, en s’appuyant sur des formats innovants et une rigueur professionnelle accrue. Car au-delà de l’actualité, il s’agit de construire une culture des droits humains, où chaque citoyen se sent informé, responsabilisé et engagé. D’où l’existence de programmes qui abordent les questions sociales liées à la défense et à la sensibilisation aux droits humains. « La Parole aux éditeurs », animée par Falonne Bessagholi sur Radio Gabon, mérite une attention particulière. Cette émission, qui gagnerait à être portée sur grand écran, s’impose comme un véritable espace citoyen. Elle donne la parole à tous les Gabonais, qu’ils soient au pays ou à l’étranger, pour débattre des sujets d’actualité, en particulier ceux qui touchent aux problèmes sociaux et aux droits fondamentaux. Au-delà de son format radiophonique, « La Parole aux éditeurs » incarne une démarche inclusive et participative. En ouvrant le micro aux citoyens ordinaires, elle brise le monopole des voix institutionnelles et permet une diversité d’opinions rarement entendues dans le paysage médiatique. Cette pluralité contribue à renforcer la conscience collective et à rapprocher les débats des réalités vécues par les populations. Dans un contexte où la sensibilisation aux droits humains reste un défi, ce type d’émission joue un rôle pédagogique essentiel. Elle vulgarise des notions complexes, encourage le dialogue et favorise l’émergence d’une culture de responsabilité citoyenne. Le paysage médiatique gabonais gagnerait à multiplier ce genre d’initiatives, capables de relier information, participation et engagement social, afin de consolider le rôle des médias comme piliers de la démocratie et de la justice sociale. Dans la même dynamique, l’ONG Brainforest, en partenariat avec Human Rights Foundation, a publié un guide intitulé « Gabon, tes droits. » Cet ouvrage constitue une ressource précieuse pour les citoyens, car il informe, explique et vulgarise les droits fondamentaux en République gabonaise. Accessible et pédagogique, ce guide illustre la manière dont les médias et les acteurs de la société civile peuvent collaborer pour renforcer la culture des droits humains. Il démontre que l’éditorial et la communication peuvent devenir des outils de sensibilisation puissants, capables de toucher un large public et de favoriser une meilleure compréhension des enjeux citoyens. Par ailleurs, le paysage médiatique compte depuis mars 2023 le magazine en ligne « Vivre » sur les droits humains au Gabon qui consacre l’essentiel de ses colonnes à des informations factuelles, didactiques et des conseils pratiques, le but étant d’aider le public à connaitre, s’approprier et défendre ses droits. Des sujets d’actualité y ont également leur place. « Vivre » est né de la volonté d’une équipe de journalistes qui travaille avec l’appui de professionnels issus de divers domaines (défenseurs des droits humains, juristes, enseignants, médecins, économistes, politologues, sociologues, anthropologues…). Leur analyse et leurs conseils sont d’un apport inestimable. Les médias et les droits humains sont intimement liés. Le défi est immense : il ne s’agit pas seulement de relayer des informations, mais de construire une véritable pédagogie des droits humains, adaptée aux réalités locales et accessible à tous. Les initiatives menées en ce sens par des institutions comme l’UNICEF ou des ONG locales montrent que des avancées sont possibles. Mais pour que l’impact soit réel, il faut une volonté collective, une stratégie cohérente et une implication continue et soutenue des médias dans la promotion des droits humains. Un paysage médiatique en mutation Le paysage médiatique gabonais a connu un essor notable dans les années 1990, porté par le renouveau démocratique. La création du Conseil national de la Communication (CNC) marquait une étape importante dans la régulation du secteur. Ses MÉDIAS ET DROITS HUMAINS

LE QUOTIDIEN DES « INVISIBLES »

Une père démunis tenant dans ses bras ses deux enfants, assis dans leur maison insalubre.

« Ils sont des centaines de milliers, mais on ne les voit pas, ils vivent parmi nous, mais ils sont à l’écart. Victimes d’une sorte d’omerta médiatique, les écartés de notre cadre de vie et de cadre de vue, les invisibles sont tous ceux que vous ne verrez généralement pas sur les médias au Gabon. Ces gabonaises et gabonais, ces individus qui font tache, sont les habitants des matitis. On les trouve dans toutes les métropoles d’Afrique, et même dans celles comme Libreville.»  Extrait de l’œuvre « Les Matitis » de Hubert Freddy Ndong Mbeng. Selon l’Observatoire international des maires sur le vivre ensemble, Libreville est la ville la plus peuplée du Gabon avec une population estimée à 850 000 habitants et 6 arrondissements subdivisés en 117 quartiers. De Derrière-la-Prison à Cocotier en passant par Malaba au PK12, où la vie au quotidien est une épreuve, un parcours du combattant pour les habitants, notre reportage a fait une immersion dans les profondeurs de ces agglomérats de la capitale où le braquage est une norme, où les glissements de terrain emportent des maisons et endeuillent des familles. Profil et mode de vie des habitants des matitis  Dans un quartier populaire dénommé Derrière-la-Prison (DP), communément appelé Boston par ses habitants qui font référence à cette ville des États-Unis où la violence et le crime sont élevés, M. Okoumba Asseko, résident depuis 2014, nous fait découvrir le quotidien de DP. « Les conditions de vies sont difficiles à Derrière-la-Prison, les gens qui y vivent sont pauvres, démunis, braqueurs. » Ces profils d’habitants révèlent une réalité peu reluisante. « Le prix des loyers est accessible. Ici, beaucoup de gens sont propriétaires. Les bailleurs sont humains, ils connaissent les conditions de vie des habitants du matiti. C’est le pauvre qui vient vivre ici et le bailleur le comprend », affirme M. Okoumba Asseko. C’est le pauvre qui vit dans les matitis, c’est le rejeté de la société qui n’a pas d’éducation qu’on retrouve dans ces quartiers sous-intégrés. M. Okoumba Asseko a fait son constat : « Nous retrouvons des constructions anarchiques, des toilettes dans la cuisine, des logements en tôles, le salon du voisin est le lieu de passage de tout le monde. » Un logement, mais au prix des vies humaines Les maisons sont construites de façon anarchique. Etudiant en communication résidant au quartier Malaba, Mboumba Mafouana nous raconte son expérience : « À Malaba, il y a des éboulements. Une pluie diluvienne a emporté un vieillard. Il était déjà couvert de boue. Les sapeurs-pompiers sont arrivés autour de 11 heures le lendemain. » L’accès à ces quartiers est pratiquement impossible pour des interventions de sauvetage. Quand surviennent des catastrophes, les ruelles sont inaccessibles pour les véhicules. Le jeune étudiant ajoute : « Malaba est un quartier où la majorité des constructions sont faites sur des collines. Pour se frayer un chemin, des engins viennent faire des travaux. » Les infrastructures telles que les dispensaires ou les centres médicaux n’existent pas dans ces quartiers. Le matiti, c’est la mort facile. À Malaba, tout est à haut risque d’après notre étudiant : « La majorité, ce sont des maisons inachevées recouvertes de bâches pour être à l’abri ou de vieilles maisons qui menacent de s’écrouler au moindre vent. » Le vice, la prostitution, les beuveries, les jeux d’argent et le vol sont les activités auxquelles s’adonnent les jeunes des matitis. À Cocotier depuis quatre ans, Eureka Idomba, étudiant dans une école supérieure, nous partage son expérience : « La pauvreté dans ce quartier entraîne la délinquance et la prostitution. Un boutiquier prostitue des mineures à cause d’un sachet de riz ou d’un quart de litre d’huile. » L’inaction des pouvoirs publics a tendance à faire de ce quartier l’un des plus dangereux de Libreville. Eureka Idomba témoigne : « Le niveau d’insécurité est effrayant, il n’existe pas d’heure pour les braquages. ». L‘étudiant en profite pour aborder la question du faible taux de scolarisation des jeunes de son quartier : « Il est devenu rare de voir un enfant de Cocotier réussir à l’école. » De Derrière-la-Prison à Malaba, en passant par Cocotier, le constat est accablant : habitat précaire, absence d’infrastructures sociales, insécurité, délinquance juvénile, déperdition scolaire et chômage. Dans les matitis, les habitants luttent entre le désespoir et l’espoir. Okoumba Asseko, Idomba et Mboumba Mafouana rêvent simplement de logements décents, d’eau et d’électricité accessibles, d’écoles et de centres médicaux.