Fondatrice et Directrice de Publication

Flavienne Louise Issembè

Journalistes Seniors

Yvette Bivigou
Martial Idundu
Flavienne Louise Issembè

Collaborateurs

Annie Mapangou
Eric Ozwald
Florène Okome Pambo
Tama Z’Akis

Equipe Technique

Chris Jonathan - Développeur
Gerald Boussougou - C. Manager
Andy G. K. Amiaganault - Cadreur
Hermann Oke Mve - Cadreur
Alain Wolbert - Cadreur
Delvane BKG - Cadreur

Contacts

infovivremagazine@gmail.com

+241 62 71 98 92

Edit Template

Marlène B. Hombomoto

LE PARADOXE DE L’ÉCOLE GABONAISE

Un enseignant, ancien directeur d’établissement aujourd’hui à la retraite, livre sa part du constat :« L’école gabonaise affiche un taux de scolarisation de 90 % et un écart garçons-filles de seulement 1,5%. Paradoxalement, le niveau de rendement et de réussite des apprenants est particulièrement bas. Après avoir connu un âge d’or, et ce jusqu’aux années 1990, l’école gabonaise, réputée pour être un modèle dans les pays de la région dont elle accueillait des professeurs et des élèves, s’est profondément déstructurée en raison d’une crise sans précédent. Grèves, climat d’insécurité et sureffectifs dans certains établissements de 80 à 100 élèves par enseignant contre 21 dans les pays à revenu intermédiaire. Le taux de redoublement et d’abandon scolaire est en nette augmentation. Il y a une inadéquation avec les normes de l’Unesco, sans oublier que le bac gabonais n’ouvre plus de facto les portes des universités les mieux cotées. Si certains établissements comme Léon Mba et Nelson Mandela étaient protégés en ce sens qu’il y avait un ratio classe qu’il fallait respecter, un internat et un climat sécuritaire exemplaire, les élèves subissent, hélas, les affres décrits plus haut. Les établissements qui se distinguent sont notamment le Prytanée, Calasanz, Mbele et l’Immaculée Conception. »  Ces propos sont étayés par des apprenants Xavier : « En termes de forces, lors des examens tels que le BAC et le BEPC, des établissements comme les lycées Jean Baptiste Obiang Etoughe, Jean Hilaire Aubame Eyéghé, Mbélé, Mohamed Arisani et Montalier ont un bon pourcentage de réussite entre 50 et 100%. On peut donc dire que la qualité de l’enseignement est bonne. » Kernelle : « On a de très bons enseignants. Leurs cours sont très explicites. » Orthiniel : « Mon établissement a une bibliothèque et du matériel de travail de très bonne qualité. » Kernelle : « Nous manquons d’instruments au niveau de certains départements et sommes exposés à l’insalubrité au sein de l’établissement du fait de la proximité de la poubelle avec les salles de classe. » Orthiniel : « Nous manquons d’enseignants. Les classes sont surchargées en raison du manque de salles et de tables-bancs. Certains élèves se retrouvent à quatre sur une table-banc. » Berny : « Les faiblesses sont le manque de salles de classe, de tables-bancs et d’outils informatiques. » Kévine : « J’aimerais également parler de la bourse en me référant à mon exemple. Quand j’étais au lycée, la bourse me permettait de subvenir à certains besoins d’ordre éducatif. A l’université, j’ai pu poursuivre mes études grâce à elle. La bourse est un avantage pour les élèves dont les parents ne sont pas aisés. Aujourd’hui, la situation est de plus en plus compliquée. Les élèves sont obligés de jongler entre l’école et les petits boulots pour poursuivre leurs études. » Qu’en pensent les parents d’élèves ? Annick Sono :« Les faiblesses sont a priori le manque de salles de classe et, partant, les sureffectifs. Certains lycées et collèges n’ont pas de professeurs jusqu’en fin d’année. » Xavier K. Rovaria:« Au sein des établissements privés et publics, les faiblesses se caractérisent par le manque d’enseignants et de tables-bancs dans certaines classes, notamment en 6e, , 5e et 4e. Les enfants ont des difficultés pour écrire car ils sont souvent assis àtrois, voire quatre, cinq ou six sur une table-banc. Ecrire dans ces conditions est difficile. Le ministère de l’Education devrait songer à augmenter le nombre de tables-bancs par classe et créer de nouvelles salles de classe. L’insécurité est un autre problème majeur dans certains établissements. » Frandy K. Bassatsi : « Un autre niveau de faiblesse a trait aux cours inachevés. Mon enfant me dit qu’il n’arrive pas à écrire en raison du manque de tables-bancs. Un enfant qui rentre à la maison avec les cours inachevés ne peut pas bien étudier. Par ailleurs, une fois en classe, certains enseignants qui sont censés donner quatre cours dans la semainen’en font qu’un ou deux et, par chance, trois. En mathématiques, par exemple, si le professeur ne vient pas ou s’il vient une fois dans le mois, l’enfant aura un handicap en classe supérieure. Pour rattraper ce retard, je suis mon enfant à la maison ». Quelles réformes pour le système éducatif ? Kernelle: « Il faudrait fournir plus de matériel, réhabiliter certains bâtiments, en construire d’autres. » Berny :« Je changerai certains professeurs qui ne sont pas aptes à bien enseigner. » Kévine:« Il faudrait maximiser l’emploi des enseignants gabonais. » Le point de vue des parents rejoint, à quelques nuances près, celui des élèves. Annick Sono :« A mon niveau, le changement doit se faire au niveau de la tête. Le ministre doit être quelqu’un qui est de l’éducation nationale. Il faudra mettre les gens à la place qu’il faut. » FrandyK. Bassatsi : « Je réduirai les effectifs des salles de classeIl faudra aussi pourvoir les établissements en enseignants de qualité parce que certains viennent en classe, disparaissent et réapparaissent à la fin du mois pour toucher leur salaire. Et c’est l’élève qui prend un coup. Un autre changement consistera à résoudre le problème de l’insécurité. » Par ailleurs, l’on se demande si l’école doit ou non privilégier la théorie à la pratique. D’aucuns estiment que le système éducatif devrait promouvoir davantage le niveau de connaissances nécessaires à l’apprenant pour qu’il soit prêt à affronter les problèmes liés au développement de notre pays. Cette méthode apporterait ainsi un certain équilibre au système éducatif et permettrait aux apprenants d’avoir un niveau compétitif. « Je suis plutôt satisfait de la formation que l’éducation nationale nous propose », affirme Marc-Antoine, étudiant à l’Université des sciences et techniques de Masuku (USTM). « Sur le plan théorique, les enseignants que j’ai eus avaient de la matière et cherchaient à relever le niveau de chaque élève au lycée. Mais je ne vais pas généraliser car j’étais dans un établissement de privilégiés où l’on avait accès à des laboratoires bien équipés. » « Comparé à l’Occident, notre génération peine à accéder à l’outil informatique. La plupart d’entre nous y ont accès à leur entrée à l’université. Même si la tendance semble s’inverser dans les écoles, notre système a encore des années de retard face aux défis que va devoir relever notre pays à l’avenir : les défis de l’informatique, de la technique, du numérique LE PARADOXE DE L’ÉCOLE GABONAISE

SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS

Maryse Colette Adiaheno, ingénieure en science des aliments et conseillère de la Directrice générale de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire

Ingénieure en science des aliments et conseillère de la Directrice générale de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA), Maryse Colette Adiaheno s’est vu confier la charge du projet de Laboratoire d’analyse alimentaire (LAA) en 2021. Dans l’entretien qu’elle a bien voulu accorder à « Vivre », elle explique l’importance de la sécurité des aliments pour la santé publique, situe le rôle du LAA et en dresse le bilan. « Vivre » : Que recouvrent les notions de sécurité alimentaire et de sécurité sanitaire des aliments ? Maryse Colette Adiaheno : La sécurité alimentaire est le fait d’assurer à tous les êtres humains un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive, le but étant de leur permettre de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires afin de mener une vie saine et active. Venons à présent au second volet de votre question. La sécurité sanitaire des aliments est l’une des composantes les plus importantes de la sécurité alimentaire. Avoir à disponibilité une quantité suffisante d’aliments est bien, mais avoir une quantité suffisante d’aliments sains, sûrs, salubres et nutritifs est mieux. Quelle est la situation de la sécurité sanitaire des aliments au Gabon ? La sécurité sanitaire des aliments est un vaste chantier parce qu’il en va des habitudes des populations et des commerçants. A ce titre, elle relève de la sensibilisation et de l’éducation du public. Pour ne citer qu’un exemple, comment s’assurer qu’un boutiquier qui a l’habitude de débrancher son frigidaire tous les soirs par mesure d’économie d’électricité ne le fasse plus à la longue ? Il devrait comprendre que son geste a un impact sur la qualité des aliments. Il faut sensibiliser aussi bien les commerçants que la population aux bonnes manières de faire, de se comporter, de conserver les aliments pour éviter, in fine, de se retrouver avec des produits impropres à la consommation. Je dois ajouter que malgré son jeune âge, l’AGASA a fourni énormément d’efforts depuis la date de sa création, en 2011. Elle est passée par une longue période de sensibilisation des populations et des différents secteurs alimentaires, qu’il s’agisse de l’industrie, des producteurs locaux, des importateurs, des distributeurs, de l’alimentation de rue, des abattoirs, de la pêche industrielle et artisanale. Avec l’aide des autorités publiques, l’Agence pourrait atteindre ses objectifs d’ici cinq ans. Elle a mis en place des plans de surveillance pour s’assurer de la qualité sanitaire de la chaine alimentaire. Concernant justement ce volet, il faut dire que les autorités publiques sont rigoureuses sur la qualité des produits locaux et importés dans l’optique d’atteindre un niveau sanitaire irréprochable de la chaine alimentaire. Aujourd’hui, la sécurité alimentaire connait une nette amélioration. Il est vrai que le Gabon est encore dépendant de l’extérieur pour l’approvisionnement, mais la production locale est en plein essor. Le Laboratoire d’analyse alimentaire (LAA) de l’AGASA est chargé du contrôle et de l’évaluation de la qualité sanitaire des aliments. C’est quoi au juste le contrôle et l’évaluation ? Le contrôle et l’évaluation sont deux pans différents. Le contrôle s’apparente à l’inspection. Une fois que les produits sont sur le marché, on procède à des inspections sur le terrain, on vérifie par le toucher, l’odorat, la coloration des aliments pour voir s’ils sont sains et bien conservés. En bout de chaine du contrôle arrivent les analyses en laboratoire. Lorsqu’on a une suspicion sur un produit, des échantillons de ce produit sont envoyés au LAA pour pouvoir lever l’équivoque sur sa qualité. L’évaluation, c’est tout autre chose. L’évaluation se fait avant l’arrivée du produit sur le marché. On cherche à connaitre la provenance du produit et ses composantes, et s’assurer qu’il est propre à la consommation. Là, également, le laboratoire doit intervenir pour faire des analyses sur la qualité nutritionnelle, sur la qualité sanitaire du produit pour savoir si en consommant ce produit il n’y a aucun risque sanitaire. D’où, la mise en place du LAA en octobre 2021 ? Doter l’AGASA d’un LAA était, plus qu’un besoin, une nécessité réelle pour aider à la prise de décision de l’Agence et de toutes les autorités publiques qui traitent du secteur alimentaire. C’était une volonté manifeste de la Direction générale, avec à sa tête Mme Alia Maganga Moussavou qui a pris ce projet comme une affaire personnelle. Le LAA a été mis en place en treize mois, de septembre 2020 à octobre 2021. C’est une première en République gabonaise. Celle-ci résulte d’un impératif de répondre à plusieurs problématiques surtout dans les domaines de la gestion et du suivi des plans de surveillance. L’AGASA s’est rendue compte qu’on ne pouvait pas atteindre nos objectifs tant qu’on n’aurait pas de réponse scientifique. Collaborer avec des laboratoires extérieurs était une obligation, mais non seulement le délai de rendu des résultats était long, en plus la conservation des échantillons envoyés dans les laboratoires à l’extérieur n’était pas garantie. Donc, il nous fallait obligatoirement un laboratoire physico-chimique et microbiologique pour pouvoir répondre de manière rapide et exacte à toutes les équivoques sur la qualité de certains aliments. Le LAA contribue aujourd’hui à la diminution des risques liés à la présence des résidus de produits phytosanitaires, des métaux lourds et des bactéries pathogènes contenus dans les produits et denrées alimentaires, d’une part. Il offre éventuellement aux usagers des analyses fiables et de qualité pour la mise sur le marché de leurs produits, d’autre part. Le contrôle et l’évaluation de la qualité sanitaire des aliments s’étendent-ils aux aliments importés ? Effectivement, il y a un arrêté, l’arrêté 006/MAEPA du 31 mars 2021, qui fixe les modalités d’importation des denrées alimentaires animales et des produits d’origine animale en République gabonaise. L’arrêté stipule que chaque importation doit être accompagnée de résultats d’analyses effectuées dans un laboratoire d’analyse accrédité par le pays d’origine ou exportateur. Dans le cas contraire, une analyse des produits à l’arrivée est obligatoire et conditionne donc la libération, la mise sur le marché des produits importés. Pour ne citer qu’un exemple, si nous recevons, 5 à 6 échantillons différents de poulet importé d’Ukraine SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS