JEANNE CLARISSE DILABA

Défenseure des droits humains

Le parcours de Jeanne Clarisse Dilaba est parsemé de pépites. Ambitieuse, courageuse et humaniste, cette Gabonaise de l’Estuaire et de la Ngounie esr une fervente militante contre les discriminations et les violences faites aux personnes vulnérables. Fondatrice de l’ONG Femme Lève-toi (OFLT), du Mouvement Jeunesse Lève-Toi et de la Coopérative MognuGuButambe « La Vie Provient de la Terre », elle est depuis février 2022, coordinatrice nationale du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC).

« Vivre » : Madame Dilaba, Qu’est au juste le REDHAC et quelle en est la mission ?

Jeanne C. Dilaba - Le REDHAC a été créé en avril 2007 par les délégués des organisations de défense et de promotion des droits de l’homme de huit pays d’Afrique centrale. J’ai cité le Cameroun, la Guinée Equatoriale, le Gabon, la République du Congo, la République démocratique du Congo, la République Centrafricaine, Sao-Tomé et Principe et le Tchad. Le REDHAC est donc une organisation sous-régionale, apolitique et à but non lucratif. La mission de notre réseau est de coordonner et structurer toutes les organisations des défenseurs(es) des droits de l’homme, de faire des plaidoyers afin que l’Etat tienne les engagements régionaux et internationaux en matière de respect et de promotion des droits humains, et de contextualiser la loi type du REDHAC. Ce texte est un modèle de loi que chaque pays doit adapter à son contexte national. Il a été adopté en vue d’assurer la protection et la sécurité des défenseurs(es) des droits de l’homme par le renforcement de leurs capacités dans l’exercice de leurs activités.

Qui sont les défenseurs (es) des droits humains et quels sont les risques auxquels ils/elles sont exposés (ées) ?

Jeanne C. Dilaba - Les défenseurs (es) des droits humains sont issus de toutes les couches sociales et professionnelles sans considération de classe, de sexe, de race ou de religion. Ce sont, par exemple, les activistes, les défenseurs (es) des minorités et des groupes vulnérables, les journalistes, les migrants. Pour en venir au deuxième volet de votre question, les défenseurs des droits humains encourent des risques majeurs en protégeant et en défendant les autres au point qu’ils en oublient leur propre sécurité. Ces risques se traduisent notamment par des actes d’intimidation, de harcèlement, de violence et des arrestations.

Etes-vous une victime ?

Jeanne C. Dilaba - Non. Je n’ai été victime d’aucune de ces situations de la part des autorités gabonaises, mais de certains camarades de la société civile depuis que je suis à la tête de la Coalition du Réseau des défenseurs des droits humains d’Afrique centrale.

Quelles sont les mesures qui s’imposent pour garantir la sécurité des défenseurs des droits humains ?

Jeanne C. Dilaba - A mon avis, les mesures qui s’imposent pour garantir la sécurité des défenseurs des droits humains sont d’ordre politique et juridique. Sur le plan politique, le contexte est, hélas, caractérisé par un déficit démocratique dû à la faiblesse des institutions. Dans le domaine juridique, si de nombreux textes ont été pris en vue d’assurer la protection des défenseurs des droits humains, il convient cependant de relever que malgré tout cet arsenal, les violences et les violations des droits persistent à l’encontre des défenseurs des droits humains. Dans notre situation il n’y a aucune loi de promotion et de protection des défenseurs des droits humains.

Quel est le programme d’action du REDHAC et les moyens dont l’ONG dispose pour l’exécuter ?

Jeanne C. Dilaba - Nous œuvrons à l’organisation d’ateliers avec des personnes ressources pour la contextualisation de la loi type que nous espérons obtenir avant les élections présidentielles. Elle nous sera extrêmement utile pour le combat que nous menons en faveur de la promotion des droits humains, de la protection et de la défense des prisonniers politiques et tous ceux qui sont arrêtés arbitrairement. S’agissant des moyens, les premiers dont nous disposons sont Dieu et les mécanismes africains et onusiens des droits de l’homme. Le travail est laborieux. Au vu du fonctionnement de notre pays, aussi petit soit-il, du manque d’unité des défenseurs des droits de l’homme, des pesanteurs administratives, des lobbies et de la Commission nationale des droits de l’homme, nous ne pouvons compter que sur la détermination des collaborateurs et la Providence.

Madame, que souhaiteriez-vous dire pour clore ce chapitre sur le REDHAC ?

Jeanne C. Dilaba - « Nous protéger, c’est sécuriser nos droits. »En disant ces mots qui sont inscrits dans le Manuel du REDHAC sur la protection et la sécurité des défenseurs (es) des droits humains, je plaide haut et fort pour la réduction de l’iniquité, de l’injustice et des discriminations. En ma qualité de coordinatrice nationale du REDHAC, j’exhorte les défenseurs des droits humains, où qu’ils se trouvent, à se mettre en réseau avec d’autres défenseurs. L’objectif est de renforcer la lutte contre la violation des droits humains et, partant, de veiller à la sécurité des personnes qui ont à cœur de les défendre et protéger. Le chemin est long, mais la lumière est au bout du tunnel.

Votre détermination ne date pas d’aujourd’hui.

En 1997, j’ai créé l’Association des femmes délaissées afin d’aider les femmes qui n’avaient pas de soutien à trouver leur place dans la société, y compris dans le monde du travail. Mais le sigle AFD ne nous a pas aidées à évoluer. Le 27 septembre 2014, nous l’avons changé et appelé ONG Femme Lève-Toi (OFLT). Nous luttons contre toutes les formes de discrimination et de violences à l’endroit des personnes vulnérables. Nous menons des actions en faveur de nos cibles qui sont les familles de personnes vivant avec un handicap, les jeunes désœuvrés et apatrides, clés victimes des violences basées sur le genre et les personnes âgées.

Quel est l’objectif de l’OFLT ?

L’objectif est d’aider ses membres à connaître leurs droits et à en jouir, de les éduquer, de les former et de les accompagner dans le domaine de la création d’activités génératrices de revenus pour leur autonomisation. L’OFLT compte près de 200 adhérents dont une moitié est active et l’autre pas pour des raisons multiples. Celles-ci sont essentiellement liées à la culture associative, à la réticence, voire à la méfiance des membres vis-à-vis des politiques, et à la soif du gain. Le bénévolat n’est pas encore ancré dans notre culture.

Quelles sont les méthodes de travail de l’OFLT en matière de recrutement, de fidélisation, de sensibilisation et d’accompagnement des victimes des violences domestiques ?

Le recrutement au sein de l’OFLT se fait par la proximité, de bouche à oreille, mais aussi par les bénéficiaires en présentant la vision de notre organisation. La fidélisation se fait par la compréhension de la vision, l’engagement des membres à sortir les victimes de leurs situations car les trois quarts de nos membres sont victimes de violences. La sensibilisation se fait par l’élaboration des activités internes et externes. L’accompagnement des victimes des violences domestiques est d’ordre sanitaire et se fait par le biais de groupes de parole, de soutien psychologique, policier, judiciaire et pénitentiaire.

Les victimes des violences domestiques ont-elles des droits ? Dans l’affirmative, quels sont les moyens dont dispose l’OFLT pour les défendre et les protéger ?

C’est une grande question car nous voulons relever ici que tout être humain a des droits. L’article 2 de la Constitution gabonaise offre un cadre favorable pour la promotion de l’égalité des sexes et la lutte contre toutes les formes de discrimination dont sont victimes les femmes et qui minent leur plein épanouissement en tant que citoyennes. Tout dernièrement, 33 lois ont étés prises. Ce qui est très bien. Mais le grand problème dans notre pays c’est la mise en pratique de toutes ces lois. Les moyens dont dispose l’OFLT sont le plaidoyer et la médiation.

En huit ans d’existence, quels sont les acquis majeurs de l’OFLT en termes d’adhésion, d’une part, et de progrès dans la promotion des droits des personnes vulnérables, d’autre part ?

En termes d’adhésion, l'OFLT étant une forme de tremplin, le nombre de ses adhérents est allé croissant. On en compte aujourd'hui près de 200. L'un de ses objectifs étant de contribuer à leur autonomisation, une fois membres, ils ou elles, car nous comptons des hommes dans notre organisation, sont autonomisés et peuvent, ensuite, voler de leur propres ailes, quitte à aller créer leur propre structure. Il faut dire que les trois quarts de ses adhérents ont d’abord été des victimes, donc des bénéficiaires cibles, avant de devenir des membres adhérents.

Pour ce qui est des progrès : depuis sa naissance en 2014, suivie de sa légalisation en 2016, l’OFLT a acquis de la visibilité avec l’établissement de son siège social et à travers une page Facebook et des groupes Whatsapp qui lui sont propres. Notre organisation est connectée à d’autres structures de défense des droits humains et a adhéré à certains réseaux tels que le Réseau des organisations paysannes du Gabon, le Réseau panafricain pour la paix, le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale et le Réseau des droits humains de  l'Association Agir Ensemble pour les droits Humains. D’autres acquis se situent à deux niveaux. Nous avons, d’une part, mis en place la coopérative MognuGuButambe « La Vie Provient de la Terre », spécialisée dans la production, la transformation etcla vente des produits alimentaires, cosmétiques et textiles et, d’autre part, créé le Mouvement Jeunesse Lève-Toi (MJLT) qui est spécialisé dans le domaine de l'entreprenariat social. Ces deux structures soutiennent l’OFLT en vue de l’atteinte de ses objectifs en termes de respect des droits humains.

L’OFLT est, en outre, la première organisation à avoir sollicité l’appui de l’Institut de recherche en sciences humaines (IRSH), pour une étude sur les familles des personnes vivant avec le VIH, le virus du sida. Cette étude s’inscrit dans le cadre du programme « Projets PISCA » ou « Projets Innovants des Sociétés Civiles et Coalitions d’Acteurs ». Ce programme, soutenu par la France à travers son ambassade au Gabon, est un outil de financement de projets de développement portés par la société civile gabonaise.

L’OFLT a-t-elle réussi à remplir pleinement son rôle et sa mission ?

Il est très tôt d’affirmer que l’OFLT a rempli pleinement son rôle et sa mission, car c’est une structure qui lutte contre les discriminations et les violences à l’endroit des personnes vulnérables. Donc, tant que le monde sera gouverné par deux forces, à savoir l’injustice et les inégalités, la satisfaction de l’OFLT sera effective quand la justice prendra l’ascendant sur l’injustice, car il n’y a pas de puissance contre la vérité. Notre œuvre continue selon la révélation que nous avons reçue, à savoir défendre, dénoncer et apporter des pistes de solutions selon la révélation que nous avons reçue, à savoir défendre, dénoncer et apporter des pistes de solutions par le plaidoyer et la médiation. Beaucoup reste à faire. Nous lançons un appel au gouvernement et aux partenaires des droits de l’homme de veiller à l’application des lois.

Quelle est votre appréciation de la situation des droits humains au Gabon ?

La situation des droits humains est plus ou moins chaotique. Plus parce que les lois sont ratifiées. Moins parce que le gros challenge est de les appliquer dans toute leur légalité. Aujourd’hui, on a des lois qui protègent les femmes parce que nous sommes dans la décennie de la femme. Il y a deux lois. Une pour les riches et une pour les pauvres. Les riches c’est toujours en leur faveur et les pauvres n'ont pas de quoi se prendre un avocat. Ils ne connaissent pas toujours leurs droits. Ils sont dans l'obscurité la plus totale. Ceux qui ratifient les lois ne donnent pas les informations et nous qui sommes dans la société civile, qui connaissons les lois et nous levons, on nous tape dessus, on nous cherche les poux. En tant que coordinatrice du REDHAC, nous voulons l'application de toutes les lois qui sont ratifiées par les autorités de notre Nation.

Quel est votre mot de la fin ?

Merci infiniment à vous. Merci à l’ONG Jeune Femme Ose, notre partenaire, de vous avoir mis sur notre route. Nous déclarons que le Magazine « Vivre » n’est pas un organe de presse de plus, mais un média qui participe à la construction de notre pays. Pour les victimes de violences, chères sœurs et filles et chers frères, sachez que vous n’êtes pas des figurants, des laissés pour compte dans ce pays. Si vous êtes dans cette catégorie, c’est par ignorance. En conséquence, je vous exhorte à connaître vos droits et vos devoirs. Vous n’avez pas à vous faire justice. Joignez-vous à nous pour faire appliquer toutes ces belles lois établies par les autorités, mais qui sont appliquées pour certains et pas pour d’autres.

Propos recueillis par
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Flavienne Louise Issembè

 

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