Derrière chaque mur, une histoire vieille comme le monde se tisse au fil des jours, des mois, des années. Si les parents aiment à la raconter aux enfants, il est une personne affectueusement appelée « Ainé », qui porte en elle la mémoire de la famille, du clan, de l’ethnie. Les mots ne manquent pas pour la désigner.
« Gardien de la tradition et des valeurs culturelles ; dépositaire de la sagesse ; garant de la cohésion ; éducateur et conseiller des petits-enfants. » Autant d’appellations qui confèrent à nos grands-parents un statut particulier, de la considération et du respect. Tant qu’il en sera ainsi, ils auront de beaux jours devant eux pour peu que la famille, si elle en a les moyens, et l’État leur garantissent protection et bien-être.
Le vieillissement est un phénomène particulier. Dès 60-65 ans, les personnes du 3ème âge ont des exigences spécifiques aux plans sanitaire et sécuritaire. Celles-ci incluent :
- La satisfaction de leurs besoins en nourriture, eau, mobilité et sommeil.
- Le suivi régulier de leur état de santé pour prévenir les maladies, les affections oculaires et auditives, l’incontinence, l’isolement, la dépression et la démence.
- La promotion d’une bonne qualité de vie.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) encourage la promotion de comportements sains tout au long de la vie. Notamment une alimentation équilibrée, la pratique d’une activité physique régulière, le non-usage du tabac, de l’alcool et des drogues. L’objectif est de réduire le risque de maladies non transmissibles, d’améliorer les capacités physiques et mentales, et de retarder la dépendance aux soins.
La mise en place d’environnements physiques et sociaux favorables tels que les bâtiments qui répondent aux normes de construction et des transports publics sûrs et accessibles, ou encore des espaces où marcher afin de permettre aux gens de faire ce qui est important pour eux sont d’autres recommandations de l’OMS.
Selon l’institution sanitaire « Ces approches, axées sur la personne et l’environnement compensent en partie les pertes associées au vieillissement et renforcent le rétablissement, l’adaptation et le développement psychosocial. »
Le rôle fondamental de la famille
Le foyer est le lieu privilégié d’aide et de soutien à la personne âgée. Son bien-être, sa santé et sa sécurité sont au cœur de ses préoccupations. Cet appui est primordial, notamment après la retraite, une étape que nombre de Gabonais.es vivent difficilement, en particulier ceux qui n’assurent pas, comme il se doit, leur avenir. Faute de moyens financiers adéquats, nombre de personnes du 3ème âge sont exposées à la précarité avec les risques sanitaires que ce fléau engendre.
Le défi est de taille pour les familles démunies. La situation est aggravée par l’effritement progressif de la cellule familiale élargie face aux mutations socio-économiques et à l’exode rural qui laissent certains aîné.es sans soutien direct. La bonne volonté de proches et de structures associatives locales restent des leviers majeurs pour promouvoir leur dignité et bien-être.
De la responsabilité de l’État
En tant que garant de la sécurité de tous les citoyens, L’État est engagé à renforcer le dispositif des droits humains par la mise en place d’actions basées sur une réelle promotion des droits des personnes du 3ème âge. L’amélioration des conditions de vie, la réduction des inégalités sanitaires et l’accès à des soins de longue durée de qualité en sont les fondements essentiels.
Des avancées sont enregistrées. Cependant, le fossé entre la reconnaissance et l’application effective des droits du 3ème âge est un défi majeur. Le sous-financement des structures de santé, l’insuffisance des structures
d’accueil et de personnel spécialisés, les difficultés d’accès à l’information pour les aînés isolés, le manque d’aides publiques pour le maintien à domicile, l’isolement et la maltraitance sont des facteurs bloquants.
À quand un Code de la personne âgée ?
À ce jour, le Gabon ne dispose pas d’un « Code de la personne âgée » dédié exclusivement à ce groupe. Plusieurs documents sont consacrés aux droits du 3ème âge dans le cadre du dispositif qui protège les personnes vulnérables. Ceux-ci incluent :
- La Constitution, qui interdit toute forme d’humiliation, de maltraitance ou d’atteinte à leur dignité.
- La couverture maladie, qui consacre l’accès à la santé à travers la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS).
- Le Code civil, qui fait obligation auxdescendants de pourvoir aux besoins alimentaires de leurs ascendants dans le besoin.
- Le droit du travail, qui fixe à 62 ans l’âge légal de départ à la retraite dans la Fonction publique.
- La Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), qui gère les droits à la retraite.
L’émergence d’un code unique sur la personne âgée revêt donc une importance cruciale dans la mesure où « il permettrait de formaliser la protection juridique et sociale spécifique aux aînés, de lutter contre leur isolement, de protéger contre des accusations de sorcellerie et de criminaliser l’abandon des parents, un délit passible de 5 ans de prison et d’amende. »
