MÉDIAS ET DROITS HUMAINS AU GABON

LE DÉFI DE LA SENSIBILISATION

Au Gabon, les droits humains demeurent un enjeu majeur pour la société et les institutions. À cet égard, la presse en, tant qu’acteur incontournable de l’information et la sensibilisation, a la responsabilité de faire progresser la conscience citoyenne et de contribuer à l’édification d’une société plus juste et inclusive.

Qu’elle soit écrite, audiovisuelle ou numérique, la presse joue un rôle de vigie en mettant en lumière les violations, en donnant la parole aux victimes et en interpellant les autorités. Elle devient ainsi un relais essentiel entre les organisations de défense des droits humains et l’opinion publique. Dans un pays où les débats sur la gouvernance, la justice sociale et l’égalité restent sensibles, les médias offrent une plateforme de dialogue et de plaidoyer.

Cependant, ce rôle se heurte à plusieurs défis. La désinformation et la prolifération des contenus non vérifiés fragilisent la confiance du public. Les pressions politiques et économiques peuvent limiter la liberté éditoriale et pousser certains organes à l’autocensure. À cela s’ajoute la fracture numérique, qui prive une partie de la population, notamment en zones rurales, d’un accès régulier à l’information.

Outre ces contraintes, des obstacles d’ordre institutionnel et structurel freinent la marche vers une presse libre et indépendante.

De l’ambiguïté du cadre législatif

Le Code de la communication de 2016, bien qu’ayant supprimé les peines privatives de liberté pour les délits de presse, contient des dispositions floues qui exposent les journalistes à des risques juridiques imprévisibles.

Manque d’indépendance de l’organe de régulation des médias

La Haute Autorité de la Communication (HAC) est critiquée en raison notamment de son mode de nomination qui est contrôlé par le pouvoir exécutif. Son président peut sanctionner un média sans consulter les autres membres, ce qui soulève des inquiétudes quant à l’équité de ses décisions.

Accès limité aux sources officielles

Les journalistes, en particulier ceux des médias indépendants, rencontrent des difficultés pour accéder aux informations gouvernementales. Cet obstacle entrave leur capacité à informer le public de manière complète et précise.

Intimidations et pressions

Des cas de convocations de journalistes par les services de sécurité sur la base du Code pénal ont été rapportés, créant un climat de peur et d’autocensure au sein de la profession.

Malgré ces obstacles, les médias gabonais disposent d’opportunités inédites. Les réseaux sociaux et les plateformes digitales permettent de toucher la jeunesse, de vulgariser des notions complexes et de mobiliser autour de campagnes citoyennes. Les radios communautaires, quant à elles, restent des vecteurs puissants de sensibilisation des populations y compris celles vivant dans les régions éloignées.

Ainsi, la presse gabonaise est appelée à renforcer son rôle pédagogique et critique, en s’appuyant sur des formats innovants et une rigueur professionnelle accrue. Car au-delà de l’actualité, il s’agit de construire une culture des droits humains, où chaque citoyen se sent informé, responsabilisé et engagé.

D’où l’existence de programmes qui abordent les questions sociales liées à la défense et à la sensibilisation aux droits humains. « La Parole aux éditeurs », animée par Falonne Bessagholi sur Radio Gabon, mérite une attention particulière. Cette émission, qui gagnerait à être portée sur grand écran, s’impose comme un véritable espace citoyen. Elle donne la parole à tous les Gabonais, qu’ils soient au pays ou à l’étranger, pour débattre des sujets d’actualité, en particulier ceux qui touchent aux problèmes sociaux et aux droits fondamentaux.

Au-delà de son format radiophonique, « La Parole aux éditeurs » incarne une démarche inclusive et participative. En ouvrant le micro aux citoyens ordinaires, elle brise le monopole des voix institutionnelles et permet une diversité d’opinions rarement entendues dans le paysage médiatique. Cette pluralité contribue à renforcer la conscience collective et à rapprocher les débats des réalités vécues par les populations.

Dans un contexte où la sensibilisation aux droits humains reste un défi, ce type d’émission joue un rôle pédagogique essentiel. Elle vulgarise des notions complexes, encourage le dialogue et favorise l’émergence d’une culture de responsabilité citoyenne. Le paysage médiatique gabonais gagnerait à multiplier ce genre d’initiatives, capables de relier information, participation et engagement social, afin de consolider le rôle des médias comme piliers de la démocratie et de la justice sociale.

Dans la même dynamique, l’ONG Brainforest, en partenariat avec Human Rights Foundation, a publié un guide intitulé « Gabon, tes droits. » Cet ouvrage constitue une ressource précieuse pour les citoyens, car il informe, explique et vulgarise les droits fondamentaux en République gabonaise. Accessible et pédagogique, ce guide illustre la manière dont les médias et les acteurs de la société civile peuvent collaborer pour renforcer la culture des droits humains. Il démontre que l’éditorial et la communication peuvent devenir des outils de sensibilisation puissants, capables de toucher un large public et de favoriser une meilleure compréhension des enjeux citoyens.

Par ailleurs, le paysage médiatique compte depuis mars 2023 le magazine en ligne « Vivre » sur les droits humains au Gabon qui consacre l’essentiel de ses colonnes à des informations factuelles, didactiques et des conseils pratiques, le but étant d’aider le public à connaitre, s’approprier et défendre ses droits. Des sujets d’actualité y ont également leur place. « Vivre » est né de la volonté d’une équipe de journalistes qui travaille avec l’appui de professionnels issus de divers domaines (défenseurs des droits humains, juristes, enseignants, médecins, économistes, politologues, sociologues, anthropologues…). Leur analyse et leurs conseils sont d’un apport inestimable.

Les médias et les droits humains sont intimement liés. Le défi est immense : il ne s’agit pas seulement de relayer des informations, mais de construire une véritable pédagogie des droits humains, adaptée aux réalités locales et accessible à tous. Les initiatives menées en ce sens par des institutions comme l’UNICEF ou des ONG locales montrent que des avancées sont possibles. Mais pour que l’impact soit réel, il faut une volonté collective, une stratégie cohérente et une implication continue et soutenue des médias dans la promotion des droits humains.

Un paysage médiatique en mutation

Le paysage médiatique gabonais a connu un essor notable dans les années 1990, porté par le renouveau démocratique. La création du Conseil national de la Communication (CNC) marquait une étape importante dans la régulation du secteur. Ses missions étaient claires : réguler les médias, veiller au respect de la déontologie et de l’éthique journalistique, garantir la liberté de la presse tout en encadrant les abus, et sanctionner les organes ou journalistes fautifs. Cette institution a contribué à structurer le champ médiatique et à instaurer un cadre de responsabilité.

En 2018, le CNC est devenu la Haute Autorité de la Communication (HAC), avec des missions renforcées. Malgré cette évolution institutionnelle, la sensibilisation aux droits humains reste quasi inexistante dans les contenus médiatiques. Certes, certains médias se sont mobilisés pour dénoncer l’incarcération arbitraire de confrères, mais ces actions demeurent ponctuelles et ne suffisent pas à installer une véritable culture des droits humains dans l’espace public.

L’avènement des nouvelles technologies et des réseaux sociaux a permis de rendre visibles certaines initiatives liées aux droits humains. Les campagnes en ligne, les vidéos virales ou les publications militantes circulent désormais plus facilement. Cependant, cette visibilité accrue ne se traduit pas toujours par un impact durable.

Les contenus peinent à toucher toutes les couches sociales, notamment les populations rurales ou les jeunes en situation de vulnérabilité. Le défi est donc de transformer cette visibilité numérique en une véritable pédagogie citoyenne, capable de modifier les comportements et de renforcer la conscience collective.

En juillet 2022, une initiative majeure a marqué un tournant : l’UNICEF, en partenariat avec le ministère de la Communication, a organisé une formation pour 30 journalistes issus de différents organes de presse. Durant deux jours, les participants ont échangé sur les droits des enfants, leur importance pour le développement et l’indice du capital humain. Les thématiques abordées couvraient les instruments normatifs nationaux et internationaux, les systèmes de protection de l’enfant, les techniques de traitement de l’information, ainsi que le cadre juridique national.

Cette formation a permis aux journalistes de mieux comprendre leur rôle dans la promotion des droits humains, en particulier ceux des enfants. Elle a également introduit des outils pratiques, comme la Charte et le Guide de protection de l’enfant dans les médias, afin d’encourager une couverture responsable et respectueuse. Grâce à cette avancée significative, la sensibilisation peut progresser lorsque les professionnels sont accompagnés et formés.

MEMBRES DE L’ÉQUIPE
 

Fondatrice – Directrice

 

Flavienne Louise Issembè

 

Journalistes seniors

 

Yvette Bivigou

Martial Idundu

Flavienne Louise Issembè

 

Collaborateurs et Collaboratrices

 

Annie Mapangou

Eric Ozwald

Florène Okome Pambo

Tama Z’Akis

 

Equipe WEB

 

Chris Jonathan G. – Développeur
Yourick Seh Obame – Webdesigner
Gerald Boussougou – Com. Manager

 

Cadreurs et/ou Photographes

 

Andy G. Amiaganault

Herman Oke Mve

Alain Wolbert
Delvane BKG

 

CONTACTS

infomagazinevivre@gmail.com

+241 62 71 98 92

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