Eric Ozwald

SOMMES-NOUS DES PATIENTS OU DES CLIENTS ?

Au Gabon, l’hôpital est-il devenu une entreprise qui privilégie l’argent au détriment des malades ? L’avènement de l’hôpital moderne a donné naissance à une nouvelle forme de services de santé. Les structures sanitaires deviennent des machines à sous alors que les malades n’ont qu’un souhait : se faire soigner. Le mal gangrène l’hôpital et se répand comme un cancer qui fait tache à cette noble création de l’Homme. L’hôpital, ce lieu fréquenté par toutes les couches sociales de la société, en particulier la classe moyenne, perd sa splendeur. Agissons avant qu’il ne soit trop tard. Le système de santé gabonais a adopté depuis plusieurs années une tarification à l’activité. Les hôpitaux sont désormais dans une démarche d’optimisation excessive des montants des consultations et autres soins médicaux, l’objectif étant d’augmenter leurs profits ou de combler leur déficit, quitte à franchir la ligne rouge. Le service public a failli, d’où la prolifération des cliniques privées qui, vraisemblablement, creusent davantage le fossé entre les différentes couches de la société. Certaines dérives sont dénoncées par des patients ou des usagers telles que la falsification d’horaires de décès, pour compter une journée d’hospitalisation supplémentaire ou la prescription de traitements destinés à maintenir en vie quelques jours de plus un patient condamné. En dépit des nombreux défis auxquels sont confrontés nos hôpitaux, des histoires positives émergent. Nous avons rencontré trois gabonais qui ont vécu des expériences inspirantes dans nos hôpitaux et cliniques. Leurs récits témoignent de la résilience, de la compassion et du professionnalisme des professionnels de la santé au Gabon, et mettent en lumière les moments de réconfort et de guérison au cœur de ces institutions. Grâce, une jeune femme de 31 ans, se souvient de son expérience à l'hôpital avec gratitude et reconnaissance : « Lorsque j'ai été admise pour une intervention chirurgicale d'urgence, j'avais peur et j’étais anxieuse. Cependant, dès mon arrivée, j'ai été accueillie par une équipe médicale chaleureuse et compétente qui m'a immédiatement mise à l'aise. » Grâce considère son expérience à l'hôpital comme un moment de gratitude envers le personnel qui a veillé sur elle dans sa période de vulnérabilité, notamment l’infirmière Sylvie, qui lui a offert un soutien et un réconfort inestimables tout au long de son séjour à l'hôpital. « Grâce au dévouement et à l’expertise du personnel, j'ai pu surmonter cette épreuve avec courage et détermination. Timmy, étudiant en développement Web, relate son hospitalisation des suites d’une infection : « Quand j'ai été conduit à l'hôpital, j'étais dans un état délicat et j'avais peur. Cependant, grâce aux soins attentifs et à l'expertise de l'équipe médicale, j’ai non seulement reçu les meilleurs soins, mais je me suis remis complètement. Les médecins, les infirmières et tout le personnel hospitalier ont travaillé sans relâche pour m’aider. Leur dévouement et leur professionnalisme m'ont profondément touché et m'ont donné une nouvelle appréciation des services de santé au Gabon. » Loïc, un père de famille, a été confronté à un défi de santé majeur lorsqu'il a été diagnostiqué avec un diabète : « Quand j'ai appris ma condition, j'étais terrifié pour l'avenir de ma famille et le mien. Cependant, dès mon premier rendez-vous à l'hôpital, j'ai été accueilli par une équipe médicale chaleureuse et attentionnée qui m'a immédiatement mis à l'aise. » Aujourd'hui, Loïc est reconnaissant envers le personnel qui lui a offert des soins de première classe et lui a permis de vivre pleinement sa vie malgré son diabète. Mais, il n’en demeure pas moins que les services de santé souffrent de plusieurs maux qui impactent considérablement la santé d’une frange importante de la population gabonaise en raison notamment des bas salaires, des ressources extrêmement limitées aux plans humain, technique et financier. Au vu de ce qui précède, il est primordial de redonner au système national de santé ses lettres de noblesse par la valorisation de ses services et la promotion de la dignité de son personnel afin d’éviter ses dérives qui en font une machine à faire de l’argent au détriment de la santé des patients.

SPORT ET DROITS HUMAINS

Fondé en 2018, le Club Atlético Akanda s’engage résolument pour la pratique féminine du football. Il accompagne les joueuses vers l’insertion professionnelle dans le cadre du projet « ÉDUQUER ». Le club prend en charge le parcours scolaire et universitaire des joueuses, ainsi que leur intégration dans des centres de formation. À cela s’ajoutent des actions concrètes qui transforment les talents en carrières.

LA RÉVOLTE SILENCIEUSE DES FEMMES ET

Le sport transcende les disciplines physiques régies par des règles, pratiquées individuellement ou collectivement. Il incarne des valeurs humaines essentielles y compris le vivre-ensemble, l’unification des peuples et des communautés, le droit des invisibles à la parole et l’ouverture de portes que la société maintient closes. La révolte silencieuse des femmes et des personnes handicapées retrace les initiatives inspirantes d’Atlético Akanda pour le football féminin et le témoignage émouvant de Waldhys, coach en situation de handicap. Ce reportage met en lumière les défis persistants et les appels à un soutien institutionnel accru. Atlético Akanda : un tremplin pour le football féminin Fondé en 2018 par Freddhy Koula, le club Atlético Akanda s’engage résolument pour la pratique féminine du football. Sa section féminine, championne du Gabon, accompagne une vingtaine de joueuses vers l’insertion professionnelle dans le cadre du projet « ÉDUQUER ». Michael Doussengui, directeur du club, s’explique : « Nous prenons en charge le parcours scolaire et universitaire de nous joueuses. Le suivi de leurs examens et leur intégration dans des centres de formation, y compris celle qui décrochent relèvent également de nos responsabilités. » Sur le plan sportif, social et professionnel, « Atlético Akanda mène des actions concrètes qui transforment les talents en carrières, l’objectif étant de briser le tabou d’une femme footballeuse professionnelle vivant de sa passion. » ? Michael Doussengui lance un appel aux autorités sportives afin « d’accompagner les clubs favorisant l’épanouissement de la jeunesse, vecteur de bonnes valeurs et de socialisation. » Témoignages : Passion, études et préjugés Marielle, ex-capitaine d’Atlético Akanda et milieu défensif en 1ère division équato-guinéenne, évoque une « expérience extraordinaire » qui l’a fait progresser socialement et professionnellement. Emyllie, étudiante en études ibériques à l’université Omar Bongo, concilie football et études : « Cours le matin, entraînements l’après-midi. » Lara, gardienne au club, a dû affronter l’opposition paternelle : « Mon père craignait les idées préconçues sur le football féminin. » Elle interpelle l’État : « Rendez le championnat féminin régulier, au-delà de quelques matchs sporadiques. » À l’instar du directeur du club, Mareille, Emyllie et Lara rêvent d’un environnement optimal. Si Atlético Akanda incarne le lien entre passion, études et avenir, elles attendent néanmoins une reconnaissance et soutien institutionnels. Waldhys : Le coach en situation de handicap qui inspire Passionné de football, Waldhys est président de l’ONG BAGNAMASSEBE (« Que l’on ne se moque pas de moi » en Nzebi). Il vit avec un handicap depuis l’enfance. Diplômé en sociologie de l’université Omar Bongo, il s’est intégré grâce au football : « De 2005 à 2013, j’ai coaché les Vieux Poumons de Koula-Moutou et une équipe universitaire. » Il plaide pour une structuration du sport adapté basée sur « la dotation des fédérations en équipements spécifiques et l’instauration d’un dispositif national de compétitions ». Le gouvernement, dit-il, « doit voir l’utilité du sport dans la société gabonaise. Sous la 5 ème République, Waldhys rêve d’un « miracle, de l’inclusion sportive des personnes en situation de handicap, avec moyens roulants et plus. » En larmes, il exhorte ses pairs : « Croyez en vos rêves, dépassez-vous, rejoignez les miraculés de la vie. » Dans un Gabon où le sport féminin végète sans championnat depuis trois ans et où les vulnérables restent cantonnés à la marge, Atlético Akanda et Waldhys incarnent une révolte silencieuse. Leur message est clair : « Investir dans les talents oubliés, c’est non seulement briser des tabous, mais c’est forger une société plus inclusive et unie par l’effort commun. » Aux autorités de transformer la voix des invisibles en écho national.

MÉDIAS ET DROITS HUMAINS

Au Gabon, les droits humains demeurent un enjeu majeur pour la société et les institutions. À cet égard, la presse en, tant qu’acteur incontournable de l’information et la sensibilisation, a la responsabilité de faire progresser la conscience citoyenne et de contribuer à l’édification d’une société plus juste et inclusive. Qu’elle soit écrite, audiovisuelle ou numérique, la presse joue un rôle de vigie en mettant en lumière les violations, en donnant la parole aux victimes et en interpellant les autorités. Elle devient ainsi un relais essentiel entre les organisations de défense des droits humains et l’opinion publique. Dans un pays où les débats sur la gouvernance, la justice sociale et l’égalité restent sensibles, les médias offrent une plateforme de dialogue et de plaidoyer. Cependant, ce rôle se heurte à plusieurs défis. La désinformation et la prolifération des contenus non vérifiés fragilisent la confiance du public. Les pressions politiques et économiques peuvent limiter la liberté éditoriale et pousser certains organes à l’autocensure. À cela s’ajoute la fracture numérique, qui prive une partie de la population, notamment en zones rurales, d’un accès régulier à l’information. Outre ces contraintes, des obstacles d’ordre institutionnel et structurel freinent la marche vers une presse libre et indépendante. De l’ambiguïté du cadre législatif Le Code de la communication de 2016, bien qu’ayant supprimé les peines privatives de liberté pour les délits de presse, contient des dispositions floues qui exposent les journalistes à des risques juridiques imprévisibles. Manque d’indépendance de l’organe de régulation des médias La Haute Autorité de la Communication (HAC) est critiquée en raison notamment de son mode de nomination qui est contrôlé par le pouvoir exécutif. Son président peut sanctionner un média sans consulter les autres membres, ce qui soulève des inquiétudes quant à l’équité de ses décisions. Accès limité aux sources officielles Les journalistes, en particulier ceux des médias indépendants, rencontrent des difficultés pour accéder aux informations gouvernementales. Cet obstacle entrave leur capacité à informer le public de manière complète et précise. Intimidations et pressions Des cas de convocations de journalistes par les services de sécurité sur la base du Code pénal ont été rapportés, créant un climat de peur et d’autocensure au sein de la profession. Malgré ces obstacles, les médias gabonais disposent d’opportunités inédites. Les réseaux sociaux et les plateformes digitales permettent de toucher la jeunesse, de vulgariser des notions complexes et de mobiliser autour de campagnes citoyennes. Les radios communautaires, quant à elles, restent des vecteurs puissants de sensibilisation des populations y compris celles vivant dans les régions éloignées. Ainsi, la presse gabonaise est appelée à renforcer son rôle pédagogique et critique, en s’appuyant sur des formats innovants et une rigueur professionnelle accrue. Car au-delà de l’actualité, il s’agit de construire une culture des droits humains, où chaque citoyen se sent informé, responsabilisé et engagé. D’où l’existence de programmes qui abordent les questions sociales liées à la défense et à la sensibilisation aux droits humains. « La Parole aux éditeurs », animée par Falonne Bessagholi sur Radio Gabon, mérite une attention particulière. Cette émission, qui gagnerait à être portée sur grand écran, s’impose comme un véritable espace citoyen. Elle donne la parole à tous les Gabonais, qu’ils soient au pays ou à l’étranger, pour débattre des sujets d’actualité, en particulier ceux qui touchent aux problèmes sociaux et aux droits fondamentaux. Au-delà de son format radiophonique, « La Parole aux éditeurs » incarne une démarche inclusive et participative. En ouvrant le micro aux citoyens ordinaires, elle brise le monopole des voix institutionnelles et permet une diversité d’opinions rarement entendues dans le paysage médiatique. Cette pluralité contribue à renforcer la conscience collective et à rapprocher les débats des réalités vécues par les populations. Dans un contexte où la sensibilisation aux droits humains reste un défi, ce type d’émission joue un rôle pédagogique essentiel. Elle vulgarise des notions complexes, encourage le dialogue et favorise l’émergence d’une culture de responsabilité citoyenne. Le paysage médiatique gabonais gagnerait à multiplier ce genre d’initiatives, capables de relier information, participation et engagement social, afin de consolider le rôle des médias comme piliers de la démocratie et de la justice sociale. Dans la même dynamique, l’ONG Brainforest, en partenariat avec Human Rights Foundation, a publié un guide intitulé « Gabon, tes droits. » Cet ouvrage constitue une ressource précieuse pour les citoyens, car il informe, explique et vulgarise les droits fondamentaux en République gabonaise. Accessible et pédagogique, ce guide illustre la manière dont les médias et les acteurs de la société civile peuvent collaborer pour renforcer la culture des droits humains. Il démontre que l’éditorial et la communication peuvent devenir des outils de sensibilisation puissants, capables de toucher un large public et de favoriser une meilleure compréhension des enjeux citoyens. Par ailleurs, le paysage médiatique compte depuis mars 2023 le magazine en ligne « Vivre » sur les droits humains au Gabon qui consacre l’essentiel de ses colonnes à des informations factuelles, didactiques et des conseils pratiques, le but étant d’aider le public à connaitre, s’approprier et défendre ses droits. Des sujets d’actualité y ont également leur place. « Vivre » est né de la volonté d’une équipe de journalistes qui travaille avec l’appui de professionnels issus de divers domaines (défenseurs des droits humains, juristes, enseignants, médecins, économistes, politologues, sociologues, anthropologues…). Leur analyse et leurs conseils sont d’un apport inestimable. Les médias et les droits humains sont intimement liés. Le défi est immense : il ne s’agit pas seulement de relayer des informations, mais de construire une véritable pédagogie des droits humains, adaptée aux réalités locales et accessible à tous. Les initiatives menées en ce sens par des institutions comme l’UNICEF ou des ONG locales montrent que des avancées sont possibles. Mais pour que l’impact soit réel, il faut une volonté collective, une stratégie cohérente et une implication continue et soutenue des médias dans la promotion des droits humains. Un paysage médiatique en mutation Le paysage médiatique gabonais a connu un essor notable dans les années 1990, porté par le renouveau démocratique. La création du Conseil national de la Communication (CNC) marquait une étape importante dans la régulation du secteur. Ses MÉDIAS ET DROITS HUMAINS

LE QUOTIDIEN DES « INVISIBLES »

Une père démunis tenant dans ses bras ses deux enfants, assis dans leur maison insalubre.

  « Ils sont des centaines de milliers, mais on ne les voit pas, ils vivent parmi nous, mais ils sont à l’écart. Victimes d’une sorte d’omerta médiatique, les écartés de notre cadre de vie et de cadre de vue, les invisibles sont tous ceux que vous ne verrez généralement pas sur les médias au Gabon. Ces gabonaises et gabonais, ces individus qui font tache, sont les habitants des matitis. On les trouve dans toutes les métropoles d’Afrique, et même dans celles comme Libreville.»  Extrait de l’œuvre « Les Matitis » de Hubert Freddy Ndong Mbeng.   Selon l’Observatoire international des maires sur le vivre ensemble, Libreville est la ville la plus peuplée du Gabon avec une population estimée à 850 000 habitants et 6 arrondissements subdivisés en 117 quartiers. De Derrière-la-Prison à Cocotier en passant par Malaba au PK12, où la vie au quotidien est une épreuve, un parcours du combattant pour les habitants, notre reportage a fait une immersion dans les profondeurs de ces agglomérats de la capitale où le braquage est une norme, où les glissements de terrain emportent des maisons et endeuillent des familles.   Profil et mode de vie des habitants des matitis   Dans un quartier populaire dénommé Derrière-la-Prison (DP), communément appelé Boston par ses habitants qui font référence à cette ville des États-Unis où la violence et le crime sont élevés, M. Okoumba Asseko, résident depuis 2014, nous fait découvrir le quotidien de DP. « Les conditions de vies sont difficiles à Derrière-la-Prison, les gens qui y vivent sont pauvres, démunis, braqueurs. » Ces profils d’habitants révèlent une réalité peu reluisante.   « Le prix des loyers est accessible. Ici, beaucoup de gens sont propriétaires. Les bailleurs sont humains, ils connaissent les conditions de vie des habitants du matiti. C’est le pauvre qui vient vivre ici et le bailleur le comprend », affirme M. Okoumba Asseko.   C’est le pauvre qui vit dans les matitis, c’est le rejeté de la société qui n’a pas d’éducation qu’on retrouve dans ces quartiers sous-intégrés. M. Okoumba Asseko a fait son constat : « Nous retrouvons des constructions anarchiques, des toilettes dans la cuisine, des logements en tôles, le salon du voisin est le lieu de passage de tout le monde. »   Un logement, mais au prix des vies humaines   Les maisons sont construites de façon anarchique. Etudiant en communication résidant au quartier Malaba, Mboumba Mafouana nous raconte son expérience : « À Malaba, il y a des éboulements. Une pluie diluvienne a emporté un vieillard. Il était déjà couvert de boue. Les sapeurs-pompiers sont arrivés autour de 11 heures le lendemain. »   L’accès à ces quartiers est pratiquement impossible pour des interventions de sauvetage. Quand surviennent des catastrophes, les ruelles sont inaccessibles pour les véhicules. Le jeune étudiant ajoute : « Malaba est un quartier où la majorité des constructions sont faites sur des collines. Pour se frayer un chemin, des engins viennent faire des travaux. » Les infrastructures telles que les dispensaires ou les centres médicaux n’existent pas dans ces quartiers.   Le matiti, c’est la mort facile. À Malaba, tout est à haut risque d’après notre étudiant : « La majorité, ce sont des maisons inachevées recouvertes de bâches pour être à l’abri ou de vieilles maisons qui menacent de s’écrouler au moindre vent. »   Le vice, la prostitution, les beuveries, les jeux d’argent et le vol sont les activités auxquelles s’adonnent les jeunes des matitis.   À Cocotier depuis quatre ans, Eureka Idomba, étudiant dans une école supérieure, nous partage son expérience : « La pauvreté dans ce quartier entraîne la délinquance et la prostitution. Un boutiquier prostitue des mineures à cause d’un sachet de riz ou d’un quart de litre d’huile. »   L’inaction des pouvoirs publics a tendance à faire de ce quartier l’un des plus dangereux de Libreville. Eureka Idomba témoigne : « Le niveau d’insécurité est effrayant, il n’existe pas d’heure pour les braquages. ». L‘étudiant en profite pour aborder la question du faible taux de scolarisation des jeunes de son quartier : « Il est devenu rare de voir un enfant de Cocotier réussir à l’école. »   De Derrière-la-Prison à Malaba, en passant par Cocotier, le constat est accablant : habitat précaire, absence d’infrastructures sociales, insécurité, délinquance juvénile, déperdition scolaire et chômage. Dans les matitis, les habitants luttent entre le désespoir et l’espoir. Okoumba Asseko, Idomba et Mboumba Mafouana rêvent simplement de logements décents, d’eau et d’électricité accessibles, d’écoles et de centres médicaux.

Chaque voix compte

« Nier aux gens leurs droits humains, c’est remettre en cause leur propre humanité », déclarait Nelson Mandela en 1990, à Genève, après sa libération. Cette parole, toujours d’actualité, résonne comme un rappel fondamental : chaque être humain, du nord au sud, de l’ouest à l’est, porte une voix, une parole et des valeurs qui constituent son humanité. Au Gabon, la promotion et la défense des droits humains reposent sur des jalons institutionnels importants. Depuis 1987, la Journée nationale des Droits de l’Homme, organisée chaque 30 mai, invite à réfléchir et à agir pour le respect de la dignité humaine. L’édition de 2024, placée sous l’égide du ministère de la Justice, Garde des sceaux, chargé des Droits Humains, a marqué un tournant avec l’annonce de dix jours d’action pour humaniser les lieux de privation de liberté. Cette initiative a permis d’ouvrir un espace d’expression à ceux dont la voix reste trop souvent confinée au silence. En donnant la parole aux détenus et en mettant en lumière leurs conditions de vie, la société gabonaise a affirmé que, même dans les lieux de privation de liberté, chaque voix compte. Cette dynamique s’est renforcée dans un contexte particulier : celui d’une période de transition politique réussie. Désormais, la parole circule davantage au Gabon. Citoyens et citoyennes, issus de toutes les couches sociales — classes moyennes, catégories défavorisées, personnes en marge— osent s’exprimer, partager leurs avis sur des faits de société et interpeller les autorités. De ces prises de parole émergent des changements tangibles, preuve qu’au Gabon, les voix portées, même les plus fragiles, trouvent un écho. L’année 2025 a illustré cette réalité avec force. En juin, une vaste opération de déguerpissement a touché certaines zones de Libreville. Des familles entières, privées de logement, ont crié leur détresse, interpellant les autorités sur leur sort. Leur appel n’est pas resté lettre morte : le 15 août 2025, 260 familles victimes des déguerepissements à Plaine-Orety ont été relogées dans le cadre du projet de logements sociaux de Bikélé Nzong. Cette réponse concrète démontre que la dignité peut être restaurée lorsque la société reconnaît que chaque voix mérite d’être entendue. Ainsi, au Gabon, les Droits Humains ne sont pas qu’un idéal abstrait. Ils se construisent au quotidien, par l’écoute, par l’action et par la reconnaissance de toutes les voix. Car c’est en tenant compte de chaque citoyenne et de chaque citoyen que le pays nourrit l’espoir d’un avenir plus juste et plus humain. CHAQUE VOIX COMPTE

CROIRE EN SON POTENTIEL

« Nous avons tous un potentiel en nous qui détermine ce que nous sommes appelés à faire ou à devenir pour être pleinement heureux dans la vie Il nous appartient alors d’y croire, de l’identifier et de tout mettre en œuvre pour le voir se concrétiser. » Éric Kouto Nyamaku. Avant même le regard du public, avant l’applaudissement d’une salle ou l’écho d’un micro, il y a un choix intime, invisible, radical : croire en soi. L’artiste naît d’un silence que personne ne remarque, d’un feu intérieur que seule sa propre foi peut nourrir. Dans un monde parfois hostile à la création, croire en son potentiel devient un acte de construction. C’est reconnaître que, malgré les obstacles, le doute ou l’incompréhension, l’élan intérieur ne ment jamais. Ce feu-là, lorsqu’il est entretenu avec sincérité, finit toujours par éclairer, car chaque artiste porte en lui une vérité que personne d’autre ne peut dire à sa place. Et c’est justement cette singularité, ce mélange de fragilité et de force qui fait la beauté de son art. L’artiste est d’abord un croyant. Non pas dans un dieu ou une idéologie, mais dans cette chose insaisissable et précieuse : le soi profond, le don qu’il porte, et dont il est le premier gardien. Tant que lui-même doute de sa légitimité, personne ne pourra la lui accorder. Car le monde ne croit en vous que si vous osez croire en vous d’abord. Mais croire ne suffit pas. Encore faut-il identifier ce potentiel, le cultiver, le polir. La foi en soi n’est pas un rêve flou, c’est une construction patiente. L’artiste doit travailler, apprendre, rater, recommencer. Il doit oser l’inconfort, sortir du mimétisme, affirmer sa voix même si elle tremble. Beaucoup abandonnent, rangent leur guitare, cessent d’écrire,  renoncent à leurs pinceaux. Non parce qu’ils sont mauvais, mais parce qu’ils ont cessé d’y croire et accepté l’idée que le monde avait raison de ne pas les écouter. Et pourtant, l’histoire regorge d’artistes que personne n’attendait et qui ont bouleversé leur époque simplement parce qu’ils ont persisté. Croire en son potentiel, c’est refuser d’attendre la validation extérieure pour exister. C’est créer, même quand on est seul. C’est produire, même quand on doute. C’est se construire dans le silence, dans la lenteur, dans la profondeur. C’est choisir l’authenticité plutôt que l’opportunisme. Et c’est peut-être ça, au fond, la première œuvre d’un artiste : croire en soi avant que les autres n’en soient capables. Le reste, c’est-à-dire la reconnaissance, la scène, les prix ne sont que les conséquences d’un combat intérieur gagné. Alors oui, le chemin est long. Parfois solitaire. Mais l’artiste qui croit en lui n’avance jamais pour rien. Il sème, il façonne, il transforme. Et même s’il n’en voit pas tout de suite les fruits, son œuvre prépare le monde à mieux sentir, mieux voir, mieux rêver. Croire en son potentiel, c’est bâtir quelque chose qui dépasse l’ego : c’est se mettre au service du vrai, du beau, du nécessaire. C’est comprendre que la seule permission dont on a besoin pour exister c’est la sienne.

L’ARTISTE ET LE POLITIQUE

Dans le contexte artistique actuel, il est impossible d’éluder une question aussi sensible que centrale : celle du lien entre l’artiste et le politique. Deux figures d’influence. Deux voix publiques. Chacune à sa manière, façonne l’imaginaire collectif et influence l’opinion publique. Le politique par sa gestion de la cité, l’artiste par la puissance symbolique de son expression. Ce lien, pourtant naturel dans une société en quête de sens, s’effiloche au point de devenir ambigu, voire toxique. Le politique, souvent conscient du pouvoir émotionnel de l’artiste, l’utilise comme un relais stratégique, un outil d’influence populaire, notamment en période électorale. L’artiste, lui, cède parfois à la tentation du confort et de la visibilité offerte par le pouvoir, au détriment de son rôle critique, de sa mission de miroir social. Cette dérive ne date pas d’aujourd’hui. Dès la fin des années 90 et au début des années 2000, des voix artistiques gabonaises s’élèvent avec force. Le mythique groupe de rap Hay’Oe dénonce les injustices sociales et la précarité généralisée dans des titres chocs comme « Au secours », véritable cri de détresse d’une jeunesse marginalisée, avec un refrain devenu culte : « Au secours, venez-nous en aide, le pays est sous perfusion ». À l’époque, le groupe assume un rôle de vigie, une fonction sociale et politique d’alerte. Mais en 2009, Hay’Oe surprend et déçoit en se rapprochant du pouvoir qu’il dénonce. Le titre « Laissez-nous avancer », chanté en soutien au candidat Ali Bongo Ondimba lors de la présidentielle, marque un tournant. De porte-voix du peuple, l’artiste devient instrument d’une campagne politique, mettant son art au service d’un projet partisan. Cette trajectoire illustre un phénomène plus large de domestication culturelle où l’art devient une vitrine décorative plutôt qu’un outil de conscientisation sociale. Cette réalité est héritée de l’ère Omar Bongo Ondimba qui institutionnalise les groupes d’animation politique. L’exemple le plus parlant est celui de Kounabéli avec à sa tête Josephine Kama Bongo, épouse d’Omar. Ce groupe chante à la gloire du Parti Démocratique Gabonais (PDG) et de son président, entérinant une pratique aujourd’hui connue sous le nom de kounabélisme. Ce mot devenu familier, presque banal, désigne l’artiste engagé non plus au service d’une cause, mais d’un pouvoir. Le kounabélisme a ainsi inversé les rôles : ce n’est plus le politique qui est caricaturé par l’artiste, mais l’artiste qui devient le figurant du politique. Une dynamique qui interroge sur la liberté de création, l’indépendance intellectuelle et le rôle véritable de l’art dans une démocratie. Il serait toutefois injuste de peindre tous les artistes avec le même pinceau. Il existe, dans le paysage culturel gabonais, deux grandes catégories d’artistes. D’un côté, ceux qui croient en la puissance de leur art et de leur potentiel et qui, malgré les difficultés, demeurent intègres et dignes. Ils chantent, slament, peignent ou dansent pour la société, crient ses douleurs et ses espoirs. Leur art est un acte de foi. Un acte de résistance. Ils n’acceptent ni compromission ni récupération. De l’autre, il y a ceux qui cèdent aux chants des sirènes politiques, souvent par nécessité, parfois par opportunisme. Pour certains, la pauvreté pousse à l’arrangement ; pour d’autres, c’est la promesse d’un confort, d’un contrat, d’un passage dans les médias. Là où l’art devrait éveiller, il devient divertissement de cour. Là où l’artiste devrait questionner, il rassure le pouvoir. C’est à travers cette dualité que le lien entre l’artiste et le politique devient ambigu. Car ce n’est plus l’autorité qui muselle l’artiste, mais l’artiste qui renonce à sa mission, troquant sa liberté contre une reconnaissance illusoire. Mais tout n’est pas perdu. Il existe encore des plumes libres, des rythmes sincères, des artistes qui croient en la force du changement sans trahir les siens. Peut-être que demain, cette minorité intègre réussira à ramener à ses côtés les artistes qui chantent le pouvoir, afin que l’art retrouve sa fonction de veille, ses lettres de noblesse et sa place dans le cœur des Gabonais.

SLAMER POUR EXISTER

Au carrefour des mots et des émotions, Ferel s’impose comme l’une des voix montantes de la scène slam gabonaise. Dans un pays où l’art oratoire se mêle à l’engagement social, cet artiste singulier donne corps à des textes puissants qui résonnent bien au-delà des scènes urbaines de Libreville. À travers son verbe affûté et sa sensibilité à fleur de peau, il raconte les espoirs, les doutes et les luttes d’une jeunesse en quête de sens. Slameur passionné, tisseur de vers et d’émotions, Ferel fait du verbe une arme douce et puissante pour dire le Gabon d’aujourd’hui, ses douleurs muettes, ses rêves fragiles, ses espoirs suspendus. Chaque mot chez lui est pesé, ciselé, pour frapper l’âme autant que l’esprit. Rencontré dans le cadre de notre dossier spécial consacré à l’art au Gabon, Ferel s’est confié à notre média sur son parcours, sa vision du slam et son rôle d’artiste engagé dans une société en mutation. Un échange authentique avec un poète des temps modernes qui fait vibrer les mots pour éveiller les consciences.

LE VIRUS DE LA DÉSINFORMATION

Alors que le Gabon s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire avec l’élection présidentielle du 12 avril 2025, les médias se retrouvent face à un défi majeur : la désinformation. Plus que jamais, leur rôle est crucial pour transmettre des informations fiables et permettre aux citoyens de suivre l’actualité à condition qu’elle soit fiable, traitée avec rigueur et transparence. Cependant, la prolifération des fausses nouvelles ne cesse de s’intensifier, notamment avec l’essor des réseaux sociaux et la montée incontrôlée de médias en ligne privée à la ligne éditoriale peu claire. Ces plateformes deviennent souvent le terrain fertile de la désinformation, relayant des faits non vérifiés qui peuvent avoir de lourdes conséquences. Voici un exemple marquant remontant au 4 janvier 2023 : alors que l’équipe nationale de cyclisme des Panthères est en scène à Calp, en Espagne, et qu’elle se prépare pour la Tropicale Amissa Bongo, plusieurs médias en ligne affirment que le sélectionneur a démissionné après avoir détourné une somme de 30 millions de francs CFA. Une rumeur totalement infondée, rapidement démentie par un confrère du média GABONReview. Attention aux fausses rumeurs ! Une seule peut faire vaciller une carrière, entacher une réputation et, parfois même, plonger un pays dans le chaos. Une information non vérifiée, relayée sans précaution, devient un poison insidieux qui se propage à la vitesse d’un clic, semant le doute, la peur et la discorde. Aujourd’hui, c’est un entraîneur faussement accusé. Demain, ce pourrait être un candidat, un citoyen lambda, un pays tout entier pris au piège d’un mensonge devenu vérité aux yeux du plus grand nombre. Face à cette menace invisible mais dévastatrice, une seule arme demeure : la responsabilité. Celle des médias, des autorités, mais aussi des citoyens, appelés à ne pas être de simples spectateurs, mais des acteurs vigilants d’une démocratie éclairée. Car, dans un monde où un « fake news » peut briser une vie, l’information est une arme, mais entre de mauvaises mains, elle peut tuer. La vigilance des médias est d’autant plus essentielle que le Code de la Communication gabonais, bien que prévoyant des mécanismes de lutte contre la diffusion massive des fausses nouvelles, peine à être pleinement appliqué. En effet, les articles 11 et 21 du Code établissent des règles claires en matière de vérification et de diffusion de l’information. D’une part, l’article 11 met en évidence l’obligation de vérification des faits et interdit la propagation de fausses informations, déterminant qu’elles peuvent nuire à la sécurité publique. Le texte rappelle ainsi que toute publication doit s’appuyer sur des sources vérifiées et croisées, faute de quoi la crédibilité du média peut être compromise l’exposant à des sanctions juridiques. D’autre part, l’article 21 interdit strictement la diffusion de contenus incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination. Avant toute publication controversée, il est donc impératif de mesurer les répercussions qu’elle pourrait avoir sur la société. Il est toujours préférable de privilégier les messages qui favorisent la réconciliation et le respect mutuel. Cependant, malgré ces dispositions légales, la prolifération des fake news reste une réalité préoccupante, soulevant ainsi une question cruciale : quelles mesures adopter pour garantir une information fiable et protéger l’opinion publique des manipulations médiatiques ? Le 5 janvier dernier, le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a réaffirmé aux médias son engagement à garantir la liberté de la presse. « N’ayez pas peur », a-t-il martelé tout en reconnaissant les difficultés auxquelles la presse a été confrontée ces dernières années. Conscient du rôle fondamental des médias, il a dit : « la presse, est le quatrième pouvoir. » Il a promis de lui redonner « ses lettres de noblesse » tout en encourageant les journalistes à exercer leur métier « avec professionnalisme et rigueur. » Dans un paysage médiatique en pleine mutation, entre opportunités offertes par les nouvelles technologies et menaces liées aux fake news, la responsabilité des journalistes demeure plus que jamais un pilier essentiel pour préserver la qualité de l’information et garantir un débat public éclairé.

MEMBRES DE L’ÉQUIPE
 

Fondatrice – Directrice

 

Flavienne Louise Issembè

 

Journalistes seniors

 

Yvette Bivigou

Martial Idundu

Flavienne Louise Issembè

 

Collaborateurs et Collaboratrices

 

Annie Mapangou

Eric Ozwald

Florène Okome Pambo

Tama Z’Akis

 

Equipe WEB

 

Chris Jonathan G. – Développeur
Yourick Seh Obame – Webdesigner
Gerald Boussougou – Com. Manager

 

Cadreurs et/ou Photographes

 

Andy G. Amiaganault

Herman Oke Mve

Alain Wolbert
Delvane BKG

 

CONTACTS

infomagazinevivre@gmail.com

+241 62 71 98 92

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