Flavienne L. Issembè

DROITS HUMAINS

Les droits humains sont-ils encore un sujet tabou au Gabon ? Oui et non, estime Claudine Aïcha Tsoumbou. Selon la militante des droits humains et présidente de l’Association Réconciliation, en dépit de quelques progrès, la voie vers l’édification d’un État de Droit est encore semée d’embûches. Si la liberté de parole, d’agir, de revendiquer ses droits, s’inscrit peu à peu dans les faits, d’autres droits, en particulier ceux afférents à la santé, à l’éducation et à l’emploi marquent le pas. Eclairage.

ERIC EDGARD MBOUDY

« Vivre » – Depuis quand êtes-vous défenseur des droits humains et pourquoi vous êtes-vous engagé dans cette voie ? Eric Mboudy – Je suis membre du REDHAC (Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale) depuis 2022, mais je milite dans les réseaux de base depuis 2009. À la fin de mes études à Dakar, je suis touché par une scène cruelle sur le manque de considération humaine vis-à-vis de deux enfants talibés qui mouraient de faim et avaient été chassés d’un fast food, instantanément. En pleurs, je leur ai offert un repas copieux dans le même magasin. Depuis ce jour, je pense avoir ouvert les yeux sur les conditions de vie des humains, le rôle crucial qui relève de la responsabilité de l’État et des gouvernants qui se doivent de mettre en place des politiques sociales pour qu’il n’y ait pas des misérables et des super riches, d’offrir le minimum à ceux qui n’ont rien et promouvoir les Droits de l’Homme. Je me suis intéressé à la Dynamique des structures de base dans le domaine de la promotion des droits et libertés. Ayant pris part, sur invitation, au Forum Social Mondial en 2011, j’ai noué des contacts avec plusieurs ONG de défense des Droits Humains. En 2014, je me suis engagé dans la lutte contre les drogues et la protection des personnes vivant avec un handicap. En 2022, nous avons mis sur pied le Mouvement GABONAIS DE NULLE PART qui prône la cohésion sociale et la neutralité des institutions. Nous avons fait de l’abstention un signe de contestation électorale aux élections de 2023 où le taux d’abstention était de plus de 60%. Durant la Transition, nous avons invité les structures de base à participer au vote. Le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) a rassuré les populations. En dépit de plusieurs manquements, le dialogue s’est installé. Mais, pour l’essentiel, 2023 a été en mouvement pour une cohésion sociale. Aujourd’hui, nous travaillons en collaboration avec la mairie du 3ème arrondissement et le marché de Mont Bouet, respectivement dans le cadre de la promotion des Droits Humains et la lutte contre les drogues. S’agissant du Marché Mont Bouet, je suis le président de l’Association pour le Développement de la Sorbonne (ADS) pour la zone Peyrie Dakar. Qu’est au juste un défenseur des droits humains ? En amont de la promotion des Droits Humains, notre action en tant que défenseur des Droits Humains se base sur la sensibilisation, la formation et l’encadrement des populations. En aval, nous menons des plaidoyers individuels et collectifs sur les libertés sociales et économique, la protection de l’environnement et des prisonniers. Vous défendez les droits humains au sein du REDHAC. Quelle est la mission et quelles sont les activités majeures de ce réseau ? Le REDHAC, Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale, est une organisation sous-régionale non gouvernementale composée de huit pays d’Afrique centrale (Cameroun, Congo, Centrafrique, Gabon, Guinée Équatoriale, République démocratique du Congo, Tchad, Sao Tomé & Principe) Elle a un statut d’observateur à la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, et collabore avec les Nations Unies et le Haut-Commissariat de l’ONU pour les Droits de l’Homme respectivement pour le plaidoyer et les rapports sur les violations des Droits Humains, les enquêtes conjointes sur le terrain, la collecte de données statistiques, le partage d’informations et le renforcement des capacités des structures de base. Au niveau de la Diaspora, le REDHAC observe le traitement des ressortissants africains dans leur mobilité et le respect de leur convictions religieuses et politiques. Enfin, nous avons des espaces de travail avec l’UE, la FAO, l’UNOCA, l’USAIDS, l’AFD, l’OHADA, l’IRI, le NDI, le Commonwealt Les activités du REDHAC incluent en priorité : La protection des défenseurs des Droits Humains basée sur un soutien juridique et financier et des défenseurs en danger couvrant la sécurité physique et numérique, les frais judiciaires et médicaux. La promotion du plaidoyer à travers la mobilisation des mécanismes africains et onusiens pour que les États respectent leurs engagements internationaux en matière de Droits Humains. La documentation et la surveillance à travers des enquêtes sur les atteintes aux Droits Humains, la publication des rapports d’études et la surveillance des processus démocratiques. La promotion des Droits Humains basée sur la protection du statut des défenseurs des droits humains, le renforcement de l’espace civique et la défense des libertés fondamentales. L’implication du REDHAC dans la prévention et la résolution des conflits, la promotion de la paix et la cohésion sociale. La restructuration de l’appareil judiciaire dans le cadre de la réforme visant la modernisation de la justice, le renforcement de son indépendance et l’accessibilité équitable de tous les citoyens. La mise en place dans l’enceinte de la prison centrale à Libreville de la Maison des Droits de l’Homme et de la Maison d’arrêt de la Femme. La libération sans condition des prisonniers d’opinion. Le renforcement des capacités des structures de base des Droits Humains. Comment se concrétise la mission du REDHAC dans les faits ? Le rôle des défenseurs des Droits Humains est très mal compris. Il est assimilé parfois à celui d’opposant politique, la limite entre les deux étant très mince. Ceci dit, de manière concrète, le REDHAC au Gabon est au cœur de la Société Civile. C’est un lieu privilégié au sein duquel nous soulevons plusieurs problèmes tels que ceux liés à l’environnement et à la pollution dont s’occupe l’ONG Green Forest ; la liberté, la citoyenneté et le droit civique. Le Mouvement Copil Citoyen de Geoffroy Foumboula Libeka Makosso est notre chargé du plaidoyer. Quels sont les acquis et les défis et majeurs du REDHAC ? Pour nous, défenseur des Droits Humains, la victoire se conjugue avec moins de violence politique et sociale. Nous avons enregistré quelques résultats tels que la libération de plusieurs prisonniers politiques et du lieutenant Kelly Ondo. S’agissant de la famille Bongo, nous avons plaidé pour des conditions de détention humaines et un jugement équitable pendant le Dialogue national inclusif d’avril ERIC EDGARD MBOUDY

SUR LE CHEMIN D’UN MONDE MEILLEUR ?

Ils sont le rempart de l’humanité et la voix des peuples qui n’aspirent qu’à vivre dans la dignité, à l’abri de la peur, de l’oppression et de la pauvreté. Ils prennent fait et cause pour les démuni.es et ont l’aplomb, au risque de leur vie, de dire non aux tenants du pouvoir. Les défenseur.es des droits humains, car c’est bien d’eux dont il s’agit, sont des hommes et des femmes ‎issus d’horizons divers qui, collectivement ou individuellement, sèment les graines d’un monde meilleur. Le militant des droits humains est un visionnaire en quête de justice, d’égalité et de liberté. À ses yeux, toute personne, dès sa venue au monde, doit jouir de ses droits comme l’énonce, en son article premier, la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit. Ils sont doués de raison et de conscience, et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » Chaque naissance, chaque battement de cœur, chaque premier pas est un hymne à la vie et au bien-être. Hélas ! Le mal-vivre se répand comme une trainée de poudre au Gabon où, selon un rapport de la Banque mondiale publié en juin 2025, 34,6% de la population vivaient avec moins de 6,85 dollars par jour en 2024. La militante des droits humains, Claudine Aicha Tsoumbou, s’érige contre la dégradation du niveau de vie et ses répercussions sur la santé : « Aujourd’hui, on meurt encore de maux de tête à l’hôpital général. Aujourd’hui une simple fièvre tue. Des Gabonais.es meurent parce qu’ils n’ont pas de quoi aller à l’hôpital. Le ministère de la Santé doit s’impliquer davantage pour améliorer les conditions de vie de nos frères et sœurs parce-que nul ne peut vivre dignement s’il n’est pas en bonne santé. » Les défenseurs des droits humains s’emploient à dénoncer les maux qui minent la société, à sensibiliser, former et encadrer les populations à travers des plaidoyers ciblant, entre autres, la protection des personnes vulnérables y compris les enfants, les personnes âgées, les handicapé.es, les prisonnier.es et les victimes de violence. La promotion et la protection des droits civils et politiques, la liberté d’expression et le droit à la citoyenneté sont d’autres volets majeurs de la lutte pour les droits humains. Dans une interview au magazine « Vivre », Me. Marlène Fabienne Essola Efountame, s’explique sur l’importance que revêt la formation à la citoyenneté. « Le but est de promouvoir l’accès de chaque Gabonais à la dignité humaine, ce fondement absolument important dans la vie de toute nation qui englobe la capacité pour chaque citoyen de se nourrir, de se loger, de se soigner, de construire, de se développer au maximum de ses compétences… » Le chemin vers l’instauration d’un État de droit est encore semé d’embûches. Pour ne citer qu’un exemple, des journalistes font encore l’objet d’intimidations et de convocations au B2 alors que leur cas ne relève plus du pénal depuis 2015. Selon la loi, les litiges relatifs aux publications de la presse sont du ressort du droit civil et de la régulation par la Haute Autorité de la Communication (HAC). En conséquence, aucun journaliste ne doit subir aucune pression ni être incarcéré. « Vivre » vous invite à découvrir ou redécouvrir, certaines figures majeures de la lutte pour les droits humains, les actions en cours auprès des populations y compris des jeunes en quête de devenir et d’épanouissement. Sans détours, ils livrent leur perception du dispositif des droits humains et leur espoir de voir tomber, les uns après les autres, les obstacles qui minent la voie vers la Félicité. Les jalons posés au fil des ans, couplés au Projet « L’Edifice Nouveau » du président Brice Clotaire Oligui Nguema, offrent un cadre approprié pour accélérer la mise œuvre du dispositif des droits humains et l’inscrire dans les faits. Chacun, à son niveau et collectivement, a un rôle à jouer pour hisser le Gabon vers le sommet et donner à la dignité humaine la place qui doit être la sienne. C’est à ce prix que le chemin vers un monde meilleur deviendra réalité.  

MALANDA LOUMOUAMOU

Vous vous intéressez aux savoirs et savoir-faire ancestraux africains, en particulier le Masque. Dites-nous tout. Mon travail est nourri par une volonté profonde de valoriser nos savoirs endogènes, de les sortir de l’ombre pour les mettre en lumière. Le masque, pour moi, est bien plus qu’un objet ; c’est l’incarnation du sacré, d’une communauté, d’une mémoire vivante. D’aussi loin que je me souvienne, les cérémonies de masques étaient le cœur battant de notre cohésion sociale. C’est tout naturellement que j’ai consacré à ce sujet mon mémoire de fin d’études aux Arts Décoratifs de Paris, intitulé Au-delà du Masque : en quête de l’Okukwè. Ce travail, désormais intégré aux collections de la médiathèque de l’Institut Français du Gabon, est le fondement théorique de ma démarche artistique : comprendre pour mieux retranscrire, honorer pour mieux transmettre. Comment alliez-vous tradition et modernité dans votre travail ? Je ne les oppose pas, je les fais dialoguer. Je suis l’artiste qui tisse un lien entre les ancêtres et le contemporain. La tradition est ma source, mon inspiration première. Je puise dans l’imaginaire riche et mystérieux de nos forêts denses, dans la sagesse des gestes ancestraux. La modernité est le langage que j’utilise pour raconter ces histoires aujourd’hui. C’est une alchimie subtile : utiliser des matériaux contemporains pour évoquer un symbole ancien, ou concevoir une installation numérique qui parle de spiritualité traditionnelle, à l’instar de Ngoundou wè Yetchi : La Force de l’arbre. Mon objectif est de montrer que notre héritage n’est pas figé dans le passé ; il est vivant, pertinent et profondément contemporain. Vous vivez entre le Gabon, le Congo et la France. Quelle est l’influence de ces pays sur votre travail ? Ajoutez votre titre iciCes trois territoires sont les piliers de mon identité et donc de ma création. Le Gabon et le Congo sont ma source, mon ancrage, le lieu où je puise mes racines, mes motifs, mes narratives. La France est mon atelier de formation et un espace de dialogue avec la scène artistique internationale. Cette navigation constante entre ces univers affine ma perception, enrichit mon inspiration et me permet de porter un regard à la fois intime et universel sur mon travail. Combien d’œuvres d’art comptez-vous à ce jour, et quel message véhiculez-vous à travers votre travail ? La nature souvent éphémère et scénographique de mes installations – pensées pour des lieux de travail ou des événements – les rend difficilement quantifiables. Je me dirige aujourd’hui vers plus d’œuvres destinées à l’exposition, à la collection. Le message que je porte est intrinsèquement lié à ma pratique. À travers le choix de matériaux souvent naturels, locaux ou recyclés, je milite pour une création responsable qui s’inscrit dans l’éco-conception. Je veux véhiculer une poétique de la sobriété et du sens, où la beauté naît du respect de la nature et de l’héritage culturel. Parlez-nous de votre autre passion : la décoration et l’aménagement d’espaces. Ce qui a commencé comme une nécessité – diversifier mon activité pour explorer toute la chaîne d’expertise de la scénographie – s’est très vite transformé en une passion profonde pour la décoration et l’aménagement. La scénographie, c’est l’art de transformer un espace pour y raconter une histoire. Cette passion a naturellement débordé du cadre de la création de décors, de costumes et d’accessoires pour le spectacle vivant (théâtre, danse) et l’audiovisuel, comme j’ai pu le faire en tant que cheffe décoratrice sur la série Mami Wata : le mystère d’Iveza. J’ai ainsi étendu ma pratique au design d’espaces et à l’événementiel, en investissant notamment l’espace urbain lors de la première édition du Festival Rue Dance Gabon et de la Foire du Livre de Libreville. J’ai eu le privilège de créer des univers visuels sur-mesure pour des espaces recevant du public (ERP), que ce soit pour des séminaires de team building ou pour des lieux d’innovation comme l’Entreprenarium. Chaque projet est une nouvelle aventure qui me permet d’insuffler de l’émotion et du récit dans le quotidien. Quel regard portez-vous sur le marché de l’art gabonais et les conditions de travail des artistes nationaux ? Le marché de l’art gabonais est jeune, dynamique et immensément prometteur. On sent une effervescence, une soif de création. Le défi principal réside dans la structuration : il est crucial de promouvoir le statut d’artiste pour le protéger et le professionnaliser, ainsi que de multiplier les lieux d’expression et d’exposition pérennes, afin d’apporter une complémentarité avec les événements ponctuels. Le potentiel est là, il demande à être consolidé. Comment entrevoyez-vous l’avenir de l’art gabonais ? Je le vois avec un immense optimisme. L’avenir est aux échanges et à la professionnalisation. L’impact auprès des acteurs culturels gabonais, des résidences artistiques, tant locales qu’internationales, et le foisonnement d’événements culturels de qualité sont les signes d’un écosystème en pleine santé. La prochaine étape est de créer des ponts solides entre cette créativité et les marchés internationaux, tout en continuant à éduquer et à sensibiliser le public local. Que réservez-vous au public dans les prochains mois ? Une exposition de vos œuvres ? Je suis actuellement dans une phase intense de recherche et de création, nourrie par mes projets récents comme l’exposition Invitation au Voyage Ephémère qui s’est déroulée à La Rochelle. Je prépare de nouvelles œuvres qui approfondissent mon exploration des dialogues entre le traditionnel et le contemporain. Le public pourra les découvrir dans le cadre d’expositions à venir, sur lesquelles j’ai hâte de pouvoir communiquer très prochainement. Êtes-vous une artiste comblée ? Vivez vous de votre art ou non ? Je suis une artiste comblée de rencontres enrichissantes, constructives et qui ne cessent de m’apporter des opportunités diverses. Je vis davantage de mon expertise. Vivre de mon art serait un abus de langage mais l’art y contribue. Pour ainsi dire, je vis l’Art.

À QUAND UNE INDUSTRIE DU CINÉMA ?

La question est récurrente. À quand une industrie gabonaise du cinéma ? Après quelques films à succès diffusés dans les années 80-90 dans les salles de cinéma de Libreville, Port-Gentil, Lambaréné, pour ne citer que celles-ci, et au Burkina-Faso dans la cadre du FESPACO, le cinéma gabonais a connu  des difficultés majeures aux plans de la production, du financement et de la distribution.  Néanmoins, depuis quelques années, l’espoir renait de voir briller de nouveau le septième art avec en sus la réouverture des salles de cinéma et la création d’une industrie. Le public en général et le monde cinéma en particulier y croient fortement. https://youtu.be/A3QciDJmIl4 DE L’INFORMATIQUE AU CINÉMA Né il y a 54 ans à Mounana, au Gabon, Fernand Lepoko est réalisateur et producteur de films à effets spéciaux, de clips vidéo et des spots publicitaires. Ne nous arrêtons pas en chemin. Il est également réalisateur de documentaires et de séries. Sa carrière dans le cinéma démarre il y a 25 ans. Le rêve de devenir informaticien s’évanouit. Pas tout à fait. L’ordinateur investit le cinéma et l’audiovisuel. Indispensable à la création de films avec effets spéciaux, un domaine qu’affectionne Fernand, l’informatique a encore un bel avenir devant lui au cinéma. Dans son bureau, au 2ème étage de l’IGIS, l’Institut gabonais de l’image et du son, Fernand Lepoko nous invite dans son monde. Un moment de partage sur l’univers cinématographique gabonais et son évolution au fil du temps. https://youtu.be/2_HTpiIkb5Q

ALERTE !

« L’artiste ne vit pas de son art. Pourtant, nous avons un statut qui, malheureusement, n’est pas suivi d’effet. Il n’y a ni application de la loi, ni mesures d’accompagnement. » Sans fard ni artifice, le dramaturge, comédien et écrivain gabonais, Dominique Douma, alerte sur le mal-être de l’artiste, ses conditions de travail et d’existence. « Le tableau est très sombre. L’artiste, qui n’est pas protégé, accepte sa condition quand il se produit en spectacle.   Il accepte ce qu’il perçoit, mais sans pour autant se mettre à genou devant un utilisateur. » Au nom de la dignité humaine, Dominique Douma plaide pour une reconnaissance effective et une rémunération équitable de l’artiste, car tout travail mérite salaire. « Il faut légaliser, institutionnaliser des barèmes de production pour récompenser la prestation d’un artiste. » Il estime que  ses prestations  doivent être  négociées dans le cadre d’une convention et d’un contrat.  Selon le dramaturge, l’artiste évolue actuellement sans contrat. Chaque parti, en l’occurrence l’État et l’artiste, devrait jouer sa partition et prendre des décisions pratiques. « Il faut un ordre d’exécution que tout le monde doit brandir avant de prester et de faire appel à un artiste. » « Il y a urgence à mettre en place des espaces de diffusion, des salles de spectacles, des maisons de la culture , et à œuvrer à l’application effective des droits d’auteur.» Dominique Douma déplore l’utilisation sauvage des œuvres d’art, le non-paiement des droits d’auteur en raison notamment de la léthargie de l’État. Il invite ce dernier à dire aux bars, aux hôtels et aux espaces publics qui utilisent la musique ou reçoivent des acteurs de théâtre, de payer les droits d’auteur. Poursuivant notre entretien, nous abordons la question majeure de la conscientisation du public qui est à reconquérir pour que les Gabonais y compris le régime en place respectent l’artiste. Rendant hommage aux hommes et aux femmes de sa profession, D. Douma rappelle au monde le rôle majeur de l’artiste dans la société en tant que créateur, observateur et messager. « L’artiste est un grand observateur qui véhicule l’image de la société à travers son œuvre et alerte une fois qu’il a fait le tour de tout pour que, peut-être, nous essayons de vivre dans la félicité. ».

UN TALENT. UNE VOIX. UN MESSAGER.

« Il faut prêter attention aux messages artistiques pour que demain soit peut-être meilleur…Nous ne sommes pas les ennemis de la société. Nous sommes plutôt des guides de la société. »    Dominique Douma Écrivain.   Les lumières de l’auditorium du complexe scolaire Michel Dirat s’éteignent. L’obscurité se drape de luminaires rouges. Le silence s’installe. Les comédiens entrent en scène. Le jeu s’anime et prend vie. Opérant sa magie à travers la gestuelle, la voix et le message qu’il porte, l’Artiste déroule son talent. Le public retient son souffle. Écrit et mis en scène respectivement par Yann Amir Saint-Onge Nzigou, deux figures montantes de la scène artistique gabonaise, « sur le dos de la tortue » a clôturé, le 28 juin 2025, le Festival Coup de Théâtre crée et dirigé par Dominique Douma, dramaturge, comédien et écrivain gabonais. La pièce met en scène des comédiens talentueux.  Clodrey Bekale, Phèdre Biloghé Ngoua, Amida Motsinga, Doris Magninga, Valeni Menie, François Mezui et Iris Zang s’embarquent dans un mystère mêlant intrigue et suspense, qui menace la sécurité nationale. Trois agents secrets tentent de résoudre l’énigme. Au fil de la pièce, le jeu des comédiens et des comédiennes accroche le public. Une heure après, les langues se délient. De l’avis de certains spectateurs, « la pièce est une leçon de vie, un reflet de la société dans toute sa splendeur et ses travers. » Née de l’émotion, de l’expérience subjective et de la vision que l’artiste a de la société, les œuvres de l’esprit sont le fruit de son activité créatrice dans les domaines du théâtre, du cinéma, de la musique, du chant, de la danse, de la peinture ou de la sculpture. Maillon incontournable de la société, l’artiste consacre de longues heures de travail à son œuvre, parfois au prix d’énormes sacrifices. L’observateur, le libre penseur, l’éveilleur de conscience ou le perturbateur en lui véhicule des messages et des vérités qui incitent à la réflexion, à la prise de conscience, à l’action. Aimé, adulé ou honni, l’artiste est et demeure. Pour autant, combien sont morts ici et ailleurs pour avoir osé dire la vérité et condamné qui une injustice, qui un système politique qui ne tolère ni critique ni remise en question de l’ordre établi, et foule au pied les droits fondamentaux de la personne. L’application effective des droits de l’artiste interpelle plus que jamais les tenants du pouvoir à restaurer la dignité de l’artiste, son statut et son traitement, ainsi que les hommes et les femmes qui font de l’art leur métier à travailler main dans la main pour que vivent l’artiste et son œuvre dans les meilleures conditions qui soient. Le bon sens impose un changement de paradigme basé sur l’application effective des droits de l’artiste consacrés par la Constitution nationale et « la loi N° 006/2024 du 21/07/2024 portant ratification de l’ordonnance n°0010/PR/2024 du 26 février 2024 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n°16/2023 du 08 août 2023 portant statut de l’artiste ou de l’acteur culturel en République Gabonaise. »

LE LABEUR DU SCULPTEUR DE MBIGOU

Il est le digne héritier d’une lignée de sculpteurs, d’un père qui l’a initié dès son jeune âge au travail de la Pierre de Mbigou. Evariste Domba nait et grandi au cœur des montagnes et des rivières de la ville de Mbigou, chef-lieu du département de la Boumi-Louetsi, dans la province de la Ngouniè au Sud du Gabon. Après son apprentissage, il rejoint le village artisanal de la Pierre de Mbigou à Libreville aux côtés de son père et d’autres sculpteurs. À travers des personnages, des bustes de femmes, des animaux et la carte géographique du Gabon, Evariste s’impose et se fait un nom. Ses œuvres fascinent l’artiste et les amoureux de l’art. Toutefois, les sculpteurs de pierre de Mbigou font face à l’instar d’autres artistes à la non-reconnaissance effective de leur travail, aux conditions de travail difficiles et la lenteur de l’application effective de leurs droits. https://youtu.be/YQvkLBSRPs8 https://youtu.be/ze0-Y5iYsPQ

STATUT ET TRAITEMENT DE L’ARTISTE

Quelle est la place de l’artiste dans la société gabonaise ? Dans un entretien exclusif, Dominique Douma livre son point de vue sur la question. De la reconnaissance effective de l’artiste à l’amélioration de ses conditions de travail, l’écrivain et dramaturge gabonais tire la sonnette d’alarme : « Tout travail mérite salaire. Il faut légaliser, institutionnaliser des barèmes de production pour récompenser la prestation d’un artiste. Ses prestations doivent être négociées dans le cadre d’une convention et d’un contrat. »     https://youtu.be/LrCjI9tbb80 « L’ARTISTE EN MOI » Écrivain, comédien et dramaturge, Dominique Douma n’en finit pas de surprendre son public. L’artiste en lui est et demeure. D’un livre à un autre, d’une pièce de théâtre à une autre, il conte l’histoire sans fin de la beauté, des travers de la vie et du pouvoir, de la soif de liberté et de créativité de l’artiste. Son franc parler, sa vérité sur l’univers de l’artiste et le monde qui l’entoure invite à l’écoute et à la réflexion. Découvrons l’artiste en Dominique. https://youtu.be/4VRIJckuQHA

COMMUNIQUER

Pamphile Mebiame-Akono est linguiste. Il est le premier Gabonais à être professeur titulaire en pragmatique des interactions verbales. Il commence sa carrière à l’Université Omar Bongo en 2001. Son intérêt pour la fabrication du discours dans l’espace publique et, partant, pour la communication nous a tout naturellement mené à lui pour un entretien sur la communication entre la presse et le politique. De fil en aiguille, le Pr Mebiame-Akono s’interroge sur une question que d’aucuns, y compris des journalistes, se posent. La question a trait à la capacité de la presse d’être le quatrième pouvoir, libre dans ses propos et indépendant du système politique quel qu’il soit. Pour autant, l’universitaire relève une note d’espoir et conclut par des conseils on ne peut plus utiles. 

MEMBRES DE L’ÉQUIPE
 

Fondatrice – Directrice

 

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