Flavienne L. Issembè

ALERTE !

Des personnes souffrent en silence. Qui sont-elles ? Où sont-elles ? Que font-elles ? Comment peuvent- elles s’en sortir quand elles sont atteintes dans leur âme, leur corps et leur dignité ? Enfants abandonnés, filles-mères stigmatisées, femmes battues, prisonniers torturés, handicapés et personnes du 3 ème âge isolés vivent le pire des cauchemars. Leurs vécus au quotidien en font des êtres extrêmement vulnérables qui portent en eux de profondes blessures physiques et mentales. En l’absence d’une attention particulière, d’une prise en charge rapide et de soins adéquats, les victimes décèdent ou trainent des traumatismes à vie causés par diverses maladies, la violence ou des accidents. À l’occasion du nouvel an, « Vivre », a choisi de consacrer ses pages à l’histoire passée et présente, au vécu et à la lutte que les vulnérables mènent parfois seuls ou avec l’appui de structures d’aide et d’accompagnement. Petit à petit, ils retrouvent le sourire grâce aux programmes d’encadrement et de réinsertion sociale mis en place dans le cadre d’une collaboration soutenue entre les deux parties. La valorisation des droits de la personne, basée sur le respect à son égard, la promotion de sa dignité et de son épanouissement, a permis à nombre d’exclus sociaux d’être confiants et de reprendre leur destin en main. Certains sont revenus sur les bancs de l’école. D’autres ont trouvé un emploi et fondé une famille. Leur parcours, depuis ce jour où tout a basculé, mérite d’être conté. Selon la présidente de l’AFI.M.MO, Patricia Bruant Kessany, « Les filles-mères sont des milliers. Elles sont vulnérables parce qu’elles sont pauvres, instables et coincées psychologiquement. La pauvreté mentale a chosifié la gent féminine au Gabon. L’AFI.M.MO veille sur elles pour que, plus jamais, elles ne tombent dans l’oubli. Nous les invitons à venir vers nous pour qu’ensemble nous trouvions des solutions. » Dans le registre des violences conjugales, Maître Sylvie Rekanga, avocat au barreau du Gabon et leader de l’Association « Justice et Droit pour Tous » tire la sonnette d’alarme.« Lorsqu’une femme reçoit des coups, elle se rend automatiquement dans un commissariat. Les officiers de police judiciaire (OPJ) doivent être habilités à recevoir ce genre de victime et être bien outillés par rapport à ce que dit la loi. ». De son côté, SOS Prisonniers dénonce les conditions de détention dans l’univers carcéral. Selon le président de l’association, Lionel Ella Engonga, « Les prisonniers sont privés de liberté de mouvement et de certains droits, notamment ceux afférents à la santé, l’éducation et la sécurité. » « Ouverte en 1956, sous l’ère coloniale, pour une population de 300 à 500 personnes, la prison centrale de Libreville, accueille aujourd’hui plus de 3 500 détenus. Il apparait judicieux que l’esprit des droits de l’Homme soit au centre de tout. Les droits de l’Hommes protègent les plus forts, les droits de l’Homme protègent les plus faibles », indique le président de SOS Prisonniers. Le sort des personnes en situation de vulnérabilité appelle à un changement de paradigme basé sur la valorisation et la défense accrue de leurs droits fondamentaux, l’objectif étant de faire des victimes de l’injustice, des inégalités et de l’insécurité, des personnes dignes, des citoyens à part entière à même de contribuer au développement de notre pays. Brisons le silence et le calvaire des Vulnérables.

LUTTER POUR LES DROITS HUMAINS

Les défenseurs des droits humains (DDH) ont désormais une loi qui les protège. Le texte reconnaît formellement et définit leurs droits. Des mécanismes de protection adaptés et des sanctions, en cas de violation desdits droits, sont également prévus. Les droits des DDH incluent, entre autres, « le droit de se rassembler, de se former, de chercher des financements pour leur travail, d’éduquer le public, d’accéder et de publier des informations sur les droits humains. Mais, rien n’est encore gagné. Le secrétaire général adjoint du Mouvement « Tournons la Page » et défenseur des droits humains gabonais, Franck Osée, lève le voile sur les menaces qui pèsent sur la profession et laisse entrevoir des lendemains plus cléments. https://youtu.be/sQW7tP7g2-Qhttps://youtu.be/W1q7ZWyMiD8

AGENCE GABONAISE DE PRESSE

L’AGP, l’Agence gabonaise de presse, se tourne résolument vers l’avenir. Au fil du temps, elle a enregistré des acquis significatifs. Pour autant, beaucoup reste à faire. Le triptyque HÉRITAGE-MODERNITÉ-SOUVERAINETÉ MÉDIATIQUE qui est au cœur de ses 65 ans, guide ses pas, l’objectif étant de servir au mieux le public. « Tout ce qui se passe dans le monde nous concerne. Le travail du journaliste est de donner une voix à ceux qui n’en ont pas. C’est ce que s’attèle à faire l’Agence gabonaise de presse », déclarait récemment Ghislain Ruffin Etoughet Nzuet, l’Administrateur directeur général de l’AGP. Le 4 décembre dernier, iI a passé le relais à Hermine Otounga Sounda, ancienne Directrice générale de la Communication au ministère de la Communication et des Médias.

QUI A DES DROITS ET QUELS SONT-ILS ?

Avoir des droits, les connaitre et en jouir est une aspiration légitime et un droit fondamental de l’humanité. Proclamé et reconnu dans le monde, ce droit est-il pour autant garanti à tous les êtres humains sur un pied d’égalité ? Est-il la clé d’un monde meilleur où la vie, la dignité, la sécurité, le bien-être et la liberté de la personne sont sacrés ? Que disent les textes fondamentaux sur les droits humains ? La Déclaration universelle des droits de l’homme, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et la Constitution gabonaise sont unanimes : tous les êtres humains ont les mêmes droits. Ils sont tenus de les respecter et d’en user dans le strict respect de leurs devoirs vis-à-vis d’autrui. Conçu pour promouvoir la dignité humaine, la sécurité et la paix sociale, le dispositif des droits humains est un rempart contre les abus de pouvoir de tous ordres, les injustices et les inégalités. En son Titre II : Des droits, des libertés et des devoirs – Chapitre I : Des droits et libertés fondamentaux, la nouvelle Constitution gabonaise adoptée par voie référendaire le 16 novembre 2024 et promulguée trois jours plus tard, dispose : En son article 10 : « La République gabonaise reconnaît et garantit les droits inviolables et imprescriptibles de l’homme qui lient obligatoirement les pouvoirs publics. » En son article 11 : « Chaque citoyen a le droit à la vie, au libre développement de sa personnalité, au respect de sa dignité et de son intégrité physique et morale. » En son article 23 : « Chaque citoyen a le droit de travailler et celui d’obtenir un emploi et un salaire équitable. Nul ne peut être lésé dans son travail en raison de ses origines, de son sexe, de sa race, de sa religion ou de ses opinions. » La gangrène de la pauvreté Paradoxalement, la pauvreté se répand inexorablement en terre gabonaise, pays de moins de 3 millions d’habitants aux immenses richesses minérales, minières, forestières et fluviales. Selon la Banque mondiale, environ 34,6% de la population gabonaise vivait sous le seuil de pauvreté en 2024 tandis que le taux de chômage global était estimé à plus de 36%. « Nous souffrons », s’indigne un chômeur qui réclame « le respect dû à la personne indépendamment de son statut social. » Ces mots sont révélateurs de la dure réalité que vivent nombre de Gabonais qui ont peu ou pas accès à l’emploi et qui, à juste titre, estiment que les droits humains ne sont pas garantis à tous. Selon les spécialistes, le respect des droits humains se fonde sur : des actions immédiates et à long terme, le respect par l’État de ses obligations en matière de droits et d’application de la loi, la responsabilisation des populations en les incitant à revendiquer et affirmer leurs droits. Connaître, revendiquer et défendre ses droits est vital. Prenez le temps de lire et de comprendre les droits contenus dans la Constitution nationale, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, et la Déclaration universelle des droits de l’homme, entre autres. Ils sont riches d’enseignements et peuvent changer vos vies.

LA FORMATION A LA CITOYENNETÉ

Elle nous édifiait il y a quelques mois sur la thématique « CITOYENNETÉ : UN DROIT. UN DEVOIR ». Aujourd’hui, Me. Essola Efountame est de retour pour parler de « LA FORMATION À LA CITOYENNETÉ. » La conseillère juridique et défenseure des droits humains épluche le sujet et propose des pistes de solution pour que prévale le droit à la formation citoyenne et, partant, le droit à la dignité.

LA CONSTITUTION AU FIL DU TEMPS

Entre souveraineté nationale et souveraineté populaire, Jean Nze Ondoua, docteur d’État en droit public, s’interroge. À son avis, « La Constitution doit être l’émanation du peuple » à qui il revient « de déterminer en toute liberté et indépendance, sans pression extérieure, la manière dont il entend conduire sa vie. L’expert pose un regard objectif et critique sur les Constitutions gabonaises de l’époque coloniale à 2024. Le 16 novembre, les Gabonais sont appélés aux urnes pour dire Oui ou Non à la nouvelle Constitution. Le référendum s’achève sur la victoire du Oui. La Loi fondamentale est promulguée le 19 décembre, près de 16 mois après l’arrivée au pouvoir du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI).

DROITS HUMAINS

Les droits humains sont-ils encore un sujet tabou au Gabon ? Oui et non, estime Claudine Aïcha Tsoumbou. Selon la militante des droits humains et présidente de l’Association Réconciliation, en dépit de quelques progrès, la voie vers l’édification d’un État de Droit est encore semée d’embûches. Si la liberté de parole, d’agir, de revendiquer ses droits, s’inscrit peu à peu dans les faits, d’autres droits, en particulier ceux afférents à la santé, à l’éducation et à l’emploi marquent le pas. Eclairage.

ERIC EDGARD MBOUDY

« Vivre » – Depuis quand êtes-vous défenseur des droits humains et pourquoi vous êtes-vous engagé dans cette voie ? Eric Mboudy – Je suis membre du REDHAC (Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale) depuis 2022, mais je milite dans les réseaux de base depuis 2009. À la fin de mes études à Dakar, je suis touché par une scène cruelle sur le manque de considération humaine vis-à-vis de deux enfants talibés qui mouraient de faim et avaient été chassés d’un fast food, instantanément. En pleurs, je leur ai offert un repas copieux dans le même magasin. Depuis ce jour, je pense avoir ouvert les yeux sur les conditions de vie des humains, le rôle crucial qui relève de la responsabilité de l’État et des gouvernants qui se doivent de mettre en place des politiques sociales pour qu’il n’y ait pas des misérables et des super riches, d’offrir le minimum à ceux qui n’ont rien et promouvoir les Droits de l’Homme. Je me suis intéressé à la Dynamique des structures de base dans le domaine de la promotion des droits et libertés. Ayant pris part, sur invitation, au Forum Social Mondial en 2011, j’ai noué des contacts avec plusieurs ONG de défense des Droits Humains. En 2014, je me suis engagé dans la lutte contre les drogues et la protection des personnes vivant avec un handicap. En 2022, nous avons mis sur pied le Mouvement GABONAIS DE NULLE PART qui prône la cohésion sociale et la neutralité des institutions. Nous avons fait de l’abstention un signe de contestation électorale aux élections de 2023 où le taux d’abstention était de plus de 60%. Durant la Transition, nous avons invité les structures de base à participer au vote. Le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) a rassuré les populations. En dépit de plusieurs manquements, le dialogue s’est installé. Mais, pour l’essentiel, 2023 a été en mouvement pour une cohésion sociale. Aujourd’hui, nous travaillons en collaboration avec la mairie du 3ème arrondissement et le marché de Mont Bouet, respectivement dans le cadre de la promotion des Droits Humains et la lutte contre les drogues. S’agissant du Marché Mont Bouet, je suis le président de l’Association pour le Développement de la Sorbonne (ADS) pour la zone Peyrie Dakar. Qu’est au juste un défenseur des droits humains ? En amont de la promotion des Droits Humains, notre action en tant que défenseur des Droits Humains se base sur la sensibilisation, la formation et l’encadrement des populations. En aval, nous menons des plaidoyers individuels et collectifs sur les libertés sociales et économique, la protection de l’environnement et des prisonniers. Vous défendez les droits humains au sein du REDHAC. Quelle est la mission et quelles sont les activités majeures de ce réseau ? Le REDHAC, Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale, est une organisation sous-régionale non gouvernementale composée de huit pays d’Afrique centrale (Cameroun, Congo, Centrafrique, Gabon, Guinée Équatoriale, République démocratique du Congo, Tchad, Sao Tomé & Principe) Elle a un statut d’observateur à la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, et collabore avec les Nations Unies et le Haut-Commissariat de l’ONU pour les Droits de l’Homme respectivement pour le plaidoyer et les rapports sur les violations des Droits Humains, les enquêtes conjointes sur le terrain, la collecte de données statistiques, le partage d’informations et le renforcement des capacités des structures de base. Au niveau de la Diaspora, le REDHAC observe le traitement des ressortissants africains dans leur mobilité et le respect de leur convictions religieuses et politiques. Enfin, nous avons des espaces de travail avec l’UE, la FAO, l’UNOCA, l’USAIDS, l’AFD, l’OHADA, l’IRI, le NDI, le Commonwealt Les activités du REDHAC incluent en priorité : La protection des défenseurs des Droits Humains basée sur un soutien juridique et financier et des défenseurs en danger couvrant la sécurité physique et numérique, les frais judiciaires et médicaux. La promotion du plaidoyer à travers la mobilisation des mécanismes africains et onusiens pour que les États respectent leurs engagements internationaux en matière de Droits Humains. La documentation et la surveillance à travers des enquêtes sur les atteintes aux Droits Humains, la publication des rapports d’études et la surveillance des processus démocratiques. La promotion des Droits Humains basée sur la protection du statut des défenseurs des droits humains, le renforcement de l’espace civique et la défense des libertés fondamentales. L’implication du REDHAC dans la prévention et la résolution des conflits, la promotion de la paix et la cohésion sociale. La restructuration de l’appareil judiciaire dans le cadre de la réforme visant la modernisation de la justice, le renforcement de son indépendance et l’accessibilité équitable de tous les citoyens. La mise en place dans l’enceinte de la prison centrale à Libreville de la Maison des Droits de l’Homme et de la Maison d’arrêt de la Femme. La libération sans condition des prisonniers d’opinion. Le renforcement des capacités des structures de base des Droits Humains. Comment se concrétise la mission du REDHAC dans les faits ? Le rôle des défenseurs des Droits Humains est très mal compris. Il est assimilé parfois à celui d’opposant politique, la limite entre les deux étant très mince. Ceci dit, de manière concrète, le REDHAC au Gabon est au cœur de la Société Civile. C’est un lieu privilégié au sein duquel nous soulevons plusieurs problèmes tels que ceux liés à l’environnement et à la pollution dont s’occupe l’ONG Green Forest ; la liberté, la citoyenneté et le droit civique. Le Mouvement Copil Citoyen de Geoffroy Foumboula Libeka Makosso est notre chargé du plaidoyer. Quels sont les acquis et les défis et majeurs du REDHAC ? Pour nous, défenseur des Droits Humains, la victoire se conjugue avec moins de violence politique et sociale. Nous avons enregistré quelques résultats tels que la libération de plusieurs prisonniers politiques et du lieutenant Kelly Ondo. S’agissant de la famille Bongo, nous avons plaidé pour des conditions de détention humaines et un jugement équitable pendant le Dialogue national inclusif d’avril ERIC EDGARD MBOUDY

SUR LE CHEMIN D’UN MONDE MEILLEUR ?

Ils sont le rempart de l’humanité et la voix des peuples qui n’aspirent qu’à vivre dans la dignité, à l’abri de la peur, de l’oppression et de la pauvreté. Ils prennent fait et cause pour les démuni.es et ont l’aplomb, au risque de leur vie, de dire non aux tenants du pouvoir. Les défenseur.es des droits humains, car c’est bien d’eux dont il s’agit, sont des hommes et des femmes ‎issus d’horizons divers qui, collectivement ou individuellement, sèment les graines d’un monde meilleur. Le militant des droits humains est un visionnaire en quête de justice, d’égalité et de liberté. À ses yeux, toute personne, dès sa venue au monde, doit jouir de ses droits comme l’énonce, en son article premier, la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit. Ils sont doués de raison et de conscience, et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » Chaque naissance, chaque battement de cœur, chaque premier pas est un hymne à la vie et au bien-être. Hélas ! Le mal-vivre se répand comme une trainée de poudre au Gabon où, selon un rapport de la Banque mondiale publié en juin 2025, 34,6% de la population vivaient avec moins de 6,85 dollars par jour en 2024. La militante des droits humains, Claudine Aicha Tsoumbou, s’érige contre la dégradation du niveau de vie et ses répercussions sur la santé : « Aujourd’hui, on meurt encore de maux de tête à l’hôpital général. Aujourd’hui une simple fièvre tue. Des Gabonais.es meurent parce qu’ils n’ont pas de quoi aller à l’hôpital. Le ministère de la Santé doit s’impliquer davantage pour améliorer les conditions de vie de nos frères et sœurs parce-que nul ne peut vivre dignement s’il n’est pas en bonne santé. » Les défenseurs des droits humains s’emploient à dénoncer les maux qui minent la société, à sensibiliser, former et encadrer les populations à travers des plaidoyers ciblant, entre autres, la protection des personnes vulnérables y compris les enfants, les personnes âgées, les handicapé.es, les prisonnier.es et les victimes de violence. La promotion et la protection des droits civils et politiques, la liberté d’expression et le droit à la citoyenneté sont d’autres volets majeurs de la lutte pour les droits humains. Dans une interview au magazine « Vivre », Me. Marlène Fabienne Essola Efountame, s’explique sur l’importance que revêt la formation à la citoyenneté. « Le but est de promouvoir l’accès de chaque Gabonais à la dignité humaine, ce fondement absolument important dans la vie de toute nation qui englobe la capacité pour chaque citoyen de se nourrir, de se loger, de se soigner, de construire, de se développer au maximum de ses compétences… » Le chemin vers l’instauration d’un État de droit est encore semé d’embûches. Pour ne citer qu’un exemple, des journalistes font encore l’objet d’intimidations et de convocations au B2 alors que leur cas ne relève plus du pénal depuis 2015. Selon la loi, les litiges relatifs aux publications de la presse sont du ressort du droit civil et de la régulation par la Haute Autorité de la Communication (HAC). En conséquence, aucun journaliste ne doit subir aucune pression ni être incarcéré. « Vivre » vous invite à découvrir ou redécouvrir, certaines figures majeures de la lutte pour les droits humains, les actions en cours auprès des populations y compris des jeunes en quête de devenir et d’épanouissement. Sans détours, ils livrent leur perception du dispositif des droits humains et leur espoir de voir tomber, les uns après les autres, les obstacles qui minent la voie vers la Félicité. Les jalons posés au fil des ans, couplés au Projet « L’Edifice Nouveau » du président Brice Clotaire Oligui Nguema, offrent un cadre approprié pour accélérer la mise œuvre du dispositif des droits humains et l’inscrire dans les faits. Chacun, à son niveau et collectivement, a un rôle à jouer pour hisser le Gabon vers le sommet et donner à la dignité humaine la place qui doit être la sienne. C’est à ce prix que le chemin vers un monde meilleur deviendra réalité.  

MALANDA LOUMOUAMOU

Vous vous intéressez aux savoirs et savoir-faire ancestraux africains, en particulier le Masque. Dites-nous tout. Mon travail est nourri par une volonté profonde de valoriser nos savoirs endogènes, de les sortir de l’ombre pour les mettre en lumière. Le masque, pour moi, est bien plus qu’un objet ; c’est l’incarnation du sacré, d’une communauté, d’une mémoire vivante. D’aussi loin que je me souvienne, les cérémonies de masques étaient le cœur battant de notre cohésion sociale. C’est tout naturellement que j’ai consacré à ce sujet mon mémoire de fin d’études aux Arts Décoratifs de Paris, intitulé Au-delà du Masque : en quête de l’Okukwè. Ce travail, désormais intégré aux collections de la médiathèque de l’Institut Français du Gabon, est le fondement théorique de ma démarche artistique : comprendre pour mieux retranscrire, honorer pour mieux transmettre. Comment alliez-vous tradition et modernité dans votre travail ? Je ne les oppose pas, je les fais dialoguer. Je suis l’artiste qui tisse un lien entre les ancêtres et le contemporain. La tradition est ma source, mon inspiration première. Je puise dans l’imaginaire riche et mystérieux de nos forêts denses, dans la sagesse des gestes ancestraux. La modernité est le langage que j’utilise pour raconter ces histoires aujourd’hui. C’est une alchimie subtile : utiliser des matériaux contemporains pour évoquer un symbole ancien, ou concevoir une installation numérique qui parle de spiritualité traditionnelle, à l’instar de Ngoundou wè Yetchi : La Force de l’arbre. Mon objectif est de montrer que notre héritage n’est pas figé dans le passé ; il est vivant, pertinent et profondément contemporain. Vous vivez entre le Gabon, le Congo et la France. Quelle est l’influence de ces pays sur votre travail ? Ajoutez votre titre iciCes trois territoires sont les piliers de mon identité et donc de ma création. Le Gabon et le Congo sont ma source, mon ancrage, le lieu où je puise mes racines, mes motifs, mes narratives. La France est mon atelier de formation et un espace de dialogue avec la scène artistique internationale. Cette navigation constante entre ces univers affine ma perception, enrichit mon inspiration et me permet de porter un regard à la fois intime et universel sur mon travail. Combien d’œuvres d’art comptez-vous à ce jour, et quel message véhiculez-vous à travers votre travail ? La nature souvent éphémère et scénographique de mes installations – pensées pour des lieux de travail ou des événements – les rend difficilement quantifiables. Je me dirige aujourd’hui vers plus d’œuvres destinées à l’exposition, à la collection. Le message que je porte est intrinsèquement lié à ma pratique. À travers le choix de matériaux souvent naturels, locaux ou recyclés, je milite pour une création responsable qui s’inscrit dans l’éco-conception. Je veux véhiculer une poétique de la sobriété et du sens, où la beauté naît du respect de la nature et de l’héritage culturel. Parlez-nous de votre autre passion : la décoration et l’aménagement d’espaces. Ce qui a commencé comme une nécessité – diversifier mon activité pour explorer toute la chaîne d’expertise de la scénographie – s’est très vite transformé en une passion profonde pour la décoration et l’aménagement. La scénographie, c’est l’art de transformer un espace pour y raconter une histoire. Cette passion a naturellement débordé du cadre de la création de décors, de costumes et d’accessoires pour le spectacle vivant (théâtre, danse) et l’audiovisuel, comme j’ai pu le faire en tant que cheffe décoratrice sur la série Mami Wata : le mystère d’Iveza. J’ai ainsi étendu ma pratique au design d’espaces et à l’événementiel, en investissant notamment l’espace urbain lors de la première édition du Festival Rue Dance Gabon et de la Foire du Livre de Libreville. J’ai eu le privilège de créer des univers visuels sur-mesure pour des espaces recevant du public (ERP), que ce soit pour des séminaires de team building ou pour des lieux d’innovation comme l’Entreprenarium. Chaque projet est une nouvelle aventure qui me permet d’insuffler de l’émotion et du récit dans le quotidien. Quel regard portez-vous sur le marché de l’art gabonais et les conditions de travail des artistes nationaux ? Le marché de l’art gabonais est jeune, dynamique et immensément prometteur. On sent une effervescence, une soif de création. Le défi principal réside dans la structuration : il est crucial de promouvoir le statut d’artiste pour le protéger et le professionnaliser, ainsi que de multiplier les lieux d’expression et d’exposition pérennes, afin d’apporter une complémentarité avec les événements ponctuels. Le potentiel est là, il demande à être consolidé. Comment entrevoyez-vous l’avenir de l’art gabonais ? Je le vois avec un immense optimisme. L’avenir est aux échanges et à la professionnalisation. L’impact auprès des acteurs culturels gabonais, des résidences artistiques, tant locales qu’internationales, et le foisonnement d’événements culturels de qualité sont les signes d’un écosystème en pleine santé. La prochaine étape est de créer des ponts solides entre cette créativité et les marchés internationaux, tout en continuant à éduquer et à sensibiliser le public local. Que réservez-vous au public dans les prochains mois ? Une exposition de vos œuvres ? Je suis actuellement dans une phase intense de recherche et de création, nourrie par mes projets récents comme l’exposition Invitation au Voyage Ephémère qui s’est déroulée à La Rochelle. Je prépare de nouvelles œuvres qui approfondissent mon exploration des dialogues entre le traditionnel et le contemporain. Le public pourra les découvrir dans le cadre d’expositions à venir, sur lesquelles j’ai hâte de pouvoir communiquer très prochainement. Êtes-vous une artiste comblée ? Vivez vous de votre art ou non ? Je suis une artiste comblée de rencontres enrichissantes, constructives et qui ne cessent de m’apporter des opportunités diverses. Je vis davantage de mon expertise. Vivre de mon art serait un abus de langage mais l’art y contribue. Pour ainsi dire, je vis l’Art.

MEMBRES DE L’ÉQUIPE
 

Fondatrice – Directrice

 

Flavienne Louise Issembè

 

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