Fondatrice et Directrice de Publication

Flavienne Louise Issembè

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Flavienne Louise Issembè

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Flavienne L. Issembè

ALERTE AU SUICIDE

Le pire, l’irréparable peut arriver plus souvent qu’on ne l’imagine et au moment où on s’y attend le moins. Si le phénomène est rare au Gabon, il n’en demeure pas moins que les cas de suicide qui se produisent dans notre pays interrogent sur les racines du mal.  Un mal-être, un malaise profond, une crise existentielle mine le vécu de bon nombre de nationaux, en particulier les jeunes. Une fissure de plus. Une fissure de trop. Souvenez-vous du cas de cette étudiante qui, une fois son diplôme en poche, est restée des années durant au chômage. Ne pouvant plus vivre dans la précarité, elle a mis fin à ses jours. En cette année 2026, en mars, un lycéen en classe de première s’est donné la mort en se jetant de la passerelle du Lycée Léon Mba à Libreville « pour avoir été accusé à tort d’une faute qu’il n’avait pas commise.» Déception amoureuse, harcèlement à l’école ou en ligne, problèmes familiaux ou professionnels figurent au nombre des causes qui conduisent au suicide. Désespérées, fragilisées et souvent incomprises, les victimes s’isolent et s’enferment sur elles-mêmes. Un malaise profond Le mal-être des jeunes est profond. Ceux qui font l’objet d’une attention et d’un appui familial soutenus ont plus de chance de s’en sortir que d’autres qui n’hésiteront pas à franchir la ligne rouge et à s’adonner à des pratiques malsaines y compris la consommation de drogue et d’alcool, la prostitution, le vol, la violence ou le crime. L’univers des réseaux sociaux qui, rappelons-le, présente des avantages mais aussi des risques tel que l’addiction, nuit, si l’on n’y prend garde, à la santé mentale. Les jeunes sont d’autant plus vulnérables qu’ils vivent dans une société où les valeurs essentielles à leur épanouissement s’amenuisent comme peau de chagrin. Ces valeurs, inscrites dans l’article 9 de la Constitution nationale de 2024, incluent, entre autres : À ces valeurs s’ajoutent les droits et devoirs de chacun. Au chapitre des droits, en ses articles 11-12, la Constitution dispose respectivement : S’agissant des devoirs, la Constitution dispose en son article 35 : « La protection de la jeunesse contre l’exploitation et contre l’abandon moral, intellectuel et physique, est une obligation pour l’État et les autres collectivités publiques. » Les jalons posés au cours des trois dernières années dans le domaine de l’amélioration de la sécurité dans l’environnement scolaire gagneraient à s’inscrire de manière effective dans les faits. L’objectif est de prévenir et de lutter contre les drames qui gangrènent et mettent en danger la jeunesse gabonaise. La santé mentale et physique des enfants doit faire l’objet d’un suivi permanent des parents, des établissements scolaires, du secteur de la santé et de l’État. Le dialogue étant une arme puissante, tout un chacun devrait en user pour aider les jeunes à s’ouvrir et échapper au suicide. Mieux vaut prévenir que guérir.

LES FAITS PARLENT D’EUX-MÊMES

Le Peuple se demande si le pouvoir en place est à l’écoute de ses revendications, de ses besoins réels, qui ne sont ni plus ni moins que ceux d’hommes et de femmes qui aspirent à une vie meilleure basée sur le respect, le bien-être, la sécurité économique pour exister à l’abri de la précarité, de la maladie, du chômage, de l’exclusion.  Tant que notre pays n’aura pas atteint le niveau de développement durable requis, accessible et profitable à tous, le fossé entre riches et pauvres continuera de s’élargir. Les maux qui minent notre pays sont autant d’injustices qu’aucun Peuple, quel qu’il soit, ne devrait subir.  Répondre aux attentes de la population Au nom du respect des droits humains, des actes concrets s’imposent aux fins d’aider la majorité des Gabonais.es à reprendre le cours normal de leur vie. Le projet de société du chef de l’État offre un cadre approprié pour l’action à travers six piliers dont les 3 premiers sont ancrés dans : Les 3 derniers piliers du projet présidentiel sont :

JEANNE CLARISSE DILABA

Le parcours de Jeanne Clarisse Dilaba est parsemé de pépites. Ambitieuse, courageuse et humaniste, cette Gabonaise de l’Estuaire et de la Ngounie esr une fervente militante contre les discriminations et les violences faites aux personnes vulnérables. Fondatrice de l’ONG Femme Lève-toi (OFLT), du Mouvement Jeunesse Lève-Toi et de la Coopérative MognuGuButambe « La Vie Provient de la Terre », elle est depuis février 2022, coordinatrice nationale du Réseau des Défenseurs des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC). « Vivre » : Madame Dilaba, Qu’est au juste le REDHAC et quelle en est la mission ? Jeanne C. Dilaba – Le REDHAC a été créé en avril 2007 par les délégués des organisations de défense et de promotion des droits de l’homme de huit pays d’Afrique centrale. J’ai cité le Cameroun, la Guinée Equatoriale, le Gabon, la République du Congo, la République démocratique du Congo, la République Centrafricaine, Sao-Tomé et Principe et le Tchad. Le REDHAC est donc une organisation sous-régionale, apolitique et à but non lucratif. La mission de notre réseau est de coordonner et structurer toutes les organisations des défenseurs(es) des droits de l’homme, de faire des plaidoyers afin que l’Etat tienne les engagements régionaux et internationaux en matière de respect et de promotion des droits humains, et de contextualiser la loi type du REDHAC. Ce texte est un modèle de loi que chaque pays doit adapter à son contexte national. Il a été adopté en vue d’assurer la protection et la sécurité des défenseurs(es) des droits de l’homme par le renforcement de leurs capacités dans l’exercice de leurs activités. Qui sont les défenseurs (es) des droits humains et quels sont les risques auxquels ils/elles sont exposés (ées) ? Jeanne C. Dilaba – Les défenseurs (es) des droits humains sont issus de toutes les couches sociales et professionnelles sans considération de classe, de sexe, de race ou de religion. Ce sont, par exemple, les activistes, les défenseurs (es) des minorités et des groupes vulnérables, les journalistes, les migrants. Pour en venir au deuxième volet de votre question, les défenseurs des droits humains encourent des risques majeurs en protégeant et en défendant les autres au point qu’ils en oublient leur propre sécurité. Ces risques se traduisent notamment par des actes d’intimidation, de harcèlement, de violence et des arrestations. Etes-vous une victime ? Jeanne C. Dilaba – Non. Je n’ai été victime d’aucune de ces situations de la part des autorités gabonaises, mais de certains camarades de la société civile depuis que je suis à la tête de la Coalition du Réseau des défenseurs des droits humains d’Afrique centrale. Quelles sont les mesures qui s’imposent pour garantir la sécurité des défenseurs des droits humains ? Jeanne C. Dilaba – A mon avis, les mesures qui s’imposent pour garantir la sécurité des défenseurs des droits humains sont d’ordre politique et juridique. Sur le plan politique, le contexte est, hélas, caractérisé par un déficit démocratique dû à la faiblesse des institutions. Dans le domaine juridique, si de nombreux textes ont été pris en vue d’assurer la protection des défenseurs des droits humains, il convient cependant de relever que malgré tout cet arsenal, les violences et les violations des droits persistent à l’encontre des défenseurs des droits humains. Dans notre situation il n’y a aucune loi de promotion et de protection des défenseurs des droits humains. Quel est le programme d’action du REDHAC et les moyens dont l’ONG dispose pour l’exécuter ? Jeanne C. Dilaba – Nous œuvrons à l’organisation d’ateliers avec des personnes ressources pour la contextualisation de la loi type que nous espérons obtenir avant les élections présidentielles. Elle nous sera extrêmement utile pour le combat que nous menons en faveur de la promotion des droits humains, de la protection et de la défense des prisonniers politiques et tous ceux qui sont arrêtés arbitrairement. S’agissant des moyens, les premiers dont nous disposons sont Dieu et les mécanismes africains et onusiens des droits de l’homme. Le travail est laborieux. Au vu du fonctionnement de notre pays, aussi petit soit-il, du manque d’unité des défenseurs des droits de l’homme, des pesanteurs administratives, des lobbies et de la Commission nationale des droits de l’homme, nous ne pouvons compter que sur la détermination des collaborateurs et la Providence. Madame, que souhaiteriez-vous dire pour clore ce chapitre sur le REDHAC ? Jeanne C. Dilaba – « Nous protéger, c’est sécuriser nos droits. »En disant ces mots qui sont inscrits dans le Manuel du REDHAC sur la protection et la sécurité des défenseurs (es) des droits humains, je plaide haut et fort pour la réduction de l’iniquité, de l’injustice et des discriminations. En ma qualité de coordinatrice nationale du REDHAC, j’exhorte les défenseurs des droits humains, où qu’ils se trouvent, à se mettre en réseau avec d’autres défenseurs. L’objectif est de renforcer la lutte contre la violation des droits humains et, partant, de veiller à la sécurité des personnes qui ont à cœur de les défendre et protéger. Le chemin est long, mais la lumière est au bout du tunnel. Votre détermination ne date pas d’aujourd’hui. En 1997, j’ai créé l’Association des femmes délaissées afin d’aider les femmes qui n’avaient pas de soutien à trouver leur place dans la société, y compris dans le monde du travail. Mais le sigle AFD ne nous a pas aidées à évoluer. Le 27 septembre 2014, nous l’avons changé et appelé ONG Femme Lève-Toi (OFLT). Nous luttons contre toutes les formes de discrimination et de violences à l’endroit des personnes vulnérables. Nous menons des actions en faveur de nos cibles qui sont les familles de personnes vivant avec un handicap, les jeunes désœuvrés et apatrides, clés victimes des violences basées sur le genre et les personnes âgées. Quel est l’objectif de l’OFLT ? L’objectif est d’aider ses membres à connaître leurs droits et à en jouir, de les éduquer, de les former et de les accompagner dans le domaine de la création d’activités génératrices de revenus pour leur autonomisation. L’OFLT compte près de 200 adhérents dont une moitié est active et l’autre pas pour des raisons multiples. Celles-ci sont essentiellement liées à la culture associative, à la réticence, voire à la JEANNE CLARISSE DILABA

VALEURS ET PRIMAUTE DES DROITS HUMAINS

Au-delà de l’éclairage du Pr Télésphore Ondo, « Vivre » s’est intéressé à l’article premier de la Constitution nationale dont l’intégralité est publiée à la fin de cette édition. Le texte, qui s’affiche sous le titre préliminaire de la loi fondamentale, dispose : « La République gabonaise reconnaît et garantit les droits inviolables et imprescriptibles de l’homme qui lient obligatoirement les pouvoirs publics. » Dans un entretien exclusif, le président de la Commission nationale des droits de l’homme, Me Bertrand Homa Moussavou, nous livre son interprétation de l’article 1 er de la Constitution, des valeurs et de la primauté des droits humains. Me Homa Moussavou – « L’article premier est annonciateur de la garantie des droits de l’homme. Il évoque les droits naturels et rejoint les préoccupations de la justice qui sont de rappeler que les droits de l’homme sont imprescriptibles parce qu’ils sont intemporels. Ils sont éternels. Ce sont les deux définitions de l’inaliénabilité et de l’imprescriptibilité. De la primauté donnée aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, l’article premier en vient aux institutions qui sont chargées de faire respecter les droits de l’homme. Les droits de l’homme sont les colonnes, les fondamentaux de notre Constitution. Néanmoins, aux principes et droits fondamentaux on aurait pu ajouter les devoirs. Ceci dit, la Constitution est le lieu de rencontre des valeurs sociales et culturelles qui, je le précise sont évoquées dans son le préambule de la Constitution. Elles ont, dès lors, valeur constitutionnelle et c’est une bonne chose. Elles forment un bloc. Elles sont le fondement de la nation Gabonaise. Elles font de notre société ce qu’elle est, et de l’identité que nous sommes ce que nous sommes. S’agissant des valeurs de dignité, liberté, égalité, elles sont les sentinelles de notre vivre-ensemble. En matière de droits de l’homme, il est bon qu’on les énumère, les exerce et les respecte. La liberté, l’égalité, la dignité sont des droits humains fondamentaux que l’exécutif, le législatif et le judiciaire se doivent de respecter. Comment interprétez-vous les six premiers alinéas de l’article 1er ? Me Homa Moussavou – Les trois premiers alinéas évoquent les droits auxquels personne ne peut déroger. Prenons le cas de la torture : il est interdit de torturer, de faire subir à un être humain des traitements inhumains et dégradants. Il est même rappelé en droit international des droits de l’homme, notamment la Convention sur l’interdiction de la torture de 1984, qu’il est interdit lorsque vous avez voté, ratifié ce texte, de torturer et qu’aucune réserve n’est admise en la matière dès l’instant où l’on a signé et ratifié la Convention. Ce texte s’impose aux Etats qui l’ont ratifié. D’autres droits, dits de la première génération, sont énoncés aux alinéas 4-5-6. Il s’agit des libertés civiles et politiques qui ont donné le Pacte des droits civils et politiques du 16 décembre 1966. Ces libertés se basent, respectivement, sur : les droits de la défense en cas de procès doivent être garantis à tous; le droit à l’inviolabilité du secret de la correspondance, des communications postales, télégraphiques, téléphoniques et télématiques peut être levé qu’en application de la loi, pour des raisons d’ordre public et de sécurité de l’Etat ; les limites de l’usage de l’informatique pour sauvegarder l’homme, l’intimité personnelle et familiale des personnes, et le plein exercice de leurs droits, sont fixées par la loi. Que révèlent les alinéas 7 à 9 et les alinéas 10 à 12 ? Me Homa Moussavou – Les droits de la deuxième génération, encore appelés droits sociaux, ont donné lieu au Pacte des droits sociaux, économiques et culturels. Ce sont les droits au travail, à l’emploi, à l’éducation, à la santé, au logement, pour n’en citer que quelques-uns. Ils requièrent la volonté politique. Pour cela, ils obligent l’Etat à s’engager. Les Etats ont, par rapport à ces droits, une obligation positive. Ils doivent faire montre d’un dynamisme, d’une volonté clairement affirmée pour que ces droits puissent exister et être effectifs. Qui assure et garantit l’emploi ? C’est l’Etat. Qui garantit les droits à l’éducation ? C’est l’Etat. Qui donne le droit à l’instruction ? C’est l’Etat. Qui garantit le droit à la santé ? C’est l’Etat. L’Etat décide du quand on travaille et du quand on se repose. Les conditions du droit à la propriété énoncées aux alinéas 10, 11 et 12 sont régies par la loi. Chacun doit prendre conscience qu’il ne doit pas abuser de ce droit et qu’il ne doit pas créer des troubles sous peine d’être poursuivi. De même, si l’Etat expulse le propriétaire, il doit l’indemniser. Si l’Etat crée une route dans une zone d’habitation, il doit indemniser les propriétaires. Avant d’en venir aux alinéas 13 à 15, clôturons le chapitre sur les droits sociaux Me Homa Moussavou – Les droits sociaux énoncés par ailleurs aux alinéas 16-17-18-19 sont notamment les droits aux soins, à l’éducation, à l’instruction et à la laïcité, et les devoirs qui en découlent. L’éducation exige un budget de l’Etat. Le droit à l’éducation doit être assuré par l’Etat et les familles. Le droit à l’instruction est du ressort de l’Etat. La protection de la jeunesse énoncée à l’alinéa 17  est adossée à une politique publique. Comment protéger les jeunes s’ils se sentent abandonnés, s’ils n’ont pas d’aires de jeu ? Il faut mettre en place tous les moyens, toutes les conditions favorables à l’épanouissement des jeunes. il faut garantir leur sécurité en milieu scolaire en les protégeant notamment de la violence. A cet égard, il est de la responsabilité de l’Etat de créer, entre autres, des espaces pour les jeunes. De la laïcité énoncée à l’alinéa 19.  Le Gabon est un pays laïc. Aucune religion ne doit être au-dessus d’une autre. L’école publique doit être gratuite. L’Etat doit réguler les conditions de création des établissements scolaires. S’agissant de l’instruction religieuse, le règlement fixe les détails, la Constitution jette les bases. Quels sont les droits énoncés aux alinéas 13 à 15 ? Me Homa Moussavou – l’alinéa 13 sur la laïcité  s’intéresse à la question de savoir « comment les associations peuvent s’implanter et préserver l’intégrité morale des individus ». Il est rappelé ici que si les droits collectifs existent, VALEURS ET PRIMAUTE DES DROITS HUMAINS

CONSTITUTION ET EFFECTIVITE

La Constitution nationale joue un rôle indéniable dans nos vies et celle de la Nation. Elle définit et organise les institutions de l’Etat, et garantit les droits et libertés fondamentales de la personne humaine. Pour autant, sa suprématie est-elle toujours garantie ? Nous vous invitons à le découvrir à travers l’éclairage du Pr Télésphore Ondo, maître de conférences en droit public à la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université Omar Bongo et directeur du Centre de recherches et d’études constitutionnelles, administratives, parlementaires, politiques et internationales (CRECAPPI). «Vivre» – Professeur Télésphore Ondo, qu’est-ce que la Constitution nationale et que représente-t-elle pour la nation gabonaise ? Pr Télésphore Ondo – Le mot « Constitution » peut revêtir plusieurs sens. Toutefois, la définition juridique renvoie à une double conception de la Constitution : au sens matériel et au sens formel. Au sens matériel, on peut la définir à partir de son objet, de sa matière, sa substance ou son contenu. On parle alors de Constitution matérielle. La Constitution est considérée ici comme l’acte fondateur d’une société politique donnée. Mieux, elle est l’acte juridique précis qui définit le statut de l’Etat, c’est-à-dire qui soumet l’exercice du pouvoir à un cadre juridique précis pour le choix des gouvernants, pour l’organisation et le fonctionnement des différentes institutions, pour les rapports entre ces institutions, enfin pour les rapports entre les citoyens et l’Etat. Tous les Etats ont une Constitution matérielle, quels que soient leurs régimes politiques. Au sens formel, la Constitution se définit par sa forme et son mode d’élaboration. Seules les règles adoptées selon une procédure particulière sont constitutionnelles. Cette conception distingue les règles constitutionnelles des autres règles juridiques. En cela, elle place la Constitution au sommet de la hiérarchie des normes et exige des procédures de révision plus complexes et contraignantes que celles applicables aux lois ordinaires. «Vivre» – Quels sont le rôle et le pouvoir de la Constitution nationale ? Pr Télésphore Ondo – La Constitution n'a pas pour unique objet de déterminer la forme de l’État, d’organiser les institutions et de déterminer les règles de production des normes. La Constitution est un acte fondateur par lequel une société se constitue une identité et décide de l’ordre sociétal voulu. En particulier, elle consacre des droits et libertés fondamentaux et définit les modalités de leur protection. C’est la charte des valeurs libérales des sociétés démocratiques. En définitive, la Constitution se présente comme un acte de limitation des pouvoirs ainsi que l’exprime l’article 16 de la Déclaration française de 1789  sur les droits de l’homme et du citoyen qui prévoit que « toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ». Toutefois, ce rôle de la Constitution se trouve dénaturé aujourd’hui à cause de la fréquence des révisions constitutionnelles, tantôt instrumentalisées par le pouvoir en place ; tantôt déstabilisées par la banalisation des révisions en dépit de la rigidité affichée ; ou encore menacées de l’intérieur par un contenu crisogène et conflictogène; voire concurrencée par des accords politiques à la portée juridique discutable. Cette délégitimation du sens commun des Constitutions est réelle. Du pouvoir de la Constitution : La Constitution a : Un pouvoir (normatif) de contrainte et de soumission des pouvoirs publics et des personnes privées ; Un pouvoir qui institutionnalise la négociation, le consensus ; Un pouvoir qui incarne le pacte social fondateur, assis sur des valeurs et principes communs ; Un pouvoir de garant d’un équilibre juste et harmonieux des partenaires politiques et sociaux ; Un pouvoir de règlement pacifique des conflits ou de pacification des rapports politiques et sociaux ; Un pouvoir symbolique et juridique car elle justifie la fondation d’un Etat. L’établissement et la révision de la Constitution   obéissent à des règles particulières et protectrices. Quelle est la place des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la Constitution nationale ? Pr Télésphore Ondo – Les droits de l’homme et les libertés fondamentales occupent une place de choix dans la Constitution gabonaise. Car, dès le préambule de la Constitution, le peuple gabonais « affirme solennellement son attachement aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales » tels qu’ils résultent de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, consacrés par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1981 et par la Charte nationale des libertés de 1990. De plus, la Constitution prévoit un titre préliminaire intitulé « Des principes et des droits fondamentaux ». Enfin, l’article premier, qui consacre plusieurs droits fondamentaux, précise préalablement que : « La République gabonaise reconnaît et garantit les droits inviolables et imprescriptibles de l’homme, qui lient obligatoirement les pouvoirs publics. » Comment la Constitution nationale garantit-elle les droits de l’homme et les libertés fondamentales ? Pr Télésphore Ondo – La Constitution nationale prévoit plusieurs outils de garantie : Le pouvoir judiciaire, gardien de la liberté individuelle (article 1 er et 23 in fine) ; La Cour constitutionnelle garantit les droits fondamentaux de la personne humaine et les libertés publiques (article 83 in fine) ; Le Parlement, en votant la loi et en contrôlant l’action du gouvernement, participe largement à la garantie des droits de l’homme. Quelle est l’effectivité de la mise en œuvre des droits de l’homme et des libertés fondamentales au Gabon ? Pr Télésphore Ondo – Le bilan est mitigé quant à l’effectivité de la mise en œuvre des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Plusieurs facteurs justifient ce bilan : La méconnaissance des droits et procédures par les citoyens et même certains professionnels du droit. Le manque de volonté des organes compétents (absence de contrôle). La corruption de certaines institutions, notamment de la justice. La politisation du pouvoir judiciaire. La servitude volontaire des juges ou l’autocensure. Votre mot de la fin ? Pr Télésphore Ondo – La Constitution gabonaise reste largement importée et inaccessible aux citoyens, notamment de l’intérieur. Pour la rendre plus légitime et facilement applicable, il faudrait : La rédiger ou modifier selon des processus inclusifs, participatifs et ouverts ; D’introduire les mécanismes fondant l’identité gabonaise ; La traduire en langues gabonaises ; Décréter une journée de la Constitution et CONSTITUTION ET EFFECTIVITE

SOS PRISONNIERS

Le sort et les conditions de détention des prisonniers en République gabonaise demeurent une source de préoccupation majeure pour les  détenu.es, les familles et les défenseur.es des droits humains. La prison centrale de Libreville, construite en 1956 pour accueillir une population de 300 à 500 détenu.es, en compte actuellement plus de 3500. Le surpeuplement, les mauvaises conditions d’hygiène et la propagation des maladies sont le lot quotidien de ses occupants. En 2020, le défenseur des droits humains Lionel Ella Engonga crée l’Association SOS Prisonniers dans le but de promouvoir, protéger et défendre les droits des détenu.es. Il plaide pour la construction de prisons adaptées aux normes et respectueuses des droits de la personne. L’ouverture d’enquêtes sur les conditions de détention et les cas de torture des prisonniers est également au coeur de ses priorités.

MAL LOGEMENT ET SANTÉ

Les mauvaises conditions de vie et l’état de santé précaire des personnes qui vivent dans un environnement malsain en font des êtres extrêmement vulnérables. Dès lors, combien de temps les Gabonais.es démuni.es tiendront-ils encore dans des quartiers et des logements insalubres envahis par les rats, les cancrelats, les moustiques et autres bestioles qui causent ou aggravent les maladies ? Le mal logement nuit gravement à la santé et plonge ses victimes dans le désespoir, la désolation et le désarroi. Alors que le désespoir se caractérise par un abattement total, une affliction profonde de la personne, la désolation est cause de peine et d’ennui extrêmes. Le désarroi est un trouble moral et une anxiété profonde que ressent la personne qui vit dans des conditions précaires. Selon les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) relatives au logement et à la santé, « un logement précaire est un facteur de stress, d’anxiété et de dépression. » « Les températures intérieures peuvent entraîner des maladies liées à la chaleur. La pollution de l’air intérieur nuit à la santé respiratoire et cardiovasculaire et provoque des réactions allergiques et irritantes comme l’asthme. » « L’insuffisance de l’approvisionnement en eau potable et le manque d’installations sanitaires compromettent la sécurité sanitaire des aliments et l’hygiène personnelle et engendrent des maladies transmissibles. » Celles-ci incluent la diarrhée, le choléra, la dysenterie, l’hépatite A et la fièvre typhoïde. Le mauvais assainissement du milieu favorise le paludisme qui est transmis par le moustique anophèle femelle. La mauvaise aération et le surpeuplement véhiculent les agents infectieux de la tuberculose et de la bronchite. Le mal-logement est une question de santé publique qui, hélas, ne fait pas l’objet de l’attention qu’il mérite. Il suffit, pour s’en convaincre, de se rendre dans les « matitis » (quartiers sous-intégrés) où les occupants des lieux manquent de tout. Et que dire des sans-abris qui investissent les broussailles ou les rues pour y dormir au péril de leur vie ? L’état de santé précaire des mal-logés et des sans-abris est une bombe à retardement. Les défis sont de taille et interpellent l’ensemble de la société à agir vite, l’enjeu étant de sauver des vies au prix d’une réelle promotion des droits à la santé et au logement.

AFI.M.MO

L’Association des Filles-Mères du Moyen Ogooué revient de loin. Après des années d’embellie suivie d’une crise profonde, elle se relève lentement mais sûrement. Selon sa présidente, les activités reprennent avec à la clé la réfection du fichier des filles-mères et un projet ciblant leur scolarisation effective et celle de leurs enfants. Patricia Bruant Kessany et son équipe œuvrent également à la promotion d’une loi qui protège les personnes vulnérables y compris les filles-mères et leur progéniture. Découvrons son interview au Magazine « Vivre ».

LA CIPREF VIVRA

La Conférence internationale de la presse francophone (CIPREF) est appelée à devenir une plateforme d’échanges constructifs et un cadre promotionnel du journalisme francophone. Les participants à sa 1ère édition, tenue récemment à l’université Berthe et Jean de Libreville sous le thème « L’IA et son impact sur les médias », se sont engagés à pérenniser la CIPREF et à faire de l’IA un usage maîtrisé et responsable tout en gardant à l’esprit les droits et devoirs qui incombent au journaliste dans l’exercice de son métier. Venus d’Afrique, des Antilles, du Canada, de France, d’Italie et de Roumanie, 150 professionnels de la presse, experts en IA, universitaires et acteurs engagés dans la transformation numérique du paysage médiatique francophone, ont échangé et fait des proposition concrètes pour œuvrer aux avancées du journalisme à l’ère de l’IA. Les enjeux, opportunités et défis liés à l’intégration de l’intelligence artificielle dans les médias ont mobilisé les participants autour des thèmes suivants :

QUI SOMMES-NOUS ?

« Vivre », votre magazine trimestriel sur les droits humains au Gabon, est disponible en ligne. Cette publication didactique, pratique et factuelle traite exclusivement, en toute clarté, impartialité et rigueur, et avec l’appui d’analyses de professionnels du droit, de l’ensemble des droits humains. Ce dispositif inclut les droits sociaux, économiques, culturels, civils, politiques et collectifs. À cet égard, votre magazine entend vous édifier sur les événements, les avancées et l’évolution des droits humains et des lois promulguées en République gabonaise. Nous prodiguons également des conseils pratiques sur les limites à ne pas franchir dans la jouissance de vos droits. Nul, en effet, ne peut en user s’il ne respecte ses devoirs vis-à-vis d’autrui. « Vivre » est né de la volonté d’une équipe de journalistes et de spécialistes du droit qui a à cœur de vous informer dans les règles de l’art, de collecter des informations fiables et de faire de votre magazine une référence en matière d’information, de communication, de promotion des droits humains et leurs valeurs. Au sommaire de cette première édition, nous nous penchons sur la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH), le droit à la santé et au travail, la violence domestique sous toutes ses formes, qu’elle soit physique, sexuelle, psychologique ou économique. Pour accéder à votre magazine, connectez-vous dès à présent via le lien https://magazine-vivre.com