Fondatrice et Directrice de Publication

Flavienne Louise Issembè

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Flavienne L. Issembè

VIOLENCES DOMESTIQUES ET DROITS DES VICTIMES

« Vivre » : Me Farafina Boussougou-Bou-Mbine, le Gabon a-t-il mis en place un cadre juridique pour protéger les victimes des violences domestiques qu’elles soient femmes ou hommes ? Me Farafina Boussougou-Bou-Mbine : Le Gabon a mis en place un dispositif de protection des victimes des violences domestiques. Lorsque les violences sont d’ordre physique, il s’agit d’une infraction à la loi pénale, ce sont des coups et blessures. Le législateur devrait en faire un facteur aggravant lorsque les violences ont lieu entre époux. Mais ce n’est pas le cas pour l’instant. Il s’agit simplement d’une infraction. Un coup est un coup qu’il soit porté à l’endroit d’un étranger ou à l’endroit de son mari ou de sa femme. Ce sont des coups et blessures, voilà un biais par lequel le droit saisit ce phénomène de violence domestique. Si vous portez main, si vous portez des coups à votre conjoint vous êtes susceptible d’en répondre devant le tribunal correctionnel. Et si à la suite de ces coups, mort s’ensuit, vous pouvez répondre de vos actes devant la cour criminelle. Quels sont les droits des victimes des violences domestiques ? Le premier droit, c’est le droit à la parole. Il faut parler, décrire ce qui vous arrive. Tout phénomène nécessite qu’il soit dit, nommé. Les victimes de ces violences, directes ou indirectes, doivent pouvoir tirer la sonnette d’alarme afin que la cellule familiale d’abord et la société dans son ensemble soient mieux protégées. L’objectif de l’humanité ou la différence entre l’humain et l’animal c’est quand même la capacité à dompter la nature pour faire apparaitre l’humain dans toute sa splendeur en dehors des coordonnées liées au sexe. La dignité de l’homme réside dans sa capacité à être humain qu’il soit femme, qu’il soit homme, mais c’est l’humain qu’il faut faire apparaitre. Passé le stade de la parole et de la description, il faut saisir la bonne institution et, de ce point de vue, tout dépend du milieu dans lequel on vit. Si l’on habite dans un village qui est très éloigné d’un poste de police ou de gendarmerie, et encore davantage d’un tribunal, il est évident qu’il y a des autorités déconcentrées. Il faut les saisir. Il y a toujours des chefs de quartier, des chefs de village, des sous-préfets. La protection d’une victime commence par elle-même, par la mise en œuvre d’un certain nombre d’actions concrètes. Il faut parler, il faut porter l’information à la connaissance de qui peut donner suite. Les institutionnels que j’ai mentionnés sont des personnes qui peuvent donner suite à un acte de violence afin d’y mettre un terme. Dans le cadre des violences domestiques d’ordre physique, les premiers concernés sont les parents et, parmi les parents, les témoins parce que avant que l’information n’arrive chez le père et la mère de la mariée, en général on appelle les témoins du mariage. Avec cette idée que si l’information arrive auprès du père ou de la mère, c’est déjà un stade extrême qui peut aboutir à une séparation. En général, il faut parler aux parrains, marraines, ou aux témoins en tout cas, de sorte que ces derniers soient un premier filtre ou un premier cercle qui puisse donner des conseils. Vous savez, l’homme avec un grand H, l’homme et la femme ne sont pas insensibles. Tout dépend de l’éducation que chacun a reçue, et tout dépend de la vision qu’on a vis-à-vis de l’altérité. Si l’altérité représente un facteur de concurrence au lieu de représenter un facteur d’émulation ou de complémentarité, il est évident qu’un couple où il y aurait une très grande différence, une très grande disparité dans les aspirations, il est évident que nous avons là un couple où le conflit est quasi permanent. Je pense que par l’éducation, par la répétition de l’éducation, on peut parvenir à mettre un terme, en tout cas à mettre un filet de sécurité sur les actes de violence. En termes d’éducation, qu’est-il fait pour sensibiliser les populations, les couples, au phénomène de la violence domestique ? La communication reste, de mon point de vue, au niveau institutionnel. Le gouvernement fait des séminaires de restitution, un certain nombre de travaux, de colloques, mais je crains que les informations tirées ou les conclusions auxquelles aboutissent les études des séminaires n’arrivent pas toujours à leurs destinataires. Qui a accès à ces informations ? L’atout au Gabon c’est que plus de 80% de la population sait lire et écrire. La documentation est disponible. Mais combien la lise ? Depuis le CP1, les gens savent lire et écrire, mais très peu aiment lire. La lecture n’est pas le canal le plus usité pour accéder à l’information quelle qu’elle soit. Le canal le plus utilisé est la télévision et surtout, désormais, les réseaux sociaux, où des hommes et des femmes d’église traitent des questions relatives aux rapports dans le couple, à travers des témoignages, des histoires moralisatrices. Voilà un moyen d’éducation disponible qui permet à quiconque possédant un téléphone Android, d’en tirer profit, pour soi ou pour autrui. Jusqu’à quel point les juristes, les avocats par exemple, sont associés aux ateliers sus-mentionnés ? Les juristes sont associés à divers niveaux, soit parce qu’eux-mêmes font partie de telle ou telle association, soit parce que dans le cadre de l’élaboration ou de la rédaction d’un rapport, d’une étude, le gouvernement leur fait appel. Personnellement, il y a quelques années j’avais été sollicité par le ministère de la Famille qui travaillait de concert avec l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) pour réaliser une étude sur les discriminations dans la deuxième partie du Code civil. C’est une étude que Mme Nzé Bitéghé et moi avons réalisée à la demande du ministère de la Famille. Il y a un opus qui est sorti et qui circule d’ailleurs sur Internet. Oui, les juristes sont associés, mais ils ne le sont pas toujours en raison du manque de financements. Les plaintes déposées au niveau des tribunaux pour coups et blessures au sein des foyers finissent-elles par aboutir ? Les VIOLENCES DOMESTIQUES ET DROITS DES VICTIMES

LES CONSEILS PRÉVENTION DU DOCTEUR NGOME NDONG

Un docteur gabonais donne des conseils préventifs divers

« Avoir un mode de vie sain rend la vie plus agréable », aime à dire le Dr Jean-Marc Ngome Ndong. Ce spécialiste de la médecine du travail et de la prévention prodigue des conseils au quotidien à ses clients. Des précautions à prendre pour protéger la santé aux avantages de la prévention, il lève le voile sur un domaine qui mérite plus d’attention de la part de l’ensemble de la société.  « Vivre » – Docteur, qu’est-ce que la prévention et quelle importance revêt-elle pour la santé ? Dr Jean Marc Ngome Ndong – La prévention, en matière de santé, est définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme étant l’ensemble des mesures visant à éviter ou réduire l’apparition des maladies, des accidents. Elle se situe en amont de toutes les précautions prises en matière de santé des populations puisqu’elle intervient sur l’individu sain, avant qu’il soit atteint de maladies. Pourquoi faut-il faire de la prévention ? Toute politique de santé efficace, qui se veut sérieuse, met l’accent sur la prévention qui seule permet de réduire les coûts de santé. La maladie coûte excessivement cher, elle impacte le corps humain, le milieu familial, professionnel et l’environnement tout entier. Faire de la prévention revient donc à éviter ou à réduire cet impact généralisé dans tous les domaines de la vie. Le but visé réside dans cette quête d’avoir des individus en bonne santé dans un milieu donné pour rendre la vie plus agréable. Vous êtes médecin du travail. La prévention est donc votre priorité. Parlez-nous des actions majeures que mène votre structure et de ses acquis ? La médecine du travail est essentiellement préventive, elle repose sur l’ensemble des moyens et mesures mis en œuvre pour éviter ou réduire les risques de maladies professionnelles ou d’accidents du travail et vise à adapter le travail à chaque homme, sain ou handicapé. Les actions de santé et sécurité au travail se situent à plusieurs niveaux dans une entreprise et concernent tous les acteurs indiqués. Elles partent des recommandations internationales, issues des organismes internationaux et nationaux, aux règlementations adoptées par chaque Etat dans le cadre du Code du travail, et sont mises en œuvre par les chefs d’entreprises, les équipes dirigeantes et les travailleurs sous le contrôle des institutions du travail (ministère du Travail, établissement de sécurité au travail…). En ma qualité de médecin du travail attaché au Groupement professionnel des acconiers du Gabon (GPAG) par exemple, une entreprise qui n’existe que depuis près de trois ans, nous sommes en train de mettre en place l’ensemble des mesures de prévention qui vont de l’organisation d’un service de santé au travail au sein de l’entreprise et la mise en place d’un comité d’hygiène et sécurité, résultat d’un plaidoyer mené par nos soins tel que le recommande le Code du travail. Quel est le coût de la prévention aux plans humain, technique et financier ? Comparativement aux moyens curatifs que nous connaissons, partant des bilans médicaux (biologiques, radiologiques), de l’hospitalisation qui peut être bien longue, de la guérison qui peut être partielle, avec parfois des séquelles et des handicaps physiques, sans oublier la souffrance physique et psychologique du malade et son entourage, l’incapacité de travailler qui impacte lourdement la productivité de l’entreprise, la prévention présente des avantages énormes sur les plans humain, technique et financier. La prévention vise effectivement à baisser les coûts de santé à partir d’actions simples et efficaces. La santé et la sécurité au travail représentent le maillon le plus efficace pour une productivité optimale dans toute entreprise. La prévention, quant à elle, est le seul vrai moyen le plus efficace pour une parfaite santé physique, mentale et sociale. Elle permet de réduire les coûts de santé devenus trop lourds, tout en évitant l’apparition même de la maladie. Avez-vous des besoins particuliers pour mener à bien vos activités ? Dans le cadre de mes activités de santé et sécurité au travail, nous avons surtout besoin que les travailleurs et les chefs d’entreprises comprennent, adhèrent et participent à la mise en place d’une politique de santé et sécurité au travail afin de rendre agréable l’exercice de notre profession en entreprise. Aussi il est souhaitable, dans la mesure où la loi et la règlementation sont bien avancées dans notre pays, que les textes existent et qu’ils soient biens articulés, et que les autorités chargées de faire le contrôle soient plus présentes et efficaces. Qui dit prévention dit bilan de santé. Qu’est-ce-que le bilan de santé ? Le bilan de santé est un ensemble de mesures préventives visant à déceler d’éventuelles pathologies ou affections latentes, de proposer une meilleure prise en charge du patient et de mettre des mesures de suivi et de contrôle de certaines pathologies. Pourquoi faut-il faire un bilan santé et quand exactement ? Le bilan de santé s’adresse à toutes les populations, à tous les âges et à toutes les couches sociales puisqu’il intègre parfaitement l’ensemble des mesures préventives qui existent quels que soient l’état de la personne et son environnement social ou professionnel. La périodicité varie en fonction des individus, du contexte social ou professionnel, de l’âge ou de l’état pathologique des individus. Dans le milieu social, c’est un acte volontaire qui s’adresse à tout individu, suivant un calendrier périodique défini, d’une part, par la réglementation en matière de santé et, d’autre part, par les professionnels de santé, mais souvent à la demande de chacun. Chez un individu sain, il est souhaitable de le faire chaque année. Ce délai peut varier en fonction de l’état pathologique. Dans le milieu professionnel, il s’inscrit dans le cadre règlementaire de nombreuses visites médicales partant de la visite de pré-embauche, visites systématiques annuelles, visites de départ ou de retour de congé ou de maladie… Où faire son bilan de santé et qui est habilité à le faire ? Tout médecin, toute structure de santé disposant d’un paquet minimum d’interventions essentielles. Le bilan de santé repose sur un examen ordinaire (interrogatoire et examen clinique) du patient, suivi d’examens complémentaires généraux et spécifiques en LES CONSEILS PRÉVENTION DU DOCTEUR NGOME NDONG

À 37 ANS D’INTERVALLE

À 37 ans d’intervalle, les mêmes erreurs se reproduisent, inexorablement, mettant ainsi en péril la vie et les droits à la santé des personnes qui en sont victimes. La distraction, l’insouciance et la négligence surviennent plus souvent qu’on ne l’imagine dans les structures sanitaires. Il suffit d’une erreur, d’un mauvais diagnostic, d’un traitement inadéquat pour passer de vie à trépas ou trainer des incapacités à vie. Deux destins, ceux d’une mère et son fils, basculent du jour au lendemain alors que le pire aurait pu être évité. Quelques mois après un premier bilan de santé totalement erroné, MAE se rend à l’étranger où un médecin diagnostique un cancer du sein à un stade avancé. Elle est hospitalisée, subit une double mastectomie et décède six mois plus tard auprès de sa famille. Elle avait 68 ans. Le sort de RABI est quasiment identique. A l’occasion d’une deuxième consultation médicale, il apprend qu’il est atteint d’une tuberculose multi-résistante et non d’une simple infection pulmonaire comme diagnostiqué précédemment. La pauvreté ou la négligence expliquent-elles la mort prématurée du septuagénaire ? Pour autant, cela ne disculpe en rien le médecin qui l’a induit en erreur. Hospitalisé deux mois durant, RABI a été soumis à un traitement extrêmement lourd qu’il n’a pas supporté. Il est mort à 73 ans entouré des siens. A l’instar de MAE et de RABI, n’importe qui peut être victime d’une insouciance, d’une inattention ou d’une négligence médicale. Au-delà de la gravité de ces erreurs, le pire est de voir les coupables continuer à vaquer à leurs occupations. Le témoignage d’un fonctionnaire fait froid dans le dos. « Nous vivons ce genre de situation tous les jours dans nos centres hospitaliers, notamment aux urgences où un agent de santé peut vous recevoir tout comme il peut vous laisser trainer tant il est occupé à bavarder avec ses collègues. Pendant ce temps, l’état du malade empire au point que nombre de personnes décèdent aux urgences. » L’insouciance, la négligence et l’impunité tuent. Elles sont une atteinte au droit à la santé, à la dignité et à la sécurité de la personne. En outre, elles mettent à mal la crédibilité même du système de santé dont la mission consiste pourtant à améliorer la santé publique. Selon un employé de la fonction publique, « les médecins ont des droits qui les protègent. Porter plainte n’aboutit à rien. Mais il est temps que les coupables aillent en prison. La justice doit assumer ses responsabilités ». Mayondo, un enseignant, estime que « les agents contrôleurs du ministère de la Santé devraient se rendre régulièrement dans les hôpitaux pour voir qui fait quoi et comment afin que des mesures fermes soient prises contre les agents de santé qui n’accomplissent pas correctement leur devoir ». À quand la stricte application de la loi contre l’impunité en cas d’insouciance et de négligence ? À quand la stricte application de la loi contre la faute médicale ? Il s’agit bien de la faute car l’erreur médicale « ne devient, le cas échéant, une faute que si la responsabilité du professionnel de santé est reconnue par une instance juridictionnelle». Le système de santé est interpellé à jouer pleinement son rôle qui est d’améliorer, comme il se doit, la santé publique afin de retrouver la confiance des populations gabonaises.

QUAND LA POLITIQUE S’INFILTRE DANS L’ÉCOLE    

Pr Philippe Ela

La politique serait-elle responsable de la crise dans le secteur de l’enseignement et des échecs qu’il enregistre au fil des ans ? Selon le professeur Charles-Philippe Assembé Ela, « elle en est la principale cause, elle a tué l’école. » Dans une interview accordée à « Vivre » dans les jardins de l’École normale supérieure, cet enseignant-chercheur en esthétique, philosophie de l’art et de la culture, épluche le mal-être de ce corps de métier et les défis à relever pour qu’émerge de nouveau l’excellence scolaire et le respect dû au corps enseignant.   Pr Charles-Philippe Assembe Ela – Il m’est assez difficile de parler de la question du mal-vivre au sein du corps enseignant. Je m’explique. Les représentations sociales ne nous aident pas. Les gens s’imaginent que plus on a de diplômes, plus on a de l’argent, mais le problème se situe entre ce qu’il devrait gagner et ce qu’il gagne. En effet, de nombreux facteurs ne sont pas pris en compte. Par pudeur, l’enseignant préfère ne pas s’exprimer. Il est enseignant, il vit mal, il n’a pas été reclassé, il vit encore du salaire de son grade antérieur (assistant pour un maître-assistant, maître-assistant pour un maître de conférences). Imaginez le manque à gagner sur un, deux, trois, quatre ou cinq voire six ans. Telle est la situation que vit l’enseignant-chercheur. On l’étouffe et on l’empêche d’en parler. À un moment donné, le politique a fait croire que le fonctionnaire le mieux traité est l’enseignant, qui plus est l’enseignant du supérieur alors qu’il vit un drame d’autant que la situation juridico-administrative de ce corps de métier n’est pas clarifiée. Le statut particulier est en souffrance. On gère sa carrière comme un fonctionnaire ordinaire. Pour des individus qui ont fait de longues études, c’est génocidaire ! La plupart termine la vie professionnelle sans grade. Une infime partie parvient au grade supérieur, mais tardivement. La carrière de plusieurs générations d’enseignants-chercheurs est ainsi ruinée. À l’heure actuelle, elle n’a pas encore trouvé une solution satisfaisante.   « Vivre » – Quelles sont les conditions de travail des enseignants du supérieur ?    Elles sont indécentes du point de vue moral et des conditions de vie. Au plan moral, l’enseignant est un homme généreux, une personne à qui vous confiez votre progéniture pour en faire les hommes de demain. À y regarder de près, la relation entre le public et l’enseignant n’est pas au beau fixe. Tenez, quand un enseignant se rend dans un service administratif et qu’il dit qui il est, on le regarde d’une certaine façon. Il y a ce préjugé moral qui pèse sur l’enseignant. Ses conditions de travail et de vie ne sont pas réunies. Il faut être patriote, un héros des temps modernes pour accepter d’être enseignant.   Prenons l’exemple de deux individus qui ont un master de mathématiques. Le premier est recruté enseignant, l’autre technicien dans un service d’ingénierie. Le premier passera trois ans pour avoir le texte de recrutement et trois autres années pour avoir quelque chose qui ressemble au salaire qu’il devrait avoir, c’est-à-dire 500 000 à 600 000 francs CFA alors qu’un ingénieur qui est recruté à Shell commence à 1 500 000 puis passe à 2-3 millions de francs CFA l’année suivante. La disproportion est grande. Si vous êtes enseignant, vous mettez dix à quinze ans pour construire une maison de 20 millions. Ce rapport ingrat à la profession est d’abord imputable au regard que la société pose sur l’enseignant. Ce rapport fait aussi partie de son mal-vivre. Voilà quelqu’un qui s’occupe de vos enfants. Comment pouvez-vous le traiter de la sorte ?   Et quid de la grille des salaires des enseignants du supérieur?   La situation salariale des enseignants du supérieur se présente comme suit :     Présalaire de l’enseignant stagiaire : 750 000 FCFA.     Assistant : 900 000 à 1 100 000 FCFA.     Maître-assistant : 1 300 000 à 1 600 000 FCFA.       Maître de conférences : 1 800 000 à 2 100 000 FCFA.     Professeurs titulaires : 2 300 000 à 2 500 000 FCFA. Comparer aux salaires de nos officiers supérieurs, ce n’est pas grand-chose. Autre problème, de nombreux maîtres de conférences reclassés sans avancements n’excèdent pas 1 700 000 FCFA. Or, avec tous les avancements bloqués par la fonction publique, ils gagneraient entre 1 800 000 et 2 100 000. La situation est la même pour les quelques professeurs titulaires en activité.   À y regarder de près, c’est une grosse arnaque organisée sous Ali Bongo. Certes, les salaires ont bondi après la bonification de la PIR (prime d’incitation à la recherche). L’arnaque se situe au niveau de l’institution qui a des responsabilités vis-à-vis des activités de l’enseignant-chercheur. Il doit faire des colloques, des voyages d’étude, produire des livres… Mais quand la bonification est arrivée, l’institution a été sevrée de tous les budgets attenants à ces activités institutionnelles. Ailleurs, ce sont les universités, les institutions qui s’occupent du financement de ces activités des enseignants-chercheurs. Voilà comment nous avons été réduits à faire nos grades avec nos maigres revenus. C’est une dette qui n’a même pas été tracée. À notre niveau, nous finançons nos activités sur fonds propres.   On demande au Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) de faire très attention, d’être très vigilant, de parler avec les vrais acteurs de l’enseignement supérieur que sont les universitaires, les chargés de cours. Pour se rendre au Bénin et en France, certains d’entre nous ont dû payer leurs billets d’avion afin d’avancer dans leur grade et quand bien même ils auraient le grade au Cames (NDLR : Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur), ils ne sont pas reclassés.   Psychologiquement, une chose est de travailler dans la sérénité avec les institutions, avec sa hiérarchie, une autre est de travailler dans le besoin ou dans la contrainte. Les règles de l’enseignement, les règles de l’école sont pipées, les conditions de travail ne sont pas au beau fixe. Quel peut être le ressenti de cet individu qui va travailler ? Pensez-vous que quand il travaille QUAND LA POLITIQUE S’INFILTRE DANS L’ÉCOLE    

PAUVRETÉ

Estelle Kalle;

Les mots ne manquent pas pour qualifier la pauvreté. Elle est une menace, un facteur d’insécurité, de destruction du tissu social et de déstabilisation de la nation. Pour autant, elle n’est pas une fatalité. Bien au contraire. Elle peut être réduite significativement pour peu que les états y mettent les moyens. Mais qu’est au juste la pauvreté, quel est son lien avec le vivre décemment, pourquoi se propage-t-elle dans un pays aussi riche que le Gabon qui, de surcroit, compte moins de 2 500 000 habitants ? Afin de vous éclairer sur la question et faire le point, « Vivre » s’est tourné vers le docteur Estelle Kalle, économiste en développement.

PARLONS LOGEMENT

Jean Joël Mebaley est architecte de formation et de profession. Après des études en France, il rentre au Gabon où il s’établit à son compte. Il est à la tête de Destiny, un bureau d’architecture et d’ingénierie dont il est le fondateur. Vivre l’a rencontré dans ses murs.

ALERTE

Les mauvaises conditions de vie et l’état de santé précaire des personnes qui vivent dans un environnement malsain en font des êtres extrêmement vulnérables. Dès lors, combien de temps les Gabonais.es vivant dans l’extrême pauvreté tiendront-ils encore dans des logements insalubres envahis par les rats, les cancrelats, les moustiques et autres bestioles qui causent ou aggravent les maladies ?   Le mal logement nuit gravement à la santé et plonge ses victimes dans le désespoir, la désolation et le désarroi. Alors que le désespoir se caractérise par un abattement total, une affliction profonde de la personne, la désolation est cause de peine et d’ennui extrêmes. Le désarroi est un trouble moral et une anxiété profonde que ressent la personne qui vit dans des conditions précaires.   Selon les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) relatives au logement et à la santé, « un logement précaire est un facteur de stress, d’anxiété et de dépression.»   « Les températures intérieures peuvent entraîner des maladies liées à la chaleur. La pollution de l’air intérieur nuit à la santé respiratoire et cardiovasculaire et provoque des réactions allergiques et irritantes comme l’asthme. »   « L’insuffisance de l’approvisionnement en eau potable et le manque d’installations sanitaires compromettent la sécurité sanitaire des aliments et l’hygiène personnelle et engendrent des maladies transmissibles. » Celles-ci incluent la diarrhée, le choléra, la dysenterie, l’hépatite A et la fièvre typhoïde.   Le mauvais assainissement du milieu favorise le paludisme qui est transmis par le moustique, l’anophèle femelle. La mauvaise aération et le surpeuplement véhiculent les agents infectieux de la tuberculose et de la bronchite.   Le mal-logement est une question de santé publique qui, hélas, ne fait pas l’objet de l’attention qu’il mérite. Il suffit, pour s’en convaincre, de se rendre dans les « matitis » (quartiers sous-intégrés) où les occupants des lieux manquent de tout. Et que dire des sans-abris qui investissent les broussailles ou les rues pour y dormir au péril de leur vie ?   L’état de santé précaire des mal-logés et des sans-abris est une bombe à retardement. Les défis sont de taille et interpellent l’ensemble de la société à agir vite, l’enjeu étant de sauver des vies au prix d’une réelle promotion des droits à la santé et au logement.