Journalistes Seniors

Yvette Bivigou
Martial Idundu
Flavienne Louise Issembè

Collaborateurs

Annie Mapangou
Eric Ozwald
Florène Okome Pambo
Tama Z’Akis

Equipe Technique

Chris Jonathan - Développeur
Yourick S.Obame - Webdesigner
Gerald Boussougou - C. Manager
Andy G. K. Amiaganault - Cadreur
Hermann Oke Mve - Cadreur
Alain Wolbert - Cadreur
Delvane BKG - Cadreur

Contacts

infovivremagazine@gmail.com

+241 62 71 98 92

Edit Template

Flavienne L. Issembè

 éLECTIONS ET DROITS HUMAINS EN RÉPUBLIQUE GABONAISE

Les élections devraient rassembler, se dérouler dans la paix et non diviser. Celles de 2016, pour ne citer qu’elles, ont laissé des séquelles traumatisantes dans les familles qui ont perdu les leurs et dont certaines ne retrouveront jamais les corps. En 2023, le pire a été évité avec l’arrivée au pouvoir du CTRI qui, à l’aube du 30 août, a mis fin aux 14 ans de règne d’Ali Bongo et annulé les « résultats tronqués » des élections générales qui donnaient gagnant le PDG, parti au pouvoir depuis 1968.  En novembre 2024, les Gabonais.es ont participé au référendum sur la nouvelle Constitution nationale dans un climat apaisé. Aujourd’hui, ils rêvent à d’autres élections sans heurts, ni violences, ni morts. Sentiment Ondo Elibiyo, Coordonnateur de la Coalition Tournons La Page – Gabon, lève le voile sur le couple Élections et Droits Humains, et propose des pistes de solutions pour que le Gabon passe, enfin, à autre chose. 

LE CODE ÉLECTORAL EN QUESTION 

Doit-on craindre une fracture socio-politique en 2025 ? À quelques mois de l’élection présidentielle qui revêt une importance capitale pour l’avenir de la Nation, les réactions occasionnées par les réformes constitutionnelle et électorale initiées par les autorités de la Transition interpellent les populations, le passage d’un ordre politique ancien à un nouveau pouvant engendrer des changements salutaires ou non pour la stabilité nationale.   On a en mémoire les dissensions entre partisans du Oui et du Non autour du projet de nouvelle Constitution nationale. L’histoire se répète dans le cadre de la mise en place d’un nouveau système électoral alors même que le projet de loi organique portant Code électoral en République gabonaise, examiné en Conseil des ministres le 05 janvier, réunit du 10 au 20 janvier le Parlement en session extraordinaire en vue de son adoption.   Le projet de Code électoral, la nouvelle Constitution nationale et le CTRI ont fait l’objet, le 8 janvier, d’une déclaration publique en 5 points d’Ali Akbar Onanga, Alain Claude BiIlie-By-Nze, Pierre Claver Maganga Moussavou et Albert Ondo Ossa, responsables de l’Initiative pour des élections post-transition pacifiques, démocratiques, inclusives, libres et transparentes au Gabon.   Les « 4 » dénoncent l’opacité des décisions et la gestion du Comité pour la Transition et la Restauration des institutions (CTRl) qui profite davantage aux militaires en place qu’à l’intérêt national. En conséquence, ils exigent : Le retour impératif des militaires du CTRI dans les casernes à l’issue de la Transition avec interdiction formelle pour tout militaire du CTRI de se porter candidat aux prochaines élections. Le retour à la Constitution de 91, modifiée par la loi référendaire de 95 sur laquelle pourrait être apportée les modifications nécessaires justifiées par le nouveau contexte politique.  La nécessité urgente de revoir de manière exhaustive la loi électorale actuelle. » La mobilisation générale du peuple gabonais. La communication immédiate et transparente du chronogramme détaillé de la Transition. « Le Gabon est une République. Cela signifie que notre pays n’est ni la propriété d’un humain, ni d’une caste, ni d’une minorité privilégiée mais, qui appartient à tous les Gabonais sans distinction », indique la Déclaration. »   Par ailleurs, des voix à l’instar de celle de Me Yasmina Marat-Abyla ont déploré la composition du Comité national chargé de l’élaboration de l’avant-projet du Code électoral (CNEAPCE) qui faisait la part belle aux partisans du Oui à la Constitution nationale. Dans une interview accordée à « Vivre », la juriste en droit international et membre du Réseau des défenseurs des droits humains (REDHAC) met en garde contre le non-respect du principe de l’inclusion et la violation de la loi.   « Ne pas appliquer le droit est une menace pour le processus électoral, la démocratie et l’État de droit. » Me Marat-Abyla plaide « pour l’intégration dans le Code électoral des droits des handicapés, des jeunes, des prisonniers, des peuples autochtones et de la parité homme-femme. Elle appelle également à la mise en place d’un Comité indépendant chargé de l’organisation des élections en lieu et place du ministère de l’Intérieur, ce dernier étant à la fois juge et parti.   Le projet de loi organique portant Code électoral établit deux nouvelles entités ayant pour mission d’apporter leur appui au ministère de l’Intérieur qui se voit confier « l’organisation de toutes les élections, de l’établissement de la liste électorale à l’annonce des résultats. » Les entités concernées sont la Commission nationale d’organisation et de coordination des élections ou du référendum (CNOCE) et l’Autorité de contrôle et de supervision des élections et du référendum (ACSE).   Dans un souci d’équité, d’inclusion, de moralisation de la vie politique, le texte « établit les principes nécessaires à la tenue d’élections justes, libres et démocratiques, acceptées par toutes les parties dans le cadre de « l’accès équitable des candidats aux médias publics ; la promotion de l’égalité des sexes dans l’accès aux mandats électoraux ; l’adoption du fichier électoral et de la liste électorale biométriques. »    Dans un souci d’inclusion, le texte prévoit « des quotas obligatoires dans les listes des candidats aux élections : au moins 30 % de femmes et 20 % de jeunes. Il vise également à garantir la fiabilité du fichier électoral en l’adossant au numéro d’identification personnelle (NIP) et en renforçant les conditions d’inscription pour les électeurs naturalisés. »   Dans le domaine de la moralisation de la vie politique, le texte « institue des plafonds de dépenses ainsi que des comptes de campagne électorale, tout en renforçant les sanctions applicables aux infractions électorales ; et comble un vide juridique en précisant les modalités d’organisation des référendums nationaux et d’initiative locale. »   Le projet de loi organique portant Code électoral est au rang des priorités fixées par le président de la Transition pour guider l’action gouvernementale. Pour le général Oligui Nguema, « cette étape est cruciale pour consolider durablement notre démocratie, assurer la fin de la Transition et organiser des élections libres et transparentes » dans le strict respect du calendrier de la Transition.    Pour autant, l’espoir semble s’effilocher au fil des jours à divers niveaux de la sphère sociale. Au moment où le Gabon s’achemine vers la fin de la Transition et le retour des civils au pouvoir, la crise actuelle remet au gout du jour nombre d’interrogations, en particulier celle de la relation entre gouvernants et gouvernés. Notre nouvelle rubrique « NOS VOIX COMPTENT… » s’intéresse à la question.   D’autres sujet majeurs se consacrent à : l’évolution du système électoral au fil du temps, la transparence électorale, aux élections et aux droits humains, à des conseils pratiques sur le Code électoral ou encore à l’engagement en politique du jeune Rézenbruick Sanda.

JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

Quelle est la place du Gabon dans le domaine de la liberté de la presse ? La question était au cœur de la célébration en différé, le 08 mai 2026, de la Journée mondiale de la Presse organisée à la Maison Georges Rawiri, siège de Gabon 1ère, par le ministère de la Communication et des Médias en partenariat avec le Bureau de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO) du Gabon. La journée a réuni les membres du gouvernement y compris le ministre de la Communication et des Médias ; les représentants de l’UNESCO et de la Haute Autorité de la Communication (HAC) ; les professionnels des médias et nombre d’invités. « Cette journée n’est pas une fête ordinaire, elle est un rappel historique. En effet, elle commémore la 33ème année de la Déclaration de Windhoek, en Namibie, qui a réaffirmé une idée simple et essentielle : Pas de démocratie sans une presse libre, pluraliste et indépendante », a déclaré le représentant de la presse.  « Mais, 33 ans après, quelle est la place du Gabon dans le domaine de la liberté de la presse ? », s’est interrogé Brice Ntoutoume.   Il a rappelé le bond remarquable qui a hissé le Gabon, en 2024, à la 56ème place du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans Frontières, juste derrière les États-Unis d’Amérique. Deux ans après, notre pays se classe au 43ème rang mondial. « Ce recul doit nous interpeller, car il est le signe que la vigilance ne doit jamais faiblir… Il est donc nécessaire et urgent que le politique rectifie le tir », a martelé le journaliste. Le représentant de la presse a lancé un appel à l’accélération de la révision du statut particulier du communicateur et du Code de la Communication, l’objectif étant « de garantir une visibilité et une indépendance réelles des professionnels des médias, et de leur permettre d’informer les décideurs, d’éduquer les masses et divertir le public. » Pour Brice Ntoutoume, « L’avenir ne saurait être en paix sans une prise en considération des acteurs majeurs de la stabilité que sont les journalistes. Dans notre société, malgré la véracité des faits qu’ils se doivent de relayer, certains sont encore contraints. Nous nous mettons au silence au nom de l’intérêt supérieur de la Nation ». Le journaliste « étant protégé et valorisé sous d’autres cieux », notre confrère a émis le souhait qu’il en soit de même pour les journalistes gabonais à l’ère de la VÈME République. Reconnaissant que la liberté de la presse est un combat permanent, Brice Ntoutoume a invité tous les acteurs de l’écosystème médiatique national à défendre les droits de la presse, notamment ceux afférents à la liberté d’expression et d’opinion, d’informer et d’être informée, car « Sans une presse libre, il n’y a pas de débat public. Et sans débat public et contradictoire, il n’y a pas de démocratie. » De son côté, l’UNESCO a souligné son engagement auprès du gouvernement gabonais dans le secteur des médias et la promotion des deux défis majeurs que sont les droits de l’homme et le développement national. « La liberté d’expression et la liberté de médias sont des droits indispensables pour la démocratie, pour la transparence des institutions publiques et la participation citoyenne », a déclaré Patricio Zambrano Restrepo. Saluant les changements survenus en 33 ans dans la façon de communiquer, le représentant de l’UNESCO a mis l’accent sur le rôle majeur des réseaux sociaux dans l’information des citoyens et des citoyennes. Il a révélé, chiffres à l’appui, que « Plus de 60% de la population mondiale s’informe principalement via les plateformes numériques. Il a alerté sur les risques de désinformation et de fausses nouvelles qui sont sources de chaos et de troubles sociaux, et plaidé pour la création d’un cadre juridique multisectoriel impliquant les médias, les associations, les pouvoirs publics, les plateformes numériques et la société civile. L’enjeu est « de constituer un équilibre durable entre les droits fondamentaux, les intérêts généraux, le respect d’autrui et surtout la vérité. » Répondant aux attentes de la presse, le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, a tenu à les rassurer sur les avancées relatives « aux textes importants que le gouvernement a adoptés le 26 février 2026, notamment : les ordonnances sur la régulation des réseaux sociaux, les projets de loi sur le statut particulier des professionnels de la communication et l’accès à l’information publique. » « Les textes sont déjà disponibles dans la navette institutionnelle entre le gouvernement, l’Assemblée nationale et le Sénat. Nous attendons notre passage devant le Parlement pour solliciter la ratification de ces textes importants qui vont modifier le paysage médiatique », a indiqué le ministre qui s’est, par ailleurs,exprimé sur le recul du rang du Gabon dans le domaine de la liberté de la presse. « La dégradation du positionnement actuel du Gabon n’est pas une fatalité. Elle tient à quelques contingences, ce qui est normal dans la vie d’une nation. Le mieux ne s’est pas fait ailleurs en matière de liberté de la presse. Je peux dire que le meilleur s’est fait au Gabon, parce que le Gabon reste l’un des rares pays qui a constitutionnalisé, depuis 2024, ses droits fondamentaux, notamment la liberté de la presse. » Selon le ministre, la liberté de la presse doit être exercée au Gabon comme partout ailleurs, dans le respect de l’éthique et la déontologie de la profession, ainsi que dans le respect des lois et règlements en vigueur.  Au-delà des allocutions, la cérémonie s’est poursuivie avec la remise des certificats de reconnaissance, entre autres, à François Ndjimbi et Pierre Noël Botsika Bobé. Les autres récipiendaires qui n’ont pas pu prendre part à cet événement sont : Brigitte Anguilet, Désiré Ename, François Duc Moukouangui, Victor Mbenga Effa et Paul Mbadinga Matsiendi. Rodrigue Bekale de l’Association de l’Union gabonaise de la presse sportive (AUGPS), a remis une attestation au ministre de la Communication et des Médias en signe de reconnaissance « de ses efforts depuis sa prise de fonction. » Brice Ntoutoume a qualifié « d’avancée majeure l’inscription du droit d’accès à l’information dans la nouvelle Constitution nationale » et lancé un appel à l’accélération des réformes engagées « pour JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

INVERSER LA TENDANCE DE LA PAUVRETÉ

Elle scrute de près, elle analyse la problématique de la pauvreté. Mieux encore, le professeur Estelle Kalle, en sa qualité d’économiste en développement, propose des pistes de solutions pour inverser le phénomène de la pauvreté qui gangrène le Gabon, un pays pourtant riche qui compte moins de 3 millions d’habitants. Le Pr Kalle travaille en tant qu’enseignante à l’École Normale supérieure, à Libreville, où elle a reçu l’équipe du Magazine « Vivre. »

DROITS DE VOTE ET D’ÉLIGIBILITÉ

Le droit de vote et le droit d’éligibilité aux élections sont des piliers fondamentaux de la démocratie. Ils doivent s’accomplir dans le strict respect de la loi et des devoirs vis-à-vis d’autrui. La Constitution gabonaise de 1991, actuellement en vigueur, reconnait et garantit ces droits en son article 4, au chapitre intitulé Titre Premier « De la République et de la Souveraineté. »  « Sont électeurs, dans les conditions prévues par la Constitution et par la loi, tous les Gabonais des deux sexes, âgés de dix‐huit (18) ans révolus, jouissant de leurs droits civils et politiques. Et « sont éligibles, dans les conditions prévues par la Constitution et par la loi, tous les Gabonais des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques. » Les élections donnent la possibilité aux citoyens, qu’ils soient électeurs ou éligibles, à l’exception des personnes inaptes ou condamnées par la justice, de faire valoir leur droit, d’exprimer leur volonté et de contribuer au développement social, économique, culturel et politique de leur pays. Pour autant, ces droits proclamés et consacrés dans la loi fondamentale sont-ils protégés et préservés ? Craignant de nouvelles violences pendant et/ou après les élections, des acteurs politiques, des membres de la société civile, des enseignants ou encore Doria, une étudiante en droit, ont lancé des appels à la paix. À un autre niveau, son condisciple Dylan, soucieux «de la gestion du processus électoral », a suggéré « que les connaissances des autorités qui ne maitrisent pas ce domaine soient renforcées.» Adèka, un septuagénaire encore en activité, n’a pas voté : « Il en sera ainsi tant qu’il y aura des ingérences extérieures qui, estime-t-il, sont une entrave à la souveraineté nationale et une menace pour la sécurité intérieure  Son neveu, Yvan, a choisi également l’abstention, mais pour d’autres raisons : « J’ai voté en 2016 mais je m’abstiendrai de le faire cette année en raison des irrégularités que j’ai constatées il y a sept ans. J’étais contrôleur dans un bureau de vote. » Le phénomène de l’abstentionnisme ne date pas d’hier. Il serait même en nette augmentation depuis 1993. Selon les résultats officiels de l’élection présidentielle de 2016, par exemple, sur 627805 électeurs, 373310 ont voté et 254495 se sont abstenus. De nombreux facteurs sont en cause. À ceux qui ont été mentionnés par Doria, Dylan, Adèka et Yvan s’ajoutent la corruption, la falsification des résultats, la partialité des autorités chargées de la gestion du processus électoral, le financement aléatoire des partis politiques et des campagnes électorales, et les dysfonctionnements dans le contrôle de l’utilisation des fonds. Le rapport des Gabonais aux élections et aux acteurs politiques se dégrade au fil des ans. Cette tendance est encore plus marquée au sein des couches défavorisées du fait notamment de la méconnaissance du code électoral. L’accès limité aux médias des partis politiques d’opposition au profit du parti au pouvoir est une autre entrave à la démocratie. Une commission pour l’égalité d’accès aux médias des partis politiques et des candidats aux élections a été créée en 2022 par la Haute autorité de la communication. Elle a pour mission de garantir le pluralisme d’opinion pendant la période électorale.

LE GÉNÉRAL OLIGUI NGUEMA A PRÊTÉ SERMENT

Au lendemain du coup d’état pacifique, sans violence ni effusion de sang, survenu au Gabon le 30 août à l’aube, le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema a prêté serment le lundi 4 septembre 2023 en tant que président de la transition au palais présidentiel du bord de mer de Libreville. Devant les juges de la Cour constitutionnelle et de nombreux invités*, il a jugé important ‘’que les gabonais de toutes les couches sociales s’accordent pour adopter une nouvelle constitution par référendum, un nouveau code électoral et un code pénal fiables qui garantissent à tous les mêmes chances.’’  ‘‘Le Gabon mérite une gouvernance assainie plus en phase avec les normes internationales en matière de respect des droits humains, de libertés fondamentales, de démocratie et d’état de droit’’.  Le président de la transition s’est engagé, pour qu’à l’issue de la transition, le Gabon soit doté ‘‘d’institutions fortes, démocratiques et crédibles’’. Il veillera également, ‘’avec l’accord de tous les gabonais et des partenaires au développement, à ce que le pouvoir soit remis aux civils en organisant, dans la paix sociale, de nouvelles élections libres, transparentes et crédibles.’’ Donnant force à son discours, le président de la transition a cité les défunts présidents Omar Bongo et Jerry Rawlings. Le président de la transition a également cité le militant des droits de l’homme Desmond Tutu, qui disait : « Si vous êtes neutre dans des situations d’injustice, vous avez choisi le côté de l’oppresseur. « Dans un moment d’intense émotion, le général Oligui Nguema a adressé une pensée spéciale aux Gabonais de la diaspora et « aux compatriotes qui auraient aimé vivre ce jour mais nous ont précédés dans l’au-delà. Je pense à tous les partisans du changement : Simon Oyono Aba, Martine Oulabou, Pierre-Louis Agondjo-Okawe, Pierre Mamboundou Mamboundou et André Mba Obame, pour ne citer que ceux-là. »  La politique et l’administration étant des domaines de souveraineté nationale, le général Oligui Nguema a déclaré avoir entrepris des consultations avec les forces vives de la nation. ‘’Leurs préoccupations sont légitimes et limpides. Nous allons nous atteler avec le gouvernement qui va être mis en place à donner à tous des raisons d’espérer une vie meilleure.’’ Se félicitant « des temps heureux, rêvés par nos ancêtres, qui arrivent enfin chez nous », l’auteur du coup d’état qui a renversé le régime d’Ali Bongo Ondimba a estimé « qu’il faut un changement profond, issu de notre réflexion commune. »  Des mécanismes seront mis en place ‘’afin de faciliter le retour au pays de tous les exilés politiques, rétablir la bourse pour les élèves du secondaire, amnistier les prisonniers d’opinion, financer l’économie nationale avec les partenaires locaux et les institutions financières locales.’’  La création d’une synergie avec l’accompagnement des banques locales pour le paiement des pensions des retraité.es, la révision des conditions d’attribution de la nationalité gabonaise et les lois du foncier sont d’autres mesures annoncées par le général Oligui Nguema.  *La presse, des représentants de la société civile, des confessions religieuses et du monde des affaires, ainsi que des dignitaires de l’ancien régime étaient à la prestation de serment du général Oligui Nguema.  

VIOLENCES DOMESTIQUES ET DROITS DES VICTIMES

« Vivre » : Me Farafina Boussougou-Bou-Mbine, le Gabon a-t-il mis en place un cadre juridique pour protéger les victimes des violences domestiques qu’elles soient femmes ou hommes ? Me Farafina Boussougou-Bou-Mbine : Le Gabon a mis en place un dispositif de protection des victimes des violences domestiques. Lorsque les violences sont d’ordre physique, il s’agit d’une infraction à la loi pénale, ce sont des coups et blessures. Le législateur devrait en faire un facteur aggravant lorsque les violences ont lieu entre époux. Mais ce n’est pas le cas pour l’instant. Il s’agit simplement d’une infraction. Un coup est un coup qu’il soit porté à l’endroit d’un étranger ou à l’endroit de son mari ou de sa femme. Ce sont des coups et blessures, voilà un biais par lequel le droit saisit ce phénomène de violence domestique. Si vous portez main, si vous portez des coups à votre conjoint vous êtes susceptible d’en répondre devant le tribunal correctionnel. Et si à la suite de ces coups, mort s’ensuit, vous pouvez répondre de vos actes devant la cour criminelle. Quels sont les droits des victimes des violences domestiques ? Le premier droit, c’est le droit à la parole. Il faut parler, décrire ce qui vous arrive. Tout phénomène nécessite qu’il soit dit, nommé. Les victimes de ces violences, directes ou indirectes, doivent pouvoir tirer la sonnette d’alarme afin que la cellule familiale d’abord et la société dans son ensemble soient mieux protégées. L’objectif de l’humanité ou la différence entre l’humain et l’animal c’est quand même la capacité à dompter la nature pour faire apparaitre l’humain dans toute sa splendeur en dehors des coordonnées liées au sexe. La dignité de l’homme réside dans sa capacité à être humain qu’il soit femme, qu’il soit homme, mais c’est l’humain qu’il faut faire apparaitre. Passé le stade de la parole et de la description, il faut saisir la bonne institution et, de ce point de vue, tout dépend du milieu dans lequel on vit. Si l’on habite dans un village qui est très éloigné d’un poste de police ou de gendarmerie, et encore davantage d’un tribunal, il est évident qu’il y a des autorités déconcentrées. Il faut les saisir. Il y a toujours des chefs de quartier, des chefs de village, des sous-préfets. La protection d’une victime commence par elle-même, par la mise en œuvre d’un certain nombre d’actions concrètes. Il faut parler, il faut porter l’information à la connaissance de qui peut donner suite. Les institutionnels que j’ai mentionnés sont des personnes qui peuvent donner suite à un acte de violence afin d’y mettre un terme. Dans le cadre des violences domestiques d’ordre physique, les premiers concernés sont les parents et, parmi les parents, les témoins parce que avant que l’information n’arrive chez le père et la mère de la mariée, en général on appelle les témoins du mariage. Avec cette idée que si l’information arrive auprès du père ou de la mère, c’est déjà un stade extrême qui peut aboutir à une séparation. En général, il faut parler aux parrains, marraines, ou aux témoins en tout cas, de sorte que ces derniers soient un premier filtre ou un premier cercle qui puisse donner des conseils. Vous savez, l’homme avec un grand H, l’homme et la femme ne sont pas insensibles. Tout dépend de l’éducation que chacun a reçue, et tout dépend de la vision qu’on a vis-à-vis de l’altérité. Si l’altérité représente un facteur de concurrence au lieu de représenter un facteur d’émulation ou de complémentarité, il est évident qu’un couple où il y aurait une très grande différence, une très grande disparité dans les aspirations, il est évident que nous avons là un couple où le conflit est quasi permanent. Je pense que par l’éducation, par la répétition de l’éducation, on peut parvenir à mettre un terme, en tout cas à mettre un filet de sécurité sur les actes de violence. En termes d’éducation, qu’est-il fait pour sensibiliser les populations, les couples, au phénomène de la violence domestique ? La communication reste, de mon point de vue, au niveau institutionnel. Le gouvernement fait des séminaires de restitution, un certain nombre de travaux, de colloques, mais je crains que les informations tirées ou les conclusions auxquelles aboutissent les études des séminaires n’arrivent pas toujours à leurs destinataires. Qui a accès à ces informations ? L’atout au Gabon c’est que plus de 80% de la population sait lire et écrire. La documentation est disponible. Mais combien la lise ? Depuis le CP1, les gens savent lire et écrire, mais très peu aiment lire. La lecture n’est pas le canal le plus usité pour accéder à l’information quelle qu’elle soit. Le canal le plus utilisé est la télévision et surtout, désormais, les réseaux sociaux, où des hommes et des femmes d’église traitent des questions relatives aux rapports dans le couple, à travers des témoignages, des histoires moralisatrices. Voilà un moyen d’éducation disponible qui permet à quiconque possédant un téléphone Android, d’en tirer profit, pour soi ou pour autrui. Jusqu’à quel point les juristes, les avocats par exemple, sont associés aux ateliers sus-mentionnés ? Les juristes sont associés à divers niveaux, soit parce qu’eux-mêmes font partie de telle ou telle association, soit parce que dans le cadre de l’élaboration ou de la rédaction d’un rapport, d’une étude, le gouvernement leur fait appel. Personnellement, il y a quelques années j’avais été sollicité par le ministère de la Famille qui travaillait de concert avec l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) pour réaliser une étude sur les discriminations dans la deuxième partie du Code civil. C’est une étude que Mme Nzé Bitéghé et moi avons réalisée à la demande du ministère de la Famille. Il y a un opus qui est sorti et qui circule d’ailleurs sur Internet. Oui, les juristes sont associés, mais ils ne le sont pas toujours en raison du manque de financements. Les plaintes déposées au niveau des tribunaux pour coups et blessures au sein des foyers finissent-elles par aboutir ? Les VIOLENCES DOMESTIQUES ET DROITS DES VICTIMES

LES CONSEILS PRÉVENTION DU DOCTEUR NGOME NDONG

Un docteur gabonais donne des conseils préventifs divers

« Avoir un mode de vie sain rend la vie plus agréable », aime à dire le Dr Jean-Marc Ngome Ndong. Ce spécialiste de la médecine du travail et de la prévention prodigue des conseils au quotidien à ses clients. Des précautions à prendre pour protéger la santé aux avantages de la prévention, il lève le voile sur un domaine qui mérite plus d’attention de la part de l’ensemble de la société.  « Vivre » – Docteur, qu’est-ce que la prévention et quelle importance revêt-elle pour la santé ? Dr Jean Marc Ngome Ndong – La prévention, en matière de santé, est définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme étant l’ensemble des mesures visant à éviter ou réduire l’apparition des maladies, des accidents. Elle se situe en amont de toutes les précautions prises en matière de santé des populations puisqu’elle intervient sur l’individu sain, avant qu’il soit atteint de maladies. Pourquoi faut-il faire de la prévention ? Toute politique de santé efficace, qui se veut sérieuse, met l’accent sur la prévention qui seule permet de réduire les coûts de santé. La maladie coûte excessivement cher, elle impacte le corps humain, le milieu familial, professionnel et l’environnement tout entier. Faire de la prévention revient donc à éviter ou à réduire cet impact généralisé dans tous les domaines de la vie. Le but visé réside dans cette quête d’avoir des individus en bonne santé dans un milieu donné pour rendre la vie plus agréable. Vous êtes médecin du travail. La prévention est donc votre priorité. Parlez-nous des actions majeures que mène votre structure et de ses acquis ? La médecine du travail est essentiellement préventive, elle repose sur l’ensemble des moyens et mesures mis en œuvre pour éviter ou réduire les risques de maladies professionnelles ou d’accidents du travail et vise à adapter le travail à chaque homme, sain ou handicapé. Les actions de santé et sécurité au travail se situent à plusieurs niveaux dans une entreprise et concernent tous les acteurs indiqués. Elles partent des recommandations internationales, issues des organismes internationaux et nationaux, aux règlementations adoptées par chaque Etat dans le cadre du Code du travail, et sont mises en œuvre par les chefs d’entreprises, les équipes dirigeantes et les travailleurs sous le contrôle des institutions du travail (ministère du Travail, établissement de sécurité au travail…). En ma qualité de médecin du travail attaché au Groupement professionnel des acconiers du Gabon (GPAG) par exemple, une entreprise qui n’existe que depuis près de trois ans, nous sommes en train de mettre en place l’ensemble des mesures de prévention qui vont de l’organisation d’un service de santé au travail au sein de l’entreprise et la mise en place d’un comité d’hygiène et sécurité, résultat d’un plaidoyer mené par nos soins tel que le recommande le Code du travail. Quel est le coût de la prévention aux plans humain, technique et financier ? Comparativement aux moyens curatifs que nous connaissons, partant des bilans médicaux (biologiques, radiologiques), de l’hospitalisation qui peut être bien longue, de la guérison qui peut être partielle, avec parfois des séquelles et des handicaps physiques, sans oublier la souffrance physique et psychologique du malade et son entourage, l’incapacité de travailler qui impacte lourdement la productivité de l’entreprise, la prévention présente des avantages énormes sur les plans humain, technique et financier. La prévention vise effectivement à baisser les coûts de santé à partir d’actions simples et efficaces. La santé et la sécurité au travail représentent le maillon le plus efficace pour une productivité optimale dans toute entreprise. La prévention, quant à elle, est le seul vrai moyen le plus efficace pour une parfaite santé physique, mentale et sociale. Elle permet de réduire les coûts de santé devenus trop lourds, tout en évitant l’apparition même de la maladie. Avez-vous des besoins particuliers pour mener à bien vos activités ? Dans le cadre de mes activités de santé et sécurité au travail, nous avons surtout besoin que les travailleurs et les chefs d’entreprises comprennent, adhèrent et participent à la mise en place d’une politique de santé et sécurité au travail afin de rendre agréable l’exercice de notre profession en entreprise. Aussi il est souhaitable, dans la mesure où la loi et la règlementation sont bien avancées dans notre pays, que les textes existent et qu’ils soient biens articulés, et que les autorités chargées de faire le contrôle soient plus présentes et efficaces. Qui dit prévention dit bilan de santé. Qu’est-ce-que le bilan de santé ? Le bilan de santé est un ensemble de mesures préventives visant à déceler d’éventuelles pathologies ou affections latentes, de proposer une meilleure prise en charge du patient et de mettre des mesures de suivi et de contrôle de certaines pathologies. Pourquoi faut-il faire un bilan santé et quand exactement ? Le bilan de santé s’adresse à toutes les populations, à tous les âges et à toutes les couches sociales puisqu’il intègre parfaitement l’ensemble des mesures préventives qui existent quels que soient l’état de la personne et son environnement social ou professionnel. La périodicité varie en fonction des individus, du contexte social ou professionnel, de l’âge ou de l’état pathologique des individus. Dans le milieu social, c’est un acte volontaire qui s’adresse à tout individu, suivant un calendrier périodique défini, d’une part, par la réglementation en matière de santé et, d’autre part, par les professionnels de santé, mais souvent à la demande de chacun. Chez un individu sain, il est souhaitable de le faire chaque année. Ce délai peut varier en fonction de l’état pathologique. Dans le milieu professionnel, il s’inscrit dans le cadre règlementaire de nombreuses visites médicales partant de la visite de pré-embauche, visites systématiques annuelles, visites de départ ou de retour de congé ou de maladie… Où faire son bilan de santé et qui est habilité à le faire ? Tout médecin, toute structure de santé disposant d’un paquet minimum d’interventions essentielles. Le bilan de santé repose sur un examen ordinaire (interrogatoire et examen clinique) du patient, suivi d’examens complémentaires généraux et spécifiques en LES CONSEILS PRÉVENTION DU DOCTEUR NGOME NDONG

À 37 ANS D’INTERVALLE

À 37 ans d’intervalle, les mêmes erreurs se reproduisent, inexorablement, mettant ainsi en péril la vie et les droits à la santé des personnes qui en sont victimes. La distraction, l’insouciance et la négligence surviennent plus souvent qu’on ne l’imagine dans les structures sanitaires. Il suffit d’une erreur, d’un mauvais diagnostic, d’un traitement inadéquat pour passer de vie à trépas ou trainer des incapacités à vie. Deux destins, ceux d’une mère et son fils, basculent du jour au lendemain alors que le pire aurait pu être évité. Quelques mois après un premier bilan de santé totalement erroné, MAE se rend à l’étranger où un médecin diagnostique un cancer du sein à un stade avancé. Elle est hospitalisée, subit une double mastectomie et décède six mois plus tard auprès de sa famille. Elle avait 68 ans. Le sort de RABI est quasiment identique. A l’occasion d’une deuxième consultation médicale, il apprend qu’il est atteint d’une tuberculose multi-résistante et non d’une simple infection pulmonaire comme diagnostiqué précédemment. La pauvreté ou la négligence expliquent-elles la mort prématurée du septuagénaire ? Pour autant, cela ne disculpe en rien le médecin qui l’a induit en erreur. Hospitalisé deux mois durant, RABI a été soumis à un traitement extrêmement lourd qu’il n’a pas supporté. Il est mort à 73 ans entouré des siens. A l’instar de MAE et de RABI, n’importe qui peut être victime d’une insouciance, d’une inattention ou d’une négligence médicale. Au-delà de la gravité de ces erreurs, le pire est de voir les coupables continuer à vaquer à leurs occupations. Le témoignage d’un fonctionnaire fait froid dans le dos. « Nous vivons ce genre de situation tous les jours dans nos centres hospitaliers, notamment aux urgences où un agent de santé peut vous recevoir tout comme il peut vous laisser trainer tant il est occupé à bavarder avec ses collègues. Pendant ce temps, l’état du malade empire au point que nombre de personnes décèdent aux urgences. » L’insouciance, la négligence et l’impunité tuent. Elles sont une atteinte au droit à la santé, à la dignité et à la sécurité de la personne. En outre, elles mettent à mal la crédibilité même du système de santé dont la mission consiste pourtant à améliorer la santé publique. Selon un employé de la fonction publique, « les médecins ont des droits qui les protègent. Porter plainte n’aboutit à rien. Mais il est temps que les coupables aillent en prison. La justice doit assumer ses responsabilités ». Mayondo, un enseignant, estime que « les agents contrôleurs du ministère de la Santé devraient se rendre régulièrement dans les hôpitaux pour voir qui fait quoi et comment afin que des mesures fermes soient prises contre les agents de santé qui n’accomplissent pas correctement leur devoir ». À quand la stricte application de la loi contre l’impunité en cas d’insouciance et de négligence ? À quand la stricte application de la loi contre la faute médicale ? Il s’agit bien de la faute car l’erreur médicale « ne devient, le cas échéant, une faute que si la responsabilité du professionnel de santé est reconnue par une instance juridictionnelle». Le système de santé est interpellé à jouer pleinement son rôle qui est d’améliorer, comme il se doit, la santé publique afin de retrouver la confiance des populations gabonaises.

QUAND LA POLITIQUE S’INFILTRE DANS L’ÉCOLE    

Pr Philippe Ela

La politique serait-elle responsable de la crise dans le secteur de l’enseignement et des échecs qu’il enregistre au fil des ans ? Selon le professeur Charles-Philippe Assembé Ela, « elle en est la principale cause, elle a tué l’école. » Dans une interview accordée à « Vivre » dans les jardins de l’École normale supérieure, cet enseignant-chercheur en esthétique, philosophie de l’art et de la culture, épluche le mal-être de ce corps de métier et les défis à relever pour qu’émerge de nouveau l’excellence scolaire et le respect dû au corps enseignant.   Pr Charles-Philippe Assembe Ela – Il m’est assez difficile de parler de la question du mal-vivre au sein du corps enseignant. Je m’explique. Les représentations sociales ne nous aident pas. Les gens s’imaginent que plus on a de diplômes, plus on a de l’argent, mais le problème se situe entre ce qu’il devrait gagner et ce qu’il gagne. En effet, de nombreux facteurs ne sont pas pris en compte. Par pudeur, l’enseignant préfère ne pas s’exprimer. Il est enseignant, il vit mal, il n’a pas été reclassé, il vit encore du salaire de son grade antérieur (assistant pour un maître-assistant, maître-assistant pour un maître de conférences). Imaginez le manque à gagner sur un, deux, trois, quatre ou cinq voire six ans. Telle est la situation que vit l’enseignant-chercheur. On l’étouffe et on l’empêche d’en parler. À un moment donné, le politique a fait croire que le fonctionnaire le mieux traité est l’enseignant, qui plus est l’enseignant du supérieur alors qu’il vit un drame d’autant que la situation juridico-administrative de ce corps de métier n’est pas clarifiée. Le statut particulier est en souffrance. On gère sa carrière comme un fonctionnaire ordinaire. Pour des individus qui ont fait de longues études, c’est génocidaire ! La plupart termine la vie professionnelle sans grade. Une infime partie parvient au grade supérieur, mais tardivement. La carrière de plusieurs générations d’enseignants-chercheurs est ainsi ruinée. À l’heure actuelle, elle n’a pas encore trouvé une solution satisfaisante.   « Vivre » – Quelles sont les conditions de travail des enseignants du supérieur ?    Elles sont indécentes du point de vue moral et des conditions de vie. Au plan moral, l’enseignant est un homme généreux, une personne à qui vous confiez votre progéniture pour en faire les hommes de demain. À y regarder de près, la relation entre le public et l’enseignant n’est pas au beau fixe. Tenez, quand un enseignant se rend dans un service administratif et qu’il dit qui il est, on le regarde d’une certaine façon. Il y a ce préjugé moral qui pèse sur l’enseignant. Ses conditions de travail et de vie ne sont pas réunies. Il faut être patriote, un héros des temps modernes pour accepter d’être enseignant.   Prenons l’exemple de deux individus qui ont un master de mathématiques. Le premier est recruté enseignant, l’autre technicien dans un service d’ingénierie. Le premier passera trois ans pour avoir le texte de recrutement et trois autres années pour avoir quelque chose qui ressemble au salaire qu’il devrait avoir, c’est-à-dire 500 000 à 600 000 francs CFA alors qu’un ingénieur qui est recruté à Shell commence à 1 500 000 puis passe à 2-3 millions de francs CFA l’année suivante. La disproportion est grande. Si vous êtes enseignant, vous mettez dix à quinze ans pour construire une maison de 20 millions. Ce rapport ingrat à la profession est d’abord imputable au regard que la société pose sur l’enseignant. Ce rapport fait aussi partie de son mal-vivre. Voilà quelqu’un qui s’occupe de vos enfants. Comment pouvez-vous le traiter de la sorte ?   Et quid de la grille des salaires des enseignants du supérieur?   La situation salariale des enseignants du supérieur se présente comme suit :     Présalaire de l’enseignant stagiaire : 750 000 FCFA.     Assistant : 900 000 à 1 100 000 FCFA.     Maître-assistant : 1 300 000 à 1 600 000 FCFA.       Maître de conférences : 1 800 000 à 2 100 000 FCFA.     Professeurs titulaires : 2 300 000 à 2 500 000 FCFA. Comparer aux salaires de nos officiers supérieurs, ce n’est pas grand-chose. Autre problème, de nombreux maîtres de conférences reclassés sans avancements n’excèdent pas 1 700 000 FCFA. Or, avec tous les avancements bloqués par la fonction publique, ils gagneraient entre 1 800 000 et 2 100 000. La situation est la même pour les quelques professeurs titulaires en activité.   À y regarder de près, c’est une grosse arnaque organisée sous Ali Bongo. Certes, les salaires ont bondi après la bonification de la PIR (prime d’incitation à la recherche). L’arnaque se situe au niveau de l’institution qui a des responsabilités vis-à-vis des activités de l’enseignant-chercheur. Il doit faire des colloques, des voyages d’étude, produire des livres… Mais quand la bonification est arrivée, l’institution a été sevrée de tous les budgets attenants à ces activités institutionnelles. Ailleurs, ce sont les universités, les institutions qui s’occupent du financement de ces activités des enseignants-chercheurs. Voilà comment nous avons été réduits à faire nos grades avec nos maigres revenus. C’est une dette qui n’a même pas été tracée. À notre niveau, nous finançons nos activités sur fonds propres.   On demande au Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) de faire très attention, d’être très vigilant, de parler avec les vrais acteurs de l’enseignement supérieur que sont les universitaires, les chargés de cours. Pour se rendre au Bénin et en France, certains d’entre nous ont dû payer leurs billets d’avion afin d’avancer dans leur grade et quand bien même ils auraient le grade au Cames (NDLR : Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur), ils ne sont pas reclassés.   Psychologiquement, une chose est de travailler dans la sérénité avec les institutions, avec sa hiérarchie, une autre est de travailler dans le besoin ou dans la contrainte. Les règles de l’enseignement, les règles de l’école sont pipées, les conditions de travail ne sont pas au beau fixe. Quel peut être le ressenti de cet individu qui va travailler ? Pensez-vous que quand il travaille QUAND LA POLITIQUE S’INFILTRE DANS L’ÉCOLE