REPORTAGE

ENVIRONNEMENT SCOLAIRE ET SECURITE

ENVIRONNEMENT SCOLAIRE ET SÉCURITÉ Les questions relatives à l’éducation et, de manière plus exhaustive, à l’environnement scolaire demeurent d’actualité et devraient être, pour le moins, prioritaires au sein des instances décisionnelles. Chaque citoyen est concerné par ce dossier car ce ne sont pas moins de 270.921 de nos jeunes concitoyens qui empruntent le chemin de l’école pour la seule province de l’Estuaire. Ils y passent près du tiers de leur journée et quasiment les deux tiers de l’année.   Quelle est la réalité de leur quotidien ? Existe-t-il des principes fondamentaux, des normes visant à protéger et à défendre l’apprenant au sein de cette institution ? Cette école symbolise-t-elle toujours ce lieu d’épanouissement tant vanté ?   La population de l’Estuaire avoisine 896 000 habitants. Les 270 921 écoliers, collégiens et lycéens représentent 30 % de cette estimation globale, exemption faite de la population estudiantine. Aucune province du Gabon n’a une telle concentration démographique. De ce fait, nous pouvons partir du principe que les problèmes qui se posent au sein des diverses communes sont similaires à ceux existant à l’échelle des entités scolaires, notamment celles ayant de lourds effectifs. Les chiffres sont souvent plus éloquents que les discours. Le lycée Léon Mba et le lycée de l’Estuaire (Paul Indjendje Gondjout) ont, chacun, un effectif supérieur à la population des villes telles que Mbigou, Mayumba ou Minvoul. Partant de cette réalité, et en dépit du personnel d’encadrement scolaire, la mise en place de dispositions relatives aux droits des apprenants s’imposait. Nous pourrions même dire qu’elles sont l’équivalent de la Constitution à l’échelle d’un État. Dans chaque école, sur toute l’étendue du territoire national, il existe un document auquel le responsable d’établissement se réfère. Il s’agit du règlement intérieur qui formalise et précise les règles générales permanentes relatives à la discipline, aux obligations auxquelles doivent souscrire les élèves ainsi que le personnel de tout établissement. Le règlement intérieur décline les droits des apprenants mais aussi leurs devoirs. En effet, ces deux notions sont indissociables ; c’est l’essence même du mot synallagmatique liant les administrateurs d’une école (proviseurs, principaux, censeurs, personnel d’encadrement) aux administrés (élèves) puisque ces derniers sont soumis à l’autorité administrative.    Le règlement intérieur découle lui-même du droit puisqu’il est un sous-ensemble du droit civil. L’essentiel de ses articles sont relatifs aux individus, à leurs liens et aux relations entre ces derniers. Cela fait écho aux préoccupations majeures de chaque parent d’élève dont : La sécurité de sa progéniture. L’organisation des études. Le comportement. Le cadre de vie et la santé.   Tout ceci concourt à préparer l’élève aux principes généraux de l’éthique qui, dans l’espace commun de l’école, ne sauraient se soustraire au socle de l’égalité entre apprenants. Cette institution est une source de connaissance et d’expérience dont le but est de préparer l’individu à la formation à la citoyenneté. Il ne faudrait pas, pour autant, croire que, forts de ces règles, les lieux qui dispensent un enseignement aux jeunes sont un havre de quiétude. Loin s’en faut ! Depuis près d’une vingtaine d’années, un ensemble d’infractions en milieu scolaire prennent des proportions alarmantes dont l’issue est souvent tragique, comme l’attestent les faits énumérés ci-après :   le 20 décembre 2016, un élève du lycée Léon Mba succombe à une agression à l’arme blanche. le 3 mars 2017, le complexe Léon Mba est le cadre d’agressions en bandes organisées. le 1erdécembre 2017, un élève assassine un de ses condisciples à Oyem. le 11 décembre 2017, une jeune élève est violemment agressée au compas par sa condisciple. le 29 janvier 2020, un élève poignarde mortellement un autre à Tchibanga.   Tous ces actes dramatiques occasionnent non seulement de l’anxiété chez les parents, mais, surtout, l’angoisse quasi quotidienne des plus jeunes élèves, donc les plus fragiles face à ce fléau. Cette violence ne se restreint pas à l’agression physique. Il en existe une autre beaucoup plus pernicieuse d’ordre psychique. Elle porte profondément atteinte à l’estime que l’on peut avoir de soi. Les insultes, les intimidations, les brimades et plus récemment la cyber intimidation sont le lot quotidien de bien des élèves. Cette violence prend diverses formes. La tutelle, c’est-à-dire le ministère de l’Education nationale, est préoccupée par celle-ci.   Afin de juguler ce fléau, des mesures fermes ont été engagées. Celles-ci incluent notamment : la fermeture de certains établissements, des fouilles systématiques devant les portails et dans les salles de classe, l’exclusion définitive avec remise de tout auteur d’actes de violence aux autorités judiciaires.   L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) par l’entremise de la Commission nationale, a organisé les 28 et 29 janvier 2021 un séminaire de formation axé sur les moyens de prévention de ces violences. Des agents de police accoutumés à la réalité du terrain ont fait part de leur expérience. Des unités d’assistance et de prévention des risques de violence se déploient dans plusieurs établissements. Elles sont un gage d’amélioration du taux de réussite dans un espace sécurisé qui rime avec discipline.   L’une des missions premières de l’école n’est-elle pas d’assurer une éducation de qualité qui ne saurait s’accommoder d’un climat d’insécurité ?         Adia Renomiè

RÉFÉRENDUM CONSTITUTIONNEL : L’AVIS DU PUBLIC

RÉFÉRENDUM CONSTITUTIONNEL : L’AVIS DU PUBLIC.

LA MONTÉE DES AGENCES DE PLACEMENT DE PERSONNELS

LA MONTÉE DES AGENCES DE PLACEMENT DE PERSONNELS Face au fort taux de chômage auquel se heurte la jeunesse gabonaise, on assiste à lʼaccroissement des agences de placement de personnels, qui sʼimplantent un peu partout sur le territoire.   Entre 2016 et 2020, le Gabon se plaçait dans le top des pays dʼAfrique subsaharienne à avoir un taux de chômage élevé, soit autour de 35 %. Au cours de cette période, lʼOffice national de lʼemploi (ONE) aurait déclaré à lʼagence de presse en ligne Gabon Media Time (GMT) avoir enregistré 64 077 demandeurs dʼemploi. Selon la même source, 87% des demandeurs avaient entre 16 et 34 ans.   En dehors de lʼONE, qui sʼest mué en 2022 en Pôle national de promotion de lʼemploi (PNPE), plusieurs autres structures sʼimpliquent dans la stratégie dʼinsertion professionnelle des jeunes. Elles se démarquent, pour certaines, par des communications peu conventionnelles et affichent des salaires très aguicheurs. Des questions sʼimposent quant à la fiabilité et au fonctionnement des agences de placement de personnels, dʼune part, et au taux dʼinsertion professionnelle, dʼautre part.   Des startups aux grandes entreprises, les agences de placement de personnels proposent désormais une variété de services pour mieux se vendre. « Nous proposons des formules de services diverses : les publications dʼannonces et les publications dʼannonces avec pré-entretiens. Certains partenaires nous confient même le recrutement de leurs employés en totalité », renseigne Darlin Kombila, responsable de la communication à Gabon Emploi et Stages. « Pour une meilleure insertion professionnelle nous proposons également aux candidats un service formation-insertion. Nous les formons pour, ainsi dire, faciliter leur intégration en entreprise. Aussi, certaines PME font-elles appel à nous pour que nous formions leur personnel.»   Dans ce secteur en pleine expansion, la concurrence est rude et les entreprises sont de plus en plus nombreuses à avoir recours à ces agences. Elles souhaitent collaborer avec des professionnels et nʼhésitent pas à se faire recommander, confirme Coralie, agent de suivi et de la sous-traitance à la Sucrière africaine du Gabon (Sucaf). « Nous travaillons avec le cabinet Human Ressource Solution (HRS). HRS nous avait été recommandé par un collaborateur centrafricain. Il nous avait fourni un dossier administratif comportant une fiche circuit, un numéro RCCM (registre du commerce et du crédit immobilier), un justificatif de la Caisse nationale de la sécurité sociale (CNSS), une responsabilité civile et une patente des impôts. Ces documents nous ont rassurés sur la fiabilité de cette entreprise avec qui, jusquʼà présent, nous obtenons une entière satisfaction sur toutes les prestations.»   Pendant les vacances particulièrement, les agences de placement de personnels sont très sollicitées. Les sociétés sʼactivent à employer des jeunes à la recherche de petits boulots.   Elles font donc appel à ces structures spécialisées pour effectuer la liaison. « Cʼest surtout pendant la période des grandes vacances scolaires que lʼon nous demande des jeunes avec ou sans expérience. Les entreprises ne sont pas exigeantes et tirent une grande rentabilité de ces emplois saisonniers », ajoute Darlin Kombila. « Nous travaillons avec le service RSE (responsabilité sociétale dʼentreprise) de la Comilog (Compagnie minière de lʼOgooué). Pendant les vacances, il nous envoie des jeunes vacanciers recrutés par la société pour les insérer dans nos effectifs de sous-traitance », déclare M. Gislain, coordinateur de travaux et chargé de recrutement à SAT service (entreprise sous-traitante de la Comilog).   Ces bureaux de recrutement sont la courroie de transmission entre les entreprises et les demandeurs dʼemploi. Les services sont rémunérés de plusieurs manières en fonction des agences. Pour les plus classiques, ce sont les entreprises qui sʼattachent leurs services qui payent en totalité la prestation. Pour les plus modernes, elles constituent une base de données payante quʼelles proposent aux chômeurs dʼintégrer.   Après un entretien concluant, lʼagence débitera une commission dʼun pourcentage prédéfini sur le premier salaire du nouvel employé en plus dʼune rémunération émise par lʼentreprise dans le besoin. M. Kombila précise : « Lorsque nous sommes sollicités, nous sommes payés à 50% du salaire de la personne recrutée : 25% de la somme avant signature du contrat et les autres 25% juste après. »   Selon un sondage, près de 78% des jeunes en âge de travailler connaissent des agences de placement de personnels privées, mais seulement environ 12% y ont recours. Une jeune comptable affirme que : « Mis à part lʼONE, jʼai eu recours à une agence de placement de personnels très connue sur les réseaux sociaux. Malgré le service rémunéré, au bout dʼun an je nʼavais toujours pas obtenu dʼemploi.»   Les réseaux sociaux constituent une force dans la communication des agences surtout pour la diffusion de leurs annonces dʼemploi. Des posts Facebook, Instagram et Linkedin en passant par les groupes WhatsApp, les annonces abondent. « Jʼai été inséré dans un groupe WhatsApp de demandeurs dʼemploi par un ami et jʼai reçu une annonce à laquelle jʼai postulé. Une semaine après, jʼai été contacté par le cabinet en charge du recrutement. Un peu plus tard, jʼai passé lʼentretien avec le directeur dʼusine et jʼai été embauché », indique Yannick, conducteur de travaux à la Sucaf.   De plus en plus présentes et nombreuses, ces structures affichent un taux de réussite de placement de personnels au-dessus de 50% pour la plupart. Elles ne cessent de se réinventer pour rester compétitives. Le pays, qui mise sur un dispositif visant lʼinsertion de 60000 jeunes en cette année 2023 pour lutter contre le chômage, pourrait bien se tourner vers elles en appui au PNPE. La montée des agences de placement de personnels.     Difira Pamouande

LE PARADOXE DE L’ÉCOLE GABONAISE

Le paradoxe de l’école gabonaise Un enseignant, ancien directeur d’établissement aujourd’hui à la retraite, livre sa part du constat :« L’école gabonaise affiche un taux de scolarisation de 90 % et un écart garçons-filles de seulement 1,5%. Paradoxalement, le niveau de rendement et de réussite des apprenants est particulièrement bas. Après avoir connu un âge d’or, et ce jusqu’aux années 1990, l’école gabonaise, réputée pour être un modèle dans les pays de la région dont elle accueillait des professeurs et des élèves, s’est profondément déstructurée en raison d’une crise sans précédent. Grèves, climat d’insécurité et sureffectifs dans certains établissements de 80 à 100 élèves par enseignant contre 21 dans les pays à revenu intermédiaire.   Le taux de redoublement et d’abandon scolaire est en nette augmentation. Il y a une inadéquation avec les normes de l’Unesco, sans oublier que le bac gabonais n’ouvre plus de facto les portes des universités les mieux cotées. Si certains établissements comme Léon Mba et Nelson Mandela étaient protégés en ce sens qu’il y avait un ratio classe qu’il fallait respecter, un internat et un climat sécuritaire exemplaire, les élèves subissent, hélas, les affres décrits plus haut. Les établissements qui se distinguent sont notamment le Prytanée, Calasanz, Mbele et l’Immaculée Conception. »    Ces propos sont étayés par des apprenants   Xavier : « En termes de forces, lors des examens tels que le BAC et le BEPC, des établissements comme les lycées Jean Baptiste Obiang Etoughe, Jean Hilaire Aubame Eyéghé, Mbélé, Mohamed Arisani et Montalier ont un bon pourcentage de réussite entre 50 et 100%. On peut donc dire que la qualité de l’enseignement est bonne. »   Kernelle : « On a de très bons enseignants. Leurs cours sont très explicites. »   Orthiniel : « Mon établissement a une bibliothèque et du matériel de travail de très bonne qualité. »   Kernelle : « Nous manquons d’instruments au niveau de certains départements et sommes exposés à l’insalubrité au sein de l’établissement du fait de la proximité de la poubelle avec les salles de classe. »   Orthiniel : « Nous manquons d’enseignants. Les classes sont surchargées en raison du manque de salles et de tables-bancs. Certains élèves se retrouvent à quatre sur une table-banc. »   Berny : « Les faiblesses sont le manque de salles de classe, de tables-bancs et d’outils informatiques. »   Kévine : « J’aimerais également parler de la bourse en me référant à mon exemple. Quand j’étais au lycée, la bourse me permettait de subvenir à certains besoins d’ordre éducatif. A l’université, j’ai pu poursuivre mes études grâce à elle. La bourse est un avantage pour les élèves dont les parents ne sont pas aisés. Aujourd’hui, la situation est de plus en plus compliquée. Les élèves sont obligés de jongler entre l’école et les petits boulots pour poursuivre leurs études. »   Qu’en pensent les parents d’élèves ?   Annick Sono :« Les faiblesses sont a priori le manque de salles de classe et, partant, les sureffectifs. Certains lycées et collèges n’ont pas de professeurs jusqu’en fin d’année. »   Xavier K. Rovaria:« Au sein des établissements privés et publics, les faiblesses se caractérisent par le manque d’enseignants et de tables-bancs dans certaines classes, notamment en 6e, , 5e et 4e. Les enfants ont des difficultés pour écrire car ils sont souvent assis àtrois, voire quatre, cinq ou six sur une table-banc. Ecrire dans ces conditions est difficile. Le ministère de l’Education devrait songer à augmenter le nombre de tables-bancs par classe et créer de nouvelles salles de classe. L’insécurité est un autre problème majeur dans certains établissements. »   Frandy K. Bassatsi : « Un autre niveau de faiblesse a trait aux cours inachevés. Mon enfant me dit qu’il n’arrive pas à écrire en raison du manque de tables-bancs. Un enfant qui rentre à la maison avec les cours inachevés ne peut pas bien étudier. Par ailleurs, une fois en classe, certains enseignants qui sont censés donner quatre cours dans la semainen’en font qu’un ou deux et, par chance, trois. En mathématiques, par exemple, si le professeur ne vient pas ou s’il vient une fois dans le mois, l’enfant aura un handicap en classe supérieure. Pour rattraper ce retard, je suis mon enfant à la maison ».   Quelles réformes pour le système éducatif ?   Kernelle: « Il faudrait fournir plus de matériel, réhabiliter certains bâtiments, en construire d’autres. »   Berny :« Je changerai certains professeurs qui ne sont pas aptes à bien enseigner. »   Kévine:« Il faudrait maximiser l’emploi des enseignants gabonais. »   Le point de vue des parents rejoint, à quelques nuances près, celui des élèves.   Annick Sono :« A mon niveau, le changement doit se faire au niveau de la tête. Le ministre doit être quelqu’un qui est de l’éducation nationale. Il faudra mettre les gens à la place qu’il faut. »   FrandyK. Bassatsi : « Je réduirai les effectifs des salles de classeIl faudra aussi pourvoir les établissements en enseignants de qualité parce que certains viennent en classe, disparaissent et réapparaissent à la fin du mois pour toucher leur salaire. Et c’est l’élève qui prend un coup. Un autre changement consistera à résoudre le problème de l’insécurité. »   Par ailleurs, l’on se demande si l’école doit ou non privilégier la théorie à la pratique. D’aucuns estiment que le système éducatif devrait promouvoir davantage le niveau de connaissances nécessaires à l’apprenant pour qu’il soit prêt à affronter les problèmes liés au développement de notre pays. Cette méthode apporterait ainsi un certain équilibre au système éducatif et permettrait aux apprenants d’avoir un niveau compétitif.   « Je suis plutôt satisfait de la formation que l’éducation nationale nous propose », affirme Marc-Antoine, étudiant à l’Université des sciences et techniques de Masuku (USTM). « Sur le plan théorique, les enseignants que j’ai eus avaient de la matière et cherchaient à relever le niveau de chaque élève au lycée. Mais je ne vais pas généraliser car j’étais dans un établissement de privilégiés où l’on avait accès à des laboratoires bien équipés. »   « Comparé à l’Occident, notre génération peine à accéder à l’outil informatique. La plupart d’entre nous y ont accès à leur entrée à l’université. Même si la tendance semble s’inverser dans les écoles, notre LE PARADOXE DE L’ÉCOLE GABONAISE

PERSPECTIVES POUR DE MEILLEURES

Le contentieux électoral gabonais, né des protestations concernant l’organisation, le déroulement et le dénouement des élections, appelle une refonte intégrale du système électoral. Selon les experts du droit électoral, « le nouveau dispositif doit être fiable, transparent et sécurisé ». L’enjeu, sans l’ombre d’un doute, est de répondre aux attentes des populations. Les aspirations du public se situent à divers niveaux du processus électoral, en particulier: la participation politique, sans discrimination, aux élections, les principes basés sur l’égalité et la liberté, la pénalisation des auteurs des fraudes, des irrégularités, de la corruption et des violences électorales.  Dans un vibrant plaidoyer, prononcé à l’occasion des Journées d’étude sur la thématique « Droit et pratiques électoraux à l’aune des élections générales au Gabon », le directeur du CRECAPI, le Pr Télésphore Ondo, livre sa vision pour de meilleures pratiques électorales à travers une réforme spécifique de l’élection présidentielle.  L’expert propose la réduction drastique à quatre du nombre de candidats équivalent au nombre des blocs idéologiques. Ces blocs seraient structurés en partis et associations politiques de droite, de gauche, des indépendants et de la société civile, l’objectif étant de présenter, à l’issue d’élections internes, un candidat par bloc Il faudrait, par ailleurs, renforcer certains mécanismes électoraux. Le Pr Ondo propose que les dossiers des candidats soient constitués d’une liste d’au moins 5 000 signatures (pour garantir le caractère sérieux de leur candidature), une caution de 20 millions francs CFA et un justificatif de mariage. D’autres conditions incluent : La mise en place d’un principe de tirage au sort qui viendrait s’ajouter au système de l’élection au suffrage universel direct. La prise en compte du fait religieux, l’objectif étant de refléter nos réalités culturelles et usages politiques. L’instauration d’une démocratie consociative qui associerait l’ensemble des acteurs politiques dans le fonctionnement du pays. Une fois le président élu, les autres candidats devront être récompensés par un poste. L’établissement d’un fichier électoral numérisé et interconnecté.  Le renforcement de l’indépendance des institutions chargées de l’organisation, de la gestion et du contrôle électoral. L’amélioration du principe du suffrage universel direct, etc.  D’autres changements sont envisagés. Le financement des partis politiques et des campagnes électorales devrait être soumis à des contrôles. Selon Gira Ondzaga, magistrat à la Cour des comptes, « il faudrait renforcer la transparence électorale sur le financement, plafonner les financements de campagne, réformer l’organe de contrôle, en l’occurrence les ministères de l’Intérieur et du Budget, ou instituer une commission ou une  cour des comptes chargée de surveiller les comptes des partis politiques et d’encadrer le versement des subventions étatiques ». La concertation politique en vue des prochaines élections doit s’inscrire dans cadre d’un climat de confiance. M. Arnold Mouketou Mendame, doctorant en sciences politiques à l’Université de Grenoble Alpes (France), est d’avis que ce climat de confiance passe par l’honnêteté et la bonne foi des acteurs politiques, et un dialogue permanent avant, pendant et après les élections. Il propose également de :  Décongestionner les organes électoraux. Renforcer l’autonomie du Centre gabonais des élections (CGE). Déterminer les axes de compétences, en cas de contentieux, du juge constitutionnel et du juge administratif, « l’impartialité du système judiciaire et la solution de l’élection à un tour laissant entrevoir des lendemains électoraux agités au Gabon ».  Pour certains, la question de la suppression du juge constitutionnel en matière de contentieux électoral se pose. Guy Bertrand Bessong, doctorant en droit public à l’université de Douala (Cameroun), estime que « la question a tout son sens sauf en Afrique subsaharienne ».  « Nos institutions étant déjà en difficulté et les normes électorales étant difficilement applicables », M. Bessong propose « de conserver le juge constitutionnel, d’encadrer sa fonction et de déterminer la durée de son mandat afin de permettre l’alternance ». Pour le Pr Ondo et ses collègues, « les solutions proposées au cours des journées de l’UOB semblent pleines d’espoir et raisonnent dans les coeurs des électeurs présents. Pour autant, le climat pré-électoral incertain, les problématiques et les perspectives soulevées en termes d’apaisement laissent plusieurs perplexes quant à la complexité du changement qui hante l’histoire de notre pays ».

CANDIDATS À L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DE 2023

1Ali Bongo Ondimba, président sortant et candidat du Parti démocratique gabonais (PDG) 2 Albert Ondo Ossa, candidat des partis d’opposition 3 Alexandre Barro Chambrier 4 Raymond Ndons Sima : Alternance 2023 5 Mike Steeve Dave Jocktane : Alternance 2023 6 Paulette Missambo, présidente de l’Union Nationale (UN) 7 Victoire Issembè-Lasseni Duboze, indépendante. 8 Jean Delor Biyogue Bi Ntougou, indépendant. 9 Jean Romain Fanguinoveny, président de Rassemblement pour le Gabon (RPG). 10 Pierre-Claver Maganga Moussavou, président du Parti social-démocrate (PSD). 11 Joachim Mbatchi Pambo, président du Forum pour la défense de la République (FDR). 12 Jean Victor Mouanga Mbadinga, président du Mouvement d’émancipation socialiste pour le peuple (MESP). 13 Gérard Ella Nguema Mitoghe, président du Front populaire gabonais (FPG). 14 Gervais Oniane, président du parti centriste Union pour la République (UPR) 15 Axel Stophène Ibinga Ibinga, indépendant. 16 Abel Mbombe Nzoundou, indépendant. 17 Thierry Yvon Michel N’goma, indépendant. 18 Emmanue Mve Mba, indépendant. 19 Thérence Gnembou Moutsona, indépendant. CANDIDATS À L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DE 2023 1Ali Bongo Ondimba, président sortant et candidat du Parti démocratique gabonais (PDG) 2 Albert Ondo Ossa, candidat des partis d’opposition 3 Alexandre Barro Chambrier 4 Raymond Ndons Sima : Alternance 2023 5 Mike Steeve Dave Jocktane : Alternance 2023 6 Paulette Missambo, présidente de l’Union Nationale (UN) 7 Victoire Issembè-Lasseni Duboze, indépendante. 8 Jean Delor Biyogue Bi Ntougou, indépendant. 9 Jean Romain Fanguinoveny, président de Rassemblement pour le Gabon (RPG). 10 Pierre-Claver Maganga Moussavou, président du Parti social-démocrate (PSD). 11 Joachim Mbatchi Pambo, président du Forum pour la défense de la République (FDR). 12 Jean Victor Mouanga Mbadinga, président du Mouvement d’émancipation socialiste pour le peuple (MESP). 13 Gérard Ella Nguema Mitoghe, président du Front populaire gabonais (FPG). 14 Gervais Oniane, président du parti centriste Union pour la République (UPR) 15 Axel Stophène Ibinga Ibinga, indépendant. 16 Abel Mbombe Nzoundou, indépendant. 17 Thierry Yvon Michel N’goma, indépendant. 18 Emmanue Mve Mba, indépendant. 19 Thérence Gnembou Moutsona, indépendant.

CNAMGS

Caisse Nationale d'Assurance Maladie et de Garantie Sociale

Créée en 2007, la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) est citée en exemple en Afrique et au-delà. Le Gabon s’est, en effet, engagé à mettre au profit de sa population un régime obligatoire et universel d’assurance maladie, devenant ainsi le premier pays en Afrique subsaharienne à couvrir l’ensemble de la population, notamment les plus défavorisés. Ce saut qualitatif a permis à la CNAMGS de contribuer à l’amélioration du système de santé au Gabon. Le statut de Gabonais économiquement faible (GEF) favorise l’accès aux soins de santé de cette tranche de la population et, partant, au droit à la santé. De nombreux citoyens s’en félicitent malgré des perturbations dans l’exécution optimale de la prise en charge des affiliés à la Caisse. Au cœur de Libreville, notre reportage nous conduit vers les Gabonais affiliés ou pas à la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS). « La CNAMGS a changé ma vie. Celui qui a créé cette structure est une bonne personne. » Ainsi parle Thérèse Manghandzi. Cette veuve de 71 ans, mère de cinq enfants et grand-mère de plusieurs petits-fils, est affiliée à la CNAMGS depuis dix ans. De son côté, Valérie Moubele Youmah nous livre son expérience avec la CNAMGS : « J’étais avec une collègue dans une pharmacie. Elle achetait des médicaments. J’ai été surprise de voir la réduction des prix sur l’ordonnance. Cette structure a changé beaucoup de choses dans ma vie. Désormais, j’achète les médicaments à moindre coût. Une partie des médicaments est aux frais de la CNAMGS et l’autre aux frais du client. Dieu merci ! Heureusement qu’il ya la Caisse ! Sur un total de 18 000 CFA par exemple, je dépense moins de 4 000. » Le quotidien des Gabonais est quelque peu soulagé depuis la création de la CNAMGS. Toutefois, remarque Manfoula Lebola, « la CNAMGS ne couvre pas tous les médicaments et ne prend pas en charge les médicaments les plus coûteux, les antibiotiques. C’est inconcevable. » Ce témoignage met en évidence les insuffisances observées par les Gabonais en ce qui concerne la CNAMGS. Des améliorations et des efforts doivent encore être consentis par les autorités compétentes en vue de la prise en charge complète des médicaments. Quand des Gabonais non affilés à la CNAMGS parlent de leur situation Malgré une couverture quasi totale de la population gabonaise, la CNAMGS est une notion abstraite pour certains citoyens. Bien qu’il sache que la CNAMGS est une facilité qui permet de se procurer des médicaments à coût réduit, M. Mihindou ne sait quelles pièces fournir pour être assuré. En outre, il n’a aucune idée de la localisation des agences de proximité de cette structure. Excelle Ossarakabi Mipata, une jeune étudiante en communication, déclare « ne pas avoir assez d’informations sur la procédure à suivre pour être assuré ». Sean Shannon Dembe Gnolo, la vingtaine révolue, se dit découragé. En effet, une partie de la population n’entreprend aucune démarche d’immatriculation à la CNAMGS parce qu’elle juge le processus long. L’assurance maladie universelle par le biais de la CNAMGS est une expérience innovante et prometteuse. Elle tient sa spécificité des revenus qui proviennent en partie des taxes sur les opérateurs de téléphonie mobile et des transactions de financement des soins de santé des Gabonais économiquement faibles (GEF). L’autre innovation est celle du choix d’adhésion progressive pour tendre vers une couverture universelle. Le Gabon a pris l’option de commencer par les populations les plus vulnérables pour passer ensuite aux agents du secteur public, aux salariés des secteurs privé et parapublic et aux travailleurs indépendants. L’innovation tient au fait que la plupart des pays commencent par les salariés des secteurs public et parapublic. Cependant, cette stratégie gagnerait à être réorientée en tenant compte des recommandations formulées, l’objectif étant de promouvoir le bien-être de la population. L’immatriculation à la CNAMGS en tant que GEF impose d’avoir au moins 16 ans et des revenus mensuels inférieurs au salaire minimum interprofessionnel garanti qui est actuellement de 80000 F CFA. Les frais liés à leur prise en charge incluent les soins externes, les hospitalisations, les médicaments et les évacuations sanitaires. A cette mesure s’ajoute celle afférente au renforcement de la couverture sanitaire à d’autres groupes vulnérables tels que les filles mères, les handicapés et les sinistrés.

POUR UN ACCÈS ÉQUITABLE À LA SANTÉ

POUR UN ACCÈS ÉQUITABLE À LA SANTÉ La définition de l’accès à la santé, qui se résume à l’arrivée à temps dans une structure sanitaire afin d’y recevoir des soins adéquats et abordables financièrement, est mise à mal à la lumière des difficultés relevées ici et là par les populations. A Malibe 1, Kinguele et Owendo, les avis du public donnent à réfléchir et invitent à l’action.   « Il serait souhaitable de faire un séminaire sur l’état psychologique du malade et de ses accompagnateurs à leur arrivée dans une structure hospitalière afin de pallier la discourtoisie dans l’accueil. Imaginez un instant la double peine physique et psychologique du malade et la panique que ce dernier et ceux qui l’accompagnent subissent en raison de son état. »   Cette réflexion d’un habitant de Malibé 1, dans la commune d’Akanda, au nord de Libreville, n’est que le témoignage d’une longue histoire, la sienne et celles d’autres habitants. Offusquée par le traitement inhumain que nombre de patients subissent dans certaines structures sanitaires, une femme âgée s’en ouvre : « Je suis arrivée à l’hôpital à 07h00, mais c’est à 10h30 que je suis reçue. Eh oui ! C’est la réalité que nous vivons dans nos hôpitaux. Pourtant, ne dit-on pas que « l’accès aux soins est garanti sur un pied d’égalité ? »     Selon Sylvie Mouleba, chef de quartier de Malibe 1 en fonction depuis quatorze ans, « la situation est extrêmement difficile. On n’a ni hôpital, ni dispensaire. Quelqu’un peut tomber malade. Comment faire ? Pour les déplacements, notamment la nuit, nous manquons de véhicule. Nous attendons de l’Etat de l’aide, un hôpital et le service d’aide médicale d’urgence (SAMU) pour les cas graves».   S’agissant de l’administration des soins médicaux, un échantillon représentatif des populations de Malibe 1, Kinguele et Owendo ont reconnu à l’unanimité que « le Gabon dispose de médecins très compétents qui savent diagnostiquer et traiter les pathologies. A ce niveau, on ne souffre d’aucune carence».   Au plan du suivi régulier du patient, 60% des interlocuteurs ont déclaré n’avoir constaté aucune défaillance : « Bien au contraire, nous sommes bien suivis par les médecins. Ils respectent les dates et les heures des rendez-vous et sont courtois avec leurs patients », notamment dans le secteur privé.   Le troisième et dernier critère sur le coût des soins est présenté dans le tableau ci-dessous. Vous y verrez la composition de notre échantillon et un graphique en forme de fromage qui affiche l’avis des uns et des autres.     En établissant le parallèle entre la structure de l’échantillon, qui est à plus de 50% composé de personnes à faibles revenus, et les réponses sur l’estimation des coûts, 65% des sondés les trouvent abordables. Par contre, 20% les jugent exorbitants.   Les réponses recueillies à Kinguele, à Malibe 1 et à Owendo peuvent s’expliquer. Le système d’assurance maladie de la CNAMGS permet aux populations, surtout les Gabonais économiquement faibles, de bénéficier des soins médicaux à des coûts abordables et d’avoir accès à des médicaments, hormis les antibiotiques, à des prix réduits.     Dan Léonel PRINCIPES ÉNONCES DANS LE PRÉAMBULE DE LA CONSTITUTION DE L’OMS​ La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.   La possession du meilleur état de santé qu’il est capable d’atteindre constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soient sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale.   La santé de tous les peuples est une condition fondamentale de la paix du monde et de la sécurité; elle dépend de la coopération la plus étroite des individus et des États.   Les résultats atteints par chaque État dans l’amélioration et la protection de la santé sont précieux pour tous. L’inégalité des divers pays en ce qui concerne l’amélioration de la santé et la lutte contre les maladies, en particulier les maladies transmissibles, est un péril pour tous.   Le développement sain de l’enfant est d’une importance fondamentale; l’aptitude à vivre en harmonie avec un milieu en pleine transformation est essentielle à ce développement   L’admission de tous les peuples au bénéfice des connaissances acquises par les sciences médicales, psychologiques et apparentées est essentielle pour atteindre le plus haut degré de santé.   Une opinion publique éclairée et une coopération active de la part du public sont d’une importance capitale pour l’amélioration de la santé des populations.   Les gouvernements ont la responsabilité de la santé de leurs peuples; ils ne peuvent y faire face qu’en prenant les mesures sanitaires et sociales appropriées.   La Constitution de l’OMS a été adoptée par la Conférence internationale de la santé, tenue à New York du 19 juin au 22 juillet 1946, signée par les représentants de 61 Etats le 22 juillet 1946 et est entrée en vigueur le 7 avril 1948.

COMMENT LES GABONAIS PERÇOIVENT-ILS L’HÔPITAL ?

Centre hospitalier universitaire de Libreville

Qu’il soit public ou privé, l’hôpital est l’un des lieux les plus fréquentés par les Gabonais. Cependant, on note au sein de la population un sentiment d’insatisfaction qui dépeint son malaise grandissant face à l’état des lieux. L’hôpital est-il là pour soigner ou pour conduire à la mort ? C’est la question angoissante que se posent nombre de compatriotes. Notre reportage nous plonge dans un environnement où des hommes et des femmes s’expriment à cœur ouvert sur les dérives et les insuffisances de l’hôpital. Valérie Moubele Youmah, une institutrice, évoque une de ses visites dans une structure sanitaire. « Quand je suis malade, je me rends à l’hôpital général parce que les coûts sont abordables. Hélas ! Je suis mal reçue. » Ce paradoxe met en lumière le fonctionnement de la structure. Thérèse Manghandzia a vécu une expérience similaire. Cette veuve de 71 ans se confie sans état d’âme : « Quand tu te rends dans les structures publiques, tu es reçu comme un malpropre. » Ces témoignages, les premiers d’une longue série, nous invitent à un questionnement sur les rapports entre les populations et les établissements sanitaires publics. Se pose aussi le problème de la capacité de ces structures à répondre efficacement aux besoins des clients. L’accès aux soins de santé au Gabon : le grand écart entre le secteur public et le secteur privé Au Gabon, comme dans d’autres pays, la politique de santé se traduit par un ensemble de lois, de décrets, de programmes et d’organismes qui soutiennent l’action publique. Le but est évidemment de soigner les citoyens dans des conditions idoines. Malheureusement, cette volonté d’agir n’est pas une réalité dominante. Valérie Moubelet Youmah, fonctionnaire, la cinquantaine révolue, fait part de son expérience : « J’ai accès aux services de santé du secteur public et du secteur privé. Cependant je préfère le second bien qu’il soit coûteux. Au secteur public, tu as le temps de mourir. » A son tour, une femme d’un âge respectable laisse échapper un sentiment de tristesse. Un cas parmi tant d’autres qui explique le désamour entre les Gabonais et le secteur de la santé qui est censé être un véritable point de soutien à la population. L’accès aux soins est l’un des problèmes les plus épineux. Il concerne toutes les couches sociales. Néanmoins, les démunis sont les plus désavantagés. Les carences du secteur public  Etudiante à l’Université Omar Bongo et mère d’une fille, Manfoula livre son témoignage : « Je vis au kilomètre 8 (PK8), sans eau potable. On consomme de l’eau de pluie. Etudiante sans bourse, je n’ai pas de travail. Je peine à prendre le taxi pour la fac. Au Gabon, les structures sanitaires sont peu équipées. C’est la faute de l’Etat, car un médecin sans outil de travail ne peut faire des miracles. » La politique nationale de santé, tout particulièrement le dispositif d’accès aux soins, est confronté à de nombreuses carences : manque de structures sanitaires de proximité, sous-effectifs, inégale répartition du personnel, sous-équipement, budgets insuffisants, absence de contrôle, service de recouvrement inopérant, manque de médicaments et de plateaux techniques, etc. Une population vivant dans des conditions exécrables ne peut se soigner dignement. La situation est aggravée par l’existence d’une médecine à double vitesse dominée par la quête du profit. Les médecins qui sont envoyés par l’Etat gabonais dans les hôpitaux du service public ouvrent des cliniques et délaissent leurs postes de fonctionnaires pour se muer en directeurs d’une clinique offrant des soins de santé très coûteux pour une population à majorité économiquement faible. Le changement commence au service d’accueil  Il est de notoriété publique que dans nos administrations, le service accueil est toujours pointé du doigt. Thérèse Manghandzi évoque sa mésaventure : « Quand tu arrives pour te faire soigner et que tu demandes des renseignements, on te répond mal. Une dame m’a dit récemment : « Maman, tu m’embêtes. Va d’abord. » Un témoignage qui révèle le manque de dévouement du personnel de santé qui, paradoxalement, a décidé de se mettre au service des autres et d’en faire sa vocation.

LOGEMENT ET REVENUS PRÉCAIRES

Maisons des matitis au Gabon

La problématique de l’accès à un logement décent au Gabon concerne de nombreuses familles ayant des revenus précaires. Il est indubitable que chaque bailleur dicte sa loi en donnant le montant du loyer, et ce en dépit de l’existence de la loi no 15/63 du 8 mai 1963 régissant les locations et l’immobilier en République gabonaise.   Cette loi, adoptée peu après l’accession du Gabon à l’indépendance, n’a jamais vraiment été appliquée. C’est une sorte de « mercuriale » des loyers. La loi stipule clairement les coûts selon les matériaux de construction. Les loyers des maisons en planche varient entre 50 000 et 90 000 francs CFA par mois et entre 75 000 et 85 000 francs CFA par mois pour les studios. Ceux des maisons en dur vont de 100 000 à 300 000 et ceux des résidences de 700 000 à 1,5 million de francs CFA par mois.   En 2015, l’économiste Mays Mouissi, actuellement ministre de l’Économie et des Participations, indiquait : « La question du logement est confrontée à une absence de schémas directeurs, une politique du logement défaillante et logis précaire. La crise de l’habitat au Gabon n’a cessé de s’accroÏtre depuis son accession à l’indépendance. En dépit de plusieurs annonces de construction de logements, l’analyse des politiques du logement menées et de leurs résultats fait ressortir de nombreuses défaillances qui traduisent l’incapacité de l’État à apporter seul des solutions à cette crise. »   Toujours du point de vue de l’économiste gabonais, « l’annuaire statistique du Gabon sur la période 2004-2008 ? au sujet du volet relatif à l’aménagement de parcelles, révèle que la production annuelle de parcelles par le ministère en charge de l’Habitat et les sociétés sous contrats fut limitée à 90 unités en moyenne par an sur cinq ans. »   « Ainsi entre 2004 et 2008, l’offre disponible en foncier urbain aménagé ne représentait que 1,8% des besoins du marché. Par ailleurs, 7 des 9 provinces du pays n’ont connu aucun aménagement foncier pendant la période. Dans un tel contexte, le logement anarchique et l’habitat précaire étaient devenus l’unique recours pour les populations. »   D’après le Centre pour le financement du logement abordable en Afrique (CAHF) dans son Annuaire sur le financement du logement en Afrique 2022, l’urbanisation rapide et la mauvaise planification urbaine ont entraîné un manque de logements de 260 000 à 300 000 unités, en particulier dans les classes à revenu moyen et faible.   Selon la Banque mondiale, la pauvreté et le chômage, dont les taux figurent parmi les plus élevés au monde, touchent respectivement près de 37 % et 40 % des Gabonais.es. Cette situation contraint les demandeurs d’emploi à exercer une activité dont le revenu mensuel ne leur permet de répondre ni à leurs charges ni aux besoins de leur progéniture.   La crise sanitaire liée au Covid 19, durant laquelle le gouvernement gabonais a pris une panoplie de mesures rudes, a également favorisé le phénomène de la précarité des revenus en raison notamment de la fermeture de nombreuses entreprises. En outre, plusieurs compatriotes ont perdu des emplois qui leur permettaient d’avoir des salaires stables. Une réalité absurde quand on sait que le Gabon est l’un des pays les plus riches et l’un des plus grands producteurs de pétrole de l’Afrique.   De ce fait, l’individu qui perçoit un revenu précaire ne peut que se loger dans les zones où l’insalubrité et l’insécurité règnent. Le bailleur, quant à lui, ne prend pas souvent au sérieux les problèmes de l’environnement. Des familles se retrouvent, bien malgré elles, dans l’obligation de se loger dans une seule pièce à cause du coût élevé d’un logement décent. Quelquefois, l’endroit est très vétuste, étroit et, le plus souvent, le bailleur ne tient pas compte des doléances de ses locataires.   Neige, une jeune femme, s’en plaint. Non seulement l’espace qu’elle loue est très étroit, mais en plus le montant à payer ne correspond pas à l’espace qu’elle occupe. À cela s’ajoute le problème de l’insécurité et le refus du bailleur d’entreprendre des travaux tels que la pose des grilles de sécurité. Selon Neige, il faut prévoir au moins une enveloppe de 100 000 francs CFA par mois pour espérer avoir même une chambre assez vaste.   De son côté, si le bailleur souhaite améliorer les conditions de vie de ses locataires alors que sa situation financière est très précaire, les loyers qu’il récolte chaque mois suffisent à peine pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa progéniture. Parallèlement et malheureusement, la réalité sur le terrain ne permet pas au locataire ayant des revenus précaires d’obtenir un logement sain et doté d’un cadre de sécurité fiable. En général, les logements décents sont destinés aux personnes ayant des salaires élevés qui leur permettent de mieux se loger dans les quartiers résidentiels comme Angondjé et Bas-de-Gué-Gué, car le studio est à 150 000 francs CFA par mois.   Sylvie, une bailleresse gabonaise habitant dans la zone d’Angondjé s’explique sur le loyer de son studio à 150 000 francs CFA par mois. « Le matériel est excessivement cher, notamment celui destiné aux finitions. Quant au coût de la main-d’œuvre, il varie en fonction de chaque tâche y compris la sécurisation du logement. Un autre problème concerne le mauvais état de la route, surtout en saison des pluies. »   Le président de la Transition, le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema, rêve de procurer des parcelles de terrain et des logements accessibles à tous les Gabonais et à moindre coût. C’est d’ailleurs dans cette optique qu’il a instruit le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Ludovic Megne, de procéder à l’élaboration d’un plan d’action axé sur la révision et la baisse des coûts d’acquisition des logements, avec pour objectif principal de favoriser l’accès équitable de tous ses compatriotes à la propriété.

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