TÉMOIGNAGE

TÉMOIGNAGES SUR LE 30 AOÛT 2024

« MON VÉCU DES ÉVÈNEMENTS » Il était entre 4 h 30 et 5 heures et une dizaine de minutes dans la commune d’Akanda, quand j’entendis depuis ma chambre des coups de feu au loin. Je crus que j’étais en train de rêver quand, après un bref arrêt, les coups de feu retentirent de nouveau et me réveillèrent brusquement. Mon premier réflexe fut de m’éloigner le plus possible de la fenêtre de ma chambre, de peur de prendre une balle perdue, puis je me dirigeai vers la chambre parentale pour signaler la situation à mes parents. Avec ma sœur, nous nous rendîmes tous au salon pour, d’une part, faire entrer dans la maison notre animal et le mettre à l’abri et, d’autre part, suivre à la télé les chaînes d’informations locales. Comme nombre de Gabonais, nous étions préparés à cette tournure des évènements compte tenu de ceux qui survinrent au lendemain des élections d’août 2016. Cependant, c’est avec étonnement que nous découvrîmes qu’il s’agissait non pas d’émeutes post-électorales, mais d’un coup d’État orchestré par l’armée, qui venait non seulement de destituer le président Ali Bongo, mais aussi d’annuler les résultats « tronqués » des élections. Ce fut un étonnement général et une joie immense pour les Gabonais car non seulement nous fûmes libérés de nos tyrans, mais en plus cela se passa sans effusion de sang. Je pus vérifier cela en appelant mes proches un peu partout dans le pays. Ils me disaient qu’ils se portaient à merveille et que sur les lieux où ils se trouvaient, l’heure était aux festivités. La connexion Internet coupée, comme en 2009 et en 2016 par l’ancien régime, fut rétablie. Le Gabon allait, à compter de ce jour, entrer dans un nouveau chapitre de son histoire.   Anonymous 008 « QUI L’AURAIT CRU ! » Les cris du coeur ont ceci de particulier qu’ils sont spontanés, sincères et poignants. En voici un qui résonne encore dans la mémoire collective et que nul n’oubliera : Qui l’aurait cru ! Un an après, le même cri revient et claque dans les foyers qui rêvaient et ont cru en ce jour où le Gabon pourrait, enfin, VIVRE à l’abri de l’injustice, de la peur, de la violence, des enlèvements et des crimes rituels. Qui, en effet, aurait cru à l’aube du 30 août 2023 ? L’aube de ce jour était-elle réelle ou illusoire ? Les communiqués du CTRI annonçant le coup d’état, la destitution du régime en place et l’annulation des résultats tronqués des élections du 26 août, confirmèrent l’incroyablement-vrai : l’arrivée des militaires au pouvoir. « C’est Enfin Notre Essor Vers La Félicité. » Ces mots de l’hymne national retentirent comme une douce musique, une aube nouvelle, des lendemains meilleurs. L’homme providentiel, me dis-je, est-il vraiment là, parmi nous ? Que nous réserve t-il ? Le fruit tiendra t-il la promesse des fleurs ? L’ivresse du moment était telle que je remis à plus tard mes pensées. Au fil des jours, des mois, de l’an 1, je repense sans cesse à l’aube du 30 août. La belle aube qui vit naître dans le regard des miens la lueur de lendemains qui chantent. Un an après, où en le Gabon ? Le chemin est encore long.

« UN MÉTIER S’APPREND. METT­ONS-Y DU CŒUR ET DE LA VOLONTÉ. »

« UN MÉTIER S’APPREND. METTONS-Y DU CŒUR ET DE LA VOLONTÉ. » Je m’appelle Guy Mbina. Jʼai 42 ans. Jʼai arrêté mes études en classe de 3e, en raison du manque de suivi et de ressources financières de mes parents. Je suis régulateur des transporteurs terrestres, mais, pour des raisons indépendantes de ma volonté, jʼai cessé de travailler depuis quelques mois. Je suis par ailleurs secrétaire général de la Nouvelle dynamique des jeunes travailleurs de la rue (NDJTR). La NDJTR est une association qui lutte contre le chômage, la délinquance juvénile et œuvre à lʼinsertion et la réinsertion de jeunes. En tant que régulateur des transporteurs terrestres, jʼétais responsable du site de dʼembarquement et de débarquement au niveau dʼAkanda. Sʼil est vrai que ce travail nʼest pas encore très fiable et légalisé, je mʼen sortais plutôt bien. Il existe à Libreville, Owendo et Akanda des sites dʼembarquement et de débarquement des transporteurs terrestres que sont les taxi-bus, les taxis et les clandos. Le régulateur des transporteurs terrestres travaille en étroite collaboration avec les clients et les trans- porteurs quʼil côtoie au quotidien. Il est le pont, la courroie de transmission entre les deux. En tant que tel, il sensibilise les clients, les transporteurs et les autorités. Le régulateur oriente les clients, facilite le travail des transporteurs à lʼembarquement et selon les destinations où ils vont. Il est aussi chargé de la sécurité et du renseignement. Quand avez-vous commencé à travailler ? Je travaillais à Akanda sur le site des clandos au carrefour Delta depuis 2009. À lʼépoque, il nʼy avait ni goudron ni mairie. Il y a eu beaucoup de changements après la Coupe dʼAfrique des Nations et les élections de 2016. Honnêtement, je payais mes charges grâce à mon travail. Cʼétait ma première source de revenus. Je vivais avec, payais lʼécole de ma fille et mʼoccupais de ma famille tout en prenant soin de ma mère. Je lui achetais ses médicaments. Jʼaimerais ajouter que les régulateurs des transporteurs travaillent avec le syndicat des transporteurs auquel ils sont affiliés. Ils travaillent avec la plupart des syndicats des transporteurs terrestres qui sont eux-mêmes affiliés au Syndicat des transporteurs. Ils travaillent aussi avec les autorités publiques telles que les autorités municipales des communes dans lesquelles ils exercent. En ce qui me concerne, étant à Akanda, je travaillais avec les autorités municipales locales. Avez-vous des conseils à prodiguer aux jeunes ? Jʼai un conseil à donner aux jeunes non scolarisés. Que vous soyez lettrés ou illettrés, lʼintelligence vous est donnée par Dieu. Ayez la volonté dʼapprendre parce quʼavoir un métier sʼapprend, que ce soit à lʼécole ou dans le cadre dʼune formation. « Un métier s’apprend. Mett­ons-y du cœur et de la volonté. » Ayez la foi. Nʼallez pas à lʼapprentissage avec lʼesprit du vol, du mensonge, de la querelle, de la bagarre et de lʼanimosité. Ayez de la gratitude, de la reconnaissance et un bon comportement parce quʼen apprenant un métier, celui qui prend le temps de vous former mérite de la reconnaissance. Il faut également se munir de beaucoup de courage parce que ce nʼest pas facile. Il ne faut surtout pas se dire que tout est joué, que tout est facile même si lʼon apprend avec un parent ou quelquʼun dʼautre. Il faut se préparer psychologiquement et psychique- ment à la dureté. Ne baissez pas les bras parce que les tentations et les persécutions ne manqueront pas de se mettre au travers de votre formation. Ayez de lʼamour, de la passion pour votre formation parce que cela demande beaucoup de sacri- fices. Il faut sʼengager à fond et y mettre du cœur. La scolarisation, le savoir, est une arme. On apprend à lʼécole pour sʼarmer, on apprend dans la rue, on apprend partout. Apprendre un métier ce nʼest pas forcément passer par lʼécole. Certains font du commerce alors quʼils nʼont jamais été com- merçants. Certains commencent par vendre des sachets dʼeau. Après, ils se découvrent un talent de commerçant et peuvent tout vendre. Tout sʼap- prend. Tout peut sʼapprendre surtout quand on y met du cœur. Si jʼai encore un conseil à donner cʼest de se mettre en phase, en légalité avec lʼEtat, la société et la législation parce quʼavoir un petit métier cʼest bien beau, mais avoir une couverture légale face à lʼEtat permet dʼexercer son métier pleinement, librement et sur le long terme. Il faut toujours y penser et ne pas se dire que je travaille, je gagne mon petit sou. Il faut toujours légaliser son entreprise et son métier. Comment êtes-vous devenu régulateur des transporteurs terrestres ? Avez-vous été formé ?  Jʼai été appelé au début par un grand qui nous a quittés. Il mʼa contacté afin que je lʼaide à réguler le site dʼAkanda. A lʼépoque, il nʼy avait que les petits taxis clando. Jʼai créé la ligne des taxis bus Akanda-Libreville à la demande de la population et en raison de lʼanarchie qui régnait entre les clan- dos. Cette anarchie se caractérisait par le non-res- pect des positions à lʼarrivée des clandos. Les derniers arrivés chargeaient les clients occasion- nant souvent des bagarres. Je me suis imposé en mettant de lʼordre. Je me suis rapproché des autori- tés qui mʼont permis de continuer dʼexercer. La plupart des sites fonctionnent conformément aux besoins des transporteurs et des clients. A la ques- tion de savoir où jʼai appris mon métier, il nʼy a pas dʼécole. On apprend sur le tas dʼautant que chaque site à ses propres règles de fonctionnement et son système de circulation. Lʼagglomération dans laquelle on travaille détermine ses règles. Cʼest la loi. Ce sont des conventions que se doivent de respecter les transporteurs et les régulateurs. Dans le passé, on organisait de petits ateliers avec certains syndicalistes. Propos recueillis par Lyra Moviwa

PRIORITÉ À LA FORMATION PROFESSIONNELLE

PRIORITÉ À LA FORMATION PROFESSIONNELLE En soixante ans d’indépendance, les pays de l’Afrique francophone ont privilégié l’enseignement général dans les lycées et les universités; délaissant de facto la formation professionnelle. Ainsi s’expliquent, en grande partie, l’inadéquation entre les formations et les emplois et, en conséquence, le taux de chômage des jeunes, estimé au Gabon à 38 % par la Banque mondiale.   Au Gabon, ce sont notamment les non nationaux qui exercent les petits métiers dans les secteurs comme la mécanique, la maçonnerie, la menuiserie, la plomberie, l’électricité domestique, la restauration, le commerce en détail et les transports en commun.   L’urgence est donc d’accorder la priorité à la formation professionnelle et aux écoles supérieures pour des formations qualifiantes de haut niveau. Il s’agit également d’encourager les jeunes à devenir de futurs agents économiques et chefs d’entreprise par une politique de l’auto-emploi.   La solution consisterait à doter chaque chef lieu de province d’un centre de formation professionnelle, avec des spécialités correspondant aux particularités de la province, afin de former la majorité des jeunes dans des métiers rentables. Il serait ensuite mis en place un fond de soutien aux jeunes formés pour les encourager à devenir des auto-entrepreneurs ou de petits artisans.   Par ailleurs, il est possible de regrouper les jeunes diplômés en coopératives et de convaincre de petites banques de les encadrer en établissant un système de remboursement souple qui s’apparente à une ristourne pour financer ultérieurement d’autres jeunes formés au rythme des promotions. Enfin, mettre en place un système de quotas préférentiels qui va limiter l’accès des non nationaux à l’activité économique de proximité.   Les femmes ont fait un saut qualitatif en arrachant des places dans les marchés forains. Malheureusement, elles ne bénéficient pas d’un soutien financier qui puisse favoriser le développement de leurs activités économiques. Jean-Félix Innocent Souamy Enseignant à la retraite

« JE SUIS SOCIOLOGUE ET AU CHÔMAGE »

Il est le troisième d’une fratrie de six enfants nés d’un père militaire à la retraite et d’une mère commerçante encore en activité. Jeune et combattif, Axel Kombila Kombila est sociologue de formation, spécialiste des questions d’évaluation des politiques, des programmes et des projets qui gravitent autour de la gouvernance, de l’État, du pouvoir et des institutions. Actuellement au chômage, il lutte pour les droits des chômeurs. En toute humilité et  franchise, il livre un témoignage chargé d’émotion et de détermination.   « J’étais dans un passé récent consultant au sein d’agences du système des Nations unies dans le cadre de l’évaluation d’un certain nombre de projets et de programmes. Mon expérience aidant, ma carrière de consultant m’a permis d’obtenir un certain nombre de marchés et de subvenir à mes besoins à court terme. Malheureusement, après ces moments de vaches grasses, avoir d’autres opportunités s’est avéré extrêmement compliqué. En tant que consultant indépendant, je n’ai pu subvenir à mes différentes charges. Loin de baisser les bras, je me suis dit qu’il était temps de frapper à nouveau à la porte de l’État. En 2019, je me tourne vers la fonction publique où je dépose mon dossier. En vain ! Suite à l’arrivée au pouvoir en août 2023 du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) et à la diffusion du communiqué n°13 qui demandait aux Gabonais de déposer les dossiers à la fonction publique, j’ai adhéré, faute de trouver un emploi, à un collectif associatif où je milite pour les intérêts et les droits des chômeurs. À ce jour, je n’ai reçu aucune information relative à mon dossier. Rien n’a filtré. La fonction publique brille par un mutisme, un silence, qui n’a pas de nom. »   Les compétences d’Axel pourraient être mises au service de la Primature ou de la vice-Primature au département de la prospective et de la planification, ces deux domaines étant connexes au suivi-évaluation.    « A mon avis, une cellule d’évaluation devrait être créée, notamment au niveau du secrétariat général où se trouve une direction du suivi/évaluation des politiques publiques. Je pourrais même travailler au sein du gouvernement en qualité d’agent technique, de conseiller chargé d’études des questions de suivi/évaluation de projets, ou au ministère des Affaires étrangères au sein du Mécanisme africain de l’évaluation par les pairs (MAEP) ou encore dans le système des Nations unies. J’ai passé un moment au ministère de la Promotion, de la Bonne Gouvernance et de la Lutte contre la corruption. Le projet avait pour objectif d’infuser la culture de l’évaluation dès le banc de l’école, notamment au niveau du secondaire et même à l’université. »   Ayant formé des étudiants, des professionnels et des acteurs de la société civile dans le domaine du suivi/évaluation de projets, Axel nous confie qu’il peut enseigner. Déçu, il pose un regard amer et critique sur la situation qui prévaut actuellement au Gabon, témoignant l’intérêt qu’il porte au devenir de son pays.   « Mon regard, en tant que sociologue-politique sur la situation actuelle du Gabon, est à la fois multidimensionnel et transversal. Nous sommes à la croisée des chemins comme ce fut le cas en 1964 après le coup d’État avorté. Nous sommes dans le même contexte que celui qui prévalait à l’époque des pères fondateurs. Nous nous interrogeons sur le type de société que nous voulons pour notre pays. Nous avons connu un régime, un pouvoir qui est tombé et qui a laissé des traces mortifères dans la vie des populations et la gouvernance du pays. Aujourd’hui, nous sommes face à un autre pouvoir. »   Pointant du doigt la gestion néo-patrimoniale des institutions, Axel dénonce la confusion qui régnait à l’époque entre les espaces public et privé, et plaide pour un changement de paradigme.   « On a fait de la gestion publique, des affaires de l’État, une affaire privée et patrimoniale. Il faudrait donc reconstruire un État qui soit l’émanation de la volonté populaire et qui travaille pour le bénéfice de tous les citoyens et non pour un groupuscule. L’armée a l’occasion d’apporter une nouvelle ère où, effectivement, la redistribution équitable des ressources publiques et la bonne gouvernance seront un rempart contre la corruption et les détournements de biens publics au sommet de l’État et au niveau de toutes les strates. In fine, il va falloir infuser une nouvelle culture dans l’imaginaire social de chaque population. Ce processus doit se faire aussi bien au niveau infrastructurel qu’au niveau des hommes. Il va falloir établir des institutions fortes et non des hommes forts. Malheureusement, près d’un an après l’accession du président de la transition au pouvoir, avec l’intention de . Mais, force est de constater que le Gabon est dans une situation assez hybride. On n’arrive pas vraiment à bien saisir ce que les autorités veulent faire. Ce qui émerge plus à la perception du sociologue que je suis, c’est que l’on a des hommes d’abord qui veulent s’implanter et demeurer au pouvoir alors que ce n’est pas d’abord l’objectif premier.»   Selon Axel, il faudrait pouvoir tourner la page et restaurer les institutions de sorte que le pouvoir puisse avoir ses lettres de noblesse, une mystique et un instinct patriotique fort.   « L’enjeu est d’éblouir tous les citoyens afin qu’ils puissent avoir confiance en leur pays et que la fierté nationale soit redorée au sommet de l’Etat. Un changement profond s’impose. Si les populations peuvent s’exprimer librement et donner leur point de vue, j’ai néanmoins le sentiment que nous sommes en train de revenir vers le même système, de reproduire les travers du système déchu. Un groupuscule accapare le pouvoir et jouit de ses avantages pendant que la majorité croupit toujours dans la précarité et la disette. Ce qui doit changer, c’est la gestion des affaires publiques. L’État devrait être au service de tous les individus et non au service d’une famille, d’un groupuscule. L’État devrait jouer son rôle régalien, garantir la couverture sociale, l’accès à la santé, à l’éducation et à l’emploi, et relancer l’économie, etc. »   Au sujet des conclusions du Dialogue national inclusif « JE SUIS SOCIOLOGUE ET AU CHÔMAGE »

VIOLENCE À DOMICILE

Derrière les portes, loin des regards, ou en présence de leurs proches, les victimes des violences domestiques crient au secours. Nombre d’entre elles, meurtries, ont rejoint l’organisation non gouvernementale (ONG) Femme Lève-Toi et en sont devenues des membres actifs. Darleine et Télésphore sont de ceux-là. L’ONG les a aidés à se relever, à se reconstruire, à donner un sens à leur vie et à secourir d’autres victimes. Qu’est-ce que la violence domestique et quelles sont les séquelles que vous en avez gardées? Darleine : La violence domestique se définit comme le fait de subir des actes de violence en milieu familial. Les violences domestiques sont physiques, verbales, psychologiques, morales, sexuelles et mêmes financières. J’ai subi toutes ces formes de violences de la part de mon époux. Pour un oui ou pour un non, pour un mot mal placé, il en venait à ces actes de violence. Subir des violences au plan moral vous marque à vie. J’ai des flashbacks. J’ai subi des traumatismes. Par la grâce de Dieu, j’arrive à reprendre le dessus, à oublier. Pour ce qui est des séquelles physiques, je ne m’en suis rendu compte que bien après. Lors d’une dispute, mon époux m’avait giflée à l’œil droit. Pendant une semaine, je n’arrivais pas à l’ouvrir. Quand je venais à la lumière du jour, c’était horrible. C’était très douloureux. Télésphore : J’ai d’abord subi des violences verbales de mon épouse pour la simple raison que je vivais une situation financière difficile. Quand ma femme parlait, ses enfants applaudissaient. C’est un choc psychologique mais je m’interdisais de réagir, de frapper une femme. Je lui donnais des conseils. Au plan physique, j’ai pris un coup de vieux. Sur le plan psychologique, les violences provoquent des chocs. Tenez, quand on me parle du mariage, ça me refroidit. J’ai des angoisses. Quand vous êtes blessé, même si ça cicatrise, toutes les fois que vous regardez la cicatrice, vous vous en souvenez. Avez-vous consulté un psychologue pour vos troubles psychologiques ? Darleine : J’ai dû voir un psychologue parce que je n’arrivais pas à surmonter la douleur. J’en suis arrivée au point d’avoir des pensées suicidaires. La seule chose qui me retenait ce sont mes trois enfants. Je me suis dit : si je meurs, comment feront-ils ? Le père n’en est pas un. Quant à mes parents, ce n’est pas à eux de s’en occuper. C’est à moi de m’en occuper. Par la grâce de Dieu, on m’a mise en contact avec une psychologue qui m’a suivie pendant un mois et demi, deux mois. C’est elle qui m’a aidée à surmonter cette épreuve, à reprendre le dessus, à pouvoir espérer me remarier un jour. Télésphore : Je suis suivi par un psychologue qui travaille avec l’OFLT. Je dois dire que ma rencontre avec cette ONG, mes entretiens avec la présidente et les séances de prière m’ont aidé à me remettre, à reprendre une vie normale. Je crois que ça ira. J’ai appris à ne pas vivre mon traumatisme de l’intérieur, à pardonner à mon ennemi. Avant je n’y arrivais pas. J’étais dans une colère noire. Mais, maintenant, je crois que je suis libre. Pendant combien de temps avez-vous été victime de violence domestique et quand vous êtes-vous dit : ça suffit ? Darleine : J’ai été victime de violence pendant toute la période qu’a duré mon mariage. J’ai vécu six ans de calvaire. A la septième année, je suis devenue active au sein de l’OFLT. Le déclic a eu lieu après un atelier de renforcement des capacités. Accompagner les victimes tout en bénéficiant des techniques d’accompagnement des victimes m’a libérée. Je me suis dit : « Je suis moi-même victime. Les choses qu’on me raconte je les vis également. Je ne peux pas à la fois lutter contre les violences et les subir. Une fois ma décision prise, j’ai dit à mon mari : « Je ne veux plus de toi. Je veux divorcer. » Télésphore : Je me suis marié en avril 2010. Le 14 avril 2014, j’ai décidé de partir de la maison. J’avais découvert des choses qui n’étaient pas normales. Je suis tombé malade. C’était difficile. L’hôpital m’a recommandé de faire une échographie abdominale. Je me suis rapproché de la présidente et je lui ai demandé ce que l’ONG pouvait faire pour moi. Elle est revenue vers moi et m’a remis une enveloppe. J’ai fait les examens et j’ai découvert que j’avais une hépatite B. L’une de mes filles avait commencé à débloquer parce qu’elle avait perdu sa mère, ma première épouse. Elle n’a pas pu supporter. Elle voyait sa mère. Et le déclic dont vous parliez s’est produit. Une fois rentré à la maison, j’ai dit à ma femme : « Je ne peux plus continuer comme ça, je pars et je ne reviendrai pas sauf si tu changes de comportement. » Vos enfants ont-ils été victimes de la violence de votre mari ? Darleine : Oui. Le premier est une victime. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai quitté la maison. J’étais enceinte de six mois de ma fille, la troisième. Le premier avait 2 ans et le deuxième à peine 1 an. Il sortait même d’une hospitalisation. Le premier, qui était chez ma mère, lui a raconté ce qui se passait : « Mamie, quand on est à la maison, papa tape maman tous les jours et elle crie : Martial laisse-moi. » Ma mère a dit à mon mari : « Attention à ma fille. Je n’aime pas la façon dont tu la traites. » Monsieur s’est enflammé. Il a frappé l’enfant le lendemain en revenant du travail parce qu’il estimait qu’il n’avait pas le droit d’en parler à sa grand-mère. L’enfant hurlait: « Maman, c’est comment ? Maman, viens ! » Je suis allée vers lui, j’ai arraché la spatule. J’ai tapé mon mari. J’ai quitté la maison avec les enfants, j’ai soulevé un sac où j’ai mis quelques-unes de nos affaires et je suis partie chez la petite sœur de ma mère. Je pleurais. Arrivée à son domicile, VIOLENCE À DOMICILE

DANS L’UNIVERS DE JEAN, EXCELLE ET HUGUETTE​

Jean et Huguette sont agents publics. Excelle est étudiante. Joindre les deux bouts n’est guère facile pour ces Librevillois qui essayent, malgré tout, de s’en sortir avec le strict minimum. Jean nous raconte son expérience.   « Grâce aux revenus que je tire de mon travail et de mes petites affaires, je loue à 150 000 francs CFA un bon petit logement de deux chambres, un salon et deux salles d’eau. Je subviens aux besoins de ma femme qui ne travaille pas et de nos quatre enfants qui sont scolarisés. En outre, je vis dans un environnement propre et sain. Nous nous en sortons assez bien. Nous faisons les courses en gros à des prix abordables. Nous achetons 3 cartons de variétés, un gros sac de riz et un bidon d’huile qui nous permettent de tenir jusqu’à la fin du mois suivant. Néamoins nous avons du mal à couvrir certaines charges, en particulier les frais d’électricité. Je dois parfois recourir à mes parents, amis et autres connaissances pour qu’ils me dépannent avec 2 000 francs. »   Excelle Ossarakabi, étudiante et mère célibataire, vit de petits boulots. « Je loue une modeste demeure qui m’abrite lors des intempéries. J’ai au moins un endroit où dormir. Malheureusement, mes revenus ne suffisent pas à couvrir toutes les dépenses nécessaires à un individu. Mon revenu mensuel est de 150 000 francs CFA. Je ne peux me permettre de louer une maison de 200 000 francs quand on sait qu’à Libreville, il faut au moins 100 000 francs, voire plus, pour avoir un bon logement avec tous les accessoires possibles. Je ne parviens pas à équiper mon logement convenablement. Mon espace de vie ne me plaît pas, il est trop restreint. J’ai des sanitaires qui se trouvent à l’extérieur de la maison. En termes d’alimentation, je prends difficilement 3 repas par jour. Je privilégie les factures d’eau et d’électricité au détriment de la nourriture   Huguette Ursule R. : « J’ai 40 ans. Je suis agent de l’Etat et je suis mère de trois enfants. Deux d’entre eux, les ainées, sont scolarisés à l’école publique, respectivement à l’IUSO et à l’USS. Le dernier apprend au Cours Ambourhouet. Je n’ai aucun mal à gérer les frais scolaires. Autrefois, oui. Mais plus aujourd’hui. »   Huguette est également entrepreneure. Elle vend des bijoux à bon prix.    « Mes revenus en tant qu’agent de l’Etat se situent au-delà de 200 000 francs CFA par mois auxquels s’ajoute l’argent que génère mon activité commerciale. Je ne me plains pas, mes revenus me permettent amplement de louer un très bon logement avec tout le confort possible pour mes enfants et moi. J’aime l’espace, l’environnement dans lequel je vis. Il est sain et je ne m’en plains pas. S’il y a une chose contre laquelle je lutte, c’est l’insalubrité. Il ne doit y avoir ni herbe ni ordures. Je le dis toujours à mes enfants car la propreté est la base de tout. »   « En termes d’alimentation, je m’en sors d’autant que mes enfants ne sont pas compliqués. Il en est de même pour les factures d’eau et d’électricité. Quand j’ai mon salaire ou une entrée d’argent, je consacre 50 000 francs CFA à l’eau et l’électricité. Ma première fille m’aide aussi. S’agissant des sanitaires, la maison en possède. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai emménagé. »   Concluant son propos, Huguette exhorte ses frères et sœurs ayant des revenus précaires à s’organiser.   « En agissant ainsi, vous pourrez vous en sortir. En ce qui me concerne, je compte rester ici pour le moment. Par contre, j’ai une maison en construction où je compte emménager afin de ne plus être locataire. »   Pour sa part, Jean ne sait s’il doit déménager ou non.   « Il m’arrive parfois de vouloir déménager, mais ce n’est guère facile avec des enfants qui vont à l’école. La vie n’est pas toujours belle. Néanmoins, je pense que l’on peut s’en sortir à condition de faire de bons calculs et de ne pas dépenser l’argent à des fins inutiles. »   Excelle déplore  les difficultés rencontrées par les étudiants.   « Nous avons du mal à réunir les ressources indispensables au bien-être et à la santé. La seule note positive est de vivre dans un environnement propre et calme où chacun ne se mêle que de ses propres affaires. »

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