Anciens Mags

VIOLENCES DOMESTIQUES ET DROITS DES VICTIMES

« Vivre » : Me Farafina Boussougou-Bou-Mbine, le Gabon a-t-il mis en place un cadre juridique pour protéger les victimes des violences domestiques qu’elles soient femmes ou hommes ? Me Farafina Boussougou-Bou-Mbine : Le Gabon a mis en place un dispositif de protection des victimes des violences domestiques. Lorsque les violences sont d’ordre physique, il s’agit d’une infraction à la loi pénale, ce sont des coups et blessures. Le législateur devrait en faire un facteur aggravant lorsque les violences ont lieu entre époux. Mais ce n’est pas le cas pour l’instant. Il s’agit simplement d’une infraction. Un coup est un coup qu’il soit porté à l’endroit d’un étranger ou à l’endroit de son mari ou de sa femme. Ce sont des coups et blessures, voilà un biais par lequel le droit saisit ce phénomène de violence domestique. Si vous portez main, si vous portez des coups à votre conjoint vous êtes susceptible d’en répondre devant le tribunal correctionnel. Et si à la suite de ces coups, mort s’ensuit, vous pouvez répondre de vos actes devant la cour criminelle. Quels sont les droits des victimes des violences domestiques ? Le premier droit, c’est le droit à la parole. Il faut parler, décrire ce qui vous arrive. Tout phénomène nécessite qu’il soit dit, nommé. Les victimes de ces violences, directes ou indirectes, doivent pouvoir tirer la sonnette d’alarme afin que la cellule familiale d’abord et la société dans son ensemble soient mieux protégées. L’objectif de l’humanité ou la différence entre l’humain et l’animal c’est quand même la capacité à dompter la nature pour faire apparaitre l’humain dans toute sa splendeur en dehors des coordonnées liées au sexe. La dignité de l’homme réside dans sa capacité à être humain qu’il soit femme, qu’il soit homme, mais c’est l’humain qu’il faut faire apparaitre. Passé le stade de la parole et de la description, il faut saisir la bonne institution et, de ce point de vue, tout dépend du milieu dans lequel on vit. Si l’on habite dans un village qui est très éloigné d’un poste de police ou de gendarmerie, et encore davantage d’un tribunal, il est évident qu’il y a des autorités déconcentrées. Il faut les saisir. Il y a toujours des chefs de quartier, des chefs de village, des sous-préfets. La protection d’une victime commence par elle-même, par la mise en œuvre d’un certain nombre d’actions concrètes. Il faut parler, il faut porter l’information à la connaissance de qui peut donner suite. Les institutionnels que j’ai mentionnés sont des personnes qui peuvent donner suite à un acte de violence afin d’y mettre un terme. Dans le cadre des violences domestiques d’ordre physique, les premiers concernés sont les parents et, parmi les parents, les témoins parce que avant que l’information n’arrive chez le père et la mère de la mariée, en général on appelle les témoins du mariage. Avec cette idée que si l’information arrive auprès du père ou de la mère, c’est déjà un stade extrême qui peut aboutir à une séparation. En général, il faut parler aux parrains, marraines, ou aux témoins en tout cas, de sorte que ces derniers soient un premier filtre ou un premier cercle qui puisse donner des conseils. Vous savez, l’homme avec un grand H, l’homme et la femme ne sont pas insensibles. Tout dépend de l’éducation que chacun a reçue, et tout dépend de la vision qu’on a vis-à-vis de l’altérité. Si l’altérité représente un facteur de concurrence au lieu de représenter un facteur d’émulation ou de complémentarité, il est évident qu’un couple où il y aurait une très grande différence, une très grande disparité dans les aspirations, il est évident que nous avons là un couple où le conflit est quasi permanent. Je pense que par l’éducation, par la répétition de l’éducation, on peut parvenir à mettre un terme, en tout cas à mettre un filet de sécurité sur les actes de violence. En termes d’éducation, qu’est-il fait pour sensibiliser les populations, les couples, au phénomène de la violence domestique ? La communication reste, de mon point de vue, au niveau institutionnel. Le gouvernement fait des séminaires de restitution, un certain nombre de travaux, de colloques, mais je crains que les informations tirées ou les conclusions auxquelles aboutissent les études des séminaires n’arrivent pas toujours à leurs destinataires. Qui a accès à ces informations ? L’atout au Gabon c’est que plus de 80% de la population sait lire et écrire. La documentation est disponible. Mais combien la lise ? Depuis le CP1, les gens savent lire et écrire, mais très peu aiment lire. La lecture n’est pas le canal le plus usité pour accéder à l’information quelle qu’elle soit. Le canal le plus utilisé est la télévision et surtout, désormais, les réseaux sociaux, où des hommes et des femmes d’église traitent des questions relatives aux rapports dans le couple, à travers des témoignages, des histoires moralisatrices. Voilà un moyen d’éducation disponible qui permet à quiconque possédant un téléphone Android, d’en tirer profit, pour soi ou pour autrui. Jusqu’à quel point les juristes, les avocats par exemple, sont associés aux ateliers sus-mentionnés ? Les juristes sont associés à divers niveaux, soit parce qu’eux-mêmes font partie de telle ou telle association, soit parce que dans le cadre de l’élaboration ou de la rédaction d’un rapport, d’une étude, le gouvernement leur fait appel. Personnellement, il y a quelques années j’avais été sollicité par le ministère de la Famille qui travaillait de concert avec l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) pour réaliser une étude sur les discriminations dans la deuxième partie du Code civil. C’est une étude que Mme Nzé Bitéghé et moi avons réalisée à la demande du ministère de la Famille. Il y a un opus qui est sorti et qui circule d’ailleurs sur Internet. Oui, les juristes sont associés, mais ils ne le sont pas toujours en raison du manque de financements. Les plaintes déposées au niveau des tribunaux pour coups et blessures au sein des foyers finissent-elles par aboutir ? Les VIOLENCES DOMESTIQUES ET DROITS DES VICTIMES

LES CONSEILS PRÉVENTION DU DOCTEUR NGOME NDONG

« Avoir un mode de vie sain rend la vie plus agréable », aime à dire le Dr Jean-Marc Ngome Ndong. Ce spécialiste de la médecine du travail et de la prévention prodigue des conseils au quotidien à ses clients. Des précautions à prendre pour protéger la santé aux avantages de la prévention, il lève le voile sur un domaine qui mérite plus d’attention de la part de l’ensemble de la société.  « Vivre » – Docteur, qu’est-ce que la prévention et quelle importance revêt-elle pour la santé ? Dr Jean Marc Ngome Ndong – La prévention, en matière de santé, est définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme étant l’ensemble des mesures visant à éviter ou réduire l’apparition des maladies, des accidents. Elle se situe en amont de toutes les précautions prises en matière de santé des populations puisqu’elle intervient sur l’individu sain, avant qu’il soit atteint de maladies. Pourquoi faut-il faire de la prévention ? Toute politique de santé efficace, qui se veut sérieuse, met l’accent sur la prévention qui seule permet de réduire les coûts de santé. La maladie coûte excessivement cher, elle impacte le corps humain, le milieu familial, professionnel et l’environnement tout entier. Faire de la prévention revient donc à éviter ou à réduire cet impact généralisé dans tous les domaines de la vie. Le but visé réside dans cette quête d’avoir des individus en bonne santé dans un milieu donné pour rendre la vie plus agréable. Vous êtes médecin du travail. La prévention est donc votre priorité. Parlez-nous des actions majeures que mène votre structure et de ses acquis ? La médecine du travail est essentiellement préventive, elle repose sur l’ensemble des moyens et mesures mis en œuvre pour éviter ou réduire les risques de maladies professionnelles ou d’accidents du travail et vise à adapter le travail à chaque homme, sain ou handicapé. Les actions de santé et sécurité au travail se situent à plusieurs niveaux dans une entreprise et concernent tous les acteurs indiqués. Elles partent des recommandations internationales, issues des organismes internationaux et nationaux, aux règlementations adoptées par chaque Etat dans le cadre du Code du travail, et sont mises en œuvre par les chefs d’entreprises, les équipes dirigeantes et les travailleurs sous le contrôle des institutions du travail (ministère du Travail, établissement de sécurité au travail…). En ma qualité de médecin du travail attaché au Groupement professionnel des acconiers du Gabon (GPAG) par exemple, une entreprise qui n’existe que depuis près de trois ans, nous sommes en train de mettre en place l’ensemble des mesures de prévention qui vont de l’organisation d’un service de santé au travail au sein de l’entreprise et la mise en place d’un comité d’hygiène et sécurité, résultat d’un plaidoyer mené par nos soins tel que le recommande le Code du travail. Quel est le coût de la prévention aux plans humain, technique et financier ? Comparativement aux moyens curatifs que nous connaissons, partant des bilans médicaux (biologiques, radiologiques), de l’hospitalisation qui peut être bien longue, de la guérison qui peut être partielle, avec parfois des séquelles et des handicaps physiques, sans oublier la souffrance physique et psychologique du malade et son entourage, l’incapacité de travailler qui impacte lourdement la productivité de l’entreprise, la prévention présente des avantages énormes sur les plans humain, technique et financier. La prévention vise effectivement à baisser les coûts de santé à partir d’actions simples et efficaces. La santé et la sécurité au travail représentent le maillon le plus efficace pour une productivité optimale dans toute entreprise. La prévention, quant à elle, est le seul vrai moyen le plus efficace pour une parfaite santé physique, mentale et sociale. Elle permet de réduire les coûts de santé devenus trop lourds, tout en évitant l’apparition même de la maladie. Avez-vous des besoins particuliers pour mener à bien vos activités ? Dans le cadre de mes activités de santé et sécurité au travail, nous avons surtout besoin que les travailleurs et les chefs d’entreprises comprennent, adhèrent et participent à la mise en place d’une politique de santé et sécurité au travail afin de rendre agréable l’exercice de notre profession en entreprise. Aussi il est souhaitable, dans la mesure où la loi et la règlementation sont bien avancées dans notre pays, que les textes existent et qu’ils soient biens articulés, et que les autorités chargées de faire le contrôle soient plus présentes et efficaces. Qui dit prévention dit bilan de santé. Qu’est-ce-que le bilan de santé ? Le bilan de santé est un ensemble de mesures préventives visant à déceler d’éventuelles pathologies ou affections latentes, de proposer une meilleure prise en charge du patient et de mettre des mesures de suivi et de contrôle de certaines pathologies. Pourquoi faut-il faire un bilan santé et quand exactement ? Le bilan de santé s’adresse à toutes les populations, à tous les âges et à toutes les couches sociales puisqu’il intègre parfaitement l’ensemble des mesures préventives qui existent quels que soient l’état de la personne et son environnement social ou professionnel. La périodicité varie en fonction des individus, du contexte social ou professionnel, de l’âge ou de l’état pathologique des individus. Dans le milieu social, c’est un acte volontaire qui s’adresse à tout individu, suivant un calendrier périodique défini, d’une part, par la réglementation en matière de santé et, d’autre part, par les professionnels de santé, mais souvent à la demande de chacun. Chez un individu sain, il est souhaitable de le faire chaque année. Ce délai peut varier en fonction de l’état pathologique. Dans le milieu professionnel, il s’inscrit dans le cadre règlementaire de nombreuses visites médicales partant de la visite de pré-embauche, visites systématiques annuelles, visites de départ ou de retour de congé ou de maladie… Où faire son bilan de santé et qui est habilité à le faire ? Tout médecin, toute structure de santé disposant d’un paquet minimum d’interventions essentielles. Le bilan de santé repose sur un examen ordinaire (interrogatoire et examen clinique) du patient, suivi d’examens complémentaires généraux et spécifiques en LES CONSEILS PRÉVENTION DU DOCTEUR NGOME NDONG

À 37 ANS D’INTERVALLE

À 37 ans d’intervalle, les mêmes erreurs se reproduisent, inexorablement, mettant ainsi en péril la vie et les droits à la santé des personnes qui en sont victimes. La distraction, l’insouciance et la négligence surviennent plus souvent qu’on ne l’imagine dans les structures sanitaires. Il suffit d’une erreur, d’un mauvais diagnostic, d’un traitement inadéquat pour passer de vie à trépas ou trainer des incapacités à vie. Deux destins, ceux d’une mère et son fils, basculent du jour au lendemain alors que le pire aurait pu être évité. Quelques mois après un premier bilan de santé totalement erroné, MAE se rend à l’étranger où un médecin diagnostique un cancer du sein à un stade avancé. Elle est hospitalisée, subit une double mastectomie et décède six mois plus tard auprès de sa famille. Elle avait 68 ans. Le sort de RABI est quasiment identique. A l’occasion d’une deuxième consultation médicale, il apprend qu’il est atteint d’une tuberculose multi-résistante et non d’une simple infection pulmonaire comme diagnostiqué précédemment. La pauvreté ou la négligence expliquent-elles la mort prématurée du septuagénaire ? Pour autant, cela ne disculpe en rien le médecin qui l’a induit en erreur. Hospitalisé deux mois durant, RABI a été soumis à un traitement extrêmement lourd qu’il n’a pas supporté. Il est mort à 73 ans entouré des siens. A l’instar de MAE et de RABI, n’importe qui peut être victime d’une insouciance, d’une inattention ou d’une négligence médicale. Au-delà de la gravité de ces erreurs, le pire est de voir les coupables continuer à vaquer à leurs occupations. Le témoignage d’un fonctionnaire fait froid dans le dos. « Nous vivons ce genre de situation tous les jours dans nos centres hospitaliers, notamment aux urgences où un agent de santé peut vous recevoir tout comme il peut vous laisser trainer tant il est occupé à bavarder avec ses collègues. Pendant ce temps, l’état du malade empire au point que nombre de personnes décèdent aux urgences. » L’insouciance, la négligence et l’impunité tuent. Elles sont une atteinte au droit à la santé, à la dignité et à la sécurité de la personne. En outre, elles mettent à mal la crédibilité même du système de santé dont la mission consiste pourtant à améliorer la santé publique. Selon un employé de la fonction publique, « les médecins ont des droits qui les protègent. Porter plainte n’aboutit à rien. Mais il est temps que les coupables aillent en prison. La justice doit assumer ses responsabilités ». Mayondo, un enseignant, estime que « les agents contrôleurs du ministère de la Santé devraient se rendre régulièrement dans les hôpitaux pour voir qui fait quoi et comment afin que des mesures fermes soient prises contre les agents de santé qui n’accomplissent pas correctement leur devoir ». À quand la stricte application de la loi contre l’impunité en cas d’insouciance et de négligence ? À quand la stricte application de la loi contre la faute médicale ? Il s’agit bien de la faute car l’erreur médicale « ne devient, le cas échéant, une faute que si la responsabilité du professionnel de santé est reconnue par une instance juridictionnelle». Le système de santé est interpellé à jouer pleinement son rôle qui est d’améliorer, comme il se doit, la santé publique afin de retrouver la confiance des populations gabonaises.

LES DROITS DU CONSOMMATEUR À LA SANTÉ

LES DROITS DU CONSOMMATEUR À LA SANTÉ Le Gabon s’est doté au cours des onze dernières années d’un dispositif juridique visant la protection de la santé des consommateurs. Le décret 0292/PR/MAEPDR du 18 février 2011, modifié par le décret 0667/PR/MAEPDR du 10 juillet 2013, porte création de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (Agasa). Le travail de l’Agasa consiste à lutter contre la commercialisation des denrées alimentaires impropres à la consommation à travers la prévention, l’évaluation et la gestion des risques sanitaires et nutritionnels présents dans les aliments. L’objectif est de mettre sur le marché des denrées alimentaires saines, sûres, salubres et nutritives.     Afin de renforcer la sécurité alimentaire des Gabonais, le gouvernement a approuvé et lancé le 17 mai 2017 une nouvelle Politique nationale de sécurité alimentaire et nutritionnelle (PNSAN) dont l’effectivité s’échelonne sur la période allant de 2017 à 2025. Cette dernière consacre l’objectif d’éliminer l’insécurité alimentaire et la malnutrition sous toutes ses formes et de garantir la souveraineté alimentaire et nutritionnelle à l’ensemble de la population d’ici à 2025. Cette politique se fonde, entre autres, sur :   Le 9 août 2004, l’Etat a mis en place, par décret n° 665/PR/MEFBP, la Direction générale de la concurrence et de la consommation (DGCC) afin que cette dernière veille sur les droits et intérêts du consommateur. Il est clairement mentionné dans l’article 3 dudit décret que la DGCC est chargée, entre autres, de garantir la qualité des biens et services ; de concevoir les normes de référence en matière de qualité et de sécurité des produits ; et d’assurer la défense et la protection des intérêts des consommateurs. Au-delà du droit touchant à la consommation alimentaire, l’Etat s’appuie sur des textes qui ciblent l’ensemble des droits du consommateur à travers notamment la Directive N° 02/ 19-UEAC-639-CM-33 du 8 avril 2019 portant harmonisation de la protection du consommateur au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).      En son article 1 , la Directive fixe le cadre général de la protection du consommateur dans les Etats de la Cemac afin d’assurer à ce dernier un niveau élevé de qualité de vie. Outre les différents droits du consommateur sur lesquels nous reviendrons, il nous paraît opportun de définirla notion de consommateur.     Conformément à l’article 2, le consommateur est toute personne physique qui acquiert ou utilise pour la satisfaction de ses besoins non professionnels des produits, biens ou services qui sont destinés à son usage personnel ou familial ou à l’usage d’une collectivité. Concernant les personnes morales, le juge leur étendra la définition du consommateur au cas par cas, en considération de leur faiblesse économique et La Directive, en son article 3, mentionne de façon explicite les droits fondamentaux du consommateur que sont, pour n’en citer que quelques-uns :   L’article 4 de la Directive mentionne le fait que la réalisation de l’objectif général visé doit se faire dans le strict respect de certains principes directeurs parmi lesquels :   la reconnaissance de la vulnérabilité du consommateur la prévention des atteintes aux intérêts des consommateurs la précaution en cas d’incertitude scientifique sur les dangers et les risques liés à un bien ou un service ; et l’absence de discrimination dans l’application des dispositions en vigueur.     Selon l’article 10 de la Directive, en cas de litige qui survient suite à un manquement aux droits du consommateur, la juridiction compétente est celle du domicile ou de la résidence du consommateur dans l’Etat membre de la CEMAC. Ce chapitre sur les droits du consommateur nous amène à parler des aliments que nous consommons et des risques sanitaires qu’ils peuvent causer pour peu que notre alimentation soit malsaine et déséquilibrée.   Darrel Sylvie

QUAND LA POLITIQUE S’INFILTRE DANS L’ÉCOLE    

La politique serait-elle responsable de la crise dans le secteur de l’enseignement et des échecs qu’il enregistre au fil des ans ? Selon le professeur Charles-Philippe Assembé Ela, « elle en est la principale cause, elle a tué l’école. » Dans une interview accordée à « Vivre » dans les jardins de l’École normale supérieure, cet enseignant-chercheur en esthétique, philosophie de l’art et de la culture, épluche le mal-être de ce corps de métier et les défis à relever pour qu’émerge de nouveau l’excellence scolaire et le respect dû au corps enseignant.   https://youtu.be/bLiKPFmSxhs LE MAL-VIVRE DES ENSEIGNANTS Pr Charles-Philippe Assembe Ela – Il m’est assez difficile de parler de la question du mal-vivre au sein du corps enseignant. Je m’explique. Les représentations sociales ne nous aident pas. Les gens s’imaginent que plus on a de diplômes, plus on a de l’argent, mais le problème se situe entre ce qu’il devrait gagner et ce qu’il gagne. En effet, de nombreux facteurs ne sont pas pris en compte. Par pudeur, l’enseignant préfère ne pas s’exprimer. Il est enseignant, il vit mal, il n’a pas été reclassé, il vit encore du salaire de son grade antérieur (assistant pour un maître-assistant, maître-assistant pour un maître de conférences). Imaginez le manque à gagner sur un, deux, trois, quatre ou cinq voire six ans. Telle est la situation que vit l’enseignant-chercheur. On l’étouffe et on l’empêche d’en parler. À un moment donné, le politique a fait croire que le fonctionnaire le mieux traité est l’enseignant, qui plus est l’enseignant du supérieur alors qu’il vit un drame d’autant que la situation juridico-administrative de ce corps de métier n’est pas clarifiée. Le statut particulier est en souffrance. On gère sa carrière comme un fonctionnaire ordinaire. Pour des individus qui ont fait de longues études, c’est génocidaire ! La plupart termine la vie professionnelle sans grade. Une infime partie parvient au grade supérieur, mais tardivement. La carrière de plusieurs générations d’enseignants-chercheurs est ainsi ruinée. À l’heure actuelle, elle n’a pas encore trouvé une solution satisfaisante.   « Vivre » – Quelles sont les conditions de travail des enseignants du supérieur ?    Elles sont indécentes du point de vue moral et des conditions de vie. Au plan moral, l’enseignant est un homme généreux, une personne à qui vous confiez votre progéniture pour en faire les hommes de demain. À y regarder de près, la relation entre le public et l’enseignant n’est pas au beau fixe. Tenez, quand un enseignant se rend dans un service administratif et qu’il dit qui il est, on le regarde d’une certaine façon. Il y a ce préjugé moral qui pèse sur l’enseignant. Ses conditions de travail et de vie ne sont pas réunies. Il faut être patriote, un héros des temps modernes pour accepter d’être enseignant.   Prenons l’exemple de deux individus qui ont un master de mathématiques. Le premier est recruté enseignant, l’autre technicien dans un service d’ingénierie. Le premier passera trois ans pour avoir le texte de recrutement et trois autres années pour avoir quelque chose qui ressemble au salaire qu’il devrait avoir, c’est-à-dire 500 000 à 600 000 francs CFA alors qu’un ingénieur qui est recruté à Shell commence à 1 500 000 puis passe à 2-3 millions de francs CFA l’année suivante. La disproportion est grande. Si vous êtes enseignant, vous mettez dix à quinze ans pour construire une maison de 20 millions. Ce rapport ingrat à la profession est d’abord imputable au regard que la société pose sur l’enseignant. Ce rapport fait aussi partie de son mal-vivre. Voilà quelqu’un qui s’occupe de vos enfants. Comment pouvez-vous le traiter de la sorte ?   Et quid de la grille des salaires des enseignants du supérieur?   La situation salariale des enseignants du supérieur se présente comme suit :     Présalaire de l’enseignant stagiaire : 750 000 FCFA.     Assistant : 900 000 à 1 100 000 FCFA.     Maître-assistant : 1 300 000 à 1 600 000 FCFA.       Maître de conférences : 1 800 000 à 2 100 000 FCFA.     Professeurs titulaires : 2 300 000 à 2 500 000 FCFA. Comparer aux salaires de nos officiers supérieurs, ce n’est pas grand-chose. Autre problème, de nombreux maîtres de conférences reclassés sans avancements n’excèdent pas 1 700 000 FCFA. Or, avec tous les avancements bloqués par la fonction publique, ils gagneraient entre 1 800 000 et 2 100 000. La situation est la même pour les quelques professeurs titulaires en activité.   À y regarder de près, c’est une grosse arnaque organisée sous Ali Bongo. Certes, les salaires ont bondi après la bonification de la PIR (prime d’incitation à la recherche). L’arnaque se situe au niveau de l’institution qui a des responsabilités vis-à-vis des activités de l’enseignant-chercheur. Il doit faire des colloques, des voyages d’étude, produire des livres… Mais quand la bonification est arrivée, l’institution a été sevrée de tous les budgets attenants à ces activités institutionnelles. Ailleurs, ce sont les universités, les institutions qui s’occupent du financement de ces activités des enseignants-chercheurs. Voilà comment nous avons été réduits à faire nos grades avec nos maigres revenus. C’est une dette qui n’a même pas été tracée. À notre niveau, nous finançons nos activités sur fonds propres.   On demande au Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) de faire très attention, d’être très vigilant, de parler avec les vrais acteurs de l’enseignement supérieur que sont les universitaires, les chargés de cours. Pour se rendre au Bénin et en France, certains d’entre nous ont dû payer leurs billets d’avion afin d’avancer dans leur grade et quand bien même ils auraient le grade au Cames (NDLR : Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur), ils ne sont pas reclassés.   Psychologiquement, une chose est de travailler dans la sérénité avec les institutions, avec sa hiérarchie, une autre est de travailler dans le besoin ou dans la contrainte. Les règles de l’enseignement, les règles de l’école sont pipées, les conditions de travail ne sont pas au beau fixe. Quel peut être le ressenti de cet individu qui va travailler ? QUAND LA POLITIQUE S’INFILTRE DANS L’ÉCOLE    

LA CONDITION ENSEIGNANTE AU FIL DU TEMPS

La condition enseignante est l’objet de vives préoccupations des enseignants, de leurs associations syndicales, des parents d’élèves et de tous ceux qui se soucient de la qualité du système éducatif. Le rôle crucial de l’enseignant n’est plus à démontrer quand on sait que l’enseignant incarne la force motrice du système éducatif.  De nombreuses réflexions ont été consacrées à la condition enseignante, à l’instar de celles de Mboumba H. (2006), Hermine Matari (2014) et Romaric Quentin De Mongaryas (2011). Selon le professeur Claude Lessard, l’expression « condition enseignante » revêt plusieurs significations qui ont évolué selon les époques et les locuteurs. Nonobstant, cette expression réfère à un ensemble de caractéristiques qui définissent la situation des enseignants dans le système éducatif ainsi que leur place dans la société. On utilise le vocable « condition enseignante » pour nommer un ensemble de facteurs qui caractérisent la situation des enseignants, leur formation, leur travail (la tâche et ses conditions), leur statut et place dans la société, la reconnaissance sociale de leur contribution à la société. Selon une recommandation de l’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) concernant la condition du personnel enseignant de 1966, le mot « condition » appliqué aux enseignants désigne à la fois la position qu’on leur reconnaît dans la société, selon le degré de considération attaché à l’importance de leur fonction, ainsi qu’à leur compétence, et les conditions de travail, la rémunération et les autres avantages matériels dont ils bénéficient, comparés à ceux d’autres professions. Il convient de préciser, à toutes fins utiles, que la recommandation de l’Unesco s’applique à tous les enseignants des établissements publics ou privés du second degré ou d’un niveau moins élevé. Rôle et missions de l’enseignant Il convient de noter que la profession enseignante comporte un éventail de fonctions cruciales. Ses agents jouent le rôle de modèles, de mentors et de conseillers. Ils ont un impact profond sur les apprenants. Ils transmettent essentiellement des connaissances aux élèves. D’où la nécessité d’être flexible. Les enseignants passionnés peuvent inspirer les jeunes, quel que soit leur parcours. Les grands enseignants soutiennent les jeunes dans l’éducation, mais aussi dans leurs choix de vie et de vocation. Ils doivent écouter et rechercher les signes avant-coureurs des problèmes. Cela permet de susciter ou de renforcer la confiance et le sentiment d’appartenance à la classe. Leur rôle est important dans la création d’un environnement scolaire favorable. En somme, les enseignants ont un rôle vaste qui va de la transmission des connaissances à la protection du bien-être des enfants, en passant par l’inspiration de la pensée critique et des valeurs morales. Ils occupent une position centrale au sein de la société, même si beaucoup d’entre eux estiment qu’ils en sont des parias. Du statut des enseignants Quand on parle des enseignants du second degré au Gabon, de quels enseignants parle-t-on ? Il est difficile de parler uniformément des enseignants. Plusieurs corps coexistent. Les uns sont issus des écoles de formation d’enseignants alors que d’autres sont issus des facultés et autres établissements de formation. La spécialité enseignement du second degré général comporte deux types d’agents publics : les agents publics permanents, fonctionnaires de catégorie A, hiérarchies A1 et A2 et les contractuels de 1re catégorie. On entend par agent contractuel toute personne ayant signé un contrat d’engagement avec l’État ou ayant accepté tacitement un engagement résultant d’une décision du président de la République. Il est engagé individuellement à titre essentiellement précaire et révocable. Ils font partie du corps des professeurs, répartis également en deux groupes, les professeurs adjoints, qui enseignent dans le premier cycle du second degré général, et les professeurs qui exercent dans le second cycle. Des rémunérations des enseignants de 1981 à nos jours Les rémunérations des enseignants, en tant qu’agents publics de l’État, ont suivi la même évolution que celles des autres agents publics, à l’exception des avantages liés à leurs corps et prévus dans leurs statuts particuliers. Des conditions de travail et de vie des enseignants du secondaire public au Gabon Les conditions de travail des enseignants du secondaire public au Gabon se sont sensiblement améliorées depuis 1981, tout comme celles des autres agents publics, en dépit de quelques petits reculs. Le discours sur le malaise enseignant nomme plusieurs réalités :   L’alourdissement et la complexification de la tâche, la taille et l’hétérogénéité des groupes-classes  Les difficultés d’enseigner associées aux nouvelles générations d’élèves (les enfants hyper stimulés par les technologies de la communication, mais peu encadrés par les adultes) et à l’évolution culturelle (perte d’autorité et de points de repère    L’épuisement professionnel et le désir de quitter l’enseignement. D’où le grand intérêt aux activités politiques     L’absence ou faiblesse de soutien Les conditions de vie des enseignants suscitent de grandes inquiétudes. Selon Mboumba H., cité par Hermine Matari dans L’enseignant n’a pas de vie ! : « La plupart des enseignants sont locataires car leur salaire mensuel ne leur permet pas d’être propriétaires d’un logement. Ils ne sont pas décemment logés. Depuis le blocage des recrutements et des situations administratives des agents publics, leurs conditions de vie se sont considérablement détériorées. De nombreux enseignants du second degré ont travaillé plus de dix ans avec un maigre présalaire de près de 150 000 FCFA. En outre, les effectifs pléthoriques ne permettent pas aux enseignants de s’occuper individuellement des élèves et d’être à leur écoute. Par ailleurs, les enfants issus des familles aisées ont tendance à manquer de respect aux enseignants qui sont parfois entretenus par leurs parents. Par ailleurs, la suspension des activités par les enseignants consécutive aux revendications pour de meilleures conditions de travail est à l’origine de tensions entre enseignants et parents d’élèves. Cette crise est exacerbée. par le refus de certains parents de prendre part aux réunions les concernant. D’autre part, les enseignants évoquent des intimidations, des violences physiques et verbales de parents d’élèves. Certaines incompréhensions, dues à des problèmes de communication, sont souvent à l’origine des conflits enregistrés dans le système éducatif gabonais. Compte tenu des difficultés auxquelles les LA CONDITION ENSEIGNANTE AU FIL DU TEMPS

« L’ÉCOLE MÉRITE MIEUX »

Après un parcours scolaire et universitaire réussi, et un stage dans une banque de la place, Abdanna Ssir se tourne vers l’avenir. Ce jeune étudiant gabonais en management des entreprises et développement commercial a décidé de s’orienter vers le monde de la communication du marketing et du management. Dans quelques mois, il fera ses premiers pas dans le marché de l’emploi. Nous l’avons rencontré pour recueillir son point de vue sur la crise de l’école.

« JE SUIS SOCIOLOGUE ET AU CHÔMAGE »

Il est le troisième d’une fratrie de six enfants nés d’un père militaire à la retraite et d’une mère commerçante encore en activité. Jeune et combattif, Axel Kombila Kombila est sociologue de formation, spécialiste des questions d’évaluation des politiques, des programmes et des projets qui gravitent autour de la gouvernance, de l’État, du pouvoir et des institutions. Actuellement au chômage, il lutte pour les droits des chômeurs. En toute humilité et  franchise, il livre un témoignage chargé d’émotion et de détermination.   « J’étais dans un passé récent consultant au sein d’agences du système des Nations unies dans le cadre de l’évaluation d’un certain nombre de projets et de programmes. Mon expérience aidant, ma carrière de consultant m’a permis d’obtenir un certain nombre de marchés et de subvenir à mes besoins à court terme. Malheureusement, après ces moments de vaches grasses, avoir d’autres opportunités s’est avéré extrêmement compliqué. En tant que consultant indépendant, je n’ai pu subvenir à mes différentes charges. Loin de baisser les bras, je me suis dit qu’il était temps de frapper à nouveau à la porte de l’État. En 2019, je me tourne vers la fonction publique où je dépose mon dossier. En vain ! Suite à l’arrivée au pouvoir en août 2023 du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) et à la diffusion du communiqué n°13 qui demandait aux Gabonais de déposer les dossiers à la fonction publique, j’ai adhéré, faute de trouver un emploi, à un collectif associatif où je milite pour les intérêts et les droits des chômeurs. À ce jour, je n’ai reçu aucune information relative à mon dossier. Rien n’a filtré. La fonction publique brille par un mutisme, un silence, qui n’a pas de nom. »   Les compétences d’Axel pourraient être mises au service de la Primature ou de la vice-Primature au département de la prospective et de la planification, ces deux domaines étant connexes au suivi-évaluation.    « A mon avis, une cellule d’évaluation devrait être créée, notamment au niveau du secrétariat général où se trouve une direction du suivi/évaluation des politiques publiques. Je pourrais même travailler au sein du gouvernement en qualité d’agent technique, de conseiller chargé d’études des questions de suivi/évaluation de projets, ou au ministère des Affaires étrangères au sein du Mécanisme africain de l’évaluation par les pairs (MAEP) ou encore dans le système des Nations unies. J’ai passé un moment au ministère de la Promotion, de la Bonne Gouvernance et de la Lutte contre la corruption. Le projet avait pour objectif d’infuser la culture de l’évaluation dès le banc de l’école, notamment au niveau du secondaire et même à l’université. »   Ayant formé des étudiants, des professionnels et des acteurs de la société civile dans le domaine du suivi/évaluation de projets, Axel nous confie qu’il peut enseigner. Déçu, il pose un regard amer et critique sur la situation qui prévaut actuellement au Gabon, témoignant l’intérêt qu’il porte au devenir de son pays.   « Mon regard, en tant que sociologue-politique sur la situation actuelle du Gabon, est à la fois multidimensionnel et transversal. Nous sommes à la croisée des chemins comme ce fut le cas en 1964 après le coup d’État avorté. Nous sommes dans le même contexte que celui qui prévalait à l’époque des pères fondateurs. Nous nous interrogeons sur le type de société que nous voulons pour notre pays. Nous avons connu un régime, un pouvoir qui est tombé et qui a laissé des traces mortifères dans la vie des populations et la gouvernance du pays. Aujourd’hui, nous sommes face à un autre pouvoir. »   Pointant du doigt la gestion néo-patrimoniale des institutions, Axel dénonce la confusion qui régnait à l’époque entre les espaces public et privé, et plaide pour un changement de paradigme.   « On a fait de la gestion publique, des affaires de l’État, une affaire privée et patrimoniale. Il faudrait donc reconstruire un État qui soit l’émanation de la volonté populaire et qui travaille pour le bénéfice de tous les citoyens et non pour un groupuscule. L’armée a l’occasion d’apporter une nouvelle ère où, effectivement, la redistribution équitable des ressources publiques et la bonne gouvernance seront un rempart contre la corruption et les détournements de biens publics au sommet de l’État et au niveau de toutes les strates. In fine, il va falloir infuser une nouvelle culture dans l’imaginaire social de chaque population. Ce processus doit se faire aussi bien au niveau infrastructurel qu’au niveau des hommes. Il va falloir établir des institutions fortes et non des hommes forts. Malheureusement, près d’un an après l’accession du président de la transition au pouvoir, avec l’intention de . Mais, force est de constater que le Gabon est dans une situation assez hybride. On n’arrive pas vraiment à bien saisir ce que les autorités veulent faire. Ce qui émerge plus à la perception du sociologue que je suis, c’est que l’on a des hommes d’abord qui veulent s’implanter et demeurer au pouvoir alors que ce n’est pas d’abord l’objectif premier.»   Selon Axel, il faudrait pouvoir tourner la page et restaurer les institutions de sorte que le pouvoir puisse avoir ses lettres de noblesse, une mystique et un instinct patriotique fort.   « L’enjeu est d’éblouir tous les citoyens afin qu’ils puissent avoir confiance en leur pays et que la fierté nationale soit redorée au sommet de l’Etat. Un changement profond s’impose. Si les populations peuvent s’exprimer librement et donner leur point de vue, j’ai néanmoins le sentiment que nous sommes en train de revenir vers le même système, de reproduire les travers du système déchu. Un groupuscule accapare le pouvoir et jouit de ses avantages pendant que la majorité croupit toujours dans la précarité et la disette. Ce qui doit changer, c’est la gestion des affaires publiques. L’État devrait être au service de tous les individus et non au service d’une famille, d’un groupuscule. L’État devrait jouer son rôle régalien, garantir la couverture sociale, l’accès à la santé, à l’éducation et à l’emploi, et relancer l’économie, etc. »   Au sujet des conclusions du Dialogue national inclusif « JE SUIS SOCIOLOGUE ET AU CHÔMAGE »

VIVRE DÉCEMMENT – UN DROIT EN PÉRIL ?

Vivre décemment est une aspiration légitime et un droit fondamental de tout être humain. Paradoxalement, selon une étude de la Banque mondiale, plus de la moitié de la population gabonaise vit dans les pires conditions qui soient tandis qu’une minorité vit dans des conditions relevant de l’opulence. Dépourvues du minimum vital, les familles démunies ont du mal à se nourrir, se loger, se soigner ou s’instruire. On parle beaucoup de la misère, notamment à l’occasion de conférences qui s’achèvent par de belles résolutions dont la plupart s’éteignent sur le bûcher de la mal gouvernance qui, depuis plus de cinquante ans, ruine le Gabon. Il n’y a pas une réelle volonté de l’éradiquer, si ce n’est au sein des familles qui en sont victimes, des organisations humanitaires et de la société civile. Fruit de la « corruption et de l’irresponsabilité politique », la mal gouvernance empêche le développement économique, l’épanouissement individuel et le vivre décemment. Elle sème la pauvreté et ses conséquences, en particulier l’exclusion sociale, le chômage, la délinquance, l’insécurité et la maladie. Des hommes et des femmes de milieux divers n’ont de cesse d’alerter l’opinion et de proposer des pistes de solution pour alléger le fardeau de la misère dans laquelle vivent, avec moins de 3 500 francs CFA par jour, entre 700 000 et 1 000 000 de Gabonais. Certains d’entre eux, que vous lirez et entendrez sous peu, ont participé ou suivi de près le Dialogue national inclusif (DNI) dont « les résolutions, estiment-ils, gagneraient à être traduites dans les faits, le Gabon n’ayant que trop souffert des inégalités et de la pauvreté ». En voici quelques-unes, qui incluent l’édification d’un État de droit où les intérêts particuliers sont bannis au profit du bien commun et de la bonne gouvernance ; l’amélioration effective des conditions de vie des Gabonais dans le cadre de la lutte contre la pauvreté et les inégalités. L’accès équitable aux services sociaux de base, y compris des logements salubres et abordables financièrement ; le développement de systèmes sanitaire et éducatif performants ; le passage d’une économie de rente à une économie de production sont d’autres résolutions du DNI. Au pouvoir depuis le 30 août 2023, le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) annonce son ambition d’améliorer les conditions de vie des Gabonais. Pour lutter contre le chômage, qui s’accompagne de la précarité, il a créé 1 000 postes budgétaires en faveur des enseignants du ministère de l’Éducation nationale et levé le gel des concours et des recrutements dans la fonction publique, après huit ans de restriction. Au profit des retraités, on note l’arrimage des pensions au nouveau système de rémunération et le paiement des rappels de pension. Selon le CTRI, la suppression des frais d’inscription dans les lycées et les collèges a permis à plus de 20 000 enfants de poursuivre leurs études sans être fragilisés par leur situation financière. Afin de susciter l’émulation en milieu scolaire, il a rétabli le paiement de la bourse au secondaire. Le CTRI réussira-t-il là où le Parti démocratique gabonais (PDG) a échoué ? Si d’aucuns se disent optimistes quant à l’aboutissement des réformes en cours, d’autres sont dubitatifs et attendent de voir se concrétiser le rêve du Gabon nouveau et du droit de vivre décemment dans la dignité et le respect. « Toute personne a droit à une vie décente. L’en priver est une atteinte à son bien-être, son bonheur et sa dignité. »

VIE CHÈRE ET SALAIRE DÉRISOIRE

pot de terre renversé, pièce de monnaie

Se loger au Gabon est une source de préoccupation majeure pour les populations démunies ou n’ayant pas de revenu. Une ménagère payée à 150 milles francs CFA par mois n’arrive pas à répondre comme il se doit à ses besoins essentiels. Il lui est quasiment impossible de se nourrir et de se soigner convenablement une fois réglés les coûts du loyer et de transport. Ceux-ci se chiffrent respectivement à 80 et 40 000 CFA, soit 120.000 francs CFA par mois. Laborieux voire ingrat, le métier domestique est souvent pratiqué pour survivre. Le témoignage de Rachel Blanche est lyrique et poignant.

MEMBRES DE L’ÉQUIPE
 

Fondatrice – Directrice

 

Flavienne Louise Issembè

 

Journalistes seniors

 

Yvette Bivigou

Martial Idundu

Flavienne Louise Issembè

 

Collaborateurs et Collaboratrices

 

Annie Mapangou

Eric Ozwald

Florène Okome Pambo

Tama Z’Akis

 

Equipe WEB

 

Chris Jonathan G. – Développeur
Yourick Seh Obame – Webdesigner
Gerald Boussougou – Com. Manager

 

Cadreurs et/ou Photographes

 

Andy G. Amiaganault

Herman Oke Mve

Alain Wolbert
Delvane BKG

 

CONTACTS

infomagazinevivre@gmail.com

+241 62 71 98 92

suivez-nous aussi sur