ARTICLE

DE LA 2ÈME À LA 3ÈME

Journalistes gabonais, Les rapports entre la deuxième et la troisième génération sont parfois empreints de complexes Au sens du présent article, la deuxième génération des journalistes gabonais regroupe ceux qui ont embrassé la profession jusqu’à la fin de la décennie 1990 et qui, aujourd’hui sexagénaires, partent progressivement à la retraite ces dernières années. Quant à la troisième génération, elle renvoie à la cuvée des premières années 2000. Les rapports entre elles n’ont pas toujours été faciles, en raison des complexes que chacune nourrit vis-à-vis de l’autre. Pour la plupart nantis de diplômes universitaires, les journalistes de la troisième génération ont tendance à regarder avec un brin de condescendance ceux de la deuxième génération. Ils tirent ce complexe de supériorité du fait que depuis une vingtaine d’années, nombre d’écoles de journalisme ont adopté le système des universités, en bourrant la formation d’enseignements généraux du genre sociologie des médias, économie des médias ou sémiotique. Certaines écoles n’admettent plus de candidats n’ayant pas au minimum le niveau licence (bac+3), alors que dans le temps, elles recrutaient avec le niveau bac. Face à la deuxième génération, ces têtes bien pleines inspirent la méfiance. En effet, à la différence de leurs cadets pétris de savoir théorique, les produits de la deuxième génération ont suivi une formation ayant mis l’accent sur la maîtrise des genres journalistiques et la déontologie. Ils ont fait beaucoup de terrain et de travaux pratiques. C’est là leur point fort face aux “universitaires”, qui peinent à s’approprier le principe de la pyramide inversée propre à l’article de presse. L’on note chez les journalistes de la troisième génération, à leurs débuts, une propension à faire de l’article de presse une dissertation académique. Malgré ces rapports empreints de complexes, il y a des exemples de compagnonnage harmonieux. Des éléments de la troisième génération ont su se faire humbles, pour pouvoir maîtriser les ficelles de ce métier qui s’apprend encore mieux sur le terrain, par une pratique régulière et rigoureuse, que sur les bancs d’un institut des sciences de l’information et de la communication. Des anciens soucieux de transmettre l’art à l’effet d’assurer la relève ont pris des cadets sous leur aile. Des relations professionnelles ont dérivé en relations quasi filiales. Heureusement !

ÉVOLUTION DES ÉQUIPEMENTS DE TRAVAIL

Comme partout ailleurs, la presse gabonaise, notamment écrite, n’est pas restée en marge des énormes progrès technologiques qui font que nous vivons aujourd’hui dans un monde interconnecté, le « Village planétaire » dont parlait Mac Luhan dans son ouvrage en 1967. Ce qui fait qu’un article écrit et publié au Gabon est lu, par un simple clic, à l’autre bout du monde, grâce à la magie des outils modernes de communication dont internet. Mais cette révolution n’a pas été spontanée. Elle a suivi le long cours des décennies de progrès des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). De ce fait, elle a contribué à l’amélioration des méthodes et des conditions de travail des professionnels des médias, loin de l’archaïsme d’antan vécu dans la presse écrite, qui englobe la presse d’agence, le journal papier et la presse en ligne née justement de l’avènement d’internet. Au Gabon, la presse écrite dont les prémices remontent aux premières années post-indépendance, s’est popularisée avec la naissance, en 1975, du journal « l’Union », d’abord hebdomadaire, ensuite premier quotidien gabonais d’informations dont les équipements se sont modernisés au fil des années. Pionnier dans son domaine, il dispose des outils de travail les plus performants de l’espace médiatique national, voire au-delà. Pour avoir vécu personnellement les différentes mutations matérielles survenues au sein de cet organe de presse, il est logique que « l’évolution des équipements de travail entre 1992 et 2022 » soit décrite à l’aune de ces transformations. Avec le recul, on peut affirmer, en comparant les conditions de travail durant la trentaine d’années de la période ciblée au sein de ce « canard », que c’est le jour et la nuit. Que ce soit pour les journalistes, les photographes ou les archivistes, les trois composantes essentielles à la confection d’un journal papier. De la machine à écrire mécanique de marque Olympia à l’ordinateur Macintosh Avant l’arrivée des premiers ordinateurs en 1992, le travail se faisait de manière archaïque, de façon manuelle.  De la rédaction au laboratoire-photo, en passant par la documentation. Les seuls équipements disponibles étaient les machines à écrire mécaniques (pour les journalistes), des appareils photo simples et des pellicules (pour les photographes) et la compilation manuelle de tous les anciens numéros de « l’Union » sur des étagères (pour les documentalistes). Les machines à écrire mécanique « Olympia » , dépourvues d’un système de comptage du nombre des signes (ou caractères) nécessaires au calibrage des pages. Les textes étaient dactylographiés sur des feuilles spécifiques appelées « gabarits » sur lesquels étaient prédéfini le nombre de signes requis, à ne pas dépasser. Il fallait donc au rédacteur compter chaque mot de son article, afin de rester dans les normes.   Une tâche fastidieuse dont l’usage du blanco atténuait quelque peu la pénibilité. Les machines à écrire mécaniques ne pouvant ni effacer, ni remplacer un mot, sans rature. Puis, en 1992, première révolution informatique avec l’arrivée des ordinateurs. Olympia cède la place aux Macintosh. Des appareils avec un écran (noir et blanc) et une unité centrale incorporée, et un disque. Mais ce type de Macintosh se limitait au simple traitement de texte. Mais c’était déjà une révolution pour la génération de la machine à écrire mécanique. Les copies sont devenues propres, sans rature, ni tache de blanco. Le comptage des caractères (lettres et espaces entre deux mots) s’est automatisé grâce au logiciel Writenow. A ce nouvel équipement a été associé un système intranet pour le transfert interne des articles entre les différents services. La révolution numérique poursuit son avancée, rendant ainsi caduque cette dernière gamme d’ordinateurs. Elle est suppléée rapidement par d’autres Macintosh, de type Power, plus performantes, avec la possibilité d’y incorporer d’autres logiciels tels que Word, Excel, mais sans port USB et d’autres accessoires comme le Bluetooth, Firefox, Wifi. En 2006, les Macintosh avec écrans plats et de multiples logiciels du multimédia dont internet font leur apparition au desk. On passe du télex au fil AFP pour la réception des nouvelles internationales, à partir d’un ordinateur configuré à cet effet. Pour les informations de l’intérieur du pays, les textes manuscrits envoyées au desk central par avion, voiture, ou laborieusement dictés au téléphone fixe ou mobile, cède le pas au fax, avant qu’internet ne s’impose depuis 2007. Du montage au plomb au logiciel X-Press Autant de changements qui ont touché aussi le secrétariat de rédaction, autre pan de la rédaction, chargé du montage d’un journal papier. Ici, c’était une révolution fulgurante. On est passé du montage au plomb (dessin des lettres à la main), regroupant les opérations de saisie et la maquette manuelle. Un travail à la chaîne qui regroupait les maquettistes, les opérateurs de saisie (qui avaient déjà les caractères d’imprimerie, donc qui peuvent être imprimés à la rotative) et les monteurs. Une tâche compliquée, surtout lorsqu’il y avait des fautes à corriger dans un texte. Pour le faire, un professionnel de cette époque difficile raconte : « Lorsqu’on découvrait une faute au cours du montage, il fallait repartir dans la machine de l’opérateur de saisie, localiser la faute, sortir le texte, puis le coller là où il y a faute. C’était très compliqué. L’ordinateur est venu nous aider, surtout au niveau du montage de la PAO (publication assistée par ordinateur), grâce au logiciel X-press. A partir de là, plus d’opérateur de saisie, ni de monteur, encore moins de maquettiste. Un gain de temps incroyable mais qui a son revers, malheureusement : la suppression des emplois », témoigne Joseph Ngom’Ango, journaliste à la retraite, ancien secrétaire principal de rédaction de « l’Union ». Du côté des archives, elles se sont numérisées et la recherche documentaire facilitée. De même, la photographie, élément essentiel pour l’illustration des articles, a connu son heure de gloire, grâce au numérique. Plus de développement des pellicules dans une chambre noire, avec des produits chimiques (révélateur papier et film, fixateurs, bains d’arrêt, papiers mat et brillants). Place à la modernité qui est passée par le scannage, avant l’avènement de l’appareil numérique dont les photos sont transférées directement d’un appareil à un autre, sans besoin de les fixer sur carte. Temps de travail réduit et amélioré Cette nouvelle donne a déteint sur le ÉVOLUTION DES ÉQUIPEMENTS DE TRAVAIL

DE L’AUBE AU CRÉPUSCULE

Comme dans la vie de toute organisation, celle d’AFRICA N° 1 devrait, pour être bien comprise, être traitée et commentée sur la base de séquences partant de sa création le 7 février 1981 à ce jour, dans la perspective d’une relance encore bien timide, si l’on prend en compte, et les mutations technologiques, et la concurrence que devrait, si la radio renaissait, lui imposer sans état d’âme son principal rival Radio France Internationale (RFI), déjà à des années lumières, ne serait-ce qu’au niveau strictement conceptuel. Cela dit, plions-nous au rituel qui nous impose ce jour, d’exposer sur les différents âges d’un média qui a, pendant de longues années, cristallisé l’attention de la majeure partie des Africains d’Afrique francophone et leurs frères de la diaspora, peut-être aussi grâce à la vision du NOMIC, incitant à l’inversion d’une tendance qui faisait du sud, rien qu’un consommateur des produits du nord et du nord leur producteur, avec tout ce que cela a de caricatural, et celle décrite par le Pr émérite André-Jean Tudesq de l’Université de Bordeaux III en France dans son œuvre : « La Radio en Afrique noire » à travers laquelle il présentait l’Africain, parce que de tradition orale, comme l’homme qui, par excellence, a pour principal compagnon, en dehors de l’Humain, la Radio. Nous voici au cœur de notre propos qui commence par la déclinaison des époques qui ont jalonné le cheminement d’AFRICA No 1, et que nous répartissons en 6 grandes périodes entre 1981 et 2025. 1981-1991 : De la création à l’âge d’or L’idée de la création d’AFRICA No 1 avait germé dans la tête de feu Omar Bongo Ondimba qui se proposait, pour augmenter la « dimension manipulaire » de Radio Gabon, peut- être en souvenir de « La Voix du Zaïre », de créer un Centre émetteur ondes courtes qu’il avait décidé d’installer dans le village de Moyabi, entre les villes de Franceville et Moanda dans le sud- est du Gabon. Il y installa dès 1978 quatre émetteurs de 500 kw chacun. Puis, lui vint l’idée de créer une station de Radio de statut public-privé, radio commerciale qui devait, cinq ans après sa création, ne plus bénéficier de la subvention annuelle de l’État (500 millions de francs CFA) et s’autofinancer à travers la location des émetteurs et les recettes publicitaires.  C’est ainsi que la France prit 40% du capital, le Gabon, 35%, et des privés gabonais reconnus sous l’appellation de « Nkoussou Productions », le reste, soit 25%.  Le Centre émetteur ondes courtes de Moyabi, qui rapportait l’essentiel de ses ressources financières à la Radio, hébergeait des locataires tels RFI, NHK (Japon), Radio Suisse Normande et des congrégations religieuses, entre autres. Jusqu’en 1991, la radio était, semble-t-il, gérée parcimonieusement, ce qui lui valu de se positionner en tête du classement devant ses concurrents dans sa zone de couverture (Afrique francophone : 14 pays et la Région parisienne qui la poussa ouvrir l’antenne parisienne d’AFRICA No 1 Paris, suite à une demande insistante formulée par la diaspora africaine), selon des sondages réalisés par l’Institut « Marcomer Gallup International ». Il ne lui restait qu’à confirmer ce statut. Illustration parmi tant d’autres, jamais un anniversaire comme le 10ème d’AFRICA No 1 n’aura été fêté avec autant de fastes. Tous les correspondants de la Radio avaient été invités à Libreville pour prendre part à un important séminaire à cette occasion. Signe que « le Tam- Tam africain » avait atteint son apogée. 1991-2008 : Le coup dur du retrait de la France et l’arrivée de la Libye RFI, principal locataire des émetteurs, après avoir tenté de convaincre, sans succès, les responsables de la Radio de revoir à la baisse le coût de l’heure de location et arguant que les installations devenaient obsolètes, préparait le coup d’installer dans la région de l’Océan indien où elle était mal reçue pendant la journée, un Centre d’émission qui, une fois installé, lui a donné les coudées franches pour qu’elle dise « aurevoir » à AFRICA No 1, l’obligeant, car c’est la France qui retirait- là ses billes dans le capital, à recourir à un nouvel actionnaire. Et ce fut, après moult tractations, la Libye de Mouammar Kadhafi qui racheta le média, devenant ainsi l’actionnaire majoritaire (52%) du capital, devant le Gabon (35%) et des privés gabonais, cette fois sous la dénomination de « Son et Image ». Tout commença comme un conte de fée jusqu’au moment où fut assassiné à Syrte en 2011, le guide de la Jamahiriya arabe libyenne, Mouammar Kadhafi. Ce qui ne fut pas sans difficultés pour le partenaire libyen qui ne retrouva plus ses marques et n’eut plus la latitude, au vu de la situation qui prévalait en Libye, de faire face à ses charges. D’où la décision du Gabon, soucieux de préserver cet acquis, de mettre la radio sous redressement judiciaire pour protéger juridiquement le média vis- à- vis de ses créanciers notamment. 2008-2011 : Le spectre de la mort de Mouammar Kadhafi et l’avènement du Redressement judiciaire Jusqu’à l’assassinat de Mouammar Kadhafi en 2011 à Syrte, AFRICA No 1 semblait reprendre du poil de la bête, et pour cause. Des mesures étaient envisagées pour non seulement reconfigurer les outils de diffusion (émetteurs, cette fois numériques, et les studios), mais aussi réadapter les programmes pour qu’ils collent aux réalités du moment. Selon les dires de certains, la Libye avait pris, en tant qu’actionnaire majoritaire, l’engagement de s’investir dans ce nouveau challenge, sauf que la vision était portée par le guide de la Jamahiriya arabe libyenne, d’où la léthargie née juste après sa disparition. Le Gabon, actionnaire majoritaire en second, a dû prendre, comme qui dirait, le taureau par les cornes en s’investissant dans le règlement des questions de fonctionnement à minima, y compris en réglant les salaires des agents qui assistaient, heure après heure, à l’agonie du grand Tam-Tam africain au grand désarroi des auditeurs navrés de constater le silence-radio qu’offrait AFRICA no 1 qui, naguère encore, « émettait de Libreville et de Moyabi au Gabon ». Devant des difficultés qui auraient, selon certaines langues, pu être évitées, le Gabon, s’appuyant sur des textes relatifs à la DE L’AUBE AU CRÉPUSCULE

LE VIRUS DE LA DÉSINFORMATION

Alors que le Gabon s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire avec l’élection présidentielle du 12 avril 2025, les médias se retrouvent face à un défi majeur : la désinformation. Plus que jamais, leur rôle est crucial pour transmettre des informations fiables et permettre aux citoyens de suivre l’actualité à condition qu’elle soit fiable, traitée avec rigueur et transparence. Cependant, la prolifération des fausses nouvelles ne cesse de s’intensifier, notamment avec l’essor des réseaux sociaux et la montée incontrôlée de médias en ligne privée à la ligne éditoriale peu claire. Ces plateformes deviennent souvent le terrain fertile de la désinformation, relayant des faits non vérifiés qui peuvent avoir de lourdes conséquences. Voici un exemple marquant remontant au 4 janvier 2023 : alors que l’équipe nationale de cyclisme des Panthères est en scène à Calp, en Espagne, et qu’elle se prépare pour la Tropicale Amissa Bongo, plusieurs médias en ligne affirment que le sélectionneur a démissionné après avoir détourné une somme de 30 millions de francs CFA. Une rumeur totalement infondée, rapidement démentie par un confrère du média GABONReview. Attention aux fausses rumeurs ! Une seule peut faire vaciller une carrière, entacher une réputation et, parfois même, plonger un pays dans le chaos. Une information non vérifiée, relayée sans précaution, devient un poison insidieux qui se propage à la vitesse d’un clic, semant le doute, la peur et la discorde. Aujourd’hui, c’est un entraîneur faussement accusé. Demain, ce pourrait être un candidat, un citoyen lambda, un pays tout entier pris au piège d’un mensonge devenu vérité aux yeux du plus grand nombre. Face à cette menace invisible mais dévastatrice, une seule arme demeure : la responsabilité. Celle des médias, des autorités, mais aussi des citoyens, appelés à ne pas être de simples spectateurs, mais des acteurs vigilants d’une démocratie éclairée. Car, dans un monde où un « fake news » peut briser une vie, l’information est une arme, mais entre de mauvaises mains, elle peut tuer. La vigilance des médias est d’autant plus essentielle que le Code de la Communication gabonais, bien que prévoyant des mécanismes de lutte contre la diffusion massive des fausses nouvelles, peine à être pleinement appliqué. En effet, les articles 11 et 21 du Code établissent des règles claires en matière de vérification et de diffusion de l’information. D’une part, l’article 11 met en évidence l’obligation de vérification des faits et interdit la propagation de fausses informations, déterminant qu’elles peuvent nuire à la sécurité publique. Le texte rappelle ainsi que toute publication doit s’appuyer sur des sources vérifiées et croisées, faute de quoi la crédibilité du média peut être compromise l’exposant à des sanctions juridiques. D’autre part, l’article 21 interdit strictement la diffusion de contenus incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination. Avant toute publication controversée, il est donc impératif de mesurer les répercussions qu’elle pourrait avoir sur la société. Il est toujours préférable de privilégier les messages qui favorisent la réconciliation et le respect mutuel. Cependant, malgré ces dispositions légales, la prolifération des fake news reste une réalité préoccupante, soulevant ainsi une question cruciale : quelles mesures adopter pour garantir une information fiable et protéger l’opinion publique des manipulations médiatiques ? Le 5 janvier dernier, le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a réaffirmé aux médias son engagement à garantir la liberté de la presse. « N’ayez pas peur », a-t-il martelé tout en reconnaissant les difficultés auxquelles la presse a été confrontée ces dernières années. Conscient du rôle fondamental des médias, il a dit : « la presse, est le quatrième pouvoir. » Il a promis de lui redonner « ses lettres de noblesse » tout en encourageant les journalistes à exercer leur métier « avec professionnalisme et rigueur. » Dans un paysage médiatique en pleine mutation, entre opportunités offertes par les nouvelles technologies et menaces liées aux fake news, la responsabilité des journalistes demeure plus que jamais un pilier essentiel pour préserver la qualité de l’information et garantir un débat public éclairé.

DU PARTI UNIQUE AU MULTIPARTISME

Le Gabon, petit pays d’Afrique centrale de moins de 3 millions d’habitants, a connu une évolution politique marquante depuis son indépendance le 17 août 1960. De l’instauration d’un régime de parti unique à la naissance du multipartisme, cette progression, jalonnée de défis, est le reflet des aspirations démocratiques du Peuple gabonais.   Une idéologie politique encore floue   Au début des années 60, la scène politique gabonaise s’est développée autour de forces partisanes marquées par des personnalités charismatiques tels que Léon Mba, le premier président de la République, et Jean-Hilaire Aubame son challenger, respectivement à la tête du Bloc Démocratique Gabonais (BDG) et de l’Union Démocratique et Sociale Gabonaise (UDSG). Si ces partis incarnaient des visions distinctes, la dynamique impulsée à l’époque semble s’être estompée avec le temps.   Aujourd’hui, bien que le multipartisme soit inscrit dans la Constitution nationale depuis la Conférence nationale de 1990 qui a ouvert la voie à une pluralité de partis, ces derniers peinent à définir des projets politiques cohérents et fédérateurs faute d’une idéologie politique claire et précise. L’idéologie politique se définit comme « un ensemble d’idées, de principes, de doctrines qui forme une vision descriptive du monde et de la société. » Les partis politiques gabonais, du moins certains, ont brillé par leur obédience au parti au pouvoir tandis que d’autres, fidèles à leurs valeurs, prônaient, au risque de leur vie, des idéologies telles que le socialisme et le communisme.   L’ère du Parti Unique : une époque de stabilité autoritaire   Sous la présidence d’Omar Bongo, le Gabon a vécu, pendant 22 ans, sous le régime du Parti Démocratique Gabonais (PDG), unique formation politique du pays. L’adhésion au PDG était non seulement un acte politique, mais aussi un passage obligé dans le système de gouvernance. Le parti, qui incarne la stabilité et l’unité, domine largement la vie politique gabonaise, laissant peu de place à l’opposition. Cependant, au fil du temps, des tensions se font sentir. La population, déçue par les promesses de développement non tenues et l’absence de moyens réels d’expression politique, commence à réclamer le changement et l’alternance. Les premières contestations populaires émergent dans les années 80, amplifiées par une crise économique générée par la chute des prix du pétrole, principale ressource du pays. Le vent de changement souffle sur le Gabon, et la pression de la société civile s’intensifie.   1990 : Le tournant démocratique et l’acceptation du multipartisme   C’est en 1990, après des années de contestations internes et internationales, que le Gabon fait le grand saut vers la démocratie. La Conférence nationale, organisée sous l’impulsion des forces vives du pays, marque le début de la fin du parti unique. Le président Omar Bongo, sous pression, accepte de réviser la Constitution et de reconnaître le multipartisme. Dès lors, de nouveaux partis politiques voient le jour et le pays se prépare à des élections libres, un changement majeur dans un contexte de gouvernance autoritaire.   Les partis politiques naissants : une nouvelle ère politique   Avec l’introduction du multipartisme, plusieurs partis apparaissent sur la scène politique gabonaise. Notamment : l’Union du peuple gabonais (UPG), fondée par Pierre Mamboundou et l’Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UGDD), dirigée par Zacharie Myboto, le Parti Gabonais du Progrès (PGP), créé par Me Pierre Louis Agondjo Okawe et le Rassemblement National des Bûcherons (RNB) de  Paul Mba Abessole. Mais, la transition n’est pas sans heurts. Les élections de 1993, marquées par des accusations de fraudes massives, exacerbent les tensions politiques et sociales. Les manifestations se multiplient, les partis de l’opposition dénoncent la gestion de l’organisation des élections et l’absence d’une véritable transparence électorale.   Rénovation et justice sociale   En 2014, le PDG perd l’un de ses membres les plus influents. Jean Ping démissionne du parti au pouvoir. Deux ans plus tard, il se lance dans la course à l’élection présidentielle. Son discours populiste sur la rénovation politique et la justice sociale marque les esprits, en particulier ceux des couches sociales les plus démunies. Il promet de réformer les institutions, de lutter contre la corruption et de mettre fin au « monopole familial » sur le pouvoir. Fort de soutiens divers, émanant de figures de l’opposition, Jean Ping est perçu comme le principal adversaire d’Ali Bongo Ondimba.   Le jour du scrutin, le 27 août 2016, la participation est exceptionnelle. Les premiers résultats non officiels semblent favorables à Jean Ping, qui s’est déclaré vainqueur avant la publication des résultats officiels par la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP). Le 31 août 2016, la CENAP annonce la réélection d’Ali Bongo avec 49,8 % des voix contre 48,2 % pour Jean Ping. La province du Haut-Ogooué, bastion familial des Bongo, enregistre un taux de participation suspect de 99,93 %, ce qui suscite des accusations de fraude électorale massive de la part de l’opposition.   La guerre des communiqués entre les deux camps, qui revendiquent la victoire, plonge le pays plonge dans une période de tensions violentes. Des manifestations éclatent dans tout le Gabon, conduisant à des affrontements avec les forces de sécurité. Le siège de campagne de Jean Ping est attaqué et plusieurs opposants sont arrêtés. Malgré les pressions internationales et les appels à la transparence, le pouvoir en place maintient les résultats. Jean Ping se proclame « président élu » et continue de mobiliser ses partisans, notamment à travers des appels à la communauté internationale pour obtenir une reconnaissance de sa victoire. En vain.   Le CTRI : L’avènement d’un nouveau chapitre politique   Les événements récents ont marqué un tournant décisif sur l’échiquier politique gabonais, avec l’arrivée au pouvoir du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) qui a pour leader le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Ce comité est perçu par une grande partie de la population comme un acteur salvateur, offrant un renouveau après des décennies d’un régime politique jugé autoritaire et figé.   Le coup d’État du 30 août 2023 ou « Coup de la Libération », est aux yeux de nombreux Gabonais, un moment de soulagement, un espoir tangible d’un avenir plus DU PARTI UNIQUE AU MULTIPARTISME

LIBRES PROPOS

 »Le droit de vote permet aux citoyens d’un État d’exprimer leur volonté à l’occasion d’un scrutin. Il fonde la légitimité des élus. Ces derniers incluent le président de la République, les députés, les maires… »    Le Gabon, ancienne colonie française, accède à son indépendance le 17 août 1960. À cet évènement succède, le 14 novembre 1960, l’adoption de la première Constitution nationale post-indépendance. Ce texte fondamental confère, en son article 3, le droit de vote aux citoyens gabonais des deux sexes âgés de 21 ans (…) et jouissant de leurs droits civils et politiques. Cet article conditionne le droit de vote à trois critères : la nationalité, l’âge et la jouissance de ses droits civils et politiques.   En lisant les Constitutions du 14 novembre 1960 et du 21 février 1961, nous remarquons que l’âge requis est fixé à 21 ans. Cependant, il peut être ramené à 18 ans pour des cas déterminés et prévus par la loi. Selon la Constitution du 26 mars 1991, l’âge exigé pour voter est 18 ans (article 4). La nouvelle Constitution, adoptée le 16 novembre 2024 par référendum, ne précise pas explicitement l’âge ni la jouissance de ses droits civils et politiques, mais la nationalité (article 15). Hormis l’âge, les critères de nationalité gabonaise et de jouissance des droits civils et politiques sont quasi identiques dans toutes les Constitutions.   De l’exercice du droit de vote   Le droit de vote est-il pleinement exercé par les Gabonais ? Malheureusement non au vu du faible taux de participation aux élections politiques au Gabon. En outre, l’avènement du multipartisme n’a pas véritablement changé la donne comme en témoignent les taux de participation aux législatives de 2006 et 2011 qui étaient respectivement de 34,28% et 38,9%.   Toutefois, il convient de relever le regain de participation aux élections présidentielles. Ce fut le cas, par exemple, en 2009 (44,29%) et en 2016 (59,46%), d’où l’initiative des autorités gabonaises d’organiser des élections générales en août 2023 (56,65%). Un an plus tard, le référendum de novembre 2024 sur la nouvelle Constitution nationale a clairement montré le faible engouement des Gabonais avec un taux de participation de 53,54%.   Afin de remédier au désintérêt des Gabonais pour les élections de manière générale, faut-il rendre le vote obligatoire comme en Belgique et en Grèce ?   Nous pensons qu’il n’est pas nécessaire de rendre obligatoire le droit de vote. Les décideurs devraient prendre des mesures fortes, notamment :   L’organisation de campagnes régulières de sensibilisation et d’éducation civique des populations sur toute l’étendue du territoire. L’élaboration de textes juridiques conformes aux conventions internationales en matière de démocratie et de droits civils et politiques. La mise en place de mesures contre la fraude électorale et le respect scrupuleux des résultats des urnes. La mise en place de politiques et d’actions pour simplifier le processus électoral pour les personnes vivant avec un handicap, le peuple autochtone et les détenus qui ne sont pas condamnés. La mise en place de mesures favorisant le renouvellement de la classe politique et la diversité d’opinions. Nous pensons également qu’il faudrait associer le plus grand nombre aux questions électorales, celles-ci nous concernant tous. Le maître mot doit être l’inclusivité. Chaque voix compte.   Me. Yasmina Marat-AbylaJuriste en droit international & européenChargée des relations extérieures du RedhacPrésidente de l’ONG Benedicta Cantal

LE DROIT A LA SECURITE DES ELEVES EN MILIEU SCOLAIRE

LE DROIT À LA SÉCURITÉ DES ÉLÈVES EN MILIEU SCOLAIRE Depuis quelques jours, LEKA ne veut plus à aller à l’école. Elle souffre d’un mal profond. Victime de harcèlement, elle s’est confiée à sa mère. Cette dernière a saisi l’établissement afin que des mesures fermes soient prises contre les responsables.   Outre le harcèlement, bien d’autres actes de violence sont perpétrés en milieu scolaire. Nombre d’élèves voient ainsi leurs droits bafoués au péril de leur sécurité, dignité et bien-être. Mais qu’est au juste la sécurité de la personne ?   La sécurité est un état indispensable qui permet à l’individu et à la communauté de réaliser ses aspirations. Le droit  la considère comme étant « l’un des besoins les plus fondamentaux de la personne humaine en société qui, avec le besoin de justice, seraient véritablement le but poursuivi par la règle de droit, instrument normatif qui permet d’aménager ou envisager la vie des hommes en société dans un certain ordre ».   Selon le Pr Patrice Jourdain, « au sens des droits fondamentaux et des droits de l’homme, on peut bien parler d’un droit à la sécurité dans le prolongement du droit à la sureté. Mais ce droit n’a de force juridique que dans la mesure où il protège les citoyens contre les atteintes de l’État, d’une part, et qu’il impose aux pouvoirs publics de garantir leur sécurité, d’autre part ». C’est précisément ce dernier aspect qui intéresse notre analyse, c’est-à-dire, la garantie par les pouvoirs publics du droit à la sécurité des personnes, particulièrement celui des élèves en milieu scolaire contre toutes formes de violences, quelles qu’elles soient.    Les droits de l’élève ne sont guère différents de ceux du citoyen prévus à l’article premier de la Constitution Gabonaise du 26 mars 1991 et qui sont d’ailleurs davantage précisées par les dispositions de l’article 4 de la loi organique n°003/2018 du 08/02/2019 portant Code de l’Enfant en République Gabonaise, qui énoncent que : « La protection de l’enfant repose sur les principes fondamentaux ci-après consacrés par la Constitution de la République Gabonaise et les instruments juridiques internationaux portant notamment sur : l’intérêt supérieur de l’enfant ; le droit à la vie ; le droit à l’éducation ; le droit à la survie et au développement ; le droit à la non-discrimination ; le droit à une opinion ; le droit à l’information ; le droit à la confidentialité ; le droit à la protection ; le droit à la participation. Cette protection garantit les droits et libertés de l’enfant sans distinction … ».    Ces textes démontrent quel niveau d’obligation ont les pouvoirs publics concernant la garantie des droits fondamentaux du citoyen, notamment, ceux de l’élève, qui au demeurant, est un enfant dont il faut d’abord et avant tout assurer la protection. Il est cependant triste de constater à quel point le droit à la sécurité de l’élève est foulé aux pieds dans l’environnement scolaire du fait d’un certain nombre d’atteintes se manifestant sous divers formes de violence et commis soit par les élèves eux-mêmes ou par le personnel d’encadrement, particulièrement le personnel enseignant.   Une étude, récemment menée par Romaric Franck Quentin De Mongaryas et Euloge Bibalou, sur les « Violences en milieu scolaire au Gabon. Regards croisés autour de l’analyse de contenu des mémoires professionnels des étudiants en fin de cycle à l’ENS de Libreville », démontre que les différentes atteintes au droit à la sécurité des élèves sont notamment commises soit par les élèves eux-mêmes ou par les enseignants. Les différentes causes, formes et manifestations que revêtent ces violences ainsi que leurs conséquences y sont révélées. Pour ce qui est des violences entre élèves, « les causes résultent de plusieurs réalités y compris la démission parentale, la consommation des drogues, les effectifs pléthoriques, les mauvaises notes en classe, le bruit, l’aspect physique des élèves. La violence s’exerce aussi pour des raisons d’auto-défense, pour se faire respecter ou comme condition d’appartenance à un groupe. »   « S’agissant des formes les plus courantes, ces violences sont principalement d’ordre physique et verbal. Les violences verbales renvoient généralement aux brimades, harcèlements, injures, moqueries, menaces, rumeurs, chantages, etc. En ce qui concerne les violences physiques, leurs auteurs prospectent, repèrent puis filent leurs victimes pour les agresser et les dépouiller en groupe dans des coins isolés. D’autres encore arrachent des objets, prennent la fuite devant les enseignants, et quand il y a résistance, ils se battent à l’arme blanche. »   L’étude évoque de nombreuses conséquences issues des violences entre élèves. Aux dommages physiques s’ajoutent « des troubles psychologiques, à savoir : sentiment d’insécurité, manque de confiance, traumatismes, anxiété, repli sur soi, désespoir, tristesse, honte, colère, peur, pleurs, irritabilité, isolement, exclusion sociale, abandon scolaire.  Les violences perpétrées par les enseignants à l’endroit des élèves dans l’environnement scolaire sont pour la plupart verbales. Ce sont en l’occurrence  les injures, menaces, humiliations et autres moqueries. Ce qui peut expliquer l’absentéisme de l’élève au cours de l’enseignant, son manque de confiance en soi, sa démoralisation, son inhibition et le repli sur soi ».   Une autre étude sur l’état des lieux des violences en milieu scolaire (VMS), menée en 2019 par le Bureau de l’UNICEF au Gabon et présentée en septembre 2021 aux pouvoirs publics a permis de documenter le profil des violences par sexe et selon les différentes entités géographiques du pays. Ainsi, 80 % d’élèves enquêtés ont déclaré avoir été victimes de violences verbales et psychologiques. Respectivement, 56 % d’enseignants et 60 % du personnel administratif ont également subi ce type de violence. Pour ce qui est de la prévalence des violences physiques en milieu scolaire, il ressort que près de 59 % des acteurs du système éducatif, quel que soit le groupe d’appartenance, ont été victimes de cette forme de violence. De même, concernant les violences sexuelles, 18 % d’apprenants et 13 % d’enseignants ou personnel administratif ont déclaré en être victimes. A en croire l’UNICEF, en dépit de ces taux de prévalences élevées, près de 70 % des victimes de VMS n’engagent aucun recours quelle que soit la forme de la violence subie à l’école.   Garantir le droit à la sécurité en milieu scolaire   LE DROIT A LA SECURITE DES ELEVES EN MILIEU SCOLAIRE

ACCÈS DES JEUNES DES MILIEUX DÉFAVORISES AUX DROITS SOCIAUX

ACCÈS DES JEUNES DES MILIEUX DÉFAVORISÉS AUX DROITS SOCIAUX Toute personne, en particulier les jeunes, doit pouvoir jouir de ses droits pour s’épanouir, mener une vie digne et décente. Il existe de nombreux textes afférents aux droits des jeunes dans notre pays. En s’appuyant sur des instruments régionaux et internationaux garantissant les droits des jeunes, le Gabon s’est doté, au cours des vingt-cinq dernières années, d’un arsenal juridique visant la protection de leurs droits fondamentaux.   Ce dispositif inclut la loi 39/2010 du 25 novembre 2010 portant régime judicaire de protection des mineurs, le décret 243 du 12 avril 2002 instituant la distribution des manuels scolaires et l’arrêté 12 du 30 novembre 1985 portant création d’une école pour enfants sourds-muets. D’autres textes tels que la Constitution, le Code civil et le Code de protection sociale dans la sous-région d’Afrique centrale visent la promotion de l’épanouissement des jeunes.   Paradoxalement, de nombreux jeunes sont confrontés à la dure réalité du chômage, aux problèmes de logement, de santé et d’éducation. Les jeunes des milieux défavorisés, groupe le plus exposé à la maladie et aux tentations de tous ordres, en savent quelque chose.   Juliana, 13 ans, vit dans un chantier forestier à Bitam, au nord du Gabon. « L’école la plus proche de chez moi est située à plusieurs kilomètres. Mes parents n’ayant pas les moyens d’assurer mon transport, je n’ai pas d’autre choix que de rester à la maison. »    « Les droits sociaux ne concernent pas tout le monde », déplore Maman Bernadette. Cette mère de famille de 53 ans et femme de ménage dans une école dit ne bénéficier d’aucune aide de l’État. « Je nourris mes enfants grâce à mon maigre salaire de ménagère. »   Yann Stephen Otsika, paire éducateur de 26 ans, estime, quant à lui, que « les jeunes des quartiers défavorisés, tout comme ceux des milieux ruraux, ont un accès limité à la santé, à l’éducation et à l’emploi du fait de l’absence de formation, de campagnes d’information et de sensibilisation à la citoyenneté, à la santé sexuelle et aux droits humains ».   Joseph, un jeune Librevillois au chômage, affirme que « les jeunes des quartiers défavorisés n’ont pas accès aux besoins primaires, y compris l’eau et l’électricité, car les problèmes inhérents à leur environnement, tels que la violence et la discrimination, ne favorisent guère leur épanouissement social». Pour Patrice Thérence Mezui M’Evoung, le président de la Ligue estudiantine des droits de l’homme à l’Université Omar Bongo (UOB), « si les textes juridiques garantissent l’accès des jeunes aux droits sociaux, il n’en demeure pas moins que la difficulté se situe au niveau de leur effectivité. Il n’y a pas un réel suivi des autorités publiques dans l’application des droits sociaux ». Un avis que partage sa condisciple Aya Mivingou Fall, qui dénonce « le manque de vulgarisation des droits sociaux ». Mais, selon une autre étudiante, Estere Matsemba, dans le domaine de la santé, par exemple, la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) facilite l’accès aux soins dans les hôpitaux publics aux Gabonais économiquement faibles. Pour Jerry Bibang Bi Ondo, secrétaire permanent du Réseau panafricain des jeunes pour la culture de la paix, au niveau de l’école, il y a des établissements publics, comme le lycée Paul Emane Eyeghe d’Oloumi, qui accueillent les jeunes défavorisés. Au regard de toutes ces réactions, l’accès aux droits sociaux pour les jeunes des milieux défavorisés est mitigé. C’est un contraste, quand on sait que le Gabon, peuplé d’à peine 2 millions d’habitants, regorge d’immenses richesses du sol et du sous-sol et de terres arables. D’après le Fonds monétaire international (FMI), « le Gabon, troisième économie de l’Afrique centrale, est l’un des pays les plus riches d’Afrique avec un produit intérieur brut (PIB) de 8000 USD par habitant ». Mais, bon nombre de Gabonais vivent dans la précarité. S’il est vrai que des avancées sont enregistrées au plan juridique, en termes de promotion des droits sociaux des jeunes, et que l’accès aux soins s’est amélioré depuis l’avènement de la CNAMGS, beaucoup reste encore à faire pour que les droits sociaux soient étendus à toutes les couches de la société.       Adiza Adamou

LES DROITS DE LA VEUVE ET DE L’ORPHELIN : Non à la Spoliation!

LES DROITS DE LA VEUVE ET DE L’ORPHELIN Non à la Spoliation ! En Afrique en général, et au Gabon en particulier, les veuves et leurs enfants sont souvent victimes de spoliation sitôt la mort du chef de famille. Cela entraîne des frustrations et des conflits familiaux. La spoliation est le fait de déposséder ou de dépouiller quelqu’un de quelque chose, au moyen de la force, de la violence, de la fraude ou de la ruse.    La mort du mari et du père est déjà un évènement douloureux en soi. Elle constitue malheureusement pour la veuve et l’orphelin le début d’un calvaire interminable. À cet égard, du fait de la récurrence des cas de spoliation des veuves, une commission interministérielle a été créée en 2005 en vue de gérer la situation de la captation des biens de la veuve.   La mise en place de cette commission sera suivie en 2006 de la création du ministère de la Famille et des Affaires sociales chargé de la Protection de la veuve et de l’orphelin. Deux ans plus tard, en 2008, naissait la Direction de la protection de la veuve et de l’orphelin pour permettre aux veuves et aux orphelins de jouir pleinement de leurs droits.   Des citoyens persistent à s’accommoder, hélas, pour ne citer qu’un exemple, de mœurs moyenâgeuses par des atteintes graves aux droits élémentaires de la veuve a déclaré, à juste titre, Simone Mensah, vice-présidente de la Fondation Sylvia Bongo Ondimba, lors de la 8e édition de la Journée internationale des veuves célébrée le 23 juin depuis 2011. Lorsque les lois ne sont pas méconnues, a-t-elle poursuivi, « elles sont tout simplement bafouées.   Bien souvent, les veuves et les orphelins sont victimes de sévices, de menaces, de violences physiques ou psychologiques et préfèrent se taire par peur de représailles ». Pourtant, selon la loi n°2/2015 du 25 juin 2015 modifiant et abrogeant certaines dispositions de la loi n°19/89 du 30 décembre 1989 portant adoption de la deuxième partie du Code civil, il est désormais interdit d’expulser du domicile conjugal le conjoint survivant et les orphelins, ou d’exercer des actes de violence et de spoliation vis- à-vis de ces derniers. De même, comme l’a expliqué la magistrate Honorine Nzet Bitéghé, présidente de l’Observatoire des droits de la femme et de la parité (Odefpa), selon le Code civil nouveau, le conseil de famille a été supprimé au profit du conseil successoral. Aussi, les héritiers légaux sont les enfants, la ou les conjoints survivants si le de cujus (défunt) était polygame, le père et la mère du défunt, s’ils sont encore en vie.   Les frères, oncles, tantes et autres parents du défunt n’entrent donc pas dans la succession tant que les héritiers légaux n’ont pas eu gain de cause. Ceux qui ne s’y soumettent pas encourent des sanctions prévues par la loi, à condition qu’il y ait des plaintes. C’est l’une des nombreuses avancées du Code pénal gabonais révisé, tel qu’adopté par le Parlement. L’article 267 offre une protection aux orphelins contre toute tentative de spoliation.  Violer les droits de la veuve et l’orphelin est moralement inacceptable, juridiquement illégal et pénalement répréhensible.   Selon les services de la Prévoyance sociale au Gabon, près de 1000 plaintes ont été enregistrées entre 2015 et 2018 pour des cas de spoliation. Quelques services étatiques accompagnent les veuves et les orphelins : la Caisse nationale de sécurité sociale, (CNSS), la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS), la Direction générale de la protection de la veuve et de l’orphelin (DGPVO), la Direction générale de la promotion de la femme (DGPF). Du côté de la société civile, il y a la Fondation Sylvia Bongo Ondimba pour la famille (FSBO), sans oublier les organisations non gouvernementales (ONG), les associations et les orphelinats.   Désormais, la personne qui a été spoliée des biens successoraux peut adresser une plainte au procureur de la République. Ce dernier l’envoie avec un « soit transmis » auprès d’une unité de police judicaire, pour qu’une enquête soit diligentée.   Toutes les personnes concernées par les actes de spoliation, que ce soit le/la plaignant(e) ou le/ la mise en cause, sont entendues et déférées au parquet de la République. Le coupable est passible d’un emprisonnement pouvant aller jusqu’à cinq ans et d’une amende de 10 millions de francs CFA.   Avec ces dispositions, l’espoir est permis de voir les victimes briser le silence et traîner en justice leurs bourreaux afin d’obtenir réparation des torts subis.     Lira Moviwa

L’ACTE DE NAISSANCE – UN SESAME POUR LA VIE

L’ACTE DE NAISSANCE – UN SESAME POUR LA VIE En République gabonaise, comme dans tous les Etats modernes, après la naissance d’un enfant, plusieurs informations sont recueillies auprès des parents pour la constitution d’un document légal : l’acte de naissance. Il s’agit d’un document indispensable dont doit disposer tout enfant. Ce dernier devra s’en servir durant toute son existence.   Qu’est-ce qu’un acte de naissance ?   L’acte de naissance est le premier document juridique attestant de l’identité d’un enfant. Distinct du certificat de naissance et de la déclaration de naissance, il énonce la date, le lieu et si possible l’heure de la naissance, le sexe, les prénoms et noms de l’enfant. Les prénoms, noms, âges, lieux de naissance, professions et domiciles des père et mère et, s’il y a lieu, les prénoms, noms, professions et domicile des déclarants (article 167 du Code civil gabonais).   Quel est le délai pour déclarer la naissance en vue de l’établissement de ce document ?   Au Gabon, les déclarations de naissance sont faites dans les deux semaines suivant l’accouchement pour un enfant né dans les communes et les chefs-lieux de district et dans les autres un mois (article 169 du nouveau Code civil gabonais). Entendez par « les autres » hors des communes et chefs-lieux de district.   A qui s’adresser pour déclarer la naissance de son enfant ?   En se référant à l’article 169 du Code civil gabonais, les déclarations de naissance sont faites devant les maires, les préfets ou les sous-préfets, investis du pouvoir d’officier d’état civil.   Qui peut déclarer une naissance et faire une demande d’acte de naissance ?   En lieu et place du père ou de la mère, ou de leur représentant légal, le médecin ou la sage-femme ayant assisté à l’accouchement peuvent faire les déclarations de naissance (article 171 nouveau du Code civil gabonais).   Quelles pièces faut-il fournir en vue de l’établissement d’un acte de naissance ?   Les pièces à fournir sont :   une copie de la pièce d’identité en cours de validité du père ; une copie de la pièce d’identité en cours de validité de la mère ; une copie de la carte de séjour encours de validité de, du, des parents étrangers ; une copie du certificat d’accouchement ; deux timbres à 1000 francs CFA.   Quelle est la procédure à suivre lorsque l’enfant n’a pas été déclaré dans les délais prescrits par l’article 169 nouveau du Code civil gabonais ?   Il arrive que pour des raisons indépendantes de la volonté des parents, la naissance d’un enfant n’ait pu être déclarée dans les délais requis par la loi. Dans ce cas, l’officier d’état civil, et ce conformément à l’article 172 du Code civil gabonais, ne peut l’enregistrer qu’en transcrivant un jugement supplétif d’acte de naissance rendu par le tribunal civil du lieu de naissance de l’enfant.   Quelles sont les pièces à fournir en vue de l’établissement d’un jugement supplétif d’acte de naissance ?   Il faut joindre à la demande adressée au

MEMBRES DE L’ÉQUIPE
 

Fondatrice – Directrice

 

Flavienne Louise Issembè

 

Journalistes seniors

 

Yvette Bivigou

Martial Idundu

Flavienne Louise Issembè

 

Collaborateurs et Collaboratrices

 

Annie Mapangou

Eric Ozwald

Florène Okome Pambo

Tama Z’Akis

 

Equipe WEB

 

Chris Jonathan G. – Développeur
Yourick Seh Obame – Webdesigner
Gerald Boussougou – Com. Manager

 

Cadreurs et/ou Photographes

 

Andy G. Amiaganault

Herman Oke Mve

Alain Wolbert
Delvane BKG

 

CONTACTS

infomagazinevivre@gmail.com

+241 62 71 98 92

suivez-nous aussi sur