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CONSTITUTION ET EFFECTIVITE

La Constitution nationale joue un rôle indéniable dans nos vies et celle de la Nation. Elle définit et organise les institutions de l’Etat, et garantit les droits et libertés fondamentales de la personne humaine. Pour autant, sa suprématie est-elle toujours garantie ? Nous vous invitons à le découvrir à travers l’éclairage du Pr Télésphore Ondo, maître de conférences en droit public à la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université Omar Bongo et directeur du Centre de recherches et d’études constitutionnelles, administratives, parlementaires, politiques et internationales (CRECAPPI). «Vivre» – Professeur Télésphore Ondo, qu’est-ce que la Constitution nationale et que représente-t-elle pour la nation gabonaise ? Pr Télésphore Ondo – Le mot « Constitution » peut revêtir plusieurs sens. Toutefois, la définition juridique renvoie à une double conception de la Constitution : au sens matériel et au sens formel. Au sens matériel, on peut la définir à partir de son objet, de sa matière, sa substance ou son contenu. On parle alors de Constitution matérielle. La Constitution est considérée ici comme l’acte fondateur d’une société politique donnée. Mieux, elle est l’acte juridique précis qui définit le statut de l’Etat, c’est-à-dire qui soumet l’exercice du pouvoir à un cadre juridique précis pour le choix des gouvernants, pour l’organisation et le fonctionnement des différentes institutions, pour les rapports entre ces institutions, enfin pour les rapports entre les citoyens et l’Etat. Tous les Etats ont une Constitution matérielle, quels que soient leurs régimes politiques. Au sens formel, la Constitution se définit par sa forme et son mode d’élaboration. Seules les règles adoptées selon une procédure particulière sont constitutionnelles. Cette conception distingue les règles constitutionnelles des autres règles juridiques. En cela, elle place la Constitution au sommet de la hiérarchie des normes et exige des procédures de révision plus complexes et contraignantes que celles applicables aux lois ordinaires. «Vivre» – Quels sont le rôle et le pouvoir de la Constitution nationale ? Pr Télésphore Ondo – La Constitution n'a pas pour unique objet de déterminer la forme de l’État, d’organiser les institutions et de déterminer les règles de production des normes. La Constitution est un acte fondateur par lequel une société se constitue une identité et décide de l’ordre sociétal voulu. En particulier, elle consacre des droits et libertés fondamentaux et définit les modalités de leur protection. C’est la charte des valeurs libérales des sociétés démocratiques. En définitive, la Constitution se présente comme un acte de limitation des pouvoirs ainsi que l’exprime l’article 16 de la Déclaration française de 1789  sur les droits de l’homme et du citoyen qui prévoit que « toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ». Toutefois, ce rôle de la Constitution se trouve dénaturé aujourd’hui à cause de la fréquence des révisions constitutionnelles, tantôt instrumentalisées par le pouvoir en place ; tantôt déstabilisées par la banalisation des révisions en dépit de la rigidité affichée ; ou encore menacées de l’intérieur par un contenu crisogène et conflictogène; voire concurrencée par des accords politiques à la portée juridique discutable. Cette délégitimation du sens commun des Constitutions est réelle. Du pouvoir de la Constitution : La Constitution a : Un pouvoir (normatif) de contrainte et de soumission des pouvoirs publics et des personnes privées ; Un pouvoir qui institutionnalise la négociation, le consensus ; Un pouvoir qui incarne le pacte social fondateur, assis sur des valeurs et principes communs ; Un pouvoir de garant d’un équilibre juste et harmonieux des partenaires politiques et sociaux ; Un pouvoir de règlement pacifique des conflits ou de pacification des rapports politiques et sociaux ; Un pouvoir symbolique et juridique car elle justifie la fondation d’un Etat. L’établissement et la révision de la Constitution   obéissent à des règles particulières et protectrices. Quelle est la place des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la Constitution nationale ? Pr Télésphore Ondo – Les droits de l’homme et les libertés fondamentales occupent une place de choix dans la Constitution gabonaise. Car, dès le préambule de la Constitution, le peuple gabonais « affirme solennellement son attachement aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales » tels qu’ils résultent de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, consacrés par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1981 et par la Charte nationale des libertés de 1990. De plus, la Constitution prévoit un titre préliminaire intitulé « Des principes et des droits fondamentaux ». Enfin, l’article premier, qui consacre plusieurs droits fondamentaux, précise préalablement que : « La République gabonaise reconnaît et garantit les droits inviolables et imprescriptibles de l’homme, qui lient obligatoirement les pouvoirs publics. » Comment la Constitution nationale garantit-elle les droits de l’homme et les libertés fondamentales ? Pr Télésphore Ondo – La Constitution nationale prévoit plusieurs outils de garantie : Le pouvoir judiciaire, gardien de la liberté individuelle (article 1 er et 23 in fine) ; La Cour constitutionnelle garantit les droits fondamentaux de la personne humaine et les libertés publiques (article 83 in fine) ; Le Parlement, en votant la loi et en contrôlant l’action du gouvernement, participe largement à la garantie des droits de l’homme. Quelle est l’effectivité de la mise en œuvre des droits de l’homme et des libertés fondamentales au Gabon ? Pr Télésphore Ondo – Le bilan est mitigé quant à l’effectivité de la mise en œuvre des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Plusieurs facteurs justifient ce bilan : La méconnaissance des droits et procédures par les citoyens et même certains professionnels du droit. Le manque de volonté des organes compétents (absence de contrôle). La corruption de certaines institutions, notamment de la justice. La politisation du pouvoir judiciaire. La servitude volontaire des juges ou l’autocensure. Votre mot de la fin ? Pr Télésphore Ondo – La Constitution gabonaise reste largement importée et inaccessible aux citoyens, notamment de l’intérieur. Pour la rendre plus légitime et facilement applicable, il faudrait : La rédiger ou modifier selon des processus inclusifs, participatifs et ouverts ; D’introduire les mécanismes fondant l’identité gabonaise ; La traduire en langues gabonaises ; Décréter une journée de la Constitution et CONSTITUTION ET EFFECTIVITE

QUI A DES DROITS ET QUELS SONT-ILS ?

« Priver les gens de leurs droits fondamentaux revient à contester leur humanité. » Nelson Mandela Avoir des droits, les connaitre et en jouir est une aspiration légitime et un droit fondamental de l’humanité. Proclamé et reconnu dans le monde, ce droit est-il pour autant garanti à tous les êtres humains sur un pied d’égalité ? Est-il la clé d’un monde meilleur où la vie, la dignité, la sécurité, le bien-être et la liberté de la personne sont sacrés ? Que disent les textes fondamentaux sur les droits humains ? La Déclaration universelle des droits de l’Homme, la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples et la Constitution gabonaise sont unanimes : tous les êtres humains ont les mêmes droits. Ils sont tenus de les respecter et d’en user dans le strict respect de leurs devoirs vis-à-vis d’autrui. Conçu pour promouvoir la dignité humaine, la sécurité et la paix sociale, le dispositif des droits humains est un rempart contre les abus de pouvoir de tous ordres, les injustices et les inégalités. En son titre préliminaire : Des principes et des droits fondamentaux, la Constitution nationale de 1991 dispose en son article premier : La République gabonaise reconnaît et garantit les droits inviolables et imprescriptibles de l’homme qui lient obligatoirement les pouvoirs publics. Les alinéas 1 et 2 de l’article premier indiquent respectivement : Chaque citoyen a droit au libre développement de sa personnalité, dans le respect des droits d’autrui et de l’ordre public. Nul ne peut être humilié, maltraité ou torturé, même lorsqu’il est en état d’arrestation ou d’emprisonnement.  La liberté de conscience, de pensée, d’opinion, d’expression, de communication, la libre pratique de la religion, sont garanties à tous, sous réserve du respect de l’ordre public.  public En ses alinéas 7 et 18, l’article premier dispose respectivement : Chaque citoyen a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé dans son travail en raison de ses origines, de son sexe, de sa race, de ses opinions.  L’État garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture.  Pour autant, les droits humains sont loin d’être garantis à tous. « Nous souffrons », s’indigne un chômeur qui réclame « le respect dû à la personne indépendamment de son statut social. » Ces mots sont révélateurs de la dure réalité que vivent nombre de Gabonais qui ont peu ou pas accès à l’emploi et qui, à juste titre, estiment que les droits humains ne sont pas garantis à tous. Selon les spécialistes, le respect des droits humains se fonde sur : Des actions immédiates et à long terme. Le respect par l’Etat de ses obligations en matière de droits et d’application de la loi. La responsabilisation des populations en les incitant à revendiquer et affirmer leurs droits, Connaître, revendiquer et défendre ses droits est vital. Prenez le temps de lire et de comprendre les droits contenus dans la Constitution nationale, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, et la Déclaration universelle des droits de l’homme, entre autres. Ils sont riches d’enseignements et peuvent changer vos vies.

LA VEUVE ET L’ORPHELIN

La pratique de la spoliation de la veuve et l’orphelin persiste au Gabon. La spoliation est le fait de déposséder ou de dépouiller quelqu’un de quelque chose, au moyen de la force, de la violence, de la fraude ou de la ruse. Cet acte, commis sitôt la mort du chef de famille, entraîne des frustrations et des conflits familiaux. Alors qu’elle est un évènement déjà douloureux en soi, la mort du mari et du père constitue malheureusement pour la veuve et l’orphelin le début d’un calvaire interminable. A cet égard, du fait de la récurrence des cas de spoliation des veuves, une commission interministérielle a été créée en 2005 en vue de gérer la situation de la captation des biens de la veuve. A la mise en place de cette commission a succédé, en 2006, la création du ministère de la Famille et des Affaires sociales chargé de la Protection de la veuve et de l’orphelin. Deux ans plus tard, en 2008, naissait la Direction de la protection de la veuve et de l’orphelin pour permettre aux veuves et aux orphelins de jouir pleinement de leurs droits. « Des citoyens persistent à s’accommoder, hélas, pour ne citer qu’un exemple, de mœurs moyenâgeuses par des atteintes graves aux droits élémentaires de la veuve » , déclarait, à juste titre, Simone Mensah, vice-présidente de la Fondation Sylvia Bongo Ondimba, lors de la 8e édition de la Journée internationale des veuves célébrée le 23 juin depuis 2011. Lorsque les lois ne sont pas méconnues, poursuivait-elle, « elles sont tout simplement bafouées». Bien souvent, les veuves et les orphelins sont victimes de sévices, de menaces, de violences physiques ou psychologiques et préfèrent se taire par peur de représailles ». Pourtant, selon la loi n°2/2015 du 25 juin 2015 modifiant et abrogeant certaines dispositions de la loi n°19/89 du 30 décembre 1989 portant adoption de la deuxième partie du Code civil, il est désormais interdit d’expulser du domicile conjugal le conjoint survivant et les orphelins, ou d’exercer des actes de violence et de spoliation vis-à-vis de ces derniers. De même, comme l’a expliqué la magistrate Honorine Nzet Bitéghé, présidente de l’Observatoire des droits de la femme et de la parité (Odefpa), selon le Code civil nouveau, le conseil de famille a été supprimé au profit du conseil successoral. Aussi, les héritiers légaux sont les enfants, la ou les conjoints survivants si le de cujus (défunt) était polygame, le père et la mère du défunt, s’ils sont encore en vie. Les frères, oncles, tantes et autres parents du défunt n’entrent donc pas dans la succession tant que les héritiers légaux n’ont pas eu gain de cause. Ceux qui ne s’y soumettent pas encourent des sanctions prévues par la loi, à condition qu’il y ait des plaintes. C’est l’une des nombreuses avancées du Code pénal gabonais révisé et adopté par le Parlement. L’article 267offre une protection aux orphelins contre toute tentative de spoliation. Violer les droits de la veuve et l’orphelin est moralement inacceptable, juridiquement illégal et pénalement répréhensible. Selon les services de la Prévoyance sociale au Gabon, près de 1000 plaintes ont été enregistrées entre 2015 et 2018 pour des cas de spoliation. Quelques services étatiques accompagnent les veuves et les orphelins : la Caisse nationale de sécurité sociale, (CNSS), la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS), la Direction générale de la protection de la veuve et de l’orphelin (DGPVO) et la Direction générale de la promotion de la femme (DGPF). Du côté de la société civile, il y a la Fondation Sylvia Bongo Ondimba pour la famille (FSBO), sans oublier les organisations non gouvernementales (ONG), les associations et les orphelinats. Désormais, la personne qui a été spoliée des biens successoraux peut adresser une plainte au procureur de la République. Ce dernier l’envoie avec un « soit transmis » auprès d’une unité de police judicaire, pour qu’une enquête soit diligentée. Toutes les parties concernées par les actes de spoliation – plaignant ou personne mise en cause – sont entendues et déférées au parquet de la République. Le coupable est passible d’un emprisonnement pouvant aller jusqu’à cinq ans et d’une amende de 10 millions de francs CFA. Avec ces dispositions, l’espoir est permis de voir les victimes briser le silence et traîner en justice leurs bourreaux afin d’obtenir réparation des torts subis. Dans le cadre de la mise en œuvre du programme «Gabon-Égalité», des campagnes de sensibilisations à travers des caravanes sur l’étendue du territoire national ont été organisées sur les droits des veuves pour conscientiser les populations en vue d’un changement de comportement et de mentalités. L’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté en 2010 une résolution proposée par le Gabon, proclamant le 23 juin « Journée Internationale des Veuves ». Selon la fondation de la première dame gabonaise, Sylvia Bongo Ondimba, près de 47% des veuves sont victimes de maltraitance et de spoliation. Seules 21% d’entre elles entrent en possession de leurs droits.   Lira Moviwa

CONSEILS PRATIQUES

Connaître et défendre ses droits est un droit fondamental de tout être humain. Préalable à toute action en justice, l’information peut vous aider à entreprendre les démarches qui s’imposent si vous estimez être lésé dans vos droits. Mais, où s’informer et qui est le mieux placé pour vous informer ? Il existe une multitude de sources d’information. La première se trouve être souvent au plus près de vous. Il peut s’agir d’un parent, d’un ami ou d’un collègue. Outre votre entourage immédiat, il y a les publications, les professionnels du droit, les organes de défense des droits de l’homme et les médias y compris le magazine « Vivre » Professionnels du droit Il existe différentes catégories de professionnels du droit, à savoir les magistrats, les avocats, les notaires, les conseillers juridiques, les huissiers de justice et tout juriste reconnu. Ils sont tenus au secret professionnel. L’avocat conseille tout justiciable, personne physique ou personne morale (entreprise, par exemple), qui est son client et le défend en cas de besoin devant les tribunaux et les cours. Le notaire intervient dans divers domaines. Au plan familial, il conseille ses clients dans la rédaction et la validation des contrats de mariage, des testaments et des règlements de succession. Il peut également gérer les affaires et les biens patrimoniaux (immobilier et mobilier). L’huissier de justice constate les faits en tant que preuves, étant entendu que tout ce qui a été constaté par acte ou exploit d’huissier vaut jusqu’à inscription de faux. Il faut noter que l’huissier de justice n’est pas un avocat, qui est le seul professionnel habilité à défendre un tiers devant la justice. Il notifie les décisions de justice aux différentes parties au procès et peut aussi, sur cette base , les exécuter en cas de condamnation à une amende ou à des dommages et intérêts. Il peut aussi, par ses actes, prévenir tout citoyen de la date de son procès. Institutions de protection des droits de l’Homme Les institutions de protection des droits de l’Homme ont été conçues pour protéger et veiller à la mise en œuvre des droits de l’Homme. Elles sont aux niveaux national, régional et international. Institutions de protection des droits de l’Homme Niveau national Juridictions de droit commun Parlement Gouvernement Autorités administratives indépendantes : Commission nationale des droits de d’Homme, Haute autorité de la communication, Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite, Autorité de régulation des communications électroniques et des postes , Médiateur de la République Organisations de la société civile Niveau régional Union africaine  Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant Commission africaine des droits de l’homme et des peuples Cour africaine des droits de l’homme et des peuples Niveau international Institutions spécialisées des Nations unies : Conseil des droits de l’Homme, Haut Commissariat des Nations unies aux droits des de l’Homme, Amnesty International Cour internationale de justice Cour pénale internationale Organisations de la société civile Publications Pour l’essentiel, il s’agit des textes et des documents suivants : Déclaration universelle des droits de l’homme Convention relative aux droits de l’enfant Charte africaine des droits de l’homme et des peuples Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme relative à la jeunesse Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme relative à la femme Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant Constitution de la République gabonaise Hebdo Info Guide gabonais « Tes Droits Humains » Médias Les droits de l’Homme ou droits humains ne sont pas largement couverts par les médias. Néanmoins, quand l’actualité l’exige, des informations sur la question sont diffusées à la radio, à la télévision et dans la presse écrite. Les réseaux sociaux sont une autre source d’informations à analyser avec prudence. Défendre vos droits La défense de vos droits est un volet majeur de la promotion des droits humains. Toute personne qui s’estime lésée dans ses droits doit saisir l’institution compétente pour bénéficier de son aide. Bien communiquer facilitera votre démarche. Cette étape exige néanmoins certains préalables. Vous deve Dire pourquoi vous voulez intenter une action en justice, Dire pourquoi vous estimez être dans votre droit et si la partie adverse a enfreint la loi, Exposer clairement les faits, Justifier ce que vous réclamez à la partie adverse, Vous munir de vos preuves et les présenter. Connaître et défendre ses droits est un travail de longue haleine que nul ne peut à lui seul relever tant le dispositif des droits humains est vaste et complexe. Toute personne, y compris les jeunes, les femmes, les veuves et les parents, devrait s’en imprégner, l’objectif étant de se protéger, de vivre dignement et en sécurité. N’oublions pas que nous naissons avec des droits y compris celui d’avoir un acte de naissance. Flavienne L. Issembè Source Juridique

YANGA

La légende raconte qu’il est né prince. Fils d’un roi gabonais d’ethnie punu dont le royaume était à cheval sur les provinces de la Nyanga et de la Ngounié actuelles, Yanga voit le jour dans la région du vaste royaume du Congo le 15 mai 1545, vingt-six ans après le début de la traite négrière sur le continent africain. Comme bien d’autres hommes, femmes et enfants noirs valides et en bonne santé, il est arraché à sa famille et embarqué manu militari dans un navire négrier. Direction : les Amériques. Parqués tel du bétail dans des soutes insalubres infectées de rats et de cafards, où règne une chaleur étouffante, nombreux meurent de déshydratation ou de malnutrition. Certains se donnent la mort. Les survivants sont exposés, en un lieu appelé la « Grand-Place aux esclaves » ou le marché aux esclaves. Là, les propriétaires terriens blancs s’empressent d’enchérir afin d’acquérir « les plus beaux spécimens » pour leurs plantations. Pour ces « nègres », c’est la fin du voyage et le début d’une vie de servitude. Les manuels scolaires ne mentionnent pas que de nombreux « captifs (ves) » ont refusé de courber l’échine, se sont rebiffés et rebellés. Parmi eux, Yanga alias Nyanga, le Gabonais déporté au Mexique. Vendu comme esclave dans la Nouvelle-Espagne (actuel Mexique), il est alors baptisé Gaspar Yanga. A l’époque, les esclaves doivent porter un prénom chrétien. Il est affecté dans une plantation de canne à sucre dans la ville de Veracruz, dont la capitale d’Etat est Xalapa. Ne pouvant supporter davantage d’être un sous-fifre, lui, né prince sur la terre de ses ancêtres, nourrit et fomente sa rébellion. Il se fait la malle avec quelques compagnons d’infortune et se réfugie dans les chaînes de montagnes inaccessibles du Coffre de Perote et le Citlaltétépetl (ou Pic d’Orizaba) où il installe son quartier général. Là, il devient le porte-parole et le bras armé de la résistance des esclaves noirs originaires d’Afrique appelés « marrons » (c’est-à-dire les sauvages) et découvre, dans cet environnement isolé et hostile, d’autres « marrons » ayant fui, comme lui, le joug de l’esclavage. Certains survivent clandestinement en colonies organisées, à l’abri des oppresseurs, tandis que d’autres se fondent parmi les peuples autochtones, qui, eux aussi, refusent depuis toujours de se soumettre au colon esclavagiste. Yanga les rallie tous et fait d’eux une armée. Ne pouvant se rendre dans les villes voisines occupées par les Espagnols et voulant garder le secret, le chef des rebelles et ses acolytes usent de ruse pour ne pas mourir de faim et de soif. Pour se ravitailler en produits de première nécessité, ils pillent les caravanes transportant des marchandises. Ces deniers sévissent particulièrement sur la route royale, une voie commerciale reliant le Veracruz et Mexico. Les pertes pour l’occupant colonial sont considérables. Exaspérés, les commerçants et les colons unissent leurs efforts pour localiser les pillards dont les têtes sont mises à prix. Sans succès. Les rebelles volent et pillent pendant trente ans avec une audace et une efficacité redoutables. Durant cette période, Yanga et ses hommes s’arment et s’entraînent au combat. Le prince punu se remémore alors les rudes entraînements des valeureux guerriers de son père, puis il enseigne cet « art indigène » de la guerre à ses hommes. Informés, d’autres esclaves en fuite le rejoignent. Le temps passe. Son armée s’agrandit, s’équipe et se perfectionne. Discréditée par les commerçants et les industriels, l’administration coloniale espagnole locale supplie la capitale de lancer une opération de grande envergure dont la mission prioritaire est la capture de Gaspar Yanga. En 1609, le gouvernement colonial espagnol y répond : 600 soldats suréquipés, avec à leur tête le capitaine Pedro Gonzàlez de Herrera, sont dépêchés. Si le régiment est impressionnant par le nombre, en réalité, il n’est constitué, aux trois quarts, que de volontaires inexpérimentés et fraîchement enrôlés sous le prétexte du service militaire. Des « bras cassés » aux côtés d’une petite centaine de soldats professionnels aguerris. Entre les rebelles et les soldats, la bataille s’engage. En raison de son grand âge, Yanga élabore une stratégie et confie la tête de ses troupes à l’esclave d’origine angolaise Francisco de la Matosa, un de ses bras droits. Les affrontements sont nombreux et violents. Yanga en sort vainqueur. A chaque défaite, le gouvernement envoie de nouveaux soldats et les combats reprennent de plus belle. Une pluie de fer et de feu s’abat sur les insurgés qui n’abdiquent pas. C’est le statuquo. Lors d’une accalmie, Yanga propose la libération d’un soldat espagnol capturé par ses hommes en échange d’une cohabitation. Pour toute réponse, les Espagnols font à nouveau parler la poudre. Une énième bataille, la plus sanglante, fait de nombreuses victimes dans les deux camps. Malgré les morts et les habitations incendiées, le résistant et son armée survivent à « l’enfer », déterminés à rester libres. Las de ce conflit sans fin, les Espagnols reconsidèrent son offre quatre ans plus tard. L’armistice est signé entre les deux belligérants et, en 1618, l’accord est officialisé. En 1630, la ville de San Lorenzo de Negros de Cerralvo se développe et devient une petite agglomération désormais appelée Yanga. Trois siècles plus tard, en 1932, la municipalité est créée sous le nom de Yanga. Le 22 novembre 1956, la ville du même nom est officiellement reconnue. Elle compte 17 896 habitants jusqu’en 2015. Une statue de Gaspar Yanga, premier libérateur des Amériques, y est érigée en 1970 en l’honneur du vaillant combattant de la liberté et des droits humains. Le prince, autrefois déchu par le colon esclavagiste qui le priva de sa royauté, est finalement couronné roi sur les terres de son oppresseur ! Le 10 août de chaque année, un carnaval y est organisé pour célébrer la victoire des Marrons sur les Espagnols. Lambert J. Youngou

SOS PRISONNIERS

Le sort et les conditions de détention des prisonniers en République gabonaise demeurent une source de préoccupation majeure pour les  détenu.es, les familles et les défenseur.es des droits humains. La prison centrale de Libreville, construite en 1956 pour accueillir une population de 300 à 500 détenu.es, en compte actuellement plus de 3500. Le surpeuplement, les mauvaises conditions d’hygiène et la propagation des maladies sont le lot quotidien de ses occupants. En 2020, le défenseur des droits humains Lionel Ella Engonga crée l’Association SOS Prisonniers dans le but de promouvoir, protéger et défendre les droits des détenu.es. Il plaide pour la construction de prisons adaptées aux normes et respectueuses des droits de la personne. L’ouverture d’enquêtes sur les conditions de détention et les cas de torture des prisonniers est également au coeur de ses priorités.

MAL LOGEMENT ET SANTÉ

Les mauvaises conditions de vie et l’état de santé précaire des personnes qui vivent dans un environnement malsain en font des êtres extrêmement vulnérables. Dès lors, combien de temps les Gabonais.es démuni.es tiendront-ils encore dans des quartiers et des logements insalubres envahis par les rats, les cancrelats, les moustiques et autres bestioles qui causent ou aggravent les maladies ? Le mal logement nuit gravement à la santé et plonge ses victimes dans le désespoir, la désolation et le désarroi. Alors que le désespoir se caractérise par un abattement total, une affliction profonde de la personne, la désolation est cause de peine et d’ennui extrêmes. Le désarroi est un trouble moral et une anxiété profonde que ressent la personne qui vit dans des conditions précaires. Selon les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) relatives au logement et à la santé, « un logement précaire est un facteur de stress, d’anxiété et de dépression. » « Les températures intérieures peuvent entraîner des maladies liées à la chaleur. La pollution de l’air intérieur nuit à la santé respiratoire et cardiovasculaire et provoque des réactions allergiques et irritantes comme l’asthme. » « L’insuffisance de l’approvisionnement en eau potable et le manque d’installations sanitaires compromettent la sécurité sanitaire des aliments et l’hygiène personnelle et engendrent des maladies transmissibles. » Celles-ci incluent la diarrhée, le choléra, la dysenterie, l’hépatite A et la fièvre typhoïde. Le mauvais assainissement du milieu favorise le paludisme qui est transmis par le moustique anophèle femelle. La mauvaise aération et le surpeuplement véhiculent les agents infectieux de la tuberculose et de la bronchite. Le mal-logement est une question de santé publique qui, hélas, ne fait pas l’objet de l’attention qu’il mérite. Il suffit, pour s’en convaincre, de se rendre dans les « matitis » (quartiers sous-intégrés) où les occupants des lieux manquent de tout. Et que dire des sans-abris qui investissent les broussailles ou les rues pour y dormir au péril de leur vie ? L’état de santé précaire des mal-logés et des sans-abris est une bombe à retardement. Les défis sont de taille et interpellent l’ensemble de la société à agir vite, l’enjeu étant de sauver des vies au prix d’une réelle promotion des droits à la santé et au logement.

LA RÉVOLTE SILENCIEUSE DES FEMMES ET

Le sport transcende les disciplines physiques régies par des règles, pratiquées individuellement ou collectivement. Il incarne des valeurs humaines essentielles y compris le vivre-ensemble, l’unification des peuples et des communautés, le droit des invisibles à la parole et l’ouverture de portes que la société maintient closes. La révolte silencieuse des femmes et des personnes handicapées retrace les initiatives inspirantes d’Atlético Akanda pour le football féminin et le témoignage émouvant de Waldhys, coach en situation de handicap. Ce reportage met en lumière les défis persistants et les appels à un soutien institutionnel accru. Atlético Akanda : un tremplin pour le football féminin Fondé en 2018 par Freddhy Koula, le club Atlético Akanda s’engage résolument pour la pratique féminine du football. Sa section féminine, championne du Gabon, accompagne une vingtaine de joueuses vers l’insertion professionnelle dans le cadre du projet « ÉDUQUER ». Michael Doussengui, directeur du club, s’explique : « Nous prenons en charge le parcours scolaire et universitaire de nous joueuses. Le suivi de leurs examens et leur intégration dans des centres de formation, y compris celle qui décrochent relèvent également de nos responsabilités. » Sur le plan sportif, social et professionnel, « Atlético Akanda mène des actions concrètes qui transforment les talents en carrières, l’objectif étant de briser le tabou d’une femme footballeuse professionnelle vivant de sa passion. » ? Michael Doussengui lance un appel aux autorités sportives afin « d’accompagner les clubs favorisant l’épanouissement de la jeunesse, vecteur de bonnes valeurs et de socialisation. » Témoignages : Passion, études et préjugés Marielle, ex-capitaine d’Atlético Akanda et milieu défensif en 1ère division équato-guinéenne, évoque une « expérience extraordinaire » qui l’a fait progresser socialement et professionnellement. Emyllie, étudiante en études ibériques à l’université Omar Bongo, concilie football et études : « Cours le matin, entraînements l’après-midi. » Lara, gardienne au club, a dû affronter l’opposition paternelle : « Mon père craignait les idées préconçues sur le football féminin. » Elle interpelle l’État : « Rendez le championnat féminin régulier, au-delà de quelques matchs sporadiques. » À l’instar du directeur du club, Mareille, Emyllie et Lara rêvent d’un environnement optimal. Si Atlético Akanda incarne le lien entre passion, études et avenir, elles attendent néanmoins une reconnaissance et soutien institutionnels. Waldhys : Le coach en situation de handicap qui inspire Passionné de football, Waldhys est président de l’ONG BAGNAMASSEBE (« Que l’on ne se moque pas de moi » en Nzebi). Il vit avec un handicap depuis l’enfance. Diplômé en sociologie de l’université Omar Bongo, il s’est intégré grâce au football : « De 2005 à 2013, j’ai coaché les Vieux Poumons de Koula-Moutou et une équipe universitaire. » Il plaide pour une structuration du sport adapté basée sur « la dotation des fédérations en équipements spécifiques et l’instauration d’un dispositif national de compétitions ». Le gouvernement, dit-il, « doit voir l’utilité du sport dans la société gabonaise. Sous la 5 ème République, Waldhys rêve d’un « miracle, de l’inclusion sportive des personnes en situation de handicap, avec moyens roulants et plus. » En larmes, il exhorte ses pairs : « Croyez en vos rêves, dépassez-vous, rejoignez les miraculés de la vie. » Dans un Gabon où le sport féminin végète sans championnat depuis trois ans et où les vulnérables restent cantonnés à la marge, Atlético Akanda et Waldhys incarnent une révolte silencieuse. Leur message est clair : « Investir dans les talents oubliés, c’est non seulement briser des tabous, mais c’est forger une société plus inclusive et unie par l’effort commun. » Aux autorités de transformer la voix des invisibles en écho national.

« ÊTRE FILLE MÈRE AUJOURD’HUI »

Être fille-mère au Gabon, c’est faire face aux préjugés, à la stigmatisation et à de lourdes responsabilités à un très jeune âge. Avoir un enfant quand on a moins de 21 ans est un combat quotidien entre angoisse, pression sociale et difficultés financières. Ngwègnango en sait quelque chose. Voici son histoire. « Ma grossesse a été une période mêlée de peur, d’incertitude, mais aussi d’espoir. J’ai traversé des moments de solitude et de questionnements profonds, mais le fait de porter la vie m’a aussi donné une force intérieure que je ne soupçonnais pas. » Comment votre situation a-t-elle évolué au fil du temps ? « Ma situation a évolué à la fois en bien et en mal. Les difficultés ont été nombreuses, surtout sur le plan émotionnel et matériel. Mais cette expérience m’a aussi rendue plus mature, plus responsable et plus déterminée à me battre pour mon avenir et celui de mon enfant. » Comment vivez-vous votre situation au plan personnel et face au regard des autres ? « Personnellement, j’ai appris à m’accepter et à assumer mon parcours. Le regard des autres n’a pas toujours été facile à supporter, mais avec le temps, j’ai compris que l’essentiel était mon bien-être et celui de mon enfant, pas les jugements extérieurs.  Avez-vous souffert en silence ? Dans l’affirmative, pourquoi ? « Oui, j’ai beaucoup souffert en silence à certains moments et je souffre encore à certains moments, par pudeur, par peur d’être jugée ou incomprise. Il n’est pas toujours évident de parler de ses douleurs quand on se sent déjà fragilisée. » Comment vous en êtes-vous sortie ? « Je ne m’en suis pas sortie seule. J’ai bénéficié du soutien de ma famille et de quelques proches. Leur présence morale et matérielle a été essentielle pour m’aider à tenir et à avancer. » Que vous a apporté ce soutien et quels enseignements en tirez-vous ? « Ce soutien m’a apporté du courage, de la confiance et l’envie de ne pas abandonner. J’ai appris que demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, mais de lucidité et de force. » Êtes-vous une mère épanouie ? « Oui, aujourd’hui je peux dire que je me bats pour être une mère épanouie. Malgré les difficultés, mon enfant est ma plus grande source de motivation, de bonheur et de fierté. » Que faites-vous aujourd’hui dans la vie ? « Aujourd’hui, je m’efforce de construire un avenir stable, que ce soit à travers la lecture, des formations ou des projets personnels, l’objectif étant d’assurer une vie meilleure à mon enfant. » Que souhaiteriez-vous dire pour clore cet entretien ? « Je voudrais dire à toutes les filles-mères qu’elles ne sont pas seules, qu’elles ont de la valeur et qu’elles ont le droit de rêver et de réussir. Chaque parcours est différent, mais avec du courage, du soutien et de la détermination, il est possible de se relever, de réussir et d’avancer. »  

OÙ EN EST L’INSERTION SOCIALE

Quelle est la place des personnes vivant avec un handicap dans la société gabonaise ? Faiblement représentées à divers niveaux de la sphère nationale, elles doivent se battre pour faire valoir leurs droits y compris le droit d’être électeur ou candidat, ainsi que le droit d’accès au bureau de vote. L’adoption en 2025 des nouvelles lois sur les partis politiques et le découpage électoral changera-t-elle la donne ? Olivier Indouma, président de la Fédération nationale des associations des personnes handicapées, livre sa vérité sur la situation et appelle à l’inclusion sociale effective de ce groupe dont la voix compte.

MEMBRES DE L’ÉQUIPE
 

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Flavienne Louise Issembè

 

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