INTERVIEW

CONSTITUTION GABONAISE ET DROITS HUMAINS

CONSTITUTION GABONAISE ET DROITS HUMAINS « La Constitution nationale gagnerait à être introduite à l’école, au lycée, dans les organisations non gouvernementales, ou même dans certaines institutions ; et traduite en langues gabonaises », nous confiait en 2022 le Pr Télésphore Ondo. Docteur en droit public, maître de conférences à la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université Omar Bongo et directeur du Centre de recherches et d’études constitutionnelles, administratives, parlementaires, politiques et internationales (CRECAPPI), le Pr Ondo est d’avis que la Constitution gabonaise reste largement inaccessible aux citoyens. Son éclairage sur le rôle et le pouvoir de la loi fondamentale et les outils dont elle dispose pour garantir l’effectivité de la mise en œuvre des droits humains dans notre pays sont au cœur de notre entretien. À l’approche du référendum sur la nouvelle Constitution nationale qui sera prochainement au cœur d’un autre dossier, le magazine « Vivre » vous invite à revisiter les enseignements du Pr Ondo sur la Constitution gabonaise. « Vivre » – Pr Télésphore Ondo, qu’est-ce que la Constitution nationale, et que représente-t-elle pour la nation gabonaise ?   Pr Télésphore Ondo – Le mot « Constitution » peut revêtir plusieurs sens. Toutefois, la définition juridique renvoie à une double conception de la Constitution : au sens matériel et au sens formel. Au sens matériel, on peut la définir à partir de son objet, de sa matière, de sa substance ou de son contenu. On parle alors de Constitution matérielle. La Constitution est considérée ici comme l’acte fondateur d’une société politique donnée. Mieux, elle est l’acte juridique précis qui définit le statut de l’Etat, c’est-à-dire qui soumet l’exercice du pouvoir à un cadre juridique précis pour le choix des gouvernants, pour l’organisation et le fonctionnement des différentes institutions, pour les rapports entre ces institutions, enfin pour les rapports entre les citoyens et l’Etat. Tous les États ont une Constitution matérielle, quels que soient leurs régimes politiques. Au sens formel, on peut également définir la Constitution à partir de sa force, de sa forme ou de sa procédure. La Constitution est dite formelle. Dans ce sens, la Constitution est l’ensemble des règles écrites ayant une valeur supérieure à celles des autres règles qui ne peuvent être modifiées que par un organe spécial et selon une procédure spécifique prévue par la Loi fondamentale, différente et supérieure à celle  qui est utilisée par la loi ordinaire. Vue sous cet angle, la Constitution est dite rigide. La Constitution est pour la nation ce que la Bible est pour les chrétiens, c’est-à dire la Loi fondamentale, la loi sacrée qui est le rempart contre les abus des pouvoirs publics. Quels sont le rôle et le pouvoir de la Constitution nationale ?   La Constitution n’a pas pour unique objet de déterminer la forme de l’État, d’organiser les institutions et de déterminer les règles de production des normes. La Constitution est un acte fondateur par lequel une société se constitue une identité et décide de l’ordre sociétal voulu. En particulier, elle consacre des droits et libertés fondamentaux et définit les modalités de leur protection. C’est la charte des valeurs libérales des sociétés démocratiques. En définitive, la Constitution se présente comme un acte de limitation des pouvoirs ainsi que l’exprime l’article 16 de la Déclaration française de 1789 sur les droits de l’homme et du citoyen qui prévoit que « toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ». Toutefois, ce rôle de la Constitution a été dénaturé à cause de la fréquence des révisions constitutionnelles, tantôt instrumentalisé par le pouvoir en place ; tantôt déstabilisé par la banalisation des révisions en dépit de la rigidité affiché ; ou encore menacé de l’intérieur par un contenu crisogène et conflictogène; voire même concurrencé par des accords politiques à la portée juridique discutable. Cette délégitimation du sens commun des Constitutions est réelle. S’agissant du pouvoir de la Constitution, il se décline en :   Quelle est la place des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la Constitution nationale ? Les droits de l’homme et les libertés fondamentales occupent une place de choix dans la Constitution gabonaise. Car, dès le préambule de la Constitution (1991), le peuple gabonais « Affirme solennellement son attachement aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales » tels qu’ils résultent de la Déclaration des Droits de l’homme et du Citoyen de 1789 et de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme de 1948, consacrés par la Charte Africaine des Droits de l’homme et des Peuples de 1981 et par la Charte nationale des Libertés de 1990. De plus, la Constitution prévoit un titre préliminaire intitulé « Des principes et des droits fondamentaux ». Enfin, l’article 1er qui consacre plusieurs droits fondamentaux précise préalablement que « La République Gabonaise reconnaît et garantit les droits inviolables et imprescriptibles de l’Homme, qui lient obligatoirement les pouvoirs publics. »   Comment la Constitution nationale (1991) garantit-elle les droits de l’homme et les libertés fondamentales ? Elle prévoit plusieurs outils de garantie :   Quelle est l’effectivité de la mise en œuvre des droits de l’homme et des libertés fondamentales au Gabon ? Le bilan est mitigé quant à l’effectivité de la mise en œuvre des droits de l’homme et libertés fondamentales. Plusieurs facteurs justifient ce bilan :    Quel est votre mot de la fin Pr Ondo ? La Constitution gabonaise reste largement importée et inaccessible aux citoyens, notamment de l’intérieur. Pour la rendre plus légitime et facilement applicable, il faudrait :   Propos recueillis par Flavienne L. Issembè

REGARD DE L’ALLIANCE PATRIOTIQUE SUR LA FUTURE CONSTITUTION ET LES ÉLECTIONS À VENIR​

REGARD DE L’ALLIANCE PATRIOTIQUE SUR LA FUTURE CONSTITUTION ET LES ÉLECTIONS À VENIR​

INVERSER LA TENDANCE DE LA PAUVRETÉ

Elle scrute de près, elle analyse la problématique de la pauvreté. Mieux encore, le professeur Estelle Kalle, en sa qualité d’économiste en développement, propose des pistes de solutions pour inverser le phénomène de la pauvreté qui gangrène le Gabon, un pays pourtant riche qui compte moins de 3 millions d’habitants. Le Pr Kalle travaille en tant qu’enseignante à l’École Normale supérieure, à Libreville, où elle a reçu l’équipe du Magazine « Vivre. »

L’ANTHROPOLOGIE DANS LE CONTEXTE GABONAIS

L’ANTHROPOLOGIE DANS LE CONTEXTE GABONAIS Loin de régresser, la problématique du mal vivre gabonais s’accentue. Si des efforts sont consentis par les autorités nationales pour améliorer les conditions de vie de la population, le mal-être est plus profond qu’on ne l’imagine. L’anthropologue-sociologue politique Emmanuelle Nguema Minko pointe du doigt le poids du pouvoir politique et des systèmes de croyances sur la structuration de l’identité ou de la personnalité. Selon l’experte, « les identités qui construisent notre personnalité sont fondées sur la colonisation. Cette construction s’est faite de manière illusoire, fluctuante et aliénante. »   Dans un entretien accordé à « Vivre », le professeur Nguema Minko tire la sonnette d’alarme. « Revenons à l’essentiel, à nos traditions et à notre socle de valeurs. »

UN AN D’ATTENTISME, ÇA SUFFIT !

UN AN D’ATTENTISME, ÇA SUFFIT ! Après un an d’attentisme, les partis politiques et les organisations de la société civile (OSC) sortent de leur réserve. Face aux événements en cours, y compris le référendum à venir sur la nouvelle Constitution nationale qui divise les Gabonais.es, le Copil Citoyen et le Cercle Omega  montent au créneau pour faire le point et tirer les leçons d’une année à nulle autre pareille. Le porte-parole du Copil Citoyen, Joanna Boussamba, partage son sentiment de joie et de libération : « Pour une fois on n’a plus le nom des Bongo à la tête du Gabon. Si l’on avait demandé à chaque Gabonais d’imaginer ce scénario, personne n’aurait pu imaginer cela ! » De son côté, le coordonnateur général du Copil Citoyen, Joël-Patrick Dinzambou, juge louables les actes des autorités de la transition, en particulier la levée du drapeau, l’attribution de bourses aux apprenants, de postes budgétaires aux enseignants et la création d’emplois pour les jeunes. » Dans les rangs du Cercle Omega, le président du parti, Robert Marcel Tchoreret, déclare : « Nous avons un sentiment de satisfaction. Nous avons constaté que les Gabonais ont adhéré à l’action du CTRI. Ils ont exprimé au président de la République leur attachement à ce qu’il a déjà réalisé en un an avec l’ensemble du CTRI et des forces de défense et de sécurité associés, bien entendu, aux civils qui ont apporté leur pierre à l’édifice. Le sentiment est profond et positif. Nous disons simplement au CTRI, au président de la République, de continuer sur cette voie. » Pour autant, la joie qui se dégage chez les uns et les autres est en en demi-teinte. Robert Marcel Tchoreret, déplore que les personnes qui auraient dues être sanctionnées ne l’aient pas été. « Le CTRI a voulu unifier, pardonner, en disant que ceux qui ont pris les fonds publics auront le courage de venir rendre cet argent. Le CTRI a lancé des appels. Je crois que certains coupables se disent qu’ils sont intouchables, mais nul ne peut être intouchable dans une république parce que dans une République, il y a la loi. Que chacun puisse comprendre que le Gabon n’appartient à personne. Le Gabon appartient à tous. Donc, nous devons poser des actes pour le bien de tous et le salut de notre pays. » « Nous ne pouvons pas avoir de Gabonais dignes si la majorité n’a ni emploi ni pouvoir d’achat », estime Joël-Patrick Dinzambou. « Si les personnes concernées n’ont pas de pouvoir d’achat, elles ne sont pas libres. Elles se font facilement acheter. Qu’est-ce qui peut justifier, par exemple, qu’un policier demande 500 ou 1 000 francs quand il fait des contrôles ? C’est le pouvoir d’achat. Il est obligé d’arnaquer. Là, nous avons un problème de corruption, de bonne gouvernance. » Abordant la question sur la restauration des institutions, Joanna Boussamba indique que « Le Copil Citoyen aurait souhaité en voir un peu plus dans ce domaine. Mais, certains visages perdurent alors que, parfois, leurs noms sont impliqués dans des dossiers. » Elle dénonce aussi la campagne référendaire prématurée en faveur du «Oui» ou du «Non» et « la pollution visuelle avec l’image du Président qui est utilisée à tout va. » Elle alerte le public et les autorités de la Transition sur le risque d’un retour aux méthodes du précédent régime basées « sur le culte de la personnalité qui n’a rien apporté à notre pays. » Yasmina Marat-Abyla, juriste en droit international et présidente de l’ONG Benedicta Cantal pour la défense des droits des détenus et des personnes incarcérées indique : « Il ne faut pas prendre à la légère le projet de Constitution. La Constitution doit nous rassembler. Elle ne doit pas être discriminatoire. On est tous Gabonais. » Se déclarant, par ailleurs, ravie du coup d’état du 30 août 2023 et de la libération de certains prisonniers, Yasmina Marat-Abyla dénonce, d’une part, « les conditions de détention qui ne se sont pas véritablement améliorées » et, d’autre part, « les dérives et les abus des forces de sécurité à l’endroit des jeunes. » Selon la juriste, « plusieurs sont morts pour n’avoir pas respecté le couvre-feu. » Elle invite les forces de sécurité à respecter le droit et les conventions internationales. Tama Z’Akis  https://youtu.be/DlO3lkPwDTMhttps://youtu.be/qx89U7UXk7M?si=o2lgVeJuBAqkma8Jhttps://youtu.be/imoW4eXUPachttps://youtu.be/zoCVDrvbYbs

PRIORITE A LA PERFORMANCE ET A L’EXCELLENCE

PRIORITE À LA PERFORMANCE ET À L’EXCELLENCE Marcelle Ibinga-Itsitsa, préside aux destinées de l’IUSO. Elle en est la directrice générale depuis le 7 novembre 2019. Cette enseignante de formation place la performance et l’excellence au cœur de ses priorités. Dans un entretien à cœur ouvert, elle lève le voile sur ses exigences en termes de réussite.   « Vivre » : Quels sont les critères d’admission à l’IUSO ?   Marcelle Ibinga-Itsitsa : Pour être étudiant à l’IUSO, il faut réussir au concours d’entrée organisé chaque année. Toute- fois, nous avons la formation professionnelle continue dont l’accès est possible après examen d’un dossier de candidature. Cette formation est prioritairement fixée pour le perfectionnement des agents déjà en activité. Ceci dit, l’IUSO octroie des bourses à ses étudiants et les accompagne dans le respect du processus de demande de bourse qui est élaboré par l’Etat gabonais à partir de critères bien définis.    Quelles sont les caractéristiques du programme de formation à l’IUSO ?    Les programmes de formation à l’IUSO-SNE tiennent compte de deux facteurs complémentaires : la verticalité et l’horizontalité. Le premier concerne l’approfondissement de l’apprentissage et le second se base sur l’enrichissement des compétences. Ils sont conçus selon le principe de l’approche par les compétences où la conception de tout programme professionnel respecte la succession suivante : les référentiels de métiers, de compétences, de formation et d’évaluation. Enfin, il faut insister sur le principe de l’offre et de la demande qui fait en sorte que le chef d’un établissement d’enseignement supérieur et de formation professionnelle s’engage dans la conception des conditions de dialogue permanent avec le secteur employeur pour la maîtrise de ses attentes en termes de métiers à valeur ajoutée, et pour être aussi au plus près des avancées de la science et de la technologie. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire d’avoir une vision globale et une gouvernance fortement imprégnée du devenir de la société pour conduire les changements qui s’imposent.     Quelles sont les exigences en matière de compétences professionnelles des apprenants ?    Dans notre souci de réformer l’IUSO pour la mettre au niveau des standards internationaux, les défis et perspectives sont nombreux. Il nous faut en priorité continuer de professionnaliser nos offres de formation. Et c’est d’ailleurs ce qui justifie le renversement de tendance quant aux profils des enseignants. Les exigences en matière de compétences professionnelles sont liées aux besoins du marché du travail. Partant, l’employeur a besoin de recruter des compétences professionnelles immédiates, adaptables à différents emplois et disposant de la capacité et du désir d’apprentis- sage tout au long de la vie.   Cette vision fait du directeur d’un établissement d’enseignement supérieur de formation professionnelle un véritable manager. Autrement dit, un responsable tourné vers la performance et l’excellence.   Elle place l’IUSO-SNE à la haute marche pour le développement des talents ayant l’aptitude de créer des entreprises, d’exercer une profession avec la capacité de poursuivre des études.    Les experts affirment que la majorité des « métiers d’avenir » ne sont pas encore connus. À l’horizon 2030, voire 2035, en raison du retard pris pour cause de Covid, on estime à 80% les métiers dont l’économie aura besoin et qui ne sont pas encore connus. C’est la raison pour laquelle au sein de l’IUSO-SNE, un pilotage d’ensemble est indispensable dans l’affrontement de la complexité de la situation qui se dessine. À ce propos, l’élaboration ou la révision de l’offre de formation dans l’ajustement des métiers existants et l’intégration de nouveaux métiers est nécessaire pour atteindre nos objectifs. Le concours d’entrée au sein de notre établissement est une première étape qui nous permet de sélectionner les meilleurs de nos apprenants. La modernisation des infrastructures et la planification des acquisitions, à terme, de nouveaux outils et procédures de travail modernes sont aussi des volets importants à prendre en charge tout comme l’appropriation de la pédagogie innovante qui favorise l’autonomie de l’apprenant.   Quels sont les acquis de l’IUSO en matière de formation et d’accès des apprenants au marché de l’emploi?   Au plan administratif, on peut relever : la formation rénovée qui est basée sur la professionnalisation, et la création d’outils pour mesurer le taux d’insertion en milieu professionnel pour les diplômés de l’IUSO.   Au plan pédagogique, il faut noter : la mise à disposition d’une information claire sur les types de formation proposés, les niveaux de qualification et les conditions d’accès au marché de l’emploi; la consolidation du système LMD en cohérence avec la professionnalisation (priorité donnée aux enseignements de spécialité en vue de l’acquisition des compétences professionnelles). Il faut par ailleurs relever la part belle aux interventions des spécialistes et des experts-praticiens dans le processus de la formation afin de promouvoir les échanges d’expériences et l’amélioration de la pertinence des offres de formation, et la création de nouvelles filières pour répondre en permanence aux besoins et aux exigences socio-économiques du pays.   En guise de conclusion, Madame la Directrice générale ?   Les défis actuels portent sur l’adaptation continue au monde du travail fluctuant en vue de garantir le meilleur taux d’employabilité, en passant par la mise en place de la formation en alternance. Enfin, j’ai en mémoire le propos de cette professeure des universités que je n’avais encore jamais rencontrée. Elle disait : « Madame le Directeur Général, merci. L’IUSO-SNE n’est plus ce qu’il était. Il est reconnu, il est international, il est engagé dans la société et nous en sommes fiers. » Chaque commentaire du genre est un cadeau que je reçois gaiement. Je suis moi aussi très fière de ce que notre Institut a réalisé au cours de ces dernières années. Nous avons fait grandir l’IUSO-SNE sur la scène nationale et internationale en assumant pleinement son identité d’établissement d’enseignement supérieur professionnel. Et nous l’avons rapproché du public en élargissant sa présence partout où nos connaissances et notre savoir-faire sont sollicités.    Propos recueillis par Flavienne L. Issembè PROMOTION DE LA FORMATION ET DE L’ACCÈS AU MARCHÉ DE L’EMPLOI LʼIUSO a mis en place PRIORITE A LA PERFORMANCE ET A L’EXCELLENCE

COMBLER LE FOSSÉ ENTRE ÉCOLE ET EMLPOI

COMBLER LE FOSSÉ ENTRE L’ÉCOLE ET L’EMPLOI Le fossé s’élargit à une vitesse alarmante entre l’école et le marché du travail. Cette situation pose l’épineux problème du décalage entre la formation reçue et les besoins du monde du travail. La crise actuelle et les solutions envisagées sont au cœur de notre entretien avec le Pr Télésphore Ondo, maitre de conférences en droit public à l’Université Omar Bongo. « Vivre » : Pr Télésphore Ondo, que souhaiteriez-vous dire en guise d’introduction ?   Pr Télésphore Ondo : Je tiens d’abord à vous remercier de l’opportunité que vous me donnez pour m’exprimer sur ce sujet très important. Pour en venir à notre propos, l’éducation, la formation et le travail sont les piliers de toute société et la quintessence même de l’existence de l’individu. Point de développement collectif ou personnel sans associer les trois. Quel regard posez-vous sur les deux secteurs pris isolément et collectivement, et le décalage entre les deux ?   L’éducation et la formation sont dans un état de délabrement avancé dans notre pays. L’école publique est submergée par des problèmes interminables et jusque-là insolubles. Ils ont pour noms : effectifs pléthoriques, manque d’enseignants, manque de structures et d’équipements, inadaptation formation-emploi, etc. Quant au travail, il est évident que la fonction publique ne recrute plus comme avant. Le secteur privé devrait normalement prendre le relais. Mais, avec un secteur privé faible, des formations inadaptées, des structures de formation professionnelle limitées, on ne peut qu’assister au décalage entre les deux secteurs. Quelle est l’ampleur du décalage entre lʼécole et le marché de l’emploi, et quelles sont les causes profondes de ce décalage ?   Les chiffres parlent d’eux-mêmes : taux de chômage très élevé, notamment chez les jeunes avec environ 38% des moins de 30 ans, soit le plus élevé de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Les causes sont pour l’essentiel la quasi-inexistence des formations professionnelles ; l’inadéquation entre les besoins du marché et les formations proposées, ainsi que les bourses octroyées ; et l’absence de passerelles entre les pourvoyeurs d’emplois et les services de l’orientation. Quelles sont les autres actions majeures qui s’imposent pour inverser la crise entre les deux secteurs et booster l’insertion des jeunes dans le marché de l’emploi ?   L’État doit créer et multiplier les centres de formation professionnelle dans tout le pays. L’orientation doit se faire en partenariat avec les pourvoyeurs d’emplois. L’État ne doit octroyer des bourses qu’en fonction de ses priorités, par exemple dans les secteurs porteurs, notamment l’agriculture, l’environnement, le numérique, les mines, la santé, l’éducation. Quelles sont les relations qu’entretiennent les deux secteurs ? Le partenariat y a-t-il sa place ou y a-t-il un travail à faire en profondeur à ce niveau et dans quel sens ?   Les deux secteurs ont développé quelques relations de partenariat depuis quelque temps à travers le développement des contrats aidés ; la création de quelques structures de formation professionnelle mais uniquement dans le Grand Libreville et l’autorisation de création de nombreux établissements supérieurs privés, etc. Pour ne citer que quelques exemples, le Centre de recherche et d’études constitutionnelles, administratives, parlementaires, politiques et internationales (CRECAPPI) de l’Université Omar Bongo (UOB) a mis en place des partenariats avec des universités privées et des établissements publics. Le Centre encadre les étudiants doctorants de l’École de management EM Gabon dans le domaine de la recherche, et avec l’École de santé militaire du PK 9 en master de gestion crise et d’action humanitaire.   Quʼest ce quʼun contrat aidé au juste ? Le contrat aidé au niveau de notre pays s’inspire du Code du travail initié en France en 2005 par l’ancien ministre Dominique de Villepin. Dans le cadre de stages de formation pratiques destinés aux étudiants, vous les formez et, en contrepartie, les entreprises qui les recrutent sont exonérées d’impôts. Dans la même logique, des formations d’alter- nance sont organisées pendant trois jours en entreprise et trois jours à l’école. Ces contrats sont formalisés au Gabon depuis 2021. Auparavant, ils existaient sous forme de contrat d’apprentissage.   Quelles sont les autres actions majeures qui s’imposent pour inverser la crise entre les deux secteurs et booster l’insertion des jeunes dans le marché de l’emploi ? L’Etat doit créer et multiplier les centres de formation professionnelle dans tout le pays. L’orientation doit se faire en partenariat avec les pourvoyeurs d’emplois. L’État ne doit octroyer des bourses qu’en fonction de ses priorités, par exemple dans les secteurs porteurs, notamment l’agriculture, l’environnement, le numérique, les mines, la santé, l’éducation.   Propos recueillis par Flavienne L. Issembè

ALERTE SUR LE CHÔMAGE ET LA SANTÉ

ALERTE SUR LE CHÔMAGE ET SES CONSÉQUENCES SUR LA SANTÉ Dr. Jean Marc Ngome Ndong * Le chômage désigne une situation dans laquelle une personne qui veut travailler cherche un emploi et ne parvient pas à en trouver un. L’état des lieux dans ce domaine est plus qu’alarmant. En effet, depuis les années 2000, la quête d’un emploi est devenue un véritable cauchemar pour de nombreux Gabonais et Gabonaises, créant une psychose généralisée perceptible lors de toutes les occasions d’offre d’emploi. Le taux du chômage, qui est le pourcentage de chômeurs dans la population active est à 40 % au Gabon, alors qu’il atteint 35 % dans certains autres pays d’Afrique. Ce fort taux du chômage, couplé à l’absence d’une politique efficace de prise en charge des populations, provoque inévitablement de lourdes conséquences sur leur état de santé. Dans ce contexte, on peut aisément reconnaître que le chômage présente incontestablement des effets nocifs sur la santé mentale, physique et sociale de nos concitoyens. Les addictions, les dépendances et les compulsions à l’alcool, aux drogues, à la cigarette et autres substances trouvent généralement leur origine directe ou indirecte dans le chômage et sont le reflet de l’angoisse, l’ennui et la dépression qu’elles causent sur les individus. Axel Kombila Kombila, sociologue au chômage et porte-parole du Mouvement national des chômeurs gabonais et affiliés (MNCGA), déclare que « ces substances sont un refuge pour le chômeur face à la précarité et, partant, l’incapacité de subvenir à ses besoins primaires et secondaires ». En l’absence de soins ou de prise en charge efficace, les risques sur la santé physique des populations se traduisent par : Des affections organiques, notamment les cancers du poumon, du foie, du rein et du tube digestif pour ce qui concerne la consommation excessive du tabac, de l’alcool et des drogues. On trouve aussi d’autres affections organiques telles que l’insuffisance rénale et hépatique, des atteintes neurologiques partant des neuropathies simples aux accidents vasculaires cérébraux Des affections métaboliques, notamment l’hypertension artérielle, le diabète et tout autre déséquilibre biologique ou physiologique. Des maladies infectieuses et/ou transmissibles. On y trouve des personnes porteuses du virus du sida, du virus de l’hépatite B ou autres maladies transmissibles. Des atteintes psychologiques et mentales sont possibles chez des populations vulnérables, partant du simple stress aux états de névroses diverses, aboutissant à des états psychotiques conduisant parfois au suicide. Les troubles sociaux ne sont pas en reste. En effet, les troubles du comportement observés chez les chômeurs peuvent occasionner des états de violences diverses (agressions, viols, violences domestiques…). Toutes ces atteintes sont accentuées par l’absence d’une réelle politique d’insertion professionnelle des chômeurs et d’une de prise en charge sociale, psycho-psychiatrique et médicale efficace. À cet effet, l’insuffisance ou l’inexistence de structures da santé, la difficulté d’accès à la gratuité des soins, les limites de la sensibilisation active et les limites en moyens financiers contribuent négativement à maintenir et à accroître les risques d’atteinte de la santé des chômeurs. Au Gabon, dans le cadre de la lutte contre le chômage et l’insertion des jeunes dans le monde de l’emploi, les autorités compétentes, dont le Pôle national de promotion de l’emploi, ont mis sur pied un nouveau système d’aide à l’accès à l’emploi. Ce système qui vise, à terme, à permettre l’insertion professionnelle de 60 000 jeunes Gabonaises et Gabonais, dont 20 000 par an entre 2021 et 2023, demeure encore inefficace, au regard de l’affluence observée dans la qualité et la quantité des demandes d’emploi. Depuis près de trente ans, l’ONG « Agir pour le Gabon », qui lutte contre l’abus et le trafic des stupéfiants, œuvre à interpeller les pouvoirs publics pour la mise en place de stratégies spécifiques de lutte efficaces. Dans cette perspective, elle tisse des liens et collabore avec certaines institutions du pays, notamment la mairie d’Owendo avec qui l’ONG travaille main dans la main tel que décidé récemment, lors de la conférence de presse conjointe tenue le 28 juin à Libreville, à l’occasion de la journée mondiale contre l’abus et le trafic des stupéfiants. Cette conférence de presse aura donc permis au Dr Alphonse Louma, en sa qualité de président de « Agir pour le Gabon », de réitérer ces propos qu’il ne cesse de marteler sur l’Hôpital psychiatrique de Melen, « seul hôpital du genre, qui ne dispose pas de structure d’accueil des personnes vulnérables. » La mairie d’Owendo s’est d’ailleurs engagée, à cette occasion, à œuvrer pour l’organisation d’activités réservées aux jeunes. Ces initiatives louables, qui sont une voie de secours à apporter aux chômeurs et aux jeunes désœuvrés, peuvent se multiplier et atteindre l’ensemble des couches sociales. C’est d’ailleurs dans ce cadre que le Conseil des ministres du 25 juin a approuvé « un décret restreignant à 30 % le quota de la main-d’œuvre étrangère » fixé à raison de 5 % pour le personnel d’exécution, 10 % pour les techniciens supérieurs et 15% pour les cadres. Ce quota répond à l’urgence « de valoriser la main-d’œuvre gabonaise et faire coïncider la délivrance des autorisations d’emploi aux besoins du marché ».  Mieux encore, le Gabon a adhéré le 22 mai au premier programme pays du travail décent pour la période 2024-2027, témoignant ainsi de son engagement à améliorer les conditions de travail des nationaux à travers le renforcement des droits des travailleurs et la promotion du dialogue social. Au final, dans le contexte politique actuel, caractérisé par la restauration des institutions et la valorisation du citoyen gabonais, la prise en compte du chômage est non seulement un moyen de prévention des affections médicales, mentales et psychiatriques, mais aussi une solution pour la sureté et la sécurité des populations exposées quotidiennement à toutes les formes d’agression physique, voire à la mort. Cette lutte passe nécessairement par l’insertion professionnelle des chômeurs, la prise en charge sociale des effets induits par le chômage et la prise en charge médicale, psychologique ou psychiatrique des personnes vulnérabilisées par le chômage, ainsi que la mise en œuvre d’une véritable politique exprimée spécifiquement par les pouvoirs publics. *Le Dr Jean-Marc Ngome Ndong est médecin du travail, spécialiste de la prévention.

ALERTE SUR LE CHÔMAGE ET LA SANTÉ

Un docteur gabonais donne des conseils préventifs divers

Le chômage désigne une situation dans laquelle une personne qui veut travailler cherche un emploi et ne parvient pas à en trouver un. L’état des lieux dans ce domaine est plus qu’alarmant. En effet, depuis les années 2000, la quête d’un emploi est devenue un véritable cauchemar pour de nombreux Gabonais et Gabonaises, créant une psychose généralisée perceptible lors de toutes les occasions d’offre d’emploi.   Le taux du chômage, qui est le pourcentage de chômeurs dans la population active est à 40 % au Gabon, alors qu’il atteint 35 % dans certains autres pays d’Afrique. Ce fort taux du chômage, couplé à l’absence d’une politique efficace de prise en charge des populations, provoque inévitablement de lourdes conséquences sur leur état de santé. Dans ce contexte, on peut aisément reconnaître que le chômage présente incontestablement des effets nocifs sur la santé mentale, physique et sociale de nos concitoyens.   Les addictions, les dépendances et les compulsions à l’alcool, aux drogues, à la cigarette et autres substances trouvent généralement leur origine directe ou indirecte dans le chômage et sont le reflet de l’angoisse, l’ennui et la dépression qu’elles causent sur les individus.   Axel Kombila Kombila, sociologue au chômage et porte-parole du Mouvement national des chômeurs gabonais et affiliés (MNCGA), déclare que « ces substances sont un refuge pour le chômeur face à la précarité et, partant, l’incapacité de subvenir à ses besoins primaires et secondaires ». En l’absence de soins ou de prise en charge efficace, les risques sur la santé physique des populations se traduisent par : Des affections organiques, notamment les cancers du poumon, du foie, du rein et du tube digestif pour ce qui concerne la consommation excessive du tabac, de l’alcool et des drogues. On trouve aussi d’autres affections organiques telles que l’insuffisance rénale et hépatique, des atteintes neurologiques partant des neuropathies simples aux accidents vasculaires cérébraux Des affections métaboliques, notamment l’hypertension artérielle, le diabète et tout autre déséquilibre biologique ou physiologique. Des maladies infectieuses et/ou transmissibles. On y trouve des personnes porteuses du virus du sida, du virus de l’hépatite B ou autres maladies transmissibles. Des atteintes psychologiques et mentales sont possibles chez des populations vulnérables, partant du simple stress aux états de névroses diverses, aboutissant à des états psychotiques conduisant parfois au suicide.   Les troubles sociaux ne sont pas en reste. En effet, les troubles du comportement observés chez les chômeurs peuvent occasionner des états de violences diverses (agressions, viols, violences domestiques…). Toutes ces atteintes sont accentuées par l’absence d’une réelle politique d’insertion professionnelle des chômeurs et d’une de prise en charge sociale, psycho-psychiatrique et médicale efficace.   À cet effet, l’insuffisance ou l’inexistence de structures da santé, la difficulté d’accès à la gratuité des soins, les limites de la sensibilisation active et les limites en moyens financiers contribuent négativement à maintenir et à accroître les risques d’atteinte de la santé des chômeurs.   Au Gabon, dans le cadre de la lutte contre le chômage et l’insertion des jeunes dans le monde de l’emploi, les autorités compétentes, dont le Pôle national de promotion de l’emploi, ont mis sur pied un nouveau système d’aide à l’accès à l’emploi. Ce système qui vise, à terme, à permettre l’insertion professionnelle de 60 000 jeunes Gabonaises et Gabonais, dont 20 000 par an entre 2021 et 2023, demeure encore inefficace, au regard de l’affluence observée dans la qualité et la quantité des demandes d’emploi.   Depuis près de trente ans, l’ONG « Agir pour le Gabon », qui lutte contre l’abus et le trafic des stupéfiants, œuvre à interpeller les pouvoirs publics pour la mise en place de stratégies spécifiques de lutte efficaces. Dans cette perspective, elle tisse des liens et collabore avec certaines institutions du pays, notamment la mairie d’Owendo avec qui l’ONG travaille main dans la main tel que décidé récemment, lors de la conférence de presse conjointe tenue le 28 juin à Libreville, à l’occasion de la journée mondiale contre l’abus et le trafic des stupéfiants.   Cette conférence de presse aura donc permis au Dr Alphonse Louma, en sa qualité de président de « Agir pour le Gabon », de réitérer ces propos qu’il ne cesse de marteler sur l’Hôpital psychiatrique de Melen, « seul hôpital du genre, qui ne dispose pas de structure d’accueil des personnes vulnérables. » La mairie d’Owendo s’est d’ailleurs engagée, à cette occasion, à œuvrer pour l’organisation d’activités réservées aux jeunes.   Ces initiatives louables, qui sont une voie de secours à apporter aux chômeurs et aux jeunes désœuvrés, peuvent se multiplier et atteindre l’ensemble des couches sociales. C’est d’ailleurs dans ce cadre que le Conseil des ministres du 25 juin a approuvé « un décret restreignant à 30 % le quota de la main-d’œuvre étrangère » fixé à raison de 5 % pour le personnel d’exécution, 10 % pour les techniciens supérieurs et 15% pour les cadres. Ce quota répond à l’urgence « de valoriser la main-d’œuvre gabonaise et faire coïncider la délivrance des autorisations d’emploi aux besoins du marché ».    Mieux encore, le Gabon a adhéré le 22 mai au premier programme pays du travail décent pour la période 2024-2027, témoignant ainsi de son engagement à améliorer les conditions de travail des nationaux à travers le renforcement des droits des travailleurs et la promotion du dialogue social.   Au final, dans le contexte politique actuel, caractérisé par la restauration des institutions et la valorisation du citoyen gabonais, la prise en compte du chômage est non seulement un moyen de prévention des affections médicales, mentales et psychiatriques, mais aussi une solution pour la sureté et la sécurité des populations exposées quotidiennement à toutes les formes d’agression physique, voire à la mort. Cette lutte passe nécessairement par l’insertion professionnelle des chômeurs, la prise en charge sociale des effets induits par le chômage et la prise en charge médicale, psychologique ou psychiatrique des personnes vulnérabilisées par le chômage, ainsi que la mise en œuvre d’une véritable politique exprimée spécifiquement par les pouvoirs publics.    

QUAND LA POLITIQUE S’INFILTRE DANS L’ÉCOLE    

La politique serait-elle responsable de la crise dans le secteur de l’enseignement et des échecs qu’il enregistre au fil des ans ? Selon le professeur Charles-Philippe Assembé Ela, « elle en est la principale cause, elle a tué l’école. » Dans une interview accordée à « Vivre » dans les jardins de l’École normale supérieure, cet enseignant-chercheur en esthétique, philosophie de l’art et de la culture, épluche le mal-être de ce corps de métier et les défis à relever pour qu’émerge de nouveau l’excellence scolaire et le respect dû au corps enseignant.   https://youtu.be/bLiKPFmSxhs LE MAL-VIVRE DES ENSEIGNANTS Pr Charles-Philippe Assembe Ela – Il m’est assez difficile de parler de la question du mal-vivre au sein du corps enseignant. Je m’explique. Les représentations sociales ne nous aident pas. Les gens s’imaginent que plus on a de diplômes, plus on a de l’argent, mais le problème se situe entre ce qu’il devrait gagner et ce qu’il gagne. En effet, de nombreux facteurs ne sont pas pris en compte. Par pudeur, l’enseignant préfère ne pas s’exprimer. Il est enseignant, il vit mal, il n’a pas été reclassé, il vit encore du salaire de son grade antérieur (assistant pour un maître-assistant, maître-assistant pour un maître de conférences). Imaginez le manque à gagner sur un, deux, trois, quatre ou cinq voire six ans. Telle est la situation que vit l’enseignant-chercheur. On l’étouffe et on l’empêche d’en parler. À un moment donné, le politique a fait croire que le fonctionnaire le mieux traité est l’enseignant, qui plus est l’enseignant du supérieur alors qu’il vit un drame d’autant que la situation juridico-administrative de ce corps de métier n’est pas clarifiée. Le statut particulier est en souffrance. On gère sa carrière comme un fonctionnaire ordinaire. Pour des individus qui ont fait de longues études, c’est génocidaire ! La plupart termine la vie professionnelle sans grade. Une infime partie parvient au grade supérieur, mais tardivement. La carrière de plusieurs générations d’enseignants-chercheurs est ainsi ruinée. À l’heure actuelle, elle n’a pas encore trouvé une solution satisfaisante.   « Vivre » – Quelles sont les conditions de travail des enseignants du supérieur ?    Elles sont indécentes du point de vue moral et des conditions de vie. Au plan moral, l’enseignant est un homme généreux, une personne à qui vous confiez votre progéniture pour en faire les hommes de demain. À y regarder de près, la relation entre le public et l’enseignant n’est pas au beau fixe. Tenez, quand un enseignant se rend dans un service administratif et qu’il dit qui il est, on le regarde d’une certaine façon. Il y a ce préjugé moral qui pèse sur l’enseignant. Ses conditions de travail et de vie ne sont pas réunies. Il faut être patriote, un héros des temps modernes pour accepter d’être enseignant.   Prenons l’exemple de deux individus qui ont un master de mathématiques. Le premier est recruté enseignant, l’autre technicien dans un service d’ingénierie. Le premier passera trois ans pour avoir le texte de recrutement et trois autres années pour avoir quelque chose qui ressemble au salaire qu’il devrait avoir, c’est-à-dire 500 000 à 600 000 francs CFA alors qu’un ingénieur qui est recruté à Shell commence à 1 500 000 puis passe à 2-3 millions de francs CFA l’année suivante. La disproportion est grande. Si vous êtes enseignant, vous mettez dix à quinze ans pour construire une maison de 20 millions. Ce rapport ingrat à la profession est d’abord imputable au regard que la société pose sur l’enseignant. Ce rapport fait aussi partie de son mal-vivre. Voilà quelqu’un qui s’occupe de vos enfants. Comment pouvez-vous le traiter de la sorte ?   Et quid de la grille des salaires des enseignants du supérieur?   La situation salariale des enseignants du supérieur se présente comme suit :     Présalaire de l’enseignant stagiaire : 750 000 FCFA.     Assistant : 900 000 à 1 100 000 FCFA.     Maître-assistant : 1 300 000 à 1 600 000 FCFA.       Maître de conférences : 1 800 000 à 2 100 000 FCFA.     Professeurs titulaires : 2 300 000 à 2 500 000 FCFA. Comparer aux salaires de nos officiers supérieurs, ce n’est pas grand-chose. Autre problème, de nombreux maîtres de conférences reclassés sans avancements n’excèdent pas 1 700 000 FCFA. Or, avec tous les avancements bloqués par la fonction publique, ils gagneraient entre 1 800 000 et 2 100 000. La situation est la même pour les quelques professeurs titulaires en activité.   À y regarder de près, c’est une grosse arnaque organisée sous Ali Bongo. Certes, les salaires ont bondi après la bonification de la PIR (prime d’incitation à la recherche). L’arnaque se situe au niveau de l’institution qui a des responsabilités vis-à-vis des activités de l’enseignant-chercheur. Il doit faire des colloques, des voyages d’étude, produire des livres… Mais quand la bonification est arrivée, l’institution a été sevrée de tous les budgets attenants à ces activités institutionnelles. Ailleurs, ce sont les universités, les institutions qui s’occupent du financement de ces activités des enseignants-chercheurs. Voilà comment nous avons été réduits à faire nos grades avec nos maigres revenus. C’est une dette qui n’a même pas été tracée. À notre niveau, nous finançons nos activités sur fonds propres.   On demande au Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) de faire très attention, d’être très vigilant, de parler avec les vrais acteurs de l’enseignement supérieur que sont les universitaires, les chargés de cours. Pour se rendre au Bénin et en France, certains d’entre nous ont dû payer leurs billets d’avion afin d’avancer dans leur grade et quand bien même ils auraient le grade au Cames (NDLR : Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur), ils ne sont pas reclassés.   Psychologiquement, une chose est de travailler dans la sérénité avec les institutions, avec sa hiérarchie, une autre est de travailler dans le besoin ou dans la contrainte. Les règles de l’enseignement, les règles de l’école sont pipées, les conditions de travail ne sont pas au beau fixe. Quel peut être le ressenti de cet individu qui va travailler ? QUAND LA POLITIQUE S’INFILTRE DANS L’ÉCOLE    

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Flavienne Louise Issembè

 

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