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Interview

LIBERTÉ D’EXPRESSION. ACCÈS AUX SOURCES D’INFORMATION. TRAITEMENT DE LA PRESSE

LIBERTÉ D’EXPRESSION. ACCÈS AUX SOURCES D’INFORMATION. TRAITEMENT DE LA PRESSE Le journalisme est un métier fascinant et passionnant. Ceux et celles qui travaillent dans la presse ont des droits et des devoirs dont le premier les astreint à dire la vérité, être rigoureux dans la collecte, le traitement et la diffusion de l’information. Les droits et devoirs de la presse s’appliquent à tous les journalistes d’où qu’ils viennent et où qu’ils soient.  Mais, si la liberté chère aux hommes et femmes des médias est culturellement ancrée dans certaines sociétés, notamment en Occident, au Gabon, le chemin est encore semé d’embûches.  https://www.youtube.com/watch?v=XHOmBV4js_E

CITOYENNETÉ

Qui est Me Marlène Fabienne Essola Efountame ?  Au premier regard, cette jeune gabonaise captive son auditoire par sa maîtrise du droit, son intelligence, son sens de la répartie et sa capacité à oser. Et qui ose ne baisse pas les bras. À l’instar de 13 des 19 postulants à l’élection présidentielle du 12 avril prochain, dont la candidature a été rejetée par la CNOCER, Me Essola Efountame a saisi la Cour Constitutionnelle dont le verdict est attendu ce jeudi 20 mars. Elle est conseillère juridique, défenseure des droits humains y compris le droit à la Citoyenneté. Dans une interview au Magazine « Vivre », Me Essola Efountame s’explique sur l’importance que revêt la connaissance de nos droits et devoirs en tant que Citoyen et Citoyenne pour le bien-être individuel et sociétal, et la stabilité nationale.

GEOFFROY FOUMBOULA LIBEKA

« Si c’était à refaire, je le referai et ne changerai pour rien au monde ma posture qui est la mienne aujourd’hui. » Le regard sincère et le parler franc de Geoffroy Foumboula Libeka n’ont pas bougé d’un iota.   « Vivre » en a fait le constat lors de l’entretien qu’il nous a accordé en sa qualité de 4ème vice-président de l’Assemblée nationale de la Transition gabonaise.   À quelques semaines de l’élection présidentielle anticipée du 12 avril, Geoffroy Foumboula Libeka livre sa vérité sur le Parlement, le Code électoral, le changement du calendrier électoral et sa relation à la Transition.

FINANCEMENT DES CAMPAGNES ÉLECTORALES

Le Gabon s’achemine-t-il, enfin, vers la mise en place d’un cadre de financement des campagnes électorales fiable et sécurisé ? Cette question est au cœur de notre entretien avec Me Gira Ondzagha, juge financier à la Cour des comptes et membre du Comité national qui a élaboré le nouveau Code électoral national.   De fil en aiguille, l’expert lève le voile sur d’autres points majeurs, notamment : le plafonnement des dépenses engagées, le contrôle des comptes des campagnes électorale, les mécanismes devant garantir la transparence du financement et les sanctions prévues par la loi contre les auteurs de détournements de fonds.   Gros plan sur les innovations du nouveau Code électoral en matière de financement des campagnes électorales.

CONSTITUTION NATIONALE ET EFFECTIVITÉ DES DROITS HUMAINS

CONSTITUTION NATIONALE ET EFFECTIVITÉ DES DROITS HUMAINS La Constitution nationale joue un rôle indéniable dans nos vies et celle de la Nation. Elle définit et organise les institutions de l’Etat, et garantit les droits et libertés fondamentales de la personne humaine. Pour autant, sa suprématie est-elle toujours garantie ? Nous vous invitons à le découvrir à travers l’éclairage du Pr Télésphore Ondo, maître de conférences en droit public à la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université Omar Bongo et directeur du Centre de recherches et d’études constitutionnelles, administratives, parlementaires, politiques et internationales (CRECAPPI).     Vivre : Professeur Télésphore Ondo, qu’est-ce que la Constitution nationale et que représente-t-elle pour la nation gabonaise ?   Pr Télésphore Ondo : Le mot « Constitution » peut revêtir plusieurs sens. Toutefois, la définition juridique renvoie à une double conception de la Constitution : au sens matériel et au sens formel.   Au sens matériel, on peut la définir à partir de son objet, de sa matière, sa substance ou son contenu. On parle alors de Constitution matérielle. La Constitution est considérée ici comme l’acte fondateur d’une société politique donnée. Mieux, elle est l’acte juridique précis qui définit le statut de l’Etat, c’est-à-dire qui soumet l’exercice du pouvoir à un cadre juridique précis pour le choix des gouvernants, pour l’organisation et le fonctionnement des différentes institutions, pour les rapports entre ces institutions, enfin pour les rapports entre les citoyens et l’Etat. Tous les Etats ont une Constitution matérielle, quels que soient leurs régimes politiques.   Au sens formel, on peut également définir la Constitution à partir de sa force, de sa forme ou de sa procédure. La Constitution est dite formelle. Dans ce sens, la Constitution est l’ensemble des règles écrites ayant une valeur supérieure à celles des autres règles et qui ne peuvent être modifiées que par un organe spécial et selon une procédure spécifique prévue par la Loi fondamentale, différente et supérieure à celle utilisée par la loi ordinaire. Vu sous cet angle, la Constitution est dite rigide. La Constitution est pour la nation ce que la Bible est pour les chrétiens, c’est-à-dire la Loi fondamentale, la loi sacrée qui est le rempart contre les abus des pouvoirs publics.   Quels sont le rôle et le pouvoir de la Constitution nationale ?   Pr Télésphore Ondo : La Constitution n’a pas pour unique objet de déterminer la forme de l’État, d’organiser les institutions et de déterminer les règles de production des normes. La Constitution est un acte fondateur par lequel une société se constitue une identité et décide de l’ordre sociétal voulu. En particulier, elle consacre des droits et libertés fondamentaux et définit les modalités de leur protection. C’est la charte des valeurs libérales des sociétés démocratiques. En définitive, la Constitution se présente comme un acte de limitation des pouvoirs ainsi que l’exprime l’article 16 de la Déclaration française de 1789 sur les droits de l’homme et du citoyen qui prévoit que « toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ».   Toutefois, ce rôle de la Constitution se trouve dénaturé aujourd’hui à cause de la fréquence des révisions constitutionnelles, tantôt instrumentalisées par le pouvoir en place ; tantôt déstabilisées par la banalisation des révisions en dépit de la rigidité affichée ; ou encore menacées de l’intérieur par un contenu crisogène et conflictogène; voire concurrencée par des accords politiques à la portée juridique discutable. Cette délégitimation du sens commun des Constitutions est réelle.   Du pouvoir de la Constitution : La Constitution a :   un pouvoir (normatif) de contrainte et de soumission des pouvoirs publics et des personnes privées ;   un pouvoir qui institutionnalise la négociation, le consensus ;   un pouvoir qui incarne le pacte social fondateur, assis sur des valeurs et principes communs ;   un pouvoir de garant d’un équilibre juste et harmonieux des partenaires politiques et sociaux ;   un pouvoir de règlement pacifique des conflits ou de pacification des rapports politiques et sociaux ;   un pouvoir symbolique et juridique car elle justifie la fondation d’un Etat. L’établissement et la révision de la Constitution obéissent à des règles particulières et protectrices.   Quelle est la place des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la Constitution nationale ?   Pr Télésphore Ondo : Les droits de l’homme et les libertés fondamentales occupent une place de choix dans la Constitution gabonaise. Car, dès le préambule de la Constitution, le peuple gabonais « affirme solennellement son attachement aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales » tels qu’ils résultent de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, consacrés par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1981 et par la Charte nationale des libertés de 1990. De plus, la Constitution prévoit un titre préliminaire intitulé « Des principes et des droits fondamentaux ». Enfin, l’article 1er, qui consacre plusieurs droits fondamentaux, précise préalablement que : « La République gabonaise reconnaît et garantit les droits inviolables et imprescriptibles de l’homme, qui lient obligatoirement les pouvoirs publics. »   Comment la Constitution nationale garantit-elle les droits de l’homme et les libertés fondamentales ?   Pr Télésphore Ondo : La Constitution nationale prévoit plusieurs outils de garantie :   le pouvoir judiciaire, gardien de la liberté individuelle (article 1eret 23 in fine) ;   la Cour constitutionnelle garantit les droits fondamentaux de la personne humaine et les libertés publiques (article 83 in fine) ;   le Parlement, en votant la loi et en contrôlant l’action du gouvernement, participe largement à la garantie des droits de l’homme.   Quelle est l’effectivité de la mise en œuvre des droits de l’homme et des libertés fondamentales au Gabon ?   Pr Télésphore Ondo : Le bilan est mitigé quant à l’effectivité de la mise en œuvre des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Plusieurs facteurs justifient ce bilan :   la méconnaissance des droits et procédures par les citoyens et même certains professionnels du droit ;   le manque de volonté des organes compétents (absence de contrôle) ;   la CONSTITUTION NATIONALE ET EFFECTIVITÉ DES DROITS HUMAINS

 éLECTIONS ET DROITS HUMAINS EN RÉPUBLIQUE GABONAISE

Les élections devraient rassembler, se dérouler dans la paix et non diviser. Celles de 2016, pour ne citer qu’elles, ont laissé des séquelles traumatisantes dans les familles qui ont perdu les leurs et dont certaines ne retrouveront jamais les corps. En 2023, le pire a été évité avec l’arrivée au pouvoir du CTRI qui, à l’aube du 30 août, a mis fin aux 14 ans de règne d’Ali Bongo et annulé les « résultats tronqués » des élections générales qui donnaient gagnant le PDG, parti au pouvoir depuis 1968.  En novembre 2024, les Gabonais.es ont participé au référendum sur la nouvelle Constitution nationale dans un climat apaisé. Aujourd’hui, ils rêvent à d’autres élections sans heurts, ni violences, ni morts. Sentiment Ondo Elibiyo, Coordonnateur de la Coalition Tournons La Page – Gabon, lève le voile sur le couple Élections et Droits Humains, et propose des pistes de solutions pour que le Gabon passe, enfin, à autre chose. 

ME. MARAT ABYLA

ME. MARAT ABYLA « La loi, le droit doit prévaloir. » En cette période de changement politico-électoral en République gabonaise, les mots de Me Yasmina Marat-Abyla sonnent comme une alerte. La juriste en droit international et membre du Réseau des défenseurs des droits humains (REDHAC), plaide pour un Code électoral qui prend en compte la diversité des opinions de l’ensemble des secteurs de la société.   Nul ne pouvant être jugé et parti, l’appel récent de la militante et autres membres de la société civile à la mise en place d’un organe indépendant chargé de l’organisation des élections est tombé dans l’oreille d’un sourd. Le projet de loi organique, portant Code électoral en République gabonaise, confère au Ministère de l’Intérieur l’organisation des élections.     Tama Z’Akis

NOS VOIX COMPTENT…

Dans les urnes, chaque voix résonne comme une promesse de changement. Pourtant, pour beaucoup, cette promesse s’éteint dès que les élections sont terminées. À travers « Nos voix comptent », des témoignages sincères révèlent une déception profonde envers un système politique perçu comme déconnecté des réalités de ceux et celles qu’il prétend représenter. Ce projet met en lumière des histoires de citoyens qui, bien que désillusionnés par l’abandon post-électoral, continuent de croire que leur voix mérite d’être entendue, même dans un contexte où la confiance vacille. Jessica. 28 ans. Étudiante en logistique et transport   La période qui précède les élections est le moment où les citoyens peuvent exprimer leurs attentes et besoins en votant pour le candidat de leur choix. Après les élections, nos voix comptent car c’est le moment où les citoyens peuvent évaluer les actions des élus et les tenir pour responsables de leurs promesses. S’ils ne tiennent pas leurs promesses, les citoyens seront vraiment déçus. Les hommes politiques sont plus proches des populations avant les élections parce qu’ils cherchent à gagner des voix. Pour ce faire, ils font semblant d’être à l’écoute des préoccupations et des besoins des citoyens.  Ils élaborent leurs priorités et mènent campagne dans différentes provinces. Une fois qu’ils sont face aux populations, ils créent des liens émotionnels et montent une image positive. En fait, ils sont là pour un but précis. Une fois élus, ils s’éloignent des populations oubliant les besoins de celles-ci. Je les invite à améliorer nos conditions de vie, à mettre en place de meilleures conditions d’étude dans les écoles et les universités, à investir dans les infrastructures publiques et les transports en commun, et à réduire les embouteillages.   Timmy. Jeune diplômé en communication digitale. À la recherche d’un d’emploi   À mon avis, l’expression « nos voix comptent » fait référence à une période très spécifique dans notre pays, celle des élections. Cela renvoie au rôle décisif du peuple qui, conformément au droit constitutionnel, fait le choix de ses dirigeants, détermine qui sera son gouvernant, son chef et qui dirigera le pays. En somme, cela souligne l’importance de la voix du citoyen dans le processus électoral grâce à laquelle le choix des responsables politiques se fait. Les candidats ont besoin massivement des voix des citoyens pour être élus en tant que maire ou président. Mais une fois les élections passées et le pouvoir acquis, à quoi sert encore une voix ? L’importance des voix diminue, les promesses faites avant les élections ne sont plus tenues.  Pour moi, tout cela ressemble à un véritable jeu politique, un jeu de séduction. Pour s’attirer la faveur des électeurs, les politiciens font des promesses, offrent des dons, parfois même de l’argent de manière détournée. Une fois élus, une fois en poste, leur priorité n’est plus de respecter ce qu’ils ont promis, mais de se concentrer sur leurs propres intérêts. Les électeurs se retrouvent abandonnés avec leurs espoirs déçus. En tant que citoyens, nous devons être vigilants et discerner ce qui est vraiment réalisable et ce qui ne l’est pas. Au final, que constatons-nous ? Il est rare que les promesses faites soient tenues à 100%. Sur ce pourcentage, 30% seulement seront peut-être réalisés tandis que 70 % resteront sur le papier.   Qu’attendez-vous concrètement des élus pour améliorer votre cadre de vie ?   « En premier lieu, il s’agit de garantir un mieux-être pour tous. Cela signifie : l’accès aux services essentiels comme la santé et l’éducation pour tous, afin que chaque Gabonais, chaque citoyen, puisse bénéficier de ces droits fondamentaux. Il est également crucial que l’ensemble de la population se nourrisse de manière adéquate et vive dignement. Deuxièmement, il est primordial et impératif de réduire le taux de chômage qui est encore très élevé dans notre pays par la mise en place de mécanismes efficaces et de réelles opportunités d’emploi à la jeunesse gabonaise. Ce sont ces actions concrètes que nous attendons de ceux à qui nous confions notre voix et qui sont censés nous représenter au plus haut niveau. »   Maman Mirabelle. Fonctionnaire depuis 30 ans   Une fois élus, de nombreux politiciens ne tiennent pas leurs promesses. Certains deviennent même égoïstes et nous ignorent complètement même lorsque nous cherchons à solliciter leur aide. C’est regrettable et décourageant alors que nos besoins, notamment dans les provinces, sont nombreux et urgents. Nous avons besoin d’hôpitaux bien équipés et dotés de médecins spécialisés. Nombreux d’entre nous n’ont pas les moyens de se rendre dans la capitale pour des soins. Le coût de la vie est également un problème majeur. Les produits alimentaires et les services de base sont de plus en plus chers, tandis que les salaires restent insuffisants pour subvenir aux besoins des familles. En matière d’emploi, les jeunes diplômés peinent à trouver du travail alors que nombre d’entre eux sont ont le baccalauréat, des masters, des licences ou des diplômes techniques. Le système actuel tend à favoriser les plus jeunes dans les recrutements, négligeant ceux qui ont plus de 28 ans. Le récent concours des Forces de l’ordre et de sécurité est une preuve tangible. Les critères d’âge sont discriminatoires. Seuls les jeunes âgés de 18 à 24 ans sont éligibles, au grand désespoir de nombreux parents qui s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants. Il est urgent que des mesures soient prises pour réduire le chômage et offrir des opportunités équitables à tous. Enfin, nous prions pour que la situation change. Nous, les mères, espérons qu’un jour le Gabon offrira une meilleure vie à tous ses citoyens, peu importe leur niveau de vie. Margo. 52 ans. Commerçante à Libreville   J’ai donné ma voix à chaque élection. Je me souviens des promesses des politiciens. Ils viennent dans nos quartiers, nous promettent monts et merveilles, disent qu’ils vont améliorer nos conditions de vie, créer des emplois et tout changer pour nous. Mais, une fois les élections terminées, on ne les voit plus. Ils oublient d’où ils viennent. Ils oublient les citoyens qu’ils ont rencontrés dans les rues et qui ont mis leur confiance NOS VOIX COMPTENT…

JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

Quelle est la place du Gabon dans le domaine de la liberté de la presse ? La question était au cœur de la célébration en différé, le 08 mai 2026, de la Journée mondiale de la Presse organisée à la Maison Georges Rawiri, siège de Gabon 1ère, par le ministère de la Communication et des Médias en partenariat avec le Bureau de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO) du Gabon. La journée a réuni les membres du gouvernement y compris le ministre de la Communication et des Médias ; les représentants de l’UNESCO et de la Haute Autorité de la Communication (HAC) ; les professionnels des médias et nombre d’invités. « Cette journée n’est pas une fête ordinaire, elle est un rappel historique. En effet, elle commémore la 33ème année de la Déclaration de Windhoek, en Namibie, qui a réaffirmé une idée simple et essentielle : Pas de démocratie sans une presse libre, pluraliste et indépendante », a déclaré le représentant de la presse.  « Mais, 33 ans après, quelle est la place du Gabon dans le domaine de la liberté de la presse ? », s’est interrogé Brice Ntoutoume.   Il a rappelé le bond remarquable qui a hissé le Gabon, en 2024, à la 56ème place du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans Frontières, juste derrière les États-Unis d’Amérique. Deux ans après, notre pays se classe au 43ème rang mondial. « Ce recul doit nous interpeller, car il est le signe que la vigilance ne doit jamais faiblir… Il est donc nécessaire et urgent que le politique rectifie le tir », a martelé le journaliste. Le représentant de la presse a lancé un appel à l’accélération de la révision du statut particulier du communicateur et du Code de la Communication, l’objectif étant « de garantir une visibilité et une indépendance réelles des professionnels des médias, et de leur permettre d’informer les décideurs, d’éduquer les masses et divertir le public. » Pour Brice Ntoutoume, « L’avenir ne saurait être en paix sans une prise en considération des acteurs majeurs de la stabilité que sont les journalistes. Dans notre société, malgré la véracité des faits qu’ils se doivent de relayer, certains sont encore contraints. Nous nous mettons au silence au nom de l’intérêt supérieur de la Nation ». Le journaliste « étant protégé et valorisé sous d’autres cieux », notre confrère a émis le souhait qu’il en soit de même pour les journalistes gabonais à l’ère de la VÈME République. Reconnaissant que la liberté de la presse est un combat permanent, Brice Ntoutoume a invité tous les acteurs de l’écosystème médiatique national à défendre les droits de la presse, notamment ceux afférents à la liberté d’expression et d’opinion, d’informer et d’être informée, car « Sans une presse libre, il n’y a pas de débat public. Et sans débat public et contradictoire, il n’y a pas de démocratie. » De son côté, l’UNESCO a souligné son engagement auprès du gouvernement gabonais dans le secteur des médias et la promotion des deux défis majeurs que sont les droits de l’homme et le développement national. « La liberté d’expression et la liberté de médias sont des droits indispensables pour la démocratie, pour la transparence des institutions publiques et la participation citoyenne », a déclaré Patricio Zambrano Restrepo. Saluant les changements survenus en 33 ans dans la façon de communiquer, le représentant de l’UNESCO a mis l’accent sur le rôle majeur des réseaux sociaux dans l’information des citoyens et des citoyennes. Il a révélé, chiffres à l’appui, que « Plus de 60% de la population mondiale s’informe principalement via les plateformes numériques. Il a alerté sur les risques de désinformation et de fausses nouvelles qui sont sources de chaos et de troubles sociaux, et plaidé pour la création d’un cadre juridique multisectoriel impliquant les médias, les associations, les pouvoirs publics, les plateformes numériques et la société civile. L’enjeu est « de constituer un équilibre durable entre les droits fondamentaux, les intérêts généraux, le respect d’autrui et surtout la vérité. » Répondant aux attentes de la presse, le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, a tenu à les rassurer sur les avancées relatives « aux textes importants que le gouvernement a adoptés le 26 février 2026, notamment : les ordonnances sur la régulation des réseaux sociaux, les projets de loi sur le statut particulier des professionnels de la communication et l’accès à l’information publique. » « Les textes sont déjà disponibles dans la navette institutionnelle entre le gouvernement, l’Assemblée nationale et le Sénat. Nous attendons notre passage devant le Parlement pour solliciter la ratification de ces textes importants qui vont modifier le paysage médiatique », a indiqué le ministre qui s’est, par ailleurs,exprimé sur le recul du rang du Gabon dans le domaine de la liberté de la presse. « La dégradation du positionnement actuel du Gabon n’est pas une fatalité. Elle tient à quelques contingences, ce qui est normal dans la vie d’une nation. Le mieux ne s’est pas fait ailleurs en matière de liberté de la presse. Je peux dire que le meilleur s’est fait au Gabon, parce que le Gabon reste l’un des rares pays qui a constitutionnalisé, depuis 2024, ses droits fondamentaux, notamment la liberté de la presse. » Selon le ministre, la liberté de la presse doit être exercée au Gabon comme partout ailleurs, dans le respect de l’éthique et la déontologie de la profession, ainsi que dans le respect des lois et règlements en vigueur.  Au-delà des allocutions, la cérémonie s’est poursuivie avec la remise des certificats de reconnaissance, entre autres, à François Ndjimbi et Pierre Noël Botsika Bobé. Les autres récipiendaires qui n’ont pas pu prendre part à cet événement sont : Brigitte Anguilet, Désiré Ename, François Duc Moukouangui, Victor Mbenga Effa et Paul Mbadinga Matsiendi. Rodrigue Bekale de l’Association de l’Union gabonaise de la presse sportive (AUGPS), a remis une attestation au ministre de la Communication et des Médias en signe de reconnaissance « de ses efforts depuis sa prise de fonction. » Brice Ntoutoume a qualifié « d’avancée majeure l’inscription du droit d’accès à l’information dans la nouvelle Constitution nationale » et lancé un appel à l’accélération des réformes engagées « pour JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

CONSTITUTION GABONAISE ET DROITS HUMAINS

CONSTITUTION GABONAISE ET DROITS HUMAINS « La Constitution nationale gagnerait à être introduite à l’école, au lycée, dans les organisations non gouvernementales, ou même dans certaines institutions ; et traduite en langues gabonaises », nous confiait en 2022 le Pr Télésphore Ondo. Docteur en droit public, maître de conférences à la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université Omar Bongo et directeur du Centre de recherches et d’études constitutionnelles, administratives, parlementaires, politiques et internationales (CRECAPPI), le Pr Ondo est d’avis que la Constitution gabonaise reste largement inaccessible aux citoyens. Son éclairage sur le rôle et le pouvoir de la loi fondamentale et les outils dont elle dispose pour garantir l’effectivité de la mise en œuvre des droits humains dans notre pays sont au cœur de notre entretien. À l’approche du référendum sur la nouvelle Constitution nationale qui sera prochainement au cœur d’un autre dossier, le magazine « Vivre » vous invite à revisiter les enseignements du Pr Ondo sur la Constitution gabonaise. « Vivre » – Pr Télésphore Ondo, qu’est-ce que la Constitution nationale, et que représente-t-elle pour la nation gabonaise ?   Pr Télésphore Ondo – Le mot « Constitution » peut revêtir plusieurs sens. Toutefois, la définition juridique renvoie à une double conception de la Constitution : au sens matériel et au sens formel. Au sens matériel, on peut la définir à partir de son objet, de sa matière, de sa substance ou de son contenu. On parle alors de Constitution matérielle. La Constitution est considérée ici comme l’acte fondateur d’une société politique donnée. Mieux, elle est l’acte juridique précis qui définit le statut de l’Etat, c’est-à-dire qui soumet l’exercice du pouvoir à un cadre juridique précis pour le choix des gouvernants, pour l’organisation et le fonctionnement des différentes institutions, pour les rapports entre ces institutions, enfin pour les rapports entre les citoyens et l’Etat. Tous les États ont une Constitution matérielle, quels que soient leurs régimes politiques. Au sens formel, on peut également définir la Constitution à partir de sa force, de sa forme ou de sa procédure. La Constitution est dite formelle. Dans ce sens, la Constitution est l’ensemble des règles écrites ayant une valeur supérieure à celles des autres règles qui ne peuvent être modifiées que par un organe spécial et selon une procédure spécifique prévue par la Loi fondamentale, différente et supérieure à celle  qui est utilisée par la loi ordinaire. Vue sous cet angle, la Constitution est dite rigide. La Constitution est pour la nation ce que la Bible est pour les chrétiens, c’est-à dire la Loi fondamentale, la loi sacrée qui est le rempart contre les abus des pouvoirs publics. Quels sont le rôle et le pouvoir de la Constitution nationale ?   La Constitution n’a pas pour unique objet de déterminer la forme de l’État, d’organiser les institutions et de déterminer les règles de production des normes. La Constitution est un acte fondateur par lequel une société se constitue une identité et décide de l’ordre sociétal voulu. En particulier, elle consacre des droits et libertés fondamentaux et définit les modalités de leur protection. C’est la charte des valeurs libérales des sociétés démocratiques. En définitive, la Constitution se présente comme un acte de limitation des pouvoirs ainsi que l’exprime l’article 16 de la Déclaration française de 1789 sur les droits de l’homme et du citoyen qui prévoit que « toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ». Toutefois, ce rôle de la Constitution a été dénaturé à cause de la fréquence des révisions constitutionnelles, tantôt instrumentalisé par le pouvoir en place ; tantôt déstabilisé par la banalisation des révisions en dépit de la rigidité affiché ; ou encore menacé de l’intérieur par un contenu crisogène et conflictogène; voire même concurrencé par des accords politiques à la portée juridique discutable. Cette délégitimation du sens commun des Constitutions est réelle. S’agissant du pouvoir de la Constitution, il se décline en :   Quelle est la place des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la Constitution nationale ? Les droits de l’homme et les libertés fondamentales occupent une place de choix dans la Constitution gabonaise. Car, dès le préambule de la Constitution (1991), le peuple gabonais « Affirme solennellement son attachement aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales » tels qu’ils résultent de la Déclaration des Droits de l’homme et du Citoyen de 1789 et de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme de 1948, consacrés par la Charte Africaine des Droits de l’homme et des Peuples de 1981 et par la Charte nationale des Libertés de 1990. De plus, la Constitution prévoit un titre préliminaire intitulé « Des principes et des droits fondamentaux ». Enfin, l’article 1er qui consacre plusieurs droits fondamentaux précise préalablement que « La République Gabonaise reconnaît et garantit les droits inviolables et imprescriptibles de l’Homme, qui lient obligatoirement les pouvoirs publics. »   Comment la Constitution nationale (1991) garantit-elle les droits de l’homme et les libertés fondamentales ? Elle prévoit plusieurs outils de garantie :   Quelle est l’effectivité de la mise en œuvre des droits de l’homme et des libertés fondamentales au Gabon ? Le bilan est mitigé quant à l’effectivité de la mise en œuvre des droits de l’homme et libertés fondamentales. Plusieurs facteurs justifient ce bilan :    Quel est votre mot de la fin Pr Ondo ? La Constitution gabonaise reste largement importée et inaccessible aux citoyens, notamment de l’intérieur. Pour la rendre plus légitime et facilement applicable, il faudrait :   Propos recueillis par Flavienne L. Issembè