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Eric Ozwald

FRACTURE NUMÉRIQUE

Selon la Banque mondiale, le Gabon se distingue comme le pays le plus connecté d’Afrique subsaharienne avec un taux de pénétration internet dépassant 70% et des investissements massifs dans la fibre optique qui ont fait baisser les coûts de connexion. Ce Top 10 africain des technologies de l’information et de la communication (TIC) reflète un développement avancé, particulièrement à Libreville et Port-Gentil où la bande passante est fluide et abordable.  Mais, ce leadership masque une fracture numérique criante. L’accès à internet, aisé en ville, limité ou inexistant à l’intérieur, se mue en handicap majeur. Entre éducation en ligne inaccessible, télémédecine compromise et opportunités économiques hors d’atteinte, les disparités sociales et territoriales qui gangrènent la société gabonaise s’accentuent, creusant davantage l’écart entre les villes, où les enfants peuvent accéder aux métiers du futur, et les villages, où les enfants décrochent, non par manque de capacité, mais par manque d’infrastructures et d’accès. Couplé à l’éducation et à la formation professionnelle, le numérique pourrait devenir un catalyseur de développement et d’équité territoriale, et un outil de justice sociale permettant aux habitants des provinces de participer pleinement au développement national à travers la vente de leurs produits agricoles et artisanaux en ligne, l’accès à des micro‑crédits et à des formations professionnelles à distance. À terme, l’information et les marchés numériques permettront aux petites entreprises locales de se développer, de créer des emplois et de réduire l’exode rural. Il y a donc urgence d’étendre durablement la couverture numérique dans tous les villages et de garantir une connexion stable, afin que chaque jeune ait accès au savoir et aux opportunités numériques. D’autres priorités incluent : Le numérique n’est plus un simple outil de divertissement ou d’échanges entre proches et avec le monde. Aujourd’hui, cet espace est devenu un outil de travail indispensable. Derrière chaque compte se cachent un entrepreneur, un vendeur, un créateur, une mère ou un père nourrissant sa famille au jour le jour, des apprenants qui suivent des cours en ligne, un journaliste qui fait de la recherche et informe le public. Suspendre, même temporairement, les réseaux sociaux, paralyse l’économie numérique. Moteur de croissance essentiel, ce domaine représente « l’ensemble des activités économiques, de production et de services s’appuyant sur les TIC et Internet. Priver le public, les élèves et les enseignants des réseaux sociaux revient donc à débrancher le moteur en plein vol ; à limiter l’accès aux outils pédagogiques, à l’information et la communication ; et à s’isoler du monde. Des revenus sont anéantis, en particulier ceux pour qui le numérique est un outil de survie vitale et une partie intégrante de la vie au quotidien. La restriction d’accès ne reste jamais abstraite. Elle se ressent immédiatement chez la petite vendeuse qui prend ses commandes sur WhatsApp ou dans la presse en ligne où la rapidité de la circulation des informations et l’accès du public à ses contenus sont extrêmement réduits. Entre sécurité publique et droit d’accès aux réseaux sociaux Jusqu’où l’État peut-il aller sans toucher aux droits des citoyens et comment peut-il protéger la société sans fragiliser ceux qui en dépendent pour vivre ? Si l’État a le devoir de protéger la population, il se doit également d’éviter que les mesures de protection ne créent d’autres formes d’exclusion, un équilibre mal géré pouvant rapidement se transformer en fracture sociale. Toute décision concernant les réseaux sociaux a un impact direct sur la vie réelle. La vraie question n’est peut-être pas de savoir s’il faut réguler ou non, mais comment réguler sans couper les gens de leurs moyens de vivre, d’apprendre et de communiquer. À l’instar de ce qui se fait dans tous les pays, l’État peut encadrer les communications numériques pour protéger la sécurité publique, mais ce pouvoir n’est pas sans limites. Les textes internationaux comme la Déclaration universelle des droits de l’Homme rappellent que toute restriction doit être justifiée, nécessaire et proportionnée. En d’autres termes, on ne peut pas limiter un droit sans raison forte et sans mesurer l’impact réel sur la population. Mais, sur le terrain, la règle juridique et la réalité vécue ne se rencontrent pas toujours facilement. Analyse juridique de la suspension des réseaux sociaux Selon le juge Okili, qui a bien voulu répondre aux questions du magazine « Vivre », cette mesure s’inscrit dans le cadre légal de protection de l’ordre public, mais elle doit respecter les principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité.Le juge cite, entre autres, la restriction de la liberté d’expression et du droit à l’information qui limite la circulation des messages et des contenus. Et Me. Okili d’ajouter : « Le droit à l’éducation est indirectement impacté, car de nombreux étudiants utilisent les réseaux sociaux comme support pédagogique. De même, la liberté économique et le droit au travail sont touchés, particulièrement pour les jeunes micro-entrepreneurs et les professionnels du numérique, qui voient leurs activités paralysées. Du point de vue juridique, toute mesure de suspension doit être proportionnée et limitée dans le temps et l’étendue. Les autorités doivent démontrer qu’aucune alternative moins intrusive n’était possible. » De la légalité de l’action D’après le juge, la légalité de l’action peut être contestée devant la HAC ou la Cour constitutionnelle. Des recours internationaux restent envisageables, notamment devant la Cour africaine des droits de l’Homme et des Peuples. En outre, dit-il, « La suspension des réseaux sociaux au Gabon peut se justifier légalement par la protection de l’ordre public, mais ses effets sur les droits fondamentaux nécessitent une évaluation stricte. Une suspension prolongée et générale pourrait être considérée comme disproportionnée, affectant la liberté

L’IMPÔT DE L’OMBRE – QUAND LA CORRUPTION

Une réalité sombre ronge le quotidien des foyers gabonais. Si l’inflation mondiale est souvent pointée du doigt pour expliquer la cherté de la vie, on oublie trop souvent de mentionner un prédateur silencieux : la corruption administrative Pour de nombreuses familles, le droit n’est plus une garantie gratuite ; il est devenu une marchandise. Et ce troc forcé entre l’usager et l’agent public a un prix qui se paie directement au détriment du budget familial. La gratuité : une obligation juridique détournée En droit, les choses sont pourtant claires. La Constitution gabonaise, dans son article 1er, proclame que l’État est au service du citoyen et garantit l’égalité de tous devant la loi. De plus, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), ratifié par notre pays, impose à l’État de garantir un niveau de vie suffisant. L’obtention d’un acte de naissance, le dépôt d’un dossier administratif ou l’accès à des services publics ne devraient jamais faire l’objet de négociations financières occultes. Pourtant, nous assistons à une dérive où la “gratuité” est devenue une fiction. La lenteur administrative finit parfois par devenir une monnaie d’échange : on bloque le droit pour monnayer son accès. Ce que le citoyen finit par payer sous forme de “frais de carburant”, de “petit café” ou de “motivation”, n’est rien d’autre qu’un impôt de l’ombre. Cette pratique contrevient directement à la Loi n°002/2003 instituant un dispositif de prévention et de répression de la corruption et de l’enrichissement illicite. C’est une taxe illégale prélevée sur la vulnérabilité des parents qui n’ont plus le temps d’attendre que la loi soit simplement appliquée. Le droit face au panier familial : le coût du sacrifice Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut sortir des codes juridiques et entrer dans les réalités du quotidien. Derrière chaque “arrangement” administratif se cache une perte concrète pour les familles. Dans le secteur de la santé, obtenir un rendez-vous rapide ou un lit d’hôpital peut parfois coûter plusieurs milliers de francs CFA de “frais d’intervention”. Pour un foyer modeste, cette somme représente des jours de transport scolaire, des repas ou des fournitures essentielles. Ici, la corruption ne vole pas seulement de l’argent : elle réduit les capacités de survie et fragilise l’avenir des enfants. Qu’il s’agisse de l’état civil, du foncier ou d’autres démarches administratives, chaque somme indûment réclamée pour “faire avancer un dossier” représente un arbitrage douloureux pour les familles. Ce qui disparaît dans la poche d’un agent indélicat, c’est autant de ressources en moins pour l’alimentation, la santé ou l’éducation. Le constat est sans appel : chaque acte de corruption administrative devient un transfert direct de richesse de la cellule familiale vers l’arbitraire bureaucratique. Le sacrifice des priorités essentielles Le drame de cette corruption ordinaire est qu’elle ne frappe pas le superflu. Les familles ne réduisent pas des dépenses de luxe pour payer ces pratiques illégales ; elles sacrifient l’essentiel. La Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples consacre pourtant le droit à la dignité et à la santé. Mais ces principes s’effritent lorsque le budget médical, scolaire ou alimentaire est absorbé par des frais “extra-légaux”. La corruption crée ainsi un cercle vicieux de précarité. Elle appauvrit les foyers, puis les rend encore plus dépendants des circuits informels pour espérer accéder à leurs droits. Au-delà de l’argent, c’est aussi la dignité des citoyens qui est atteinte. Devoir quémander un droit légal en sortant discrètement un billet de sa poche est une humiliation que l’État de droit est censé empêcher, mais que certaines pratiques administratives finissent par banaliser. Rendre au droit sa valeur réelle Célébrer la Journée internationale des familles en ignorant cette réalité quotidienne serait une hypocrisie. Restaurer l’État de droit au Gabon, ce n’est pas seulement voter des lois, mais s’assurer que l’argent durement gagné par les citoyens serve réellement à nourrir, soigner et éduquer leurs enfants. La lutte contre la corruption administrative est aussi une mesure de protection sociale. Car protéger la famille, c’est d’abord protéger son budget contre l’arbitraire. Le “petit café” d’un agent public ne devrait jamais coûter le repas d’un enfant gabonais. Et lorsqu’un citoyen doit payer pour obtenir ce que la loi lui garantit déjà, ce n’est plus seulement l’administration qui dysfonctionne : c’est le contrat social lui-même qui commence à se fissurer.

« ENSEMBLE POUR LA SANTÉ »

Chaque année, le 7 avril, la communauté internationale célèbre la Journée mondiale de la Santé, une initiative portée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) depuis 1948. Cette journée vise à attirer l’attention sur les enjeux sanitaires majeurs et à rappeler que la santé constitue un droit fondamental. Le thème retenu cette année, « Ensemble pour la santé », souligne une idée simple mais essentielle : l’amélioration de la santé publique ne peut reposer uniquement sur les institutions sanitaires. Elle nécessite l’engagement conjoint des États, des professionnels de santé, des organisations internationales et des citoyens eux-mêmes. La santé, un droit fondamental Le droit à la santé est reconnu par plusieurs instruments juridiques internationaux. La Constitution de l’OMS affirme que « La jouissance du meilleur état de santé possible constitue un droit fondamental pour tout être humain. » De son côté, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (article 12) reconnaît « le droit de toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible. » Au Gabon, ce principe trouve également un fondement constitutionnel. La Constitution nationale, notamment en son article 1er, consacre la dignité de la personne humaine et l’égalité des citoyens. L’article 14 reconnaît le droit à la santé et à la protection sociale. Ces dispositions traduisent l’obligation pour l’État de mettre en place des politiques publiques permettant à tous les citoyens d’accéder aux soins. Des défis sanitaires qui persistent Malgré les avancées enregistrées dans plusieurs domaines, l’accès aux services de santé demeure un défi dans de nombreux pays, y compris en Afrique. Dans certaines zones rurales ou dans des localités situées à l’intérieur du Gabon, l’éloignement des infrastructures sanitaires, le manque de personnel médical ou encore le coût des soins peuvent limiter l’accès effectif aux services de santé. Ces difficultés touchent particulièrement les populations les plus vulnérables : enfants, personnes âgées, femmes enceintes ou personnes vivant dans la précarité. La prévention reste également un enjeu central. De nombreuses maladies pourraient être évitées grâce à une meilleure sensibilisation aux règles d’hygiène, à la vaccination ou à un accès plus large aux services de santé primaires. Une approche collective de la santé Le thème « Ensemble pour la santé » met en lumière la nécessité d’une approche collective. La santé publique ne dépend pas uniquement des hôpitaux ou des médecins. Elle repose aussi sur des facteurs sociaux, économiques et environnementaux. L’accès à l’eau potable, l’assainissement, l’éducation sanitaire, la nutrition ou encore la protection de l’environnement jouent un rôle déterminant dans la prévention des maladies. Les collectivités locales, les associations, les organisations communautaires et les citoyens ont donc un rôle à jouer dans la promotion de la santé. Des perspectives pour renforcer les systèmes de santé Pour améliorer durablement la santé des populations, plusieurs actions peuvent être envisagées à travers : Une priorité pour le développement La santé constitue un pilier essentiel du développement humain. Une population en bonne santé participe plus activement à la vie économique, sociale et éducative d’un pays. La Journée mondiale de la Santé rappelle ainsi que la santé n’est pas seulement une question médicale. Elle représente un enjeu social, économique et juridique majeur. En choisissant le thème « Ensemble pour la santé », la communauté internationale rappelle que la protection de la santé publique est une responsabilité partagée. C’est par l’action collective, la solidarité et l’engagement de tous que le droit à la santé pourra devenir une réalité pour chaque citoyen.

« ENSEMBLE POUR LA SANTÉ »

Chaque année, le 7 avril, la communauté internationale célèbre la Journée mondiale de la Santé, une initiative portée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) depuis 1948. Cette journée vise à attirer l’attention sur les enjeux sanitaires majeurs et à rappeler que la santé constitue un droit fondamental. Le thème retenu cette année, « Ensemble pour la santé », souligne une idée simple mais essentielle : l’amélioration de la santé publique ne peut reposer uniquement sur les institutions sanitaires. Elle nécessite l’engagement conjoint des États, des professionnels de santé, des organisations internationales et des citoyens eux-mêmes. La santé, un droit fondamental Le droit à la santé est reconnu par plusieurs instruments juridiques internationaux. La Constitution de l’OMS affirme que « La jouissance du meilleur état de santé possible constitue un droit fondamental pour tout être humain. » De son côté, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (article 12) reconnaît « le droit de toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible. » Au Gabon, ce principe trouve également un fondement constitutionnel. La Constitution nationale, notamment en son article 1er, consacre la dignité de la personne humaine et l’égalité des citoyens. L’article 14 reconnaît le droit à la santé et à la protection sociale. Ces dispositions traduisent l’obligation pour l’État de mettre en place des politiques publiques permettant à tous les citoyens d’accéder aux soins. Des défis sanitaires qui persistent Malgré les avancées enregistrées dans plusieurs domaines, l’accès aux services de santé demeure un défi dans de nombreux pays, y compris en Afrique. Dans certaines zones rurales ou dans des localités situées à l’intérieur du Gabon, l’éloignement des infrastructures sanitaires, le manque de personnel médical ou encore le coût des soins peuvent limiter l’accès effectif aux services de santé. Ces difficultés touchent particulièrement les populations les plus vulnérables : enfants, personnes âgées, femmes enceintes ou personnes vivant dans la précarité. La prévention reste également un enjeu central. De nombreuses maladies pourraient être évitées grâce à une meilleure sensibilisation aux règles d’hygiène, à la vaccination ou à un accès plus large aux services de santé primaires. Une approche collective de la santé Le thème « Ensemble pour la santé » met en lumière la nécessité d’une approche collective. La santé publique ne dépend pas uniquement des hôpitaux ou des médecins. Elle repose aussi sur des facteurs sociaux, économiques et environnementaux. L’accès à l’eau potable, l’assainissement, l’éducation sanitaire, la nutrition ou encore la protection de l’environnement jouent un rôle déterminant dans la prévention des maladies. Les collectivités locales, les associations, les organisations communautaires et les citoyens ont donc un rôle à jouer dans la promotion de la santé. Des perspectives pour renforcer les systèmes de santé Pour améliorer durablement la santé des populations, plusieurs actions peuvent être envisagées à travers : Ces efforts doivent s’inscrire dans une stratégie globale visant à garantir un accès équitable aux soins pour l’ensemble de la population. Une priorité pour le développement La santé constitue un pilier essentiel du développement humain. Une population en bonne santé participe plus activement à la vie économique, sociale et éducative d’un pays. La Journée mondiale de la Santé rappelle ainsi que la santé n’est pas seulement une question médicale. Elle représente un enjeu social, économique et juridique majeur. En choisissant le thème « Ensemble pour la santé », la communauté internationale rappelle que la protection de la santé publique est une responsabilité partagée. C’est par l’action collective, la solidarité et l’engagement de tous que le droit à la santé pourra devenir une réalité pour chaque citoyen.

EXPLOITATIONS FORESTIÈRES ET ENVIRONNEMENT

Dans les villages autour des forêts gabonaises, la vie est rythmée par la cueillette, la chasse, la médecine traditionnelle. Pourtant, ces communautés locales, gardiennes de l’équilibre écologique, sont souvent les premières victimes des exploitations forestières. Leur souffrance, bien que silencieuse, est profonde aux plans économique, psychologique et culturel. Quand la forêt disparait, les vies se fragmentent Pour les familles autochtones, la forêt n’est pas une ressource abstraite, mais un espace de survie et de sens. Quand les arbres tombent, c’est toute une partie de leur identité qui s’effrite. « Ma grand‑mère me disait que chaque arbre est un parent ». « Aujourd’hui, nous devons enterrer ces parents », confie un frère de la communauté peul. Le droit à l’information et à la consultation bafoué Le Code forestier gabonais prévoit que les populations locales soient consultées sur les projets les affectant. À l’international, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) garantit le droit à la consultation libre, préalable et éclairée (CLPE).  Dans les marchés de Port‑Gentil ou les quartiers de Franceville, parler de dette publique peut sembler abstrait. Mais dans les foyers, c’est une réalité concrète qui se traduit par des « choix impossibles » : nourrir la famille ou payer l’électricité ? Soigner un enfant ou envoyer l’autre à l’école ? Dans ce contexte, le silence des plus faibles résonne comme un échec collectif. Le droit à un niveau de vie décent ignoré La Constitution gabonaise (article 14) garantit le droit à un niveau de vie suffisant, et le PIDESC (article 11) impose l’accès à une alimentation adéquate et à des services essentiels. Pourtant, la montée des prix et la contraction budgétaire liée au remboursement de la dette publique pressurent les budgets des ménages. Les effets sur la santé mentale sont bien réels : anxiété, stress constant, sentiment d’insécurité permanente. La dette qui pèse, les citoyens qui souffrent Les décisions de politique économique prises au sommet souvent sans transparence ni consultation réelle se traduisent par une réduction des subventions, une augmentation des coûts des biens essentiels, et des coupes dans les services publics. Les populations économiquement faibles, sans protection sociale solide, se retrouvent à la marge. Silence des droits économiques Mais dans de nombreux cas, cette consultation n’est qu’une formalité : on informe les communautés, sans jamais les écouter vraiment. Le résultat ? Un sentiment d’injustice, de dépossession et une détresse morale profonde qui traverse les générations. Une disparition silencieuse des moyens de subsistance La déforestation modifie le paysage et impacte l’accès à l’eau, aux plantes médicinales et aux gibiers. Elle remet en cause la sécurité alimentaire et la santé. Pourtant, les compensations promises restent rarement à la hauteur de la perte subie. Cette fragmentation sociale n’est pas qu’économique. Elle est psychologique, voire culturelle. Les communautés locales ne demandent pas l’arrêt total de l’exploitation, mais un équilibre juste et respectueux de leurs droits humains, sociaux et environnementaux. Le silence imposé sur leur souffrance doit être rompu, non seulement pour leur dignité, mais pour l’avenir même de la gestion durable des ressources naturelles.

ACCÈS À L’EAU POTABLE

Au Gabon, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement reste profondément inégal. Selon les dernières statistiques, de nombreux villages n’ont pas de réseau fiable d’eau potable ni d’installations sanitaires adéquates. Cette situation entraîne une augmentation des maladies hydriques évitables, limite l’accès à l’éducation et freine le développement économique des provinces. Derrière les chiffres, il y a des vies et des droits bafoués. L’eau potable n’est pas un simple service  : elle est le socle de tous les autres droits. Sans eau propre, la santé se dégrade. Sans santé, l’éducation devient impossible. Sans éducation, les opportunités économiques se réduisent. Et sans emploi, la pauvreté s’installe et compromet la dignité individuelle et familiale. L’indignité silencieuse Au-delà des chiffres et des normes juridiques, l’absence d’eau potable met les familles face à un dilemme, celles-ci devant souvent choisir entre acheter de l’eau en bouteille ou subvenir à d’autres besoins essentiels comme la nourriture ou la scolarité. Cette réalité touche directement la dignité humaine et renforce les inégalités sociales. La responsabilité juridique de l’Etat Le Code civil impose à toute autorité de réparer le préjudice causé à autrui. L’absence de réseau d’eau potable et ses conséquences sur la santé, engage la responsabilité de l’État. Sur le plan international, la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples consacre le droit à l’eau potable comme un droit implicite à la vie et à la dignité. La violation de ce droit peut théoriquement être porté devant ladite Cour. Au niveau national, la Constitution affirme la protection des droits fondamentaux et la conscience des enjeux environnementaux. Pourtant, sur le terrain, l’accès à l’eau reste inégal selon les provinces et les villages. Les conséquences sont visibles : maladies hydriques, absentéisme scolaire, réduction des opportunités économiques et renforcement de la précarité. Un enjeu stratégique et national Garantir l’accès à l’eau potable et à l’assainissement dans tous les villages du Gabon est un défi à la fois technique, politique et moral. Les infrastructures doivent être étendues et entretenues, les campagnes de sensibilisation sur l’hygiène doivent accompagner l’accès à l’eau, et le financement, public ou privé, doit viser la couverture universelle. Vers l’avenir : une vision prospective L’amélioration de l’accès à l’eau potable pourrait transformer profondément les villages gabonais. Moins de maladies, plus d’enfants à l’école, des familles libérées de la corvée quotidienne du transport de l’eau. L’eau deviendrait alors un levier de développement local et de justice sociale. Si l’État et les acteurs privés se mobilisent, les villages pourraient devenir des pôles de développement durable. Les habitants pourraient participer pleinement à la vie économique, sociale et politique du pays, donnant corps aux principes constitutionnels d’égalité et de protection des droits fondamentaux. L’accès à l’eau potable n’est pas un luxe : c’est un droit fondamental, et son accès universel constitue une priorité nationale incontournable pour la santé, l’éducation et le développement économique du Gabon.

DROITS DE LA VEUVE ET DE L’ORPHELIN

Au Gabon, la veuve et l’orphelin incarnent une vulnérabilité profondément ancrée dans la structure sociale. Leur sort révèle souvent l’écart entre les promesses juridiques des textes et la réalité vécue. À chaque décès d’un chef de ménage, c’est tout un système de protection sociale qui est mis à l’épreuve : droits successoraux, prise en charge des enfants, accès à la propriété, sécurité économique et psychosociale. Si le droit reconnaît la dignité et la protection de la personne humaine, sa mise en œuvre soulève d’importants défis. Cadre juridique national : des droits affirmés mais fragmentés La Constitution gabonaise (article 1er) garantit la dignité humaine comme valeur fondamentale. L’article 14 reconnaît à tout citoyen le droit à la santé et au bien‑être, sans discrimination. Sur cette base constitutionnelle, les veuves et les orphelins devraient jouir d’une protection accrue. Le Code civil gabonais, bien qu’héritier d’une tradition juridique inspirée du droit civil français, comporte des dispositions sur la responsabilité familiale, la succession et l’autorité parentale. Conformément au droit, les héritiers réservataires, notamment les enfants, doivent recevoir une part de la succession. La veuve ne peut être totalement exclue de l’héritage. La loi n°5/2019 relative à la protection sociale reconnait aussi la nécessité d’un filet social pour les personnes sans ressources. Succession et droit de propriété : une application variable L’application des dispositions susmentionnées varie fortement selon les régions et les milieux socioculturels. Dans certains contextes coutumiers, la veuve est écartée de la succession familiale au profit des héritiers masculins. Cette pratique est contraire aux normes constitutionnelles et aux engagements internationaux du Gabon, notamment la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples (article 18) qui reconnaît la protection de la famille et recommande à l’État de légiférer dans ce sens. Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) impose aussi l’égalité des droits en matière de protection sociale. Cette dualité des normes entre droit étatique et pratiques coutumières laisse des veuves sans moyens de subsistance et des orphelins sans soutien stable. Sansjugement clair et sans accompagnement institutionnel, beaucoup se retrouvent dans une précarité durable. Orphelins : protection juridique mais lacunes sociales Les orphelins, en particulier ceux qui ont perdu leurs deux parents, sont reconnus comme des personnes nécessitant une protection spéciale. La Convention relative aux droits de l’Enfant, ratifiée par le Gabon, garantit à tout enfant le droit à l’éducation, à la santé, à un niveau de vie suffisant et à une protection contre l’exploitation. En théorie, ces normes s’appliquent à tous les enfants, y compris les orphelins. Cependant, l’absence d’un fichier national des enfants en situation de vulnérabilité, de dispositifs d’accueil et de tutelle bien structurés, limite l’accès réel à ces droits. De nombreux orphelins se retrouvent à la charge de membres de la famille élargie, parfois sans ressources suffisantes et sans suivi social ou psychologique. Obstacles à l’exercice des droits Plusieurs facteurs limitent l’effectivité des droits reconnus. Notamment : Initiatives et pistes d’amélioration Des ONG locales, des associations de femmes et des organisations religieuses tentent de combler ces lacunesà travers : Ces efforts louables restent fragmentaires sans cadre étatique cohérent, l’écart entre la lettre et la mise en œuvre étant considérable. Pour honorer ses engagements nations et internationaux, l’Etat doit renforcer l’accès à la justice, harmoniser les pratiques coutumières avec le droit étatique, investir dans des politiques publiques intégrées de protection sociale et protéger les personnes vulnérables conformément au principe de la dignité humaine

LE DROIT AUX SOINS PSYCHIQUES

On ne repère pas une urgence seulement au bruit qu’elle fait. Il existe des urgences muettes, qui avancent sans sirène, sans communiqué officiel, sans statistiques mises en vitrine. La santé mentale au Gabon appartient à cette catégorie : elle se voit dans la rue, dans le regard de celles et ceux qui errent, dans les familles qui taisent, dans les couloirs hospitaliers où l’on renonce faute de moyens. Elle se voit surtout dans un paradoxe : le droit existe dans les textes, mais il peine à s’inscrire dans les faits. La santé mentale reste reléguée au second plan. Pourtant, le droit y afférent est un droit humain fondamental, porté par des engagements internationaux et la loi nationale. Mais entre la proclamation et l’accès réel aux soins, l’écart est devenu une forme d’injustice silencieuse. Dans les familles, la maladie psychique est encore trop souvent interprétée comme une honte, une faute, une menace pour la réputation. On cache “par pudeur”, on retient “pour éviter le qu’en-dira-t- on”, on enferme parfois “pour protéger”. Résultat : la souffrance devient clandestine, et ce qui est clandestin s’aggrave. Dans les écoles, dans les prisons, sur les lieux de travail, les troubles restent mal compris, peu diagnostiqués, rarement pris en charge avec dignité. La rue, elle, ne cache rien. À Libreville comme dans certaines villes de l’intérieur, des personnes en détresse psychique dorment dehors, exposées à la faim, aux violences, aux intempéries, aux abus. Et cette scène répétée finit par produire un poison social : l’habituation. On finit par ne plus voir, ne plus entendre, ne plus sentir au risque de renoncer à agir et faire valoir le droit. Pour ne citer que l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être… » Mais au-delà de ce texte, le défi est d’appliquer de manière effective et concrète le droit. Melen : Un test pour l’État de droit Symbole le plus criant de l’abandon des personnes souffrant de troubles mentaux, le centre psychiatrique de Melen. Créé en 1982, cette structure fait face à des défis majeurs (vétusté des infrastructures, manque d’équipements et de personnels, abandon des malades par les familles). Melen est un révélateur des conditions de traitement de ceux et celles dont la fragilité et la vulnérabilité bousculent l’ordre social. L’état des lieux du Centre de Melen appelle à : la réhabilitation du centre basée sur l’allocation d’un budget substantiel, la formation de personnels, l’intégration de la santé mentale aux soins de base, notamment en zone rurale, l’organisation de campagnes de sensibilisation. A l’échelle nationale, le Gabon gagnerait à se doter de centres dans chaque province. La santé mentale est un test pour l’Etat de droit. Non un test moral, mais un test institutionnel. L’État se reconnaitra à sa capacité à : protéger les personnes exposées aux troubles psychiques ; à rendre compte de ce qui est fait, de ce qui n’est pas fait, des moyens mobilisés et mis en en œuvre, et des résultats  des actions menées.

LE CHANTIER PERMANENT

Chaque être humain dispose, quelle que soit sa situation, de droits fondamentaux qui garantissent sa dignité, sa liberté, son égalité et sa sécurité. Ces droits ne sont pas des idées abstraites réservées aux juristes : ils se vivent au quotidien, dans l’accès à la justice, la liberté d’expression, le respect des procédures, la protection contre toute forme de violence ou de discrimination. Pourtant, au Gabon, comme ailleurs, leur respect reste un chantier permanent. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme, via son bureau régional pour l’Afrique centrale, suit de près et soutient les efforts du Gabon en matière de promotion et de protection des droits humains. Sur le plan institutionnel, une nouvelle Constitution a été adoptée à l’issue du référendum du 16 novembre 2024. Les résultats ont été validés le 29 novembre par la Cour constitutionnelle et la loi fondamentale promulguée le 19 décembre. Ce texte symbolise le retour à l’ordre démocratique après une transition politique inédite. Au-delà des textes, la réalité reste contrastée. Pour ne citer qu’un exemple, l’état des lieux dans les prisons présente des risques sanitaires majeurs pour les détenus.  Le président de l’Association SOS Prisonniers, Lionel Ella Engonga, cite entre autres la surpopulation, les mauvaises conditions d’hygiène,  les détentions préventives prolongées et des cas de mauvais traitements y compris des tortures. Lors de la célébration, le 10 décembre 2025, de la Journée mondiale des droits humains, une procédure inédite a été introduite devant la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples. L’affaire, portée par le Cabinet Bensimhon & Associés pour le compte d’Hervé Patrick Opiangah, met en cause l’État gabonais pour des violations présumées des droits à la dignité, à un procès équitable et à la liberté. Ce recours régional marque une avancée notable dans l’usage des mécanismes juridiques africains pour faire respecter les droits fondamentaux. Cette évolution illustre un point essentiel : comprendre ses droits ne suffit pas. Il faut aussi savoir les revendiquer, y compris par les voies juridiques nationales, régionales ou internationales. Chaque citoyen informé, qui ose faire appel à ces instruments, participe à une société plus juste. La protection des mineurs reste également une priorité. Les 11 et 12 décembre 2025, une opération conjointe a été menée dans le Grand Libreville pour identifier et protéger des dizaines d’enfants victimes d’exploitation ou de violences. Cette initiative a été prise en charge par la Direction des Affaires sociales, de la Protection de l’Enfance et de l’Assistance judiciaire (DASPEAJ) en collaboration avec le parquet de la République et des officiers de police judiciaire (OPJ). Cette action a vu la présence de la directrice Gladys Maganga Moussavou et du substitut du procureur Vanida Charline Mengue Ogandaga. Ce type d’intervention montre que signaler une violation est souvent la première étape vers une réponse sociale et judiciaire adaptée. Dans ce contexte, revendiquer ses droits implique une double responsabilité : Respecter ses droits, c’est aussi respecter ceux des autres.  La liberté d’expression, par exemple, n’est pas un privilège isolé, mais une garantie pour tous d’exister dans un climat sans peur ni discrimination.

NON AU DÉRAPAGE DES FORCES DE SÉCURITÉ

Dans de nombreuses situations, les forces de sécurité – policiers, gendarmes, militaires – sont appelées à garantir la paix, l’ordre et la sécurité publique. Pourtant, il arrive trop souvent que leurs interventions dérapent, révélant un usage disproportionné de la force, des arrestations arbitraires, ou encore des violences injustifiées à l’encontre des civils. Ces abus, qu’ils soient dus à un manque de formation ou à une mauvaise compréhension de leur rôle dans la promotion des droits humains, posent un véritable défi à l’État de droit. Des dérapages encore fréquents Que ce soit lors de manifestations, de contrôles de routine ou d’interpellations, des citoyens font face à des comportements répressifs de certains agents. Dans ces cas, la question centrale demeure : est-ce un excès de zèle ? Un abus de pouvoir ? Ou un manque de connaissance des droits de la personne ? Quoi qu’il en soit, ces actions nuisent à la confiance entre population et forces de sécurité. Et c’est cette confiance qui est pourtant essentielle à la stabilité d’un pays. Un cadre juridique clair, mais trop souvent ignoré Les forces de sécurité exercent leur mission dans un cadre juridique précis. La Constitution nationale, le Code pénal et les traités internationaux ratifiés par le Gabon, notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples définissent les limites de leur pouvoir. Ces textes garantissent le droit à la dignité, à la sûreté, à la liberté d’expression et d’opinion. Dès lors, tout acte de violence non justifié, toute détention arbitraire ou atteinte aux droits d’un civil est une entorse à la loi. Aucun uniforme ne donne le droit de bafouer les droits fondamentaux. Être au service, pas au-dessus de la loi Être en uniforme ne donne pas le droit d’ignorer les principes d’éthique et de dignité humaine. Les forces de sécurité doivent être *tenues pour responsables* en cas d’abus. Chaque dérapage impuni affaiblit l’État de droit. L’instauration de mécanismes de plainte accessibles, de comités de surveillance indépendants et d’une justice impartiale est essentielle pour garantir que personne, y compris les agents de sécurité, ne soit au-dessus des lois. Un rôle crucial dans la défense de la démocratie Les forces de sécurité ont un rôle fondamental à jouer dans la promotion des droits humains. En respectant et en protégeant les droits des citoyens y compris les défenseurs des droits humains, elles deviennent elles-mêmes des piliers de la démocratie. Il ne s’agit pas d’opposer sécurité et droits humains, mais de les faire avancer ensemble. Car un agent de sécurité qui ne respecte pas les droits finit toujours par devenir une menace pour tous. Construire une société respectueuse des droits humains passe inévitablement par une réforme profonde de la culture sécuritaire. Cela commence par la formation, se poursuit par la responsabilisation, et se consolide par des mécanismes de protection pour les citoyens comme pour les défenseurs des droits humains. Protéger les droits humains, c’est aussi protéger la paix.