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« PAUVRETÉ : UNE MENACE POUR LA STABILITÉ NATIONALE » DR. ANDRÉ ADJO

« PAUVRETÉ : UNE MENACE POUR LA STABILITÉ NATIONALE » DR. ANDRÉ ADJO Du point de vue du politologue que je suis, la question de la pauvreté est importante parce qu’elle touche à la stabilité du pays. À cet égard, elle peut être perçue comme une menace parce que le déclassement d’une partie de la population peut entrainer la société dans une forme de cercle vicieux nourri par des dérégulations sociales.   À titre d’exemple, l’insécurité peut être appréhendée comme un facteur qui est aussi le fruit de l’inoccupation d’un certain nombre de compatriotes. C’est encore plus inquiétant quand on sait que ce phénomène de la pauvreté, comme l’indique le rapport général du recensement de la population gabonaise de 2013, touche notamment les jeunes.   Le rapport précise que dans la catégorie des jeunes de 15 à 34 ans, c’est le groupe des 15-19 ans qui est le plus touché, c’est à dire la tranche la plus active de la population qui, quand elle est inactive, peut s’adonner facilement à des vices qui portent un préjudice lourd à la société toute entière. C’est précisément cette jeunesse dont on devrait plutôt s’occuper pour qu’elle prenne le relai dignement. Si on s’attaquait à la question de la pauvreté en tant que phénomène social et en tant que problème politique, on verrait qu’elle peut être une opportunité pour la société toute entière qui, à ce moment-là, basculerait dans une logique de cercle vertueux car, en employant plus de ressources humaines, c’est au bout du compte l’État qui serait bénéficiaire, y compris par les impôts qui, à ce moment-là entreraient dans ses caisses. Autant la pauvreté peut être une menace, autant elle peut être une opportunité si la société se donne les moyens de traiter cette question.   « Vivre » – Quelle est votre analyse du lien entre politique et pauvreté ?   Dr André Adjo – La société gabonaise moderne est une société qui est le fruit de l’histoire coloniale dont la caractéristique, notamment dans l’économie française, était la rente, une économie basée sur l’extraction. Au Gabon, particulièrement, il y a eu le bois, le pétrole et les minerais qui, aujourd’hui font l‘essentiel de la richesse de ce pays. Lorsqu’on a basculé en 1960 dans ce qu’on appelle l’indépendance, on n’a pas véritablement modifié la structure de l’économie basée sur la rente pour laquelle, d’ailleurs, nous ne détenions à cette époque-là ni l’expertise ni l’appareil productif. Nous nous contentions des taxes qui découlaient des accords que nous avions signés avec les grandes entreprises des anciens pays colonisateurs. Nous sommes restés dans ce modèle économique qui ne peut pas apporter de la prospérité d’autant que la population s’est accrue amplement. De  1960 à 2024, la population est passée de 400 voire 500 milles personnes à peut-être un peu plus de 2 millions.   Attendons les recensements à venir. Donc, c’est d’abord le produit d’un choix économique qui ne pouvait pas apporter autre chose que le chômage de masse parce que le système de redistribution a ses limites.  La deuxième lecture que je fais de ce phénomène se base sur la gouvernance. On a déployé une gouvernance qui s’est uniquement basée sur la redistribution. On n’a pas pensé à asseoir un modèle économique qui se fonde sur un appareil productif, même le plus accessible. Je parle des domaines du secteur primaire tels que l’agriculture et la pêche qui nous auraient permis de développer des emplois, avec ceci de particulier que ces emplois auraient pu être déployés sur toute l’étendue du territoire, d’autant que toutes les provinces du Gabon ont des terres et de l’eau. Nous sommes restés au niveau de l’économie de rente et, en fonction du prix du baril du pétrole, selon qu’il est à la hausse, nous sommes contents et quand il baisse, on tousse.   En 2024, à l’issue du Dialogue national, la commission économique a conclu à un changement de paradigme sur la question, à la nécessité de passer d’une économie de rente à une économie de production. Le constat est fait. Il faut réfléchir aux mécanismes à mettre en place pour changer effectivement de paradigme, mais la structure de l’économie actuelle n’est pas viable et, donc, elle va laisser de plus en plus une partie de la population dans le désœuvrement, ce qui, par ailleurs n’est pas profitable pour le pays.   La gouvernance est déployée par un exécutif, par ceux qui gèrent l’exécutif depuis 1960. Ce sont les hommes politiques qui en ont la direction par le biais des élections. C’est l’homme politique qui pense la cité, par le biais de la gouvernance. En fonction de ce qu’il initie, de ce qu’il met en œuvre, notamment en économie, on apprécie les résultats. Jusqu’ici, il n’y a pas eu d’efforts particuliers pour déployer une gouvernance économique qui soit identifiable et dont on peut évaluer les visées, les retombées, etc. y compris en termes d’effets d’entrainement, parce que, en touchant la question des infrastructures routières en particulier, on aurait pu s’attendre à ce que la route ait des effets d’entrainement bénéfiques pour les commerçants de l’intérieur, les petits producteurs, etc… Même la route n’a pas été faite. La responsabilité est d’abord celle du politique. Car c’est lui qui organise la cité, y compris dans le domaine économique. Ça c’est indépassable. C’est peut-être le sens des recommandations du Dialogue d’Angondjé, qui concluent que jusqu’ici le modèle économique a été inopérant, d’où la nécessité de changer de paradigme.   Les populations démunies peuvent-elles prétendre à une vie meilleure ?   Jusqu’ici, on n’a pas de raisons de ne pas le croire. Le Gabon regorge d’un potentiel important dans beaucoup de domaine. Il est donc impensable qu’en organisant bien la cité, chaque gabonais n’ait pas un revenu minimum. C’est le potentiel économique du Gabon qui nous fait croire qu’en organisant un peu mieux la cité, on ferait en sorte que le Gabonais ait un minimum. Il y a des niches qui s’amenuisent parce que les problèmes deviennent très importants. Il faut veiller au fonctionnement du pays, il faut investir, « PAUVRETÉ : UNE MENACE POUR LA STABILITÉ NATIONALE » DR. ANDRÉ ADJO

TRAITEMENT ET DROITS DES EXPROPRIÉS

Les personnes expropriées se plaignent souvent du traitement que l’État leur inflige lorsqu’il décide de réaliser un projet d’intérêt commun sur une terre déjà occupée par des citoyens. Selon le législateur, avant le début de l’expropriation, l’État se doit d’informer les habitants de la zone impactée par le projet d’intérêt commun, encore appelé déclaration d’utilité publique. Les habitants concernés peuvent espérer bénéficier d’une indemnisation qui va leur permettre de se reloger ailleurs. Sur la base du droit, on ne peut pas être exproprié sans être indemnisé. Maitre Farafina Boussougou-Bou-Mbina apporte des réponses aux  interrogations des victimes d’expropriation.

LE QUOTIDIEN D’UN RETRAITÉ

La retraite est une étape importante dans la vie de toute personne qui a été en activité. Malheureusement, elle n’est pas toujours heureuse car, si elle est synonyme de repos, elle s’accompagne d’une diminution des revenus. « Vivre » a rencontré Théophile Moubassango, animateur radio à la retraite, mais qui, du fait de son dévouement, est toujours en activité. Dans la vidéo que vous allez suivre, il fait état du vécu d’un retraité.

ANTHROPOLOGIE ET HABITAT

À l’heure où le Gabon s’emploie à faire peau neuve des suites d’une rupture de régime en 2023 et l’arrivée des militaires au pouvoir, quel peut être l’apport de l’anthropologie dans la restauration et la gestion de l’habitat ? Le magazine « Vivre » s’est rapproché du Professeur Emmanuelle Nguema Minko, maître de conférences en anthropologie et sociologie politique. Cette branche s’occupe de l’analyse des systèmes de croyances, des représentations sociales, des identités politiques et de l’imaginaire, entre autres. À travers un entretien à bâtons rompus avec le Pr Nguema Minko, ce décryptage sociétal va nous permettre d’appréhender la problématique de l’habitat.

ÉTATS GÉNÉRAUX DE L’HABITAT

Le ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre va à la chasse aux goulots d’étranglement qui empiètent sur la dignité des Gabonais à vivre dans des logements décents et abordables financièrement. Une grande messe, rassemblant les acteurs nationaux et les partenaires techniques et financiers de la communauté internationale dans le cadre des États généraux sur l’habitat, s’est penché les 15-16 mai derniers sur 5 thématiques : Le développement urbain et l’amélioration du cadre de vie. Le foncier Le logement et la promotion immobilière. Le financement du secteur habitat. Le renforcement des capacités opérationnelles du ministère de l’Habitat. Le diagnostic est accablant et très peu reluisant. À l’issue des États généraux, les participants ont fait des recommandations portant, entre autres, sur le renforcement du cadre législatif et réglementaire, la consolidation du rôle des chefs de quartiers dans la législation domaniale, de l’implication de l’État et des partenaires dans la promotion immobilière, et la pénalisation de la vente de parcelles sans titre de propriété.  Le vice-président de la République, Joseph Owondault Berre, a donné son appréciation des États généraux sur l’habitat. Les conclusions, comme vous allez l’entendre « sont dans le droit fil du Dialogue national inclusif. » De son côté, le Premier ministre, Raymond Ndong Sima, s’est appesanti sur la nécessité de créer des « villes plus attractives » pour que le Gabon soit compétitif au niveau régional. La question du financement du plan d’action et la stratégie de mobilisation de ressources était au cœur de l’intervention du ministre de l’Habitat, Ludovic Megne Ndong.

PAUVRETÉ

Les mots ne manquent pas pour qualifier la pauvreté. Elle est une menace, un facteur d’insécurité, de destruction du tissu social et de déstabilisation de la nation. Pour autant, elle n’est pas une fatalité. Bien au contraire. Elle peut être réduite significativement pour peu que les états y mettent les moyens. Mais qu’est au juste la pauvreté, quel est son lien avec le vivre décemment, pourquoi se propage-t-elle dans un pays aussi riche que le Gabon qui, de surcroit, compte moins de 2 500 000 habitants ? Afin de vous éclairer sur la question et faire le point, « Vivre » s’est tourné vers le docteur Estelle Kalle, économiste en développement.

VIOLENCE À DOMICILE

Derrière les portes, loin des regards, ou en présence de leurs proches, les victimes des violences domestiques crient au secours. Nombre d’entre elles, meurtries, ont rejoint l’organisation non gouvernementale (ONG) Femme Lève-Toi et en sont devenues des membres actifs. Darleine et Télésphore sont de ceux-là. L’ONG les a aidés à se relever, à se reconstruire, à donner un sens à leur vie et à secourir d’autres victimes. Qu’est-ce que la violence domestique et quelles sont les séquelles que vous en avez gardées? Darleine : La violence domestique se définit comme le fait de subir des actes de violence en milieu familial. Les violences domestiques sont physiques, verbales, psychologiques, morales, sexuelles et mêmes financières. J’ai subi toutes ces formes de violences de la part de mon époux. Pour un oui ou pour un non, pour un mot mal placé, il en venait à ces actes de violence. Subir des violences au plan moral vous marque à vie. J’ai des flashbacks. J’ai subi des traumatismes. Par la grâce de Dieu, j’arrive à reprendre le dessus, à oublier. Pour ce qui est des séquelles physiques, je ne m’en suis rendu compte que bien après. Lors d’une dispute, mon époux m’avait giflée à l’œil droit. Pendant une semaine, je n’arrivais pas à l’ouvrir. Quand je venais à la lumière du jour, c’était horrible. C’était très douloureux. Télésphore : J’ai d’abord subi des violences verbales de mon épouse pour la simple raison que je vivais une situation financière difficile. Quand ma femme parlait, ses enfants applaudissaient. C’est un choc psychologique mais je m’interdisais de réagir, de frapper une femme. Je lui donnais des conseils. Au plan physique, j’ai pris un coup de vieux. Sur le plan psychologique, les violences provoquent des chocs. Tenez, quand on me parle du mariage, ça me refroidit. J’ai des angoisses. Quand vous êtes blessé, même si ça cicatrise, toutes les fois que vous regardez la cicatrice, vous vous en souvenez. Avez-vous consulté un psychologue pour vos troubles psychologiques ? Darleine : J’ai dû voir un psychologue parce que je n’arrivais pas à surmonter la douleur. J’en suis arrivée au point d’avoir des pensées suicidaires. La seule chose qui me retenait ce sont mes trois enfants. Je me suis dit : si je meurs, comment feront-ils ? Le père n’en est pas un. Quant à mes parents, ce n’est pas à eux de s’en occuper. C’est à moi de m’en occuper. Par la grâce de Dieu, on m’a mise en contact avec une psychologue qui m’a suivie pendant un mois et demi, deux mois. C’est elle qui m’a aidée à surmonter cette épreuve, à reprendre le dessus, à pouvoir espérer me remarier un jour. Télésphore : Je suis suivi par un psychologue qui travaille avec l’OFLT. Je dois dire que ma rencontre avec cette ONG, mes entretiens avec la présidente et les séances de prière m’ont aidé à me remettre, à reprendre une vie normale. Je crois que ça ira. J’ai appris à ne pas vivre mon traumatisme de l’intérieur, à pardonner à mon ennemi. Avant je n’y arrivais pas. J’étais dans une colère noire. Mais, maintenant, je crois que je suis libre. Pendant combien de temps avez-vous été victime de violence domestique et quand vous êtes-vous dit : ça suffit ? Darleine : J’ai été victime de violence pendant toute la période qu’a duré mon mariage. J’ai vécu six ans de calvaire. A la septième année, je suis devenue active au sein de l’OFLT. Le déclic a eu lieu après un atelier de renforcement des capacités. Accompagner les victimes tout en bénéficiant des techniques d’accompagnement des victimes m’a libérée. Je me suis dit : « Je suis moi-même victime. Les choses qu’on me raconte je les vis également. Je ne peux pas à la fois lutter contre les violences et les subir. Une fois ma décision prise, j’ai dit à mon mari : « Je ne veux plus de toi. Je veux divorcer. » Télésphore : Je me suis marié en avril 2010. Le 14 avril 2014, j’ai décidé de partir de la maison. J’avais découvert des choses qui n’étaient pas normales. Je suis tombé malade. C’était difficile. L’hôpital m’a recommandé de faire une échographie abdominale. Je me suis rapproché de la présidente et je lui ai demandé ce que l’ONG pouvait faire pour moi. Elle est revenue vers moi et m’a remis une enveloppe. J’ai fait les examens et j’ai découvert que j’avais une hépatite B. L’une de mes filles avait commencé à débloquer parce qu’elle avait perdu sa mère, ma première épouse. Elle n’a pas pu supporter. Elle voyait sa mère. Et le déclic dont vous parliez s’est produit. Une fois rentré à la maison, j’ai dit à ma femme : « Je ne peux plus continuer comme ça, je pars et je ne reviendrai pas sauf si tu changes de comportement. » Vos enfants ont-ils été victimes de la violence de votre mari ? Darleine : Oui. Le premier est une victime. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai quitté la maison. J’étais enceinte de six mois de ma fille, la troisième. Le premier avait 2 ans et le deuxième à peine 1 an. Il sortait même d’une hospitalisation. Le premier, qui était chez ma mère, lui a raconté ce qui se passait : « Mamie, quand on est à la maison, papa tape maman tous les jours et elle crie : Martial laisse-moi. » Ma mère a dit à mon mari : « Attention à ma fille. Je n’aime pas la façon dont tu la traites. » Monsieur s’est enflammé. Il a frappé l’enfant le lendemain en revenant du travail parce qu’il estimait qu’il n’avait pas le droit d’en parler à sa grand-mère. L’enfant hurlait: « Maman, c’est comment ? Maman, viens ! » Je suis allée vers lui, j’ai arraché la spatule. J’ai tapé mon mari. J’ai quitté la maison avec les enfants, j’ai soulevé un sac où j’ai mis quelques-unes de nos affaires et je suis partie chez la petite sœur de ma mère. Je pleurais. Arrivée à son domicile, VIOLENCE À DOMICILE

SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS

Ingénieure en science des aliments et conseillère de la Directrice générale de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA), Maryse Colette Adiaheno s’est vu confier la charge du projet de Laboratoire d’analyse alimentaire (LAA) en 2021. Dans l’entretien qu’elle a bien voulu accorder à « Vivre », elle explique l’importance de la sécurité des aliments pour la santé publique, situe le rôle du LAA et en dresse le bilan. « Vivre » : Que recouvrent les notions de sécurité alimentaire et de sécurité sanitaire des aliments ? Maryse Colette Adiaheno : La sécurité alimentaire est le fait d’assurer à tous les êtres humains un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive, le but étant de leur permettre de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires afin de mener une vie saine et active. Venons à présent au second volet de votre question. La sécurité sanitaire des aliments est l’une des composantes les plus importantes de la sécurité alimentaire. Avoir à disponibilité une quantité suffisante d’aliments est bien, mais avoir une quantité suffisante d’aliments sains, sûrs, salubres et nutritifs est mieux. Quelle est la situation de la sécurité sanitaire des aliments au Gabon ? La sécurité sanitaire des aliments est un vaste chantier parce qu’il en va des habitudes des populations et des commerçants. A ce titre, elle relève de la sensibilisation et de l’éducation du public. Pour ne citer qu’un exemple, comment s’assurer qu’un boutiquier qui a l’habitude de débrancher son frigidaire tous les soirs par mesure d’économie d’électricité ne le fasse plus à la longue ? Il devrait comprendre que son geste a un impact sur la qualité des aliments. Il faut sensibiliser aussi bien les commerçants que la population aux bonnes manières de faire, de se comporter, de conserver les aliments pour éviter, in fine, de se retrouver avec des produits impropres à la consommation. Je dois ajouter que malgré son jeune âge, l’AGASA a fourni énormément d’efforts depuis la date de sa création, en 2011. Elle est passée par une longue période de sensibilisation des populations et des différents secteurs alimentaires, qu’il s’agisse de l’industrie, des producteurs locaux, des importateurs, des distributeurs, de l’alimentation de rue, des abattoirs, de la pêche industrielle et artisanale. Avec l’aide des autorités publiques, l’Agence pourrait atteindre ses objectifs d’ici cinq ans. Elle a mis en place des plans de surveillance pour s’assurer de la qualité sanitaire de la chaine alimentaire. Concernant justement ce volet, il faut dire que les autorités publiques sont rigoureuses sur la qualité des produits locaux et importés dans l’optique d’atteindre un niveau sanitaire irréprochable de la chaine alimentaire. Aujourd’hui, la sécurité alimentaire connait une nette amélioration. Il est vrai que le Gabon est encore dépendant de l’extérieur pour l’approvisionnement, mais la production locale est en plein essor. Le Laboratoire d’analyse alimentaire (LAA) de l’AGASA est chargé du contrôle et de l’évaluation de la qualité sanitaire des aliments. C’est quoi au juste le contrôle et l’évaluation ? Le contrôle et l’évaluation sont deux pans différents. Le contrôle s’apparente à l’inspection. Une fois que les produits sont sur le marché, on procède à des inspections sur le terrain, on vérifie par le toucher, l’odorat, la coloration des aliments pour voir s’ils sont sains et bien conservés. En bout de chaine du contrôle arrivent les analyses en laboratoire. Lorsqu’on a une suspicion sur un produit, des échantillons de ce produit sont envoyés au LAA pour pouvoir lever l’équivoque sur sa qualité. L’évaluation, c’est tout autre chose. L’évaluation se fait avant l’arrivée du produit sur le marché. On cherche à connaitre la provenance du produit et ses composantes, et s’assurer qu’il est propre à la consommation. Là, également, le laboratoire doit intervenir pour faire des analyses sur la qualité nutritionnelle, sur la qualité sanitaire du produit pour savoir si en consommant ce produit il n’y a aucun risque sanitaire. D’où, la mise en place du LAA en octobre 2021 ? Doter l’AGASA d’un LAA était, plus qu’un besoin, une nécessité réelle pour aider à la prise de décision de l’Agence et de toutes les autorités publiques qui traitent du secteur alimentaire. C’était une volonté manifeste de la Direction générale, avec à sa tête Mme Alia Maganga Moussavou qui a pris ce projet comme une affaire personnelle. Le LAA a été mis en place en treize mois, de septembre 2020 à octobre 2021. C’est une première en République gabonaise. Celle-ci résulte d’un impératif de répondre à plusieurs problématiques surtout dans les domaines de la gestion et du suivi des plans de surveillance. L’AGASA s’est rendue compte qu’on ne pouvait pas atteindre nos objectifs tant qu’on n’aurait pas de réponse scientifique. Collaborer avec des laboratoires extérieurs était une obligation, mais non seulement le délai de rendu des résultats était long, en plus la conservation des échantillons envoyés dans les laboratoires à l’extérieur n’était pas garantie. Donc, il nous fallait obligatoirement un laboratoire physico-chimique et microbiologique pour pouvoir répondre de manière rapide et exacte à toutes les équivoques sur la qualité de certains aliments. Le LAA contribue aujourd’hui à la diminution des risques liés à la présence des résidus de produits phytosanitaires, des métaux lourds et des bactéries pathogènes contenus dans les produits et denrées alimentaires, d’une part. Il offre éventuellement aux usagers des analyses fiables et de qualité pour la mise sur le marché de leurs produits, d’autre part. Le contrôle et l’évaluation de la qualité sanitaire des aliments s’étendent-ils aux aliments importés ? Effectivement, il y a un arrêté, l’arrêté 006/MAEPA du 31 mars 2021, qui fixe les modalités d’importation des denrées alimentaires animales et des produits d’origine animale en République gabonaise. L’arrêté stipule que chaque importation doit être accompagnée de résultats d’analyses effectuées dans un laboratoire d’analyse accrédité par le pays d’origine ou exportateur. Dans le cas contraire, une analyse des produits à l’arrivée est obligatoire et conditionne donc la libération, la mise sur le marché des produits importés. Pour ne citer qu’un exemple, si nous recevons, 5 à 6 échantillons différents de poulet importé d’Ukraine SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS

CNAMGS

Caisse Nationale d'Assurance Maladie et de Garantie Sociale

Créée en 2007, la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) est citée en exemple en Afrique et au-delà. Le Gabon s’est, en effet, engagé à mettre au profit de sa population un régime obligatoire et universel d’assurance maladie, devenant ainsi le premier pays en Afrique subsaharienne à couvrir l’ensemble de la population, notamment les plus défavorisés. Ce saut qualitatif a permis à la CNAMGS de contribuer à l’amélioration du système de santé au Gabon. Le statut de Gabonais économiquement faible (GEF) favorise l’accès aux soins de santé de cette tranche de la population et, partant, au droit à la santé. De nombreux citoyens s’en félicitent malgré des perturbations dans l’exécution optimale de la prise en charge des affiliés à la Caisse. Au cœur de Libreville, notre reportage nous conduit vers les Gabonais affiliés ou pas à la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS). « La CNAMGS a changé ma vie. Celui qui a créé cette structure est une bonne personne. » Ainsi parle Thérèse Manghandzi. Cette veuve de 71 ans, mère de cinq enfants et grand-mère de plusieurs petits-fils, est affiliée à la CNAMGS depuis dix ans. De son côté, Valérie Moubele Youmah nous livre son expérience avec la CNAMGS : « J’étais avec une collègue dans une pharmacie. Elle achetait des médicaments. J’ai été surprise de voir la réduction des prix sur l’ordonnance. Cette structure a changé beaucoup de choses dans ma vie. Désormais, j’achète les médicaments à moindre coût. Une partie des médicaments est aux frais de la CNAMGS et l’autre aux frais du client. Dieu merci ! Heureusement qu’il ya la Caisse ! Sur un total de 18 000 CFA par exemple, je dépense moins de 4 000. » Le quotidien des Gabonais est quelque peu soulagé depuis la création de la CNAMGS. Toutefois, remarque Manfoula Lebola, « la CNAMGS ne couvre pas tous les médicaments et ne prend pas en charge les médicaments les plus coûteux, les antibiotiques. C’est inconcevable. » Ce témoignage met en évidence les insuffisances observées par les Gabonais en ce qui concerne la CNAMGS. Des améliorations et des efforts doivent encore être consentis par les autorités compétentes en vue de la prise en charge complète des médicaments. Quand des Gabonais non affilés à la CNAMGS parlent de leur situation Malgré une couverture quasi totale de la population gabonaise, la CNAMGS est une notion abstraite pour certains citoyens. Bien qu’il sache que la CNAMGS est une facilité qui permet de se procurer des médicaments à coût réduit, M. Mihindou ne sait quelles pièces fournir pour être assuré. En outre, il n’a aucune idée de la localisation des agences de proximité de cette structure. Excelle Ossarakabi Mipata, une jeune étudiante en communication, déclare « ne pas avoir assez d’informations sur la procédure à suivre pour être assuré ». Sean Shannon Dembe Gnolo, la vingtaine révolue, se dit découragé. En effet, une partie de la population n’entreprend aucune démarche d’immatriculation à la CNAMGS parce qu’elle juge le processus long. L’assurance maladie universelle par le biais de la CNAMGS est une expérience innovante et prometteuse. Elle tient sa spécificité des revenus qui proviennent en partie des taxes sur les opérateurs de téléphonie mobile et des transactions de financement des soins de santé des Gabonais économiquement faibles (GEF). L’autre innovation est celle du choix d’adhésion progressive pour tendre vers une couverture universelle. Le Gabon a pris l’option de commencer par les populations les plus vulnérables pour passer ensuite aux agents du secteur public, aux salariés des secteurs privé et parapublic et aux travailleurs indépendants. L’innovation tient au fait que la plupart des pays commencent par les salariés des secteurs public et parapublic. Cependant, cette stratégie gagnerait à être réorientée en tenant compte des recommandations formulées, l’objectif étant de promouvoir le bien-être de la population. L’immatriculation à la CNAMGS en tant que GEF impose d’avoir au moins 16 ans et des revenus mensuels inférieurs au salaire minimum interprofessionnel garanti qui est actuellement de 80000 F CFA. Les frais liés à leur prise en charge incluent les soins externes, les hospitalisations, les médicaments et les évacuations sanitaires. A cette mesure s’ajoute celle afférente au renforcement de la couverture sanitaire à d’autres groupes vulnérables tels que les filles mères, les handicapés et les sinistrés.

COMMENT LES GABONAIS PERÇOIVENT-ILS L’HÔPITAL ?

Centre hospitalier universitaire de Libreville

Qu’il soit public ou privé, l’hôpital est l’un des lieux les plus fréquentés par les Gabonais. Cependant, on note au sein de la population un sentiment d’insatisfaction qui dépeint son malaise grandissant face à l’état des lieux. L’hôpital est-il là pour soigner ou pour conduire à la mort ? C’est la question angoissante que se posent nombre de compatriotes. Notre reportage nous plonge dans un environnement où des hommes et des femmes s’expriment à cœur ouvert sur les dérives et les insuffisances de l’hôpital. Valérie Moubele Youmah, une institutrice, évoque une de ses visites dans une structure sanitaire. « Quand je suis malade, je me rends à l’hôpital général parce que les coûts sont abordables. Hélas ! Je suis mal reçue. » Ce paradoxe met en lumière le fonctionnement de la structure. Thérèse Manghandzia a vécu une expérience similaire. Cette veuve de 71 ans se confie sans état d’âme : « Quand tu te rends dans les structures publiques, tu es reçu comme un malpropre. » Ces témoignages, les premiers d’une longue série, nous invitent à un questionnement sur les rapports entre les populations et les établissements sanitaires publics. Se pose aussi le problème de la capacité de ces structures à répondre efficacement aux besoins des clients. L’accès aux soins de santé au Gabon : le grand écart entre le secteur public et le secteur privé Au Gabon, comme dans d’autres pays, la politique de santé se traduit par un ensemble de lois, de décrets, de programmes et d’organismes qui soutiennent l’action publique. Le but est évidemment de soigner les citoyens dans des conditions idoines. Malheureusement, cette volonté d’agir n’est pas une réalité dominante. Valérie Moubelet Youmah, fonctionnaire, la cinquantaine révolue, fait part de son expérience : « J’ai accès aux services de santé du secteur public et du secteur privé. Cependant je préfère le second bien qu’il soit coûteux. Au secteur public, tu as le temps de mourir. » A son tour, une femme d’un âge respectable laisse échapper un sentiment de tristesse. Un cas parmi tant d’autres qui explique le désamour entre les Gabonais et le secteur de la santé qui est censé être un véritable point de soutien à la population. L’accès aux soins est l’un des problèmes les plus épineux. Il concerne toutes les couches sociales. Néanmoins, les démunis sont les plus désavantagés. Les carences du secteur public  Etudiante à l’Université Omar Bongo et mère d’une fille, Manfoula livre son témoignage : « Je vis au kilomètre 8 (PK8), sans eau potable. On consomme de l’eau de pluie. Etudiante sans bourse, je n’ai pas de travail. Je peine à prendre le taxi pour la fac. Au Gabon, les structures sanitaires sont peu équipées. C’est la faute de l’Etat, car un médecin sans outil de travail ne peut faire des miracles. » La politique nationale de santé, tout particulièrement le dispositif d’accès aux soins, est confronté à de nombreuses carences : manque de structures sanitaires de proximité, sous-effectifs, inégale répartition du personnel, sous-équipement, budgets insuffisants, absence de contrôle, service de recouvrement inopérant, manque de médicaments et de plateaux techniques, etc. Une population vivant dans des conditions exécrables ne peut se soigner dignement. La situation est aggravée par l’existence d’une médecine à double vitesse dominée par la quête du profit. Les médecins qui sont envoyés par l’Etat gabonais dans les hôpitaux du service public ouvrent des cliniques et délaissent leurs postes de fonctionnaires pour se muer en directeurs d’une clinique offrant des soins de santé très coûteux pour une population à majorité économiquement faible. Le changement commence au service d’accueil  Il est de notoriété publique que dans nos administrations, le service accueil est toujours pointé du doigt. Thérèse Manghandzi évoque sa mésaventure : « Quand tu arrives pour te faire soigner et que tu demandes des renseignements, on te répond mal. Une dame m’a dit récemment : « Maman, tu m’embêtes. Va d’abord. » Un témoignage qui révèle le manque de dévouement du personnel de santé qui, paradoxalement, a décidé de se mettre au service des autres et d’en faire sa vocation.

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