ARTICLE

ILS ONT DIT

« L’Art est le produit qu’un homme ou une femme offre à ses contemporains et qui, très souvent, lui survit à travers les siècles. L’art est un refuge…En général, l’art magnifie le réel. C’est ainsi que les uns et les autres, d’horizons divers, de cultures différentes, en arrivent à se retrouver voyageant ensemble dans la même classe de la psyché humaine sans rien trouver à redire. C’est ça la magie et l’essence même de l’art ! » Edego Nous avons la grâce d’être le seul pays à avoir la Pierre de Mbigou. Cependant nous sommes inquiets car si notre génération disparait, il n’y aura pas de relève. Il faut former des sculpteurs. Je demande aux autorités de s’investir davantage afin de nous permettre de dispenser des cours dans les écoles, lycées et collèges. Je suis sûr et certain que si nous arrêtons, on n’entendra plus parler de la Pierre de Mbigou. » Evariste Domba. Sculpteur de Pierre de Mbigou «En République gabonaise, l’art ne nourrit pas nos ménages. Certaines personnes ne comprennent pas l’art. Les droits d’auteur, par exemple, ne sont pas valorisés. Je tiens néanmoins à féliciter le ministère de la Culture et des Arts qui organise des ateliers et permet aux artistes de mettre en lumière leurs talents à travers ce qu’ils proposent aux citoyens gabonais. J’aimerais avoir une salle d’exposition permanente où les personnes payeront les entrées pour découvrir ce que nous proposons. » Rhaïna Kengue.Conceptrice d’objets issus de matériaux naturels « Pour que la dignité de l’artiste devienne réalité, il faut légaliser, il faut que des barèmes de production soient institutionalisés. Toute personne qui fait appel à un artiste pour telle ou telle prestation doit avoir le barème légal et national pour récompenser la prestation d’un artiste. Il faut aussi reconnaitre le travail et l’œuvre de l’artiste, et se dire qu’un masque, par exemple, ne peut coûter en dessous d’une certaine somme. »   Dominique Douma. Dramaturge & Écrivain « La liberté est le souffle qui anime toute création artistique, le socle sur lequel se construisent nos aspirations les plus profondes. C’est cette alliance puissante entre le cinéma et la liberté que nous célébrons une fois de plus. »   Pauline Mvele Nambane.Directrice du Festival International Cinéma Liberté de Libreville

CINÉMA ET BONNE GOUVERNANCE

Site du Festival International Cinéma Liberté de Librevile. Baie des Rois 22-29 juin 2025 « Le Festival international Cinéma Liberté de Libreville (FICLL) se positionne désormais comme une plateforme influente de promotion de la liberté et de la bonne gouvernance au Gabon, avec une vraie dynamique en faveur des jeunes talents ». C’est, du moins, l’avis des organisateurs et des invités à la 2ème édition dudit festival au nombre desquels des représentants du gouvernement, de l’Institut gabonais de l’image et du son (IGIS) et de l’Institut français du Gabon (IFG). « Le cinéma est un témoin, un cri, un pont entre les hommes. Il donne une voix à ce qu’on n’écoute pas assez. Il éclaire les zones d’ombre, il interpelle et réconcilie. Le thème de la liberté est un appel à défendre la liberté d’expression, la liberté de création, la liberté d’opérer, de dire et de montrer. Cette liberté, nous devons la protéger partout, et plus particulièrement dans le continent africain. » Ces propos du secrétaire général du ministère du Rayonnement culturel et des Arts gabonais, Jean Clary Outoumou, prononcés à l’occasion du récent FICLL, remettent au goût du jour une autre vérité fondamentale mise en exergue par la Directrice du Festival, Pauline Mvele Nambane. « La liberté est le souffle qui anime toute création artistique, le socle sur lequel se construisent nos aspirations les plus profondes. C’est cette alliance puissante entre le cinéma et la liberté que nous célébrons une fois de plus. » « Nous avons des scénaristes émérites, de même les acteurs, réalisateurs… des qualités hors du commun qui nous garantissent de produire de nouvelles œuvres impérissables… », se félicite Jean-Claude Mpaka, représentant du ministre de la Communication et des Médias.  De l’avis du Directeur général adjoint de l’IGIS, Samson Elibigui, « ce festival est un acte de foi en l’art, en la liberté d’expression et en l’imaginaire gabonais et africain. »  « À travers l’IGIS, l’État gabonais réaffirme son engagement à soutenir les initiatives culturelles. Le cinéma gabonais n’est pas en marge, il est en marche, audacieux et professionnel », a martelé Samson Elibigui. L’IFG, en tant que partenaire technique et financier, « accompagne la création, la formation et les étudiants en valorisant les patrimoines vivants et en contribuant de manière structurée au secteur cinématographique… Nous réussirons à faire de Libreville une terre du cinéma », a indiqué le Directeur général, Bernard Rubi. Des masters class aux concours d’art oratoire et de courts métrages, le FICLL sert de cadre à l’identification des talents. Dans le domaine du cinéma par exemple, Teshene Miller, Benoît Baderhwa et Fred Doukaga, réalisateurs des courts métrages « Le cahier des anomalies », « La norme » et « Les rouages d’un système », emportent des prix y compris un voyage pour le premier et des sommes d’argent pour le second et le troisième. Les critères de sélection se basent notamment sur l’originalité de la thématique, la mise en scène, le jeu des acteurs et un ensemble d’éléments techniques y compris la lumière, le cadrage, le montage, la qualité du son et l’étalonnage qui renvoie à la couleur et aux images. Les Master Class ont édifié les participants sur des thèmes comme les consultations poétiques, l’art de la narration visuelle et l’éclairage cinéma en extérieur jour, l’intelligence culturelle, la liberté de filmer en Afrique. L’art oratoire s’est conclu sur la victoire de trois lauréats : Céfora Mboumba, Jéhojada et Mensome Privat. Les critères de sélections sont l’éloquence face au public, la présentation qualitative des arguments, la gestuelle appropriée, la ponctualité, les références par rapport aux citations et aux proverbes utilisés par les différents orateurs, À travers son film titré Afrotopia, David Mboussou parle à la fois de tourisme, de médecine traditionnelle et d’identité gabonaises, de développement durable, de développement du patrimoine naturel et culturel. 

ALERTE !

« L’artiste ne vit pas de son art. Pourtant, nous avons un statut qui, malheureusement, n’est pas suivi d’effet. Il n’y a ni application de la loi, ni mesures d’accompagnement. » Sans fard ni artifice, le dramaturge, comédien et écrivain gabonais, Dominique Douma, alerte sur le mal-être de l’artiste, ses conditions de travail et d’existence. « Le tableau est très sombre. L’artiste, qui n’est pas protégé, accepte sa condition quand il se produit en spectacle.   Il accepte ce qu’il perçoit, mais sans pour autant se mettre à genou devant un utilisateur. » Au nom de la dignité humaine, Dominique Douma plaide pour une reconnaissance effective et une rémunération équitable de l’artiste, car tout travail mérite salaire. « Il faut légaliser, institutionnaliser des barèmes de production pour récompenser la prestation d’un artiste. » Il estime que  ses prestations  doivent être  négociées dans le cadre d’une convention et d’un contrat.  Selon le dramaturge, l’artiste évolue actuellement sans contrat. Chaque parti, en l’occurrence l’État et l’artiste, devrait jouer sa partition et prendre des décisions pratiques. « Il faut un ordre d’exécution que tout le monde doit brandir avant de prester et de faire appel à un artiste. » « Il y a urgence à mettre en place des espaces de diffusion, des salles de spectacles, des maisons de la culture , et à œuvrer à l’application effective des droits d’auteur.» Dominique Douma déplore l’utilisation sauvage des œuvres d’art, le non-paiement des droits d’auteur en raison notamment de la léthargie de l’État. Il invite ce dernier à dire aux bars, aux hôtels et aux espaces publics qui utilisent la musique ou reçoivent des acteurs de théâtre, de payer les droits d’auteur. Poursuivant notre entretien, nous abordons la question majeure de la conscientisation du public qui est à reconquérir pour que les Gabonais y compris le régime en place respectent l’artiste. Rendant hommage aux hommes et aux femmes de sa profession, D. Douma rappelle au monde le rôle majeur de l’artiste dans la société en tant que créateur, observateur et messager. « L’artiste est un grand observateur qui véhicule l’image de la société à travers son œuvre et alerte une fois qu’il a fait le tour de tout pour que, peut-être, nous essayons de vivre dans la félicité. ».

QUELLE EST LA PLACE ET QUEL EST LE TRAITEMENT

Après avoir dans un premier temps, répondu aux questions de savoir ce qu’est l’art, et ce qu’est un artiste, examinons sans fard, la place qu’occupe l’artiste dans notre société. Il est évident qu’en ce qui concerne la place de l’artiste dans notre très chère société gabonaise, nous sommes dans un vrai capharnaüm. Et pourtant ce n’est pas faute de talents. Que ce soit dans le cadre de l’ÉNAM (École Nationale d’Art et de Manufacture) en pleine décrépitude (en apparence du moins) ou grâce aux initiatives personnelles de certains, artistes ou pas, notre société ne peut se plaindre d’un manque de talents parmi la plupart des artistes gabonais, même si souvent le pire le dispute au moins bon, voire au meilleur. Pourquoi la situation n’est-elle pas tranchée afin que nous soyons dans un environnement où existeraient des structures adéquates afin que quand une manifestation d’ordre purement artistique est annoncée, toute personne intéressée soit sûre qu’elle pourra assister à une performance se déroulant dans un cadre adéquat (concerts, expositions, théâtre, ballet, etc…) avec des intervenants d’un niveau au minimum moyen sinon plus, avec un accueil au niveau, une sono au top, un éclairage correcte, des dépliants de qualité… ? Pourquoi la situation n’est pas tranchée, disais-je ? Tout simplement parce que les pouvoirs publics jusqu’à ce jour ne s’impliquent pas de manière décisive. Je me contenterai de donner l’exemple des droits d’auteur par chez nous où ce projet joue les arlésiennes. Il est évoqué depuis au moins une quarantaine d’années mais peine à prendre corps faisant regretter à des anciens comme Hilarion NGUEMA l’époque de la SACEM (Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique) quand au moins une fois l’an sinon plus, ils percevaient leurs droits en espèces sonnantes et trébuchantes. Il y a d’abord eu l’ANPAC, (Agence Nationale de Promotion Artistique et Culturelle) aujourd’hui c’est le BUGADA (Bureau Gabonais du Droit d’Auteur) qui s’y colle avec semble- t-il avec le même résultat. Aujourd’hui, un artiste gabonais (compositeur, chanteur, rappeur, slameur …) peut faire des millions de vues et ne rien toucher tout simplement à cause de l’absence d’une structure adéquate dédiée. L’un d’eux m’a confié que pour ne pas être perdant dans ce cas, il vaut mieux avoir cette structure dédiée à l’étranger. Ne parlons pas des artistes peintres et autres sculpteurs (EKORE, MBOUROU et autres anonymes…) qui ont dû leur survie à des institutions de la place telles que BICIG pour ne citer que celle-là. De la responsabilité des pouvoirs publics Pourquoi les pouvoirs publics ne jouent-ils pas leur rôle à fond afin d’éviter à des compatriotes méritants des fins de mois difficiles en mettant en place le cadre approprié afin que l’âme gabonaise puisse avoir droit de cité. Il est tout à fait normal que grâce à son talent, les frères cap-verdiens et antillais se soient appropriés feu Oliver NGOMA. Ce qui ne l’est pas par contre c’est que pour atteindre ces hauteurs, il ait été contraint, à son corps défendant, tout comme pour la majorité de ses semblables chanteurs, d’être un homme-orchestre et de ne devoir sa réussite non pas seulement à des prédispositions naturelles et à un travail acharné, mais plutôt à sa capacité de jouer à travers une débauche d’énergie, les rôles de producteur, technicien du son, réalisateur de clips, promoteur et j’en passe. La jeune génération de chanteurs, musiciens et autres réalisateurs de films sont à ce jour logés à la même enseigne. Encore heureux que la révolution numérique nous ait apporté la démocratie des moyens en permettant à qui le veut, d’être vu par des milliers sinon des millions de personnes sans bourse délier. Mais il n’en demeure pas moins que l’incontournable technique du streaming manque cruellement d’un encadrement approprié au niveau national. J’ose espérer que ces manquements ne résultent pas d’une mesquinerie uniquement assumée en privé comme me l’a confié un jeune chanteur qui me disait qu’un « responsable » lui avait déclaré : « Vous avez déjà le succès, si en plus vous avez l’argent, que va-t-il nous rester ? » Je ne me pose même pas la question de savoir si cela est vrai ou pas car dans l’affirmative ce serait tellement grave que je préfère le déni absolu. Cela ne devrait pas être. Arrêtons les guéguerres qui nous tirent vers le bas et n’oublions pas qu’une société évolue en fonction de son aptitude à gérer ses contradictions en les convertissant en quelque chose de positif dans l’intérêt du plus grand nombre. OSONS AVOIR UNE VISION édégo QU’EST-CE-QUE L’ART ET QU’EST-CE QU’UN ARTISTE ? L’ Art ! Ce mot souvent galvaudé et banalisé porte en lui l’histoire de l’humanité et de nos sociétés. Si d’aucuns en sont conscients, d’autres en revanche n’en ont cure, alors même que sans ce bien précieux, il est certain que les cas de dérèglements mentaux se multiplieraient par un X fort. L’Art est le produit qu’un homme ou une femme offre à ses contemporains et qui très souvent lui survit à travers les siècles. L’art est un refuge. Très souvent, il rassemble tout comme il divise sans conséquence majeure car l’attraction, la fascination d’une œuvre d’art fournit à tout un chacun la possibilité de n’avoir pas besoin de justifier de son choix, de sa préférence en toute souveraineté, car il relève du ressenti le plus intime, du domaine de l’indicible. Cette approche laudative ne nous dispensera pas de nous poser les questions fondamentales et incontournables de savoir : qu’est-ce-que l’art et qu’est-ce qu’un artiste ? Selon GOOGLE : l’art regroupe les œuvres humaines destinées à toucher les sens et les émotions du public. Il peut s’agir aussi bien de peinture que de sculpture, vidéo, photo, littérature, musique, danse… C’est un ensemble de connaissances, de règles, d’actions, dans un domaine particulier et dont le résultat est destiné à toucher les sens et les émotions du public. C’est une manière de s’exprimer aux fins de communiquer afin de susciter la réflexion et l’éveil des sens. C’est une forme d’expression humaine fondamentale, qui transcende les frontières culturelles, et qui continue d’enrichir notre vie de multiples manières. Vaste et ô combien QUELLE EST LA PLACE ET QUEL EST LE TRAITEMENT

LES DROITS DE L’ARTISTE

Longtemps en quête de reconnaissance, les artistes et acteurs culturels gabonais disposent désormais d’un socle juridique solide. La loi n°016/2023 du 08 août 2023, modifiée en 2024 par l’Ordonnance n°0010/PR/2024, précise clairement leurs droits et devoirs. Publiée au Journal Officiel n°12 du 29 mars 2024, cette ordonnance marque une avancée, mais rappelle aussi que la concrétisation du statut de l’artiste reste un chantier inachevé. Désormais, l’artiste est pleinement reconnu comme un professionnel à part entière. Ses droits s’étendent du droit à un contrat encadré à une rémunération juste, en passant par l’accès à la propriété intellectuelle, aux droits d’auteur, aux droits voisins, et à un cadre de protection sociale. L’un des grands apports de l’Ordonnance de 2024 est la clarification des mécanismes de financement, la mise en place d’un guichet unique pour faciliter l’enregistrement et l’accès de l’artiste à la CNSS, ouvrant la voie à la retraite. Le droit à la formation continue et à la professionnalisation, place prioritaire dans les programmations culturelles publiques et l’obligation de tenir à jour une base de données des artistes reconnus sont d’autres droits de l’artiste. Mais qui dit droits, dit aussi responsabilités. L’article 27, maintenu et consolidé, rappelle que l’artiste est soumis aux lois de la République. À ce titre, « tout artiste ou acteur culturel est tenu de respecter l’ordre public, la dignité humaine, les obligations fiscales et le secret professionnel. Le statut n’est pas un privilège, mais un pacte républicain. Il implique un respect mutuel entre l’artiste et la nation, dans un cadre légal désormais balisé » et la rigueur dans la gestion de la carrière artistique. Cependant, sur le terrain, beaucoup s’interrogent : quand verrons-nous ces textes se matérialiser ? Le guichet unique n’est pas encore opérationnel, les décrets d’application peinent à suivre, et l’artiste attend toujours l’effectivité de la couverture sociale. Si sa reconnaissance existe sur papier, la réalité administrative et budgétaire reste figée. Entre espoir et frustration, une chose est claire : la loi est là, mais sa mise en œuvre doit suivre. À retenir : La loi n°016/2023, modifiée par l’ordonnance n°0010/PR/2024, encadre désormais les droits et devoirs de l’artiste gabonais. Elle garantit reconnaissance, protection sociale, formation, et rémunération équitable. Sa mise en œuvre reste attendue : les décrets d’application et les dispositifs concrets sont encore en suspens. « Le talent ne suffit pas, encore faut-il un État qui le respecte et le protège.»  Pour plus d’informations, consultez le Journal Officiel n°12 quinquies du 29 mars 2024. 

CROIRE EN SON POTENTIEL

« Nous avons tous un potentiel en nous qui détermine ce que nous sommes appelés à faire ou à devenir pour être pleinement heureux dans la vie Il nous appartient alors d’y croire, de l’identifier et de tout mettre en œuvre pour le voir se concrétiser. » Éric Kouto Nyamaku. Avant même le regard du public, avant l’applaudissement d’une salle ou l’écho d’un micro, il y a un choix intime, invisible, radical : croire en soi. L’artiste naît d’un silence que personne ne remarque, d’un feu intérieur que seule sa propre foi peut nourrir. Dans un monde parfois hostile à la création, croire en son potentiel devient un acte de construction. C’est reconnaître que, malgré les obstacles, le doute ou l’incompréhension, l’élan intérieur ne ment jamais. Ce feu-là, lorsqu’il est entretenu avec sincérité, finit toujours par éclairer, car chaque artiste porte en lui une vérité que personne d’autre ne peut dire à sa place. Et c’est justement cette singularité, ce mélange de fragilité et de force qui fait la beauté de son art. L’artiste est d’abord un croyant. Non pas dans un dieu ou une idéologie, mais dans cette chose insaisissable et précieuse : le soi profond, le don qu’il porte, et dont il est le premier gardien. Tant que lui-même doute de sa légitimité, personne ne pourra la lui accorder. Car le monde ne croit en vous que si vous osez croire en vous d’abord. Mais croire ne suffit pas. Encore faut-il identifier ce potentiel, le cultiver, le polir. La foi en soi n’est pas un rêve flou, c’est une construction patiente. L’artiste doit travailler, apprendre, rater, recommencer. Il doit oser l’inconfort, sortir du mimétisme, affirmer sa voix même si elle tremble. Beaucoup abandonnent, rangent leur guitare, cessent d’écrire,  renoncent à leurs pinceaux. Non parce qu’ils sont mauvais, mais parce qu’ils ont cessé d’y croire et accepté l’idée que le monde avait raison de ne pas les écouter. Et pourtant, l’histoire regorge d’artistes que personne n’attendait et qui ont bouleversé leur époque simplement parce qu’ils ont persisté. Croire en son potentiel, c’est refuser d’attendre la validation extérieure pour exister. C’est créer, même quand on est seul. C’est produire, même quand on doute. C’est se construire dans le silence, dans la lenteur, dans la profondeur. C’est choisir l’authenticité plutôt que l’opportunisme. Et c’est peut-être ça, au fond, la première œuvre d’un artiste : croire en soi avant que les autres n’en soient capables. Le reste, c’est-à-dire la reconnaissance, la scène, les prix ne sont que les conséquences d’un combat intérieur gagné. Alors oui, le chemin est long. Parfois solitaire. Mais l’artiste qui croit en lui n’avance jamais pour rien. Il sème, il façonne, il transforme. Et même s’il n’en voit pas tout de suite les fruits, son œuvre prépare le monde à mieux sentir, mieux voir, mieux rêver. Croire en son potentiel, c’est bâtir quelque chose qui dépasse l’ego : c’est se mettre au service du vrai, du beau, du nécessaire. C’est comprendre que la seule permission dont on a besoin pour exister c’est la sienne.

L’ARTISTE ET LE POLITIQUE

Dans le contexte artistique actuel, il est impossible d’éluder une question aussi sensible que centrale : celle du lien entre l’artiste et le politique. Deux figures d’influence. Deux voix publiques. Chacune à sa manière, façonne l’imaginaire collectif et influence l’opinion publique. Le politique par sa gestion de la cité, l’artiste par la puissance symbolique de son expression. Ce lien, pourtant naturel dans une société en quête de sens, s’effiloche au point de devenir ambigu, voire toxique. Le politique, souvent conscient du pouvoir émotionnel de l’artiste, l’utilise comme un relais stratégique, un outil d’influence populaire, notamment en période électorale. L’artiste, lui, cède parfois à la tentation du confort et de la visibilité offerte par le pouvoir, au détriment de son rôle critique, de sa mission de miroir social. Cette dérive ne date pas d’aujourd’hui. Dès la fin des années 90 et au début des années 2000, des voix artistiques gabonaises s’élèvent avec force. Le mythique groupe de rap Hay’Oe dénonce les injustices sociales et la précarité généralisée dans des titres chocs comme « Au secours », véritable cri de détresse d’une jeunesse marginalisée, avec un refrain devenu culte : « Au secours, venez-nous en aide, le pays est sous perfusion ». À l’époque, le groupe assume un rôle de vigie, une fonction sociale et politique d’alerte. Mais en 2009, Hay’Oe surprend et déçoit en se rapprochant du pouvoir qu’il dénonce. Le titre « Laissez-nous avancer », chanté en soutien au candidat Ali Bongo Ondimba lors de la présidentielle, marque un tournant. De porte-voix du peuple, l’artiste devient instrument d’une campagne politique, mettant son art au service d’un projet partisan. Cette trajectoire illustre un phénomène plus large de domestication culturelle où l’art devient une vitrine décorative plutôt qu’un outil de conscientisation sociale. Cette réalité est héritée de l’ère Omar Bongo Ondimba qui institutionnalise les groupes d’animation politique. L’exemple le plus parlant est celui de Kounabéli avec à sa tête Josephine Kama Bongo, épouse d’Omar. Ce groupe chante à la gloire du Parti Démocratique Gabonais (PDG) et de son président, entérinant une pratique aujourd’hui connue sous le nom de kounabélisme. Ce mot devenu familier, presque banal, désigne l’artiste engagé non plus au service d’une cause, mais d’un pouvoir. Le kounabélisme a ainsi inversé les rôles : ce n’est plus le politique qui est caricaturé par l’artiste, mais l’artiste qui devient le figurant du politique. Une dynamique qui interroge sur la liberté de création, l’indépendance intellectuelle et le rôle véritable de l’art dans une démocratie. Il serait toutefois injuste de peindre tous les artistes avec le même pinceau. Il existe, dans le paysage culturel gabonais, deux grandes catégories d’artistes. D’un côté, ceux qui croient en la puissance de leur art et de leur potentiel et qui, malgré les difficultés, demeurent intègres et dignes. Ils chantent, slament, peignent ou dansent pour la société, crient ses douleurs et ses espoirs. Leur art est un acte de foi. Un acte de résistance. Ils n’acceptent ni compromission ni récupération. De l’autre, il y a ceux qui cèdent aux chants des sirènes politiques, souvent par nécessité, parfois par opportunisme. Pour certains, la pauvreté pousse à l’arrangement ; pour d’autres, c’est la promesse d’un confort, d’un contrat, d’un passage dans les médias. Là où l’art devrait éveiller, il devient divertissement de cour. Là où l’artiste devrait questionner, il rassure le pouvoir. C’est à travers cette dualité que le lien entre l’artiste et le politique devient ambigu. Car ce n’est plus l’autorité qui muselle l’artiste, mais l’artiste qui renonce à sa mission, troquant sa liberté contre une reconnaissance illusoire. Mais tout n’est pas perdu. Il existe encore des plumes libres, des rythmes sincères, des artistes qui croient en la force du changement sans trahir les siens. Peut-être que demain, cette minorité intègre réussira à ramener à ses côtés les artistes qui chantent le pouvoir, afin que l’art retrouve sa fonction de veille, ses lettres de noblesse et sa place dans le cœur des Gabonais.

UN TALENT. UNE VOIX. UN MESSAGER.

« Il faut prêter attention aux messages artistiques pour que demain soit peut-être meilleur…Nous ne sommes pas les ennemis de la société. Nous sommes plutôt des guides de la société. »    Dominique Douma Écrivain.   Les lumières de l’auditorium du complexe scolaire Michel Dirat s’éteignent. L’obscurité se drape de luminaires rouges. Le silence s’installe. Les comédiens entrent en scène. Le jeu s’anime et prend vie. Opérant sa magie à travers la gestuelle, la voix et le message qu’il porte, l’Artiste déroule son talent. Le public retient son souffle. Écrit et mis en scène respectivement par Yann Amir Saint-Onge Nzigou, deux figures montantes de la scène artistique gabonaise, « sur le dos de la tortue » a clôturé, le 28 juin 2025, le Festival Coup de Théâtre crée et dirigé par Dominique Douma, dramaturge, comédien et écrivain gabonais. La pièce met en scène des comédiens talentueux.  Clodrey Bekale, Phèdre Biloghé Ngoua, Amida Motsinga, Doris Magninga, Valeni Menie, François Mezui et Iris Zang s’embarquent dans un mystère mêlant intrigue et suspense, qui menace la sécurité nationale. Trois agents secrets tentent de résoudre l’énigme. Au fil de la pièce, le jeu des comédiens et des comédiennes accroche le public. Une heure après, les langues se délient. De l’avis de certains spectateurs, « la pièce est une leçon de vie, un reflet de la société dans toute sa splendeur et ses travers. » Née de l’émotion, de l’expérience subjective et de la vision que l’artiste a de la société, les œuvres de l’esprit sont le fruit de son activité créatrice dans les domaines du théâtre, du cinéma, de la musique, du chant, de la danse, de la peinture ou de la sculpture. Maillon incontournable de la société, l’artiste consacre de longues heures de travail à son œuvre, parfois au prix d’énormes sacrifices. L’observateur, le libre penseur, l’éveilleur de conscience ou le perturbateur en lui véhicule des messages et des vérités qui incitent à la réflexion, à la prise de conscience, à l’action. Aimé, adulé ou honni, l’artiste est et demeure. Pour autant, combien sont morts ici et ailleurs pour avoir osé dire la vérité et condamné qui une injustice, qui un système politique qui ne tolère ni critique ni remise en question de l’ordre établi, et foule au pied les droits fondamentaux de la personne. L’application effective des droits de l’artiste interpelle plus que jamais les tenants du pouvoir à restaurer la dignité de l’artiste, son statut et son traitement, ainsi que les hommes et les femmes qui font de l’art leur métier à travailler main dans la main pour que vivent l’artiste et son œuvre dans les meilleures conditions qui soient. Le bon sens impose un changement de paradigme basé sur l’application effective des droits de l’artiste consacrés par la Constitution nationale et « la loi N° 006/2024 du 21/07/2024 portant ratification de l’ordonnance n°0010/PR/2024 du 26 février 2024 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n°16/2023 du 08 août 2023 portant statut de l’artiste ou de l’acteur culturel en République Gabonaise. »

DROITS ET DEVOIRS DE L’ARTISTE GABONAIS

DROITS ET DEVOIRS DE L’ARTISTE GABONAIS Longtemps relégué à la marge, le secteur artistique gabonais bénéficie désormais d’une reconnaissance officielle. Avec l’adoption du rapport n°018-2023 portant statut de l’artiste et de l’acteur culturel, l’État pose un cadre juridique clair aux droits et obligations de celles et ceux qui contribuent à la richesse culturelle du pays.   Quels sont les droits fondamentaux de l’artiste gabonais ?   Les droits fondamentaux de l’artiste sont énumérés au chapitre 24, en son titre 5. Ceux-ci incluent : Le droit de propriété intellectuelle : l’artiste jouit du droit d’auteur et des droits voisins selon les lois en vigueur. Le droit à un contrat clair : chaque prestation artistique doit être encadrée légalement. Le droit au dédommagement en cas de rupture abusive du contrat. Le droit à une rémunération équitable (forfaitaire ou proportionnelle). Le droit à des espaces d’expression artistique propices au développement de l’art. Le droit à la visibilité dans les événements et médias sous tutelle de l’État. Le droit à la formation dans le domaine culturel et artistique. Le droit à la sécurité sociale, via une affiliation à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).   Base légale complémentaire   Outre le rapport n°018-2023 portant statut de l’artiste et de l’acteur culturel, d’autres textes soutiennent la reconnaissance des droits de l’artiste. Notamment : La Constitution gabonaise qui garantit la liberté de création artistique (article 1, alinéa 17). Le Code de la communication (2016) qui encadre l’expression artistique dans les médias. La Charte africaine des droits de l’homme (article 17) qui reconnaît à chaque individu le droit à la culture. La Convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle (2005), ratifiée par le Gabon, encourage les États à protéger les artistes et leur liberté d’expression.   Mise en œuvre du statut de l’artiste : défis et attentes   Le statut est voté, mais sa mise en œuvre concrète tarde. La création d’un guichet unique, l’enregistrement des artistes à la CNSS et les décrets d’application sont encore attendus.   Le statut de l’artiste ne confère pas que des droits, mais également des devoirs. Comme le souligne le texte officiel, l’artiste est désormais un acteur économique, social et éthique, responsable devant la loi et la société.   Quels sont les devoirs attachés au statut de l’artiste ?   Tout artiste ou acteur culturel est tenu de respecter : Les obligations fiscales en vigueur. Le respect de l’ordre public et de la dignité humaine dans ses œuvres. Le secret professionnel, notamment dans le cadre de collaborations sensibles. La déclaration de ses revenus artistiques.   À retenir   Le statut de l’artiste gabonais garantit un équilibre entre droits et devoirs, protégeant sa création et sa dignité. Le cadre juridique propre à l’artiste contribue à professionnaliser un secteur longtemps marginalisé. La mise en œuvre effective des droits de l’artiste reste la clé pour en faire des réalités concrètes. L’artiste devient un acteur reconnu, mais aussi responsable, dans la société gabonaise. « Le statut de l’artiste n’est pas qu’une formalité : c’est une étape majeure vers la reconnaissance, la dignité et la protection de ceux qui donnent vie à la culture de notre pays. »     Florène O. PAMBO

LE LABEUR DU SCULPTEUR DE MBIGOU

Il est le digne héritier d’une lignée de sculpteurs, d’un père qui l’a initié dès son jeune âge au travail de la Pierre de Mbigou. Evariste Domba nait et grandi au cœur des montagnes et des rivières de la ville de Mbigou, chef-lieu du département de la Boumi-Louetsi, dans la province de la Ngouniè au Sud du Gabon. Après son apprentissage, il rejoint le village artisanal de la Pierre de Mbigou à Libreville aux côtés de son père et d’autres sculpteurs. À travers des personnages, des bustes de femmes, des animaux et la carte géographique du Gabon, Evariste s’impose et se fait un nom. Ses œuvres fascinent l’artiste et les amoureux de l’art. Toutefois, les sculpteurs de pierre de Mbigou font face à l’instar d’autres artistes à la non-reconnaissance effective de leur travail, aux conditions de travail difficiles et la lenteur de l’application effective de leurs droits. https://youtu.be/YQvkLBSRPs8 https://youtu.be/ze0-Y5iYsPQ

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