Journalistes Seniors

Yvette Bivigou
Martial Idundu
Flavienne Louise Issembè

Collaborateurs

Annie Mapangou
Eric Ozwald
Florène Okome Pambo
Tama Z’Akis

Equipe Technique

Chris Jonathan - Développeur
Yourick S.Obame - Webdesigner
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Andy G. K. Amiaganault - Cadreur
Hermann Oke Mve - Cadreur
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QUELLES SONT LES DIFFÉRENTES CATÉGORIES

Les droits humains sont de trois catégories. La première regroupe les droits civils et politiques. La deuxième concerne les droits sociaux, économiques et culturels. La troisième catégorie inclut les droits collectifs. «Les droits civils et politiques, encore appelés libertés et droits fondamentaux, concernent le droit à la vie, le droit de vote, l’interdiction de la discrimination, de la torture, des traitements inhumains et de l’esclavage. La liberté de pensée, d’expression, de réunion, d’association, de religion, la protection de la vie privée et le droit à un procès équitable relèvent également de cette catégorie de droits». Les droits sociaux, économiques et culturels, communément appelés droits sociaux, englobent les droits au travail, à l’éducation, à la santé, au logement, à l’alimentation, à l’eau et à l’électricité. La participation à la vie culturelle, aux progrès scientifiques et la protection de la propriété intellectuelle sont d’autres droits sociaux. Les droits collectifs reconnaissent aux peuples le droit de disposer d’eux-mêmes, de leurs richesses et ressources naturelles. Le droit des femmes, des enfants, des migrants, le droit au développement, à la paix et à un environnement propre en sont d’autres composantes majeures. Une nouvelle catégorie de droits, appelée droits numériques, est spécifique aux nouvelles technologies. Elle vise la protection de la vie privée mise à mal par la collecte informatique des données, d’une part, et la protection de la propriété intellectuelle, d’autre part.

TOUS ÉGAUX EN DIGNITÉ ET EN DROITS

La reconnaissance et la protection de la dignité humaine sont au cœur des droits de l’Homme. Ce concept, qui remonte à la nuit des temps, a franchi une étape majeure le 10 décembre 1948 avec l’adoption, dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations unies, de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH). En son article 1er, la DUDH dispose que : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience, et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » Outre leur caractère universel, les droits humains sont inaliénables, imprescriptibles, interdépendants et d’égale importance. Violer un seul droit est une atteinte aux autres droits. En réaliser un est tributaire de la réalisation d’un autre. A titre d’exemple, être en bonne santé impacte notre capacité à nous instruire et à travailler. De même, l’instruction et le travail couplés à une alimentation saine et équilibrée sont des facteurs clés de bonne santé. Conçus pour nous protéger contre les injustices, les inégalités et les abus de pouvoir de tous ordres, les droits humains régissent nos rapports avec autrui et les pouvoirs publics, définissent les droits et les devoirs de chacun, l’objectif étant de préserver l’ordre public, la paix et la stabilité. Pour autant, l’effectivité des droits humains au Gabon est mise à mal, entre autres, par l’exercice non démocratique du pouvoir, les inégalités et les injustices sociales. Tout citoyen lésé dans ses droits peut saisir les instances nationales, régionales et/ou internationales compétentes pour s’informer, protéger et défendre ses droits. Au niveau national, les droits de l’Homme et les libertés fondamentales sont garantis par la Constitution et par l’entremise des juridictions de droit commun, la Cour constitutionnelle, le Parlement, la Commission nationale des droits de l’homme, les organisations de la société civile et le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale. Le Gabon a été élu en 2020 au Conseil des droits de l’Homme (CDH) de l’Organisation des Nations unies (ONU) pour un mandat de trois ans. En janvier 2023, et dans le cadre du 4ème cycle d’examen périodique universel, il est appelé à soumettre à l’ONU des rapports périodiques sur les avancées du respect des droits économiques, sociaux et culturels, la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels au Gabon. Les 30 ARTICLES FONDAMENTAUX DE LA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME  1.  Le droit d’être libre et égal  2.  Le droit de ne pas être discriminé  3.  Le droit à la vie  4.  Le droit de ne pas être esclave  5.  Le droit de n’être ni torturé ni traité de façon inhumaine  6.  Le même droit devant la loi  7.  Le droit d’être égal devant la loi  8.  Le droit à un traitement équitable devant les tribunaux  9.  Le droit de ne pas être détenu injustement 10. Le droit à un procès 11. Le droit à l’innocence jusqu’à preuve du contraire 12. Le droit à la vie privée 13. Le droit à la liberté de circulation et de séjour  14. Le droit à l’asile 15. Le droit à la nationalité 16. Le droit de se marier et de fonder une famille 17. Le droit à la propriété 18. Le droit à la liberté de conscience et de religion  19. Le droit à la liberté d’opinion et d’expression 20. Le droit à la liberté de réunion 21. Le droit à la démocratie 22. Le droit à la sécurité sociale 23. Le droit au travail 24. Le droit au repos et aux loisirs 25. Le droit aux services sociaux 26. Le droit à l’éducation  27. Le droit à la culture et aux arts  28. Le droit à la liberté dans le monde entier  29. Soumis à l’observation de la loi 30. Les droits de la personne ne peuvent lui être enlevés https: www.org › universal-declaration-humain-rights   

QUI SOMMES-NOUS ?

« Vivre », votre magazine trimestriel sur les droits humains au Gabon, est disponible en ligne. Cette publication didactique, pratique et factuelle traite exclusivement, en toute clarté, impartialité et rigueur, et avec l’appui d’analyses de professionnels du droit, de l’ensemble des droits humains. Ce dispositif inclut les droits sociaux, économiques, culturels, civils, politiques et collectifs. À cet égard, votre magazine entend vous édifier sur les événements, les avancées et l’évolution des droits humains et des lois promulguées en République gabonaise. Nous prodiguons également des conseils pratiques sur les limites à ne pas franchir dans la jouissance de vos droits. Nul, en effet, ne peut en user s’il ne respecte ses devoirs vis-à-vis d’autrui. « Vivre » est né de la volonté d’une équipe de journaliste et de juriste qui a à coeur de vous informer dans les règles de l’art, de collecter des informations fiables et de faire de votre magazine une référence en matière d’information, de communication, de promotion des droits humains et leurs valeurs. Au sommaire de cette première édition nous nous penchons sur la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH), le droit à la santé et au travail, la violence domestique sous toutes ses formes, qu’elle soit physique, sexuelle, psychologique ou économique. Pour accéder à votre magazine, connectez-vous dès à présent via le lien https://magazine-vivre.com/wp/

ILS ONT DIT

« Si vous voulez voir le développement d’un pays, ne regardez pas les bâtiments. Regardez les conditions de détention des prisonniers. » Anonyme « Un État ne peut se développer sans le respect des droits de l’Homme. Le Gabon a ratifié les textes internationaux qui mettent en avant le respect des droits de l’Homme. Nous devons respecter cet engagement. » Lionel Ella Engonga – Président de l’Association SOS Prisonniers « Vous êtes fille-mère, vous êtes des femmes fortes, des femmes braves. N’ayez pas honte d’être fille-mère. Au contraire, venez vers l’Association AFI.M.MO afin que nous puissions, ensemble, nous battre et trouver des solutions pour que chaque enfant né d’une fille-mère soit scolarisé en 2026. » Patricia Bruant Kessany – Présidente de l’Association des Filles-Mères du Moyen Ogooué « Les hommes, en tant qu’acteurs influents, ont un rôle fondamental à jouer dans la dénonciation des violences sexistes, dans la promotion de comportements respectueux et égalitaires, et dans la collaboration avec les femmes pour bâtir un avenir de paix, de solidarité et d’égalité… » Pasteur Gaspard Obiang « L’État gabonais pourrait équilibrer ses ressources afin de donner les moyens aux institutions juridiques qui reçoivent les victimes des violences conjugales pour une prise en charge à travers, par exemple, la gratuité des soins, des examens et des consultations des victimes. » Capitaine Kanga Moulamba – Officier de Police Judiciaire

MÉDIAS ET DROITS HUMAINS

Au Gabon, les droits humains demeurent un enjeu majeur pour la société et les institutions. À cet égard, la presse en, tant qu’acteur incontournable de l’information et la sensibilisation, a la responsabilité de faire progresser la conscience citoyenne et de contribuer à l’édification d’une société plus juste et inclusive. Qu’elle soit écrite, audiovisuelle ou numérique, la presse joue un rôle de vigie en mettant en lumière les violations, en donnant la parole aux victimes et en interpellant les autorités. Elle devient ainsi un relais essentiel entre les organisations de défense des droits humains et l’opinion publique. Dans un pays où les débats sur la gouvernance, la justice sociale et l’égalité restent sensibles, les médias offrent une plateforme de dialogue et de plaidoyer. Cependant, ce rôle se heurte à plusieurs défis. La désinformation et la prolifération des contenus non vérifiés fragilisent la confiance du public. Les pressions politiques et économiques peuvent limiter la liberté éditoriale et pousser certains organes à l’autocensure. À cela s’ajoute la fracture numérique, qui prive une partie de la population, notamment en zones rurales, d’un accès régulier à l’information. Outre ces contraintes, des obstacles d’ordre institutionnel et structurel freinent la marche vers une presse libre et indépendante. De l’ambiguïté du cadre législatif Le Code de la communication de 2016, bien qu’ayant supprimé les peines privatives de liberté pour les délits de presse, contient des dispositions floues qui exposent les journalistes à des risques juridiques imprévisibles. Manque d’indépendance de l’organe de régulation des médias La Haute Autorité de la Communication (HAC) est critiquée en raison notamment de son mode de nomination qui est contrôlé par le pouvoir exécutif. Son président peut sanctionner un média sans consulter les autres membres, ce qui soulève des inquiétudes quant à l’équité de ses décisions. Accès limité aux sources officielles Les journalistes, en particulier ceux des médias indépendants, rencontrent des difficultés pour accéder aux informations gouvernementales. Cet obstacle entrave leur capacité à informer le public de manière complète et précise. Intimidations et pressions Des cas de convocations de journalistes par les services de sécurité sur la base du Code pénal ont été rapportés, créant un climat de peur et d’autocensure au sein de la profession. Malgré ces obstacles, les médias gabonais disposent d’opportunités inédites. Les réseaux sociaux et les plateformes digitales permettent de toucher la jeunesse, de vulgariser des notions complexes et de mobiliser autour de campagnes citoyennes. Les radios communautaires, quant à elles, restent des vecteurs puissants de sensibilisation des populations y compris celles vivant dans les régions éloignées. Ainsi, la presse gabonaise est appelée à renforcer son rôle pédagogique et critique, en s’appuyant sur des formats innovants et une rigueur professionnelle accrue. Car au-delà de l’actualité, il s’agit de construire une culture des droits humains, où chaque citoyen se sent informé, responsabilisé et engagé. D’où l’existence de programmes qui abordent les questions sociales liées à la défense et à la sensibilisation aux droits humains. « La Parole aux éditeurs », animée par Falonne Bessagholi sur Radio Gabon, mérite une attention particulière. Cette émission, qui gagnerait à être portée sur grand écran, s’impose comme un véritable espace citoyen. Elle donne la parole à tous les Gabonais, qu’ils soient au pays ou à l’étranger, pour débattre des sujets d’actualité, en particulier ceux qui touchent aux problèmes sociaux et aux droits fondamentaux. Au-delà de son format radiophonique, « La Parole aux éditeurs » incarne une démarche inclusive et participative. En ouvrant le micro aux citoyens ordinaires, elle brise le monopole des voix institutionnelles et permet une diversité d’opinions rarement entendues dans le paysage médiatique. Cette pluralité contribue à renforcer la conscience collective et à rapprocher les débats des réalités vécues par les populations. Dans un contexte où la sensibilisation aux droits humains reste un défi, ce type d’émission joue un rôle pédagogique essentiel. Elle vulgarise des notions complexes, encourage le dialogue et favorise l’émergence d’une culture de responsabilité citoyenne. Le paysage médiatique gabonais gagnerait à multiplier ce genre d’initiatives, capables de relier information, participation et engagement social, afin de consolider le rôle des médias comme piliers de la démocratie et de la justice sociale. Dans la même dynamique, l’ONG Brainforest, en partenariat avec Human Rights Foundation, a publié un guide intitulé « Gabon, tes droits. » Cet ouvrage constitue une ressource précieuse pour les citoyens, car il informe, explique et vulgarise les droits fondamentaux en République gabonaise. Accessible et pédagogique, ce guide illustre la manière dont les médias et les acteurs de la société civile peuvent collaborer pour renforcer la culture des droits humains. Il démontre que l’éditorial et la communication peuvent devenir des outils de sensibilisation puissants, capables de toucher un large public et de favoriser une meilleure compréhension des enjeux citoyens. Par ailleurs, le paysage médiatique compte depuis mars 2023 le magazine en ligne « Vivre » sur les droits humains au Gabon qui consacre l’essentiel de ses colonnes à des informations factuelles, didactiques et des conseils pratiques, le but étant d’aider le public à connaitre, s’approprier et défendre ses droits. Des sujets d’actualité y ont également leur place. « Vivre » est né de la volonté d’une équipe de journalistes qui travaille avec l’appui de professionnels issus de divers domaines (défenseurs des droits humains, juristes, enseignants, médecins, économistes, politologues, sociologues, anthropologues…). Leur analyse et leurs conseils sont d’un apport inestimable. Les médias et les droits humains sont intimement liés. Le défi est immense : il ne s’agit pas seulement de relayer des informations, mais de construire une véritable pédagogie des droits humains, adaptée aux réalités locales et accessible à tous. Les initiatives menées en ce sens par des institutions comme l’UNICEF ou des ONG locales montrent que des avancées sont possibles. Mais pour que l’impact soit réel, il faut une volonté collective, une stratégie cohérente et une implication continue et soutenue des médias dans la promotion des droits humains. Un paysage médiatique en mutation Le paysage médiatique gabonais a connu un essor notable dans les années 1990, porté par le renouveau démocratique. La création du Conseil national de la Communication (CNC) marquait une étape importante dans la régulation du secteur. Ses MÉDIAS ET DROITS HUMAINS

LE CHANTIER PERMANENT

Chaque être humain dispose, quelle que soit sa situation, de droits fondamentaux qui garantissent sa dignité, sa liberté, son égalité et sa sécurité. Ces droits ne sont pas des idées abstraites réservées aux juristes : ils se vivent au quotidien, dans l’accès à la justice, la liberté d’expression, le respect des procédures, la protection contre toute forme de violence ou de discrimination. Pourtant, au Gabon, comme ailleurs, leur respect reste un chantier permanent. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme, via son bureau régional pour l’Afrique centrale, suit de près et soutient les efforts du Gabon en matière de promotion et de protection des droits humains. Sur le plan institutionnel, une nouvelle Constitution a été adoptée à l’issue du référendum du 16 novembre 2024. Les résultats ont été validés le 29 novembre par la Cour constitutionnelle et la loi fondamentale promulguée le 19 décembre. Ce texte symbolise le retour à l’ordre démocratique après une transition politique inédite. Au-delà des textes, la réalité reste contrastée. Pour ne citer qu’un exemple, l’état des lieux dans les prisons présente des risques sanitaires majeurs pour les détenus.  Le président de l’Association SOS Prisonniers, Lionel Ella Engonga, cite entre autres la surpopulation, les mauvaises conditions d’hygiène,  les détentions préventives prolongées et des cas de mauvais traitements y compris des tortures. Lors de la célébration, le 10 décembre 2025, de la Journée mondiale des droits humains, une procédure inédite a été introduite devant la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples. L’affaire, portée par le Cabinet Bensimhon & Associés pour le compte d’Hervé Patrick Opiangah, met en cause l’État gabonais pour des violations présumées des droits à la dignité, à un procès équitable et à la liberté. Ce recours régional marque une avancée notable dans l’usage des mécanismes juridiques africains pour faire respecter les droits fondamentaux. Cette évolution illustre un point essentiel : comprendre ses droits ne suffit pas. Il faut aussi savoir les revendiquer, y compris par les voies juridiques nationales, régionales ou internationales. Chaque citoyen informé, qui ose faire appel à ces instruments, participe à une société plus juste. La protection des mineurs reste également une priorité. Les 11 et 12 décembre 2025, une opération conjointe a été menée dans le Grand Libreville pour identifier et protéger des dizaines d’enfants victimes d’exploitation ou de violences. Cette initiative a été prise en charge par la Direction des Affaires sociales, de la Protection de l’Enfance et de l’Assistance judiciaire (DASPEAJ) en collaboration avec le parquet de la République et des officiers de police judiciaire (OPJ). Cette action a vu la présence de la directrice Gladys Maganga Moussavou et du substitut du procureur Vanida Charline Mengue Ogandaga. Ce type d’intervention montre que signaler une violation est souvent la première étape vers une réponse sociale et judiciaire adaptée. Dans ce contexte, revendiquer ses droits implique une double responsabilité : Respecter ses droits, c’est aussi respecter ceux des autres.  La liberté d’expression, par exemple, n’est pas un privilège isolé, mais une garantie pour tous d’exister dans un climat sans peur ni discrimination.

JUSTICE ET PROTECTION SOCIALE

Le Gabon s’achemine vers l’ouverture d’un bureau d’assistance juridique pour personnes vulnérables, notamment les veuves, les orphelins et les femmes victimes de violences et économiquement faibles. Le projet a réuni en octobre 2025 dernier le ministre de la Justice, Séraphin Akure-Davain, et la ministre de la Femme, de la Famille et de la Protection de l’Enfance, Élodie Diane Foué-Foué Sandjo, entourés de leurs collaborateurs respectifs et des principaux responsables des directions et services directement concernés. Les membres du gouvernement sont revenus sur l’intérêt de repenser sinon toiletter les dispositions juridiques et légales relatives à la mise en place d’une clinique juridique en République gabonaise, de définir la qualité des membres du bureau, notamment ceux devant bénéficier d’une assistance juridique. Les participants ont également convenu de : Mettre en place un bureau dynamique d’égale partie réunissant les ministères de la Justice, de la Femme, les techniciens des impôts, les avocats, les greffiers et les huissiers de justice, entre autres. Étendre à toutes les juridictions (pénale, judiciaire, commerciale) l’assistance judiciaire aux ayants-droits. Partager aux acteurs des professions libérales, dont les avocats, la vision politique des plus hautes autorités, en vue de soutenir les personnes vulnérables aux plans social et juridique. Faire des propositions concrètes au gouvernement en vue de l’adoption d’une loi. SOURCE : Ministère de la Justice. Garde des Sceaux. Chargé des Droits Humains

VIOLENCES CONJUGALES

Au Gabon, les violences conjugales sont définies comme étant « des violences psychologiques, physiques, verbales, financières et économiques commises au sein du couple ou par un ex partenaire de vie. » Elles sont encadrées par la loi 006 du 06 septembre 2021, portant élimination des violences basées sur le genre (VBG), qui vise à protéger les victimes contre toutes sortes de violence et de discrimination en milieu familial. Aux niveaux régional et international, les textes de référence en matière de lutte contre les violences dans le couple sont : « Vivre » – Madame Kanga Moulamba, vous êtes officier de police judiciaire. Quel point faites-vous du cadre légal sur les violences conjugales: Est-il suffisant et quels en sont les forces et faiblesses?  Kanga Moulamba – Pour ma part je dirais oui et non. Oui parce que nous constatons que les mécanismes de protection établis pour protéger les victimes de violences conjugales produisent des effets spécifiques dès qu’ils sont portés à la connaissance du citoyen sans dépendre d’un texte réglementaire pour être applicable. Je dirai Non parce qu’il y a un manque de vulgarisation de la lutte contre les violences conjugales depuis 2021. La plupart des victimes de violences conjugales ne connaissent pas l’existence des lois et mesures établies pour les protéger de leurs bourreaux. Quels sont les obstacles réguliers qui empêchent les victimes d’obtenir justice ? Les obstacles réguliers qui empêchent les victimes d’obtenir justice sont généralement : les normes sociales (coutume) et les mentalités patriarcales et sexistes. Je m’explique. La loi de l’OMERTA ou du silence interdit que l’on parle des violences conjugales. Cette loi inexistante demeure un secret dans les familles socialement patriarcales. Les viols, l’inceste et les violences conjugales, par exemple, sont protégés par cette loi. Les victimes sont-elles suffisamment soutenues et outillées pour engager une action en justice, obtenir réparations et dédommagements ? Je dirai Non, car les victimes ne sont pas suffisamment outillées et soutenues pour engager une action en justice afin d’obtenir réparation et dédommagement. Les ressources limitées dans la prise en charge de la victime contraignent cette dernière à rester sous le joug de son bourreau, car elle dépend financièrement de lui. Les services d’accueil et d’accompagnement des victimes de violences au sein du couple sont limités.  La crainte du jugement social et des représailles, et la lenteur judiciaire caractérisée par des procédures longues et parfois humiliantes, suscitent le découragement des victimes à s’engager devant les institutions et tribunaux. Quelles réformes juridiques seraient prioritaires pour mieux protéger les victimes ? Pour ma part, l’État gabonais pourrait équilibrer ses ressources afin de donner les moyens aux institutions juridiques qui reçoivent les victimes pour une prise en charge dans les procédures judiciaires à travers, par exemple, la gratuité des soins, des examens, des consultations et des certificats médicaux des victimes. Qu’est-ce que l’Ordonnance de protection des victimes des violences conjugales et quels sont les avantages de la loi 006/2021 y afférents ? L’ordonnance de protection est une mesure d’urgence prise par le juge des affaires sociales afin de protéger les victimes des violences au sein du couple légalement marié, avec ou sans plainte. Elle permet également de statuer sur le lieu de résidence, la garde des enfants, la pension alimentaire, et interdit tout contact avec le bourreau. Elle a une durée de 6 mois non renouvelable. L’ordonnance d’urgence est établie dans les plus brefs délais. À ce jour, combien de victimes ont bénéficié de l’Ordonnance de protection et comment a-t-elle changé leur vie ?  Je ne peux pas vous donner le nombre exact. En revanche, je peux vous rassurer de l’existence de cette mesure d’urgence en République Gabonaise. Quelles sont les démarches que les victimes doivent entreprendre et auprès de qui pour bénéficier de l’Ordonnance de protection ?  En ce qui concerne les démarches visant à obtenir une ordonnance de protection, la victime doit se rendre au tribunal, au greffe civil, muni ou pas d’une lettre manuscrite adressée au Président du tribunal de Première Instance, d’une copie de l’acte de mariage, d’une copie des actes de naissance des enfants, si possible avec des preuves sur les abus subis, et d’un certificat médical ou pas.  La protection des victimes des violences au sein du couple et les démarches à suivre pour se protéger sont des défis majeurs. Pourquoi ?  Elles sont des défis majeurs parce qu’elles butent sur des obstacles d’ordre financier, familial et social pour les victimes de violences conjugales. Quels message et conseils souhaiteriez-vous transmettre aux victimes des violence conjugales ? Je dirais aux victimes de violences conjugales qu’elles ne devraient pas accepter de mourir au nom du mariage, et qu’il faut partir dès le premier signe de violences.

COMPRENDRE. REVENDIQUER. RESPECTER SES DROITS

Chaque être humain dispose, quelle que soit sa situation, de droits fondamentaux qui garantissent sa dignité, sa liberté, son égalité et sa sécurité. Ces droits ne sont pas des idées abstraites réservées aux juristes : ils se vivent dans le quotidien, dans l’accès à la justice, la liberté d’expression, le respect des procédures, la protection contre toute forme de violence ou de discrimination. Pourtant, au Gabon, comme ailleurs, leur respect reste un chantier permanent. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme via, son bureau régional pour l’Afrique centrale, suit de près et qui soutient les efforts du Gabon en matière de promotion et de protection des droits humains. Sur le plan institutionnel, une nouvelle Constitution a été adoptée à l’issue du référendum du 16 novembre 2024. Les résultats ont été validés le 29 novembre par la Cour constitutionnelle et la loi fondamentale promulguée le 19 décembre. Ce texte symbolise le retour à l’ordre démocratique après une transition politique inédite. Au-delà des textes, la réalité reste contrastée. Pour ne citer qu’un exemple, l’état des lieux dans les prisons présente des risques sanitaires majeurs pour les détenus.  Le président de l’Association SOS prisonniers, Lionel Ella Engonga, cite entre autres la surpopulation, les mauvaises conditions d’hygiène,  les détentions préventives prolongées et des cas de mauvais traitements y compris des tortures. Lors de la célébration, le 10 décembre 2025, de la Journée mondiale des droits humains, une procédure inédite a été introduite devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. L’affaire, portée par le Cabinet Bensimhon & Associés pour le compte d’Hervé Patrick Opiangah, met en cause l’État gabonais pour des violations présumées des droits à la dignité, à un procès équitable et à la liberté. Ce recours régional marque une avancée notable dans l’usage des mécanismes juridiques africains pour faire respecter les droits fondamentaux. Cette évolution illustre un point essentiel : comprendre ses droits ne suffit pas. Il faut aussi savoir les revendiquer, y compris par les voies juridiques nationales, régionales ou internationales. Chaque citoyen informé, qui ose faire appel à ces instruments, participe à une société plus juste. La protection des mineurs reste également une priorité. Les 11 et 12 décembre 2025, une opération conjointe a été menée dans le grands Libreville pour identifier et protéger des dizaines d’enfants victimes d’exploitation ou de violences. Cette initiative a été prise en charge par la Direction des Affaires sociales, de la Protection de l’Enfance et de l’Assistance judiciaire (DASPEAJ) en collaboration avec le parquet de la République et des officiers de police judiciaire (OPJ). Cette action a vu la présence de la directrice Gladys Maganga Moussavou et du substitut du procureur Vanida Charline Mengue Ogandaga. Ce type d’intervention montre que signaler une violation est souvent la première étape vers une réponse sociale et judiciaire adaptée. Dans ce contexte, revendiquer ses droits implique une double responsabilité : Se former et s’informer : connaître la Constitution, les lois du pays, et les instruments internationaux ratifiés par le Gabon. Agir de façon pacifique et légale : saisir les institutions compétentes, entreprendre des démarches judiciaires, ou s’appuyer sur la société civile. Respecter ses droits, c’est aussi respecter ceux des autres.  La liberté d’expression, par exemple, n’est pas un privilège isolé, mais une garantie pour tous d’exister dans un climat sans peur ni discrimination.

NON AU DÉRAPAGE DES FORCES DE SÉCURITÉ

Dans de nombreuses situations, les forces de sécurité – policiers, gendarmes, militaires – sont appelées à garantir la paix, l’ordre et la sécurité publique. Pourtant, il arrive trop souvent que leurs interventions dérapent, révélant un usage disproportionné de la force, des arrestations arbitraires, ou encore des violences injustifiées à l’encontre des civils. Ces abus, qu’ils soient dus à un manque de formation ou à une mauvaise compréhension de leur rôle dans la promotion des droits humains, posent un véritable défi à l’État de droit. Des dérapages encore fréquents Que ce soit lors de manifestations, de contrôles de routine ou d’interpellations, des citoyens font face à des comportements répressifs de certains agents. Dans ces cas, la question centrale demeure : est-ce un excès de zèle ? Un abus de pouvoir ? Ou un manque de connaissance des droits de la personne ? Quoi qu’il en soit, ces actions nuisent à la confiance entre population et forces de sécurité. Et c’est cette confiance qui est pourtant essentielle à la stabilité d’un pays. Un cadre juridique clair, mais trop souvent ignoré Les forces de sécurité exercent leur mission dans un cadre juridique précis. La Constitution nationale, le Code pénal et les traités internationaux ratifiés par le Gabon, notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples définissent les limites de leur pouvoir. Ces textes garantissent le droit à la dignité, à la sûreté, à la liberté d’expression et d’opinion. Dès lors, tout acte de violence non justifié, toute détention arbitraire ou atteinte aux droits d’un civil est une entorse à la loi. Aucun uniforme ne donne le droit de bafouer les droits fondamentaux. Être au service, pas au-dessus de la loi Être en uniforme ne donne pas le droit d’ignorer les principes d’éthique et de dignité humaine. Les forces de sécurité doivent être *tenues pour responsables* en cas d’abus. Chaque dérapage impuni affaiblit l’État de droit. L’instauration de mécanismes de plainte accessibles, de comités de surveillance indépendants et d’une justice impartiale est essentielle pour garantir que personne, y compris les agents de sécurité, ne soit au-dessus des lois. Un rôle crucial dans la défense de la démocratie Les forces de sécurité ont un rôle fondamental à jouer dans la promotion des droits humains. En respectant et en protégeant les droits des citoyens y compris les défenseurs des droits humains, elles deviennent elles-mêmes des piliers de la démocratie. Il ne s’agit pas d’opposer sécurité et droits humains, mais de les faire avancer ensemble. Car un agent de sécurité qui ne respecte pas les droits finit toujours par devenir une menace pour tous. Construire une société respectueuse des droits humains passe inévitablement par une réforme profonde de la culture sécuritaire. Cela commence par la formation, se poursuit par la responsabilisation, et se consolide par des mécanismes de protection pour les citoyens comme pour les défenseurs des droits humains. Protéger les droits humains, c’est aussi protéger la paix.