Journalistes Seniors

Yvette Bivigou
Martial Idundu
Flavienne Louise Issembè

Collaborateurs

Annie Mapangou
Eric Ozwald
Florène Okome Pambo
Tama Z’Akis

Equipe Technique

Chris Jonathan - Développeur
Yourick S.Obame - Webdesigner
Gerald Boussougou - C. Manager
Andy G. K. Amiaganault - Cadreur
Hermann Oke Mve - Cadreur
Alain Wolbert - Cadreur
Delvane BKG - Cadreur

Contacts

infovivremagazine@gmail.com

+241 62 71 98 92

Edit Template

ARTICLE

APPRENDRE ET APRÈS ?

APPRENDRE ET APRÈS ? Ne vous méprenez pas ! Il ne s’agit nullement de dénigrer l’apprentissage, pas plus que la formation. L’acquisition du savoir demeure plus que jamais une arme fondamentale dans un monde en perpétuelle mutation. L’intitulé cadre plutôt avec le cri de désarroi d’une grande partie des lycéens, des étudiants et des parents.   Plus de 25% des jeunes peinent à s’insérer sur le marché de l’emploi et, circonstance aggravante, ceux qui sont qualifiés et fraîchement diplômés ne font plus exception désormais à ce cruel constat. Cette situation alarmante et inédite ne semble pas trouver d’issue à court terme. En effet, pour l’année 2022, le Gabon prévoyait de réduire de 2806 le nombre d’agents à recruter dans la fonction publique pourtant principal pourvoyeur d’emplois !   Les cas les plus alarmants sont ceux de l’Education nationale et de la Jeunesse et des Sports. Chaque année, un minimum de 200 expatriés sont recrutés à l’Education nationale lorsque, dans le même temps, depuis 2018, les enseignants sortis de l’Ecole normale supérieure (ENS) ne sont quasiment pas pris en compte car n’ayant guère de garantie au niveau du recrutement, de la titularisation et de l’avancement. Les besoins sont pourtant réels tant au niveau du personnel enseignant, du personnel d’encadrement et qu’au niveau de l’administration. Cela est devenu un enjeu d’ordre national. Il n’est pas rare qu’au sein d’une famille des parents comptent deux à trois enfants qui, diplôme en poche, ne sont engagés nulle part.   L’estimation de ce fléau social est assez difficile à établir. Si l’on cumule les 20 000 jeunes se retrouvant en quête d’emplois annuellement et ceux qui ont été compressés, la fourchette se situerait entre 80 000 et 120 000 chômeurs ! Le Mouvement national des chômeurs du Gabon (MNCG) avance le chiffre de 200 000.   Les pouvoirs publics ont-ils failli dans leur politique de droit à l’emploi ? Ce droit à l’emploi est inscrit dans la Constitution gabonaise de 1991, actuellement en vigueur : « Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. » Autrement dit, les pouvoirs publics doivent mettre en oeuvre une politique permettant à chacun d’obtenir un emploi. Cela, toutefois, ne s’entend pas comme une obligation de résultat, c’est-à-dire comme une obligation absolue de donner à tout chômeur un emploi. Mais ce droit à l’emploi ou au travail ne fait-il pas partie intégrante de la notion de dignité de l’être humain ?   Dans le cas spécifique du Gabon, le moins que l’on puisse dire est que ce pays présente un certain nombre de paradoxes. A ce propos, une récente publication du 11 octobre 2022 émanant du Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF) précise que cet Etat se positionne comme le plus riche d’Afrique (hors très petits pays). Son produit intérieur brut (PIB) par habitant se chiffrerait à 8 017 dollars, c’est-à-dire 5,4 millions de francs CFA. Cela devrait a priori être gage d’enrichissement, de développement économique et surtout social afin de booster l’indice du développement humain (IDH).   Comment comprendre ce qui précède et la stagnation du marché de l’emploi ? Ce d’autant plus que les secteurs touristique, agricole et minier font partie du « Plan stratégique Gabon émergent » censé dynamiser le développement et générer des milliers d’emplois.   Le Gabon est le pays qui, par rapport à sa population, compte le plus de fonctionnaires à l’échelle de la planète. 54 415 fonctionnaires en 2004 et plus de 102 367 en 2020, soit une augmentation de plus de 85% en seize ans ! Soixante-trois ans après les indépendances, le premier employeur au Gabon est l’Etat alors que dans la majeure partie du monde, c’est le secteur privé. Plus des deux tiers des emplois sont ceux de la fonction publique générant une masse salariale de 651 milliards de francs CFA en 2021 ce qui a conduit le Fonds monétaire international (FMI) à imposer un moratoire au gouvernement depuis un certain nombre d’années.   Il faudrait inverser progressivement la tendance en créant plus d’emplois dans le secteur privé afin de suppléer l’hypertrophie des administrations étatiques. En 1985, ce secteur avoisinait 80000 emplois. Il a baissé de près de 50% aujourd’hui. Pour ce faire, des investissements plus substantiels s’imposent, mais qui sont obérés par la dette extérieure se chiffrant à 8000 milliards de francs CFA. Cela constitue l’un des principaux freins d’injection de capitaux pour développer de nouvelles activités génératrices d’emplois.   Tout n’est cependant pas imputable aux choix économiques dans les causes de l’inemploi. Il existe une persistance de choix de filières inopérantes. La Commission nationale d’orientation et d’attribution d’allocation d’études ne tient pas toujours compte des priorités de formation décidées par le gouvernement. A cela, il faut ajouter l’esprit de fonctionnariat qui prévaut toujours dans la conscience du gabonais.   Les bacheliers orientés en sociologie, gestion et droit peinent souvent à trouver du travail. Entre 2016 et 2020, 64 077 demandeurs d’emploi se sont présentés à l’Office national de l’emploi (ONE). Le Gabon a l’un des taux de chômage les plus élevés d’Afrique subsaharienne. Il se situe« à 22% à l’échelle générale et à 38% chez les jeunes».   « La population active gabonaise est globalement sous-qualifiée : 70% de la main-d’oeuvre ont un niveau inférieur ou égal au Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE), 16,4% sont détenteurs du Brevet d’études du premier cycle (BEPC) et 5,6% seulement du baccalauréat (bac).   Il existe pourtant des compétences très recherchées nécessitant une haute expertise technique dans les secteurs pétrolier, parapétrolier, minier, du transport, du bâtiment et des travaux publics (BTP) et des nouvelles technologies. Des mesures d’urgence s’imposent afin que l’Etat puisse assurer à nouveau le plein emploi.   L’enseignement doit s’adapter à l’évolution économique et sociale. L’Etat providence a atteint ses limites. L’exécutif doit s’efforcer désormais de privilégier l’auto-entrepreneuriat afin d’assurer une autonomisation de plus en plus vitale pour les jeunes générations.      Adia Rénomiè

RÉFLEXION SUR LES ÉLECTIONS

L’école joue un rôle déterminant dans la promotion des connaissances et la prise de décision. Loin de se limiter à son environnement, elle s’invite désormais sur le terrain. À titre d’exemple, l’Université Omar Bongo (UOB), à travers ses centres de recherche, accueille dans ses murs divers acteurs pour faire le point sur l’état du Gabon et proposer des pistes de solutions.  Les journées d’étude sur la thématique « Droit et pratiques électoraux à l’aune des élections générales au Gabon » s’inscrivent dans cette optique. Des enseignants-chercheurs et praticiens du droit électoral ont, du 26 au 28 avril 2023, éclairé le public sur le droit électoral gabonais à travers cinq axes majeurs. Ceux-ci incluent :  Dans un discours magistral, le directeur du CRECAPPI, le Pr Télésphore Ondo, a décliné les enjeux du droit électoral.  « Le premier enjeu est relatif au respect du concept de l’Etat de droit. Les acteurs politiques et les institutions intervenant dans la matière électorale doivent être au fait des règles et procédures du droit électoral, et s’y soumettre.» « Notre devoir est d’outiller les candidats pour qu’ils connaissent leurs droits et obligations et les électeurs pour qu’ils fassent leur choix en toute connaissance de cause et respectent leur vote en empruntant les voies des lois démocratiques. »  « Le deuxième enjeu du droit électoral concerne le renouvellement de l’élite gouvernante, plus généralement de l’alternance démocratique au pouvoir et, au-delà, le passage d’un ordre politique ancien à un ordre politique nouveau. Comment opérer ce changement ? » Le recteur de l’UOB, le Pr Mesmin Noël Soumaho, a relevé « la pertinence de la thématique des journées au regard de l’actualité brûlante marquée par la réforme de la Constitution nationale et de la loi électorale dans le cadre de la concertation politique tenue du 13 au 23 février 2023 à l’initiative du chef de l’Etat, Ali Bongo Ondimba.  « Le fruit des débats et réflexions conduira certainement à formuler des propositions originales et adaptées à notre société pour pacifier définitivement les joutes électorales et renforcer ainsi la légitimité des gouvernants et du vivre ensemble. Tel est le rôle de l’université considérée comme le Temple du Savoir et, singulièrement, de l’UOB dont la devise est : Savoir. Progrès. Universalité », a conclu le Pr Soumaho.  Le président d’EM Gabon, le Pr Franck Idiata, s’est engagé « à financer les acquis de ces journées rapidement en vue de leur publication avant les élections, afin de fournir aux décideurs politiques, aux acteurs politiques dans leur ensemble, mais aussi à la population, des outils d’appréciation et d’aide à la décision. »  En cette année électorale cruciale, les Gabonais.es sont appelé.es à faire valoir leur droit de vote dans le cadre des élections générales. Ces élections permettent d’élire simultanément le président de la République, les députés et les représentants locaux dans les mairies et les départements.  Les journées d’étude de l’UOB sont les 3e d’une série initiée en 2021 par le Centre de recherche et d’études constitutionnelles, administratives, parlementaires, politiques et internationales (CRECAPPI). Les deux premières étaient consacrées à la Constitution nationale et au Sénat. À travers ses travaux, le Centre de recherche apparait comme une plateforme de propositions et de contributions au développement de la démocratie dans notre pays.

À PROPOS DES ÉLECTIONS GÉNÉRALES

Le même rituel a lieu en période pré-électorale. Tout citoyen doit s’inscrire au préalable sur la liste électorale. L’enrôlement, qui s’étale sur un mois, peut être prolongé quand les circonstances l’exigent.  Au-lendemain de cette opération, le public gabonais a accompli, le 26 août 2023, son devoir citoyen dans le cadre des élections générales dédiées aux présidentielles, aux législatives et aux locales.  Muni d’un bulletin de vote unique, chaque votant a procédé, sous le regard vigilant des contrôleurs, à l’élection couplée des candidats à la présidentielle et aux législatives issus du même parti. Pour les candidats présidentiables n’ayant pas de parti, les électeurs ont dû voter pour le candidat de leur choix et renoncer à élire un député. Nombre de prétendants indépendants à la magistrature suprême en ont fait les frais. Muni d’un autre bulletin, le public a élu les conseillers municipaux et départementaux. Le scrutin s’est déroulé entre 8 heures et 18 heures, voire au-delà, dans les centres de vote ouverts pour la circonstance. Les établissements scolaires ont prêté main forte à cette activité.

DROITS DE VOTE ET D’ÉLIGIBILITÉ

Le droit de vote et le droit d’éligibilité aux élections sont des piliers fondamentaux de la démocratie. Ils doivent s’accomplir dans le strict respect de la loi et des devoirs vis-à-vis d’autrui. La Constitution gabonaise de 1991, actuellement en vigueur, reconnait et garantit ces droits en son article 4, au chapitre intitulé Titre Premier « De la République et de la Souveraineté. »  « Sont électeurs, dans les conditions prévues par la Constitution et par la loi, tous les Gabonais des deux sexes, âgés de dix‐huit (18) ans révolus, jouissant de leurs droits civils et politiques. Et « sont éligibles, dans les conditions prévues par la Constitution et par la loi, tous les Gabonais des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques. » Les élections donnent la possibilité aux citoyens, qu’ils soient électeurs ou éligibles, à l’exception des personnes inaptes ou condamnées par la justice, de faire valoir leur droit, d’exprimer leur volonté et de contribuer au développement social, économique, culturel et politique de leur pays. Pour autant, ces droits proclamés et consacrés dans la loi fondamentale sont-ils protégés et préservés ? Craignant de nouvelles violences pendant et/ou après les élections, des acteurs politiques, des membres de la société civile, des enseignants ou encore Doria, une étudiante en droit, ont lancé des appels à la paix. À un autre niveau, son condisciple Dylan, soucieux «de la gestion du processus électoral », a suggéré « que les connaissances des autorités qui ne maitrisent pas ce domaine soient renforcées.» Adèka, un septuagénaire encore en activité, n’a pas voté : « Il en sera ainsi tant qu’il y aura des ingérences extérieures qui, estime-t-il, sont une entrave à la souveraineté nationale et une menace pour la sécurité intérieure  Son neveu, Yvan, a choisi également l’abstention, mais pour d’autres raisons : « J’ai voté en 2016 mais je m’abstiendrai de le faire cette année en raison des irrégularités que j’ai constatées il y a sept ans. J’étais contrôleur dans un bureau de vote. » Le phénomène de l’abstentionnisme ne date pas d’hier. Il serait même en nette augmentation depuis 1993. Selon les résultats officiels de l’élection présidentielle de 2016, par exemple, sur 627805 électeurs, 373310 ont voté et 254495 se sont abstenus. De nombreux facteurs sont en cause. À ceux qui ont été mentionnés par Doria, Dylan, Adèka et Yvan s’ajoutent la corruption, la falsification des résultats, la partialité des autorités chargées de la gestion du processus électoral, le financement aléatoire des partis politiques et des campagnes électorales, et les dysfonctionnements dans le contrôle de l’utilisation des fonds. Le rapport des Gabonais aux élections et aux acteurs politiques se dégrade au fil des ans. Cette tendance est encore plus marquée au sein des couches défavorisées du fait notamment de la méconnaissance du code électoral. L’accès limité aux médias des partis politiques d’opposition au profit du parti au pouvoir est une autre entrave à la démocratie. Une commission pour l’égalité d’accès aux médias des partis politiques et des candidats aux élections a été créée en 2022 par la Haute autorité de la communication. Elle a pour mission de garantir le pluralisme d’opinion pendant la période électorale.

À L’AUNE DES ÉLECTIONS GÉNÉRALES

Le 29 octobre 2022, le Consortium de la société civile pour la transparence électorale et la démocratie au Gabon (Coted-Gabon) a présenté aux médias sa proposition de réforme du Code électoral gabonais pour éviter de nouvelles violences électorales. La plateforme politique « Gabon d’abord » a initié le 3 janvier 2023 des ateliers de formation des points focaux d’Owendo, de Libreville et d’Akanda, en vue de les préparer à faire face aux vicissitudes du processus électoral dans les domaines des inscriptions sur les listes électorales, des réclamations et de la sécurisation des votes. Du 8 au 11 février 2023, la Cour constitutionnelle a organisé une campagne d’information des acteurs politiques et des populations dans la perspective des élections à venir qu’elle souhaite pacifiques et transparentes. Du 13 au 23 février 2023, à l’invitation du chef de l’Etat, Ali Bongo Ondimba, la concertation réunissant la majorité présidentielle et des partis d’opposition s’est conclue sur le retour des élections à un tour et l’harmonisation de tous les mandats électifs à cinq ans. Les 27 et 28 avril 2023, le Centre de recherche et d’études constitutionnelles, administratives, parlementaires, politiques et internationales (CRECAPPI) de l’Université Omar Bongo (UOB) a organisé, en partenariat avec l’Ecole supérieure privée de Management EM Gabon, les Journées d’étude sur la thématique « Droit et pratiques électoraux à l’aune des élections générales au Gabon. » Du 6 au 8 juillet 2023, s’est tenu au Musée des arts, rites et tradition du Gabon, le SAMEAU, le Salon des métiers de l’audiovisuel et du numérique sous le thème « Déontologie et éthique des médias numériques en période électorale au Gabon ». À l’initiative de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), une conférence-débat sur la thématique « Vivre ensemble à l’aune des périodes préélectorale, électorale et postélectorale », s’est tenue le 4 août 2023 au ministère de l’Economie à Libreville.

LES ÉLECTIONS AU FIL DU TEMPS

1956 Premières élections municipales   Léon Mba est élu maire de Libreville par un corps électoral restreint constitué  des membres des formations politiques en lice et des autorités coloniales. 1957 Premières élections législatives au suffrage universel  L’ensemble des citoyens sont appelés à voter conformément au principe démocratique de la souveraineté du peuple. Décembre 1960 Candidature unique de Léon Mba à la présidence de la République.  1967-1990 Albert Bernard Bongo, successeur de Léon Mba, est le candidat unique à l’élection présidentielle. 1993-2022 Pluralité de candidatures représentant les partis majeurs.  Les résultats font néanmoins l’objet de contestations et de violences. 2023 Élections générales  du 26 août  Après l’introduction du bulletin unique, l’élection du président se fait automatiquement avec celle du député issu du même parti.

DES LISTES ÉLECTORALES AU BUREAU DE VOTE

DES LISTES ÉLECTORALES AU BUREAU DE VOTE Le même rituel a lieu en période pré- électorale. Tout citoyen doit s’inscrire au préalable sur la liste électorale. L’enrôlement, qui s’étale sur un mois, peut être prolongé quand les circonstances l’exigent.    Au-lendemain de cette opération, le public gabonais a accompli, le 26 août 2023, son devoir citoyen dans le cadre des élections générales dédiées aux présidentielles, aux législatives et aux locales. Munis d’un bulletin de vote unique, chaque votant a procédé, sous le regard vigilant des contrôleurs, à l’élection couplée des candidats à la présidentielle et aux législatives issus du même parti. Pour les candidats présidentiables n’ayant pas de parti, les électeurs ont dû voter pour le candidat de leur choix et renoncer à élire un député.    Nombre de prétendants indépendants à la magistrature suprême en ont fait les frais. Muni d’un autre bulletin, le public a élu les conseillers municipaux et départementaux. Le scrutin s’est déroulé entre 8 heures et 18 heures, voire au-delà, dans les centres de vote ouverts pour la circonstance. Les établissements scolaires ont prêté main forte à cette activité.

L’AVENIR EN QUESTION

Les Gabonais qui vivent majoritairement sous le seuil de pauvreté aspirent plus que jamais à une alternance démocratique. Une alternance qui aboutirait à des retombées positives sur le vécu social en termes d’emploi, de logement, d’éducation et de santé.  Entre angoisse et scepticisme, Ferdinand, un staffeur au chômage, raconte son mal de vivre. « J’ai 51 ans. Je sais d’où je viens, mais j’ignore où vont mes enfants. Je me débrouille comme je peux pour subvenir aux besoins de ma famille.»  Les mots qui suivent tranchent avec l’apparence zen du quinquagénaire d’Owendo qui appelle à « l’amélioration effective des conditions de vie des populations gabonaises. » À son avis, ce point devrait être au cœur des priorités du président de la République. Attentive aux propos de l’ami de son grand-père, Nelly enchaine : « Depuis la fin de mes études supérieures en 2017, je vis un profond chagrin. Je n’arrive pas avoir un stage ou un emploi. »  Diplômée en secrétariat et en comptabilité, cette mère de famille de deux enfants travaille dans un bar. « Les temps sont durs. Mais, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Nous voulons vivre en paix. À condition, dit-elle, que tout change. »  L’espoir se lit également dans le regard de Thérence, un enseignant de 40 ans en activité. Pour autant, il pointe du doigt le chômage qui est en nette augmentation : « La situation est d’autant plus difficile que notre pays manque de structures pour encadrer les Gabonais.es qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat. » Le travail, l’éducation scolaire, la santé et le logement sont au cœur des préoccupations des populations gabonaises dont le tiers sur environ 2 200 000 habitants vit sous le seuil de pauvreté.  L’amélioration des conditions de vie à laquelle Nelly, Thérence et Ferdinand aspirent relève des droits énoncés à l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme y compris : « Le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien- être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires.»  « Le droit à la sécurité de la personne en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.»  « Le droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.» « Le droit au repos, aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques. »  Malgré quelques acquis obtenus d’arrache pied à travers d’innombrables luttes, le chemin vers l’instauration d’un Etat de droit et d’une véritable démocratie au Gabon est encore loin devant nous.

ILS ONT DIT

« Je vais travailler avec l’ensemble des partis politiques. Que tout le monde soit misà contribution, et que le processus soit inclusif. » Raymond Ndong Sima – Premier ministre de la Transition « Je serai la présidente de tous les Sénateurs, l’ouverture et la transparence seront ma méthode.» Paulete Missambo – Présidente du Sénat « Du moment où l’opportunité nous est donné, tous les Gabonais confondus, de dessiner la voie du Gabon, nous pouvons dire que nous sommes sur la bonne voie. » Geofroid Foumboula Libeka L’AVIS DU PUBLIC SUR LA TRANSITION « Le comité mis en place par Monsieur Oligui est un comité qui a pour but de promouvoir la dignité de l’Homme gabonais. » Rebecca « Le pays avait un besoin d’alternance. C’est une bonne chose que le pouvoir soit aux mains des militaires. » Warden «C’est une grande première. On attend de voir évoluer la situation.» Joe

UN GÉNÉRAL SORT DE L’OMBRE

« Pour changer le système, il faut être dans le système. Le peuple gabonais demande que ses droits soient garantis. Nous, forces de défense et de sécurité avons choisi d’être du côté du peuple et de la liberté. » Ainsi parle Brice Clotaire Oligui Nguema, le général de brigade actuellement au pouvoir au Gabon.  Formé à l’académie royale militaire de Meknès au Maroc, l’ancien aide de camp du défunt président Omar Bongo Ondimba a été affecté en 2009 en qualité d’attaché militaire aux ambassades du Gabon au Maroc et au Sénégal.  Rappelé dans son pays après l’accident vasculaire cérébral d’Ali Bongo Ondimba survenu en 2018, il est nommé l’année suivante chef du service de renseignement de la garde républicaine avant de devenir Commandant en chef de cette même garde. Il assurera également la sécurité du président de la République. De l’avis de certains acteurs politiques, son arrivée au pouvoir marque un tournant dans la vie politique gabonaise et la fin de la 2ème République. Au sein du public, les avis sont partagés. Si d’aucuns y voient « un miracle, un signe du destin » et s’en félicitent, d’autres, en revanche, s’interrogent sur les intentions réelles du président de la transition.  Âgé de 48 ans, le général Oguili Nguema est marié et père de famille. Il a fait ses études au Lycée d’état de Port Gentil et à l’Université des sciences et techniques de Masuku au Gabon.