Journalistes Seniors

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Martial Idundu
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MAL LOGEMENT ET SANTÉ

Les mauvaises conditions de vie et l’état de santé précaire des personnes qui vivent dans un environnement malsain en font des êtres extrêmement vulnérables. Dès lors, combien de temps les Gabonais.es démuni.es tiendront-ils encore dans des quartiers et des logements insalubres envahis par les rats, les cancrelats, les moustiques et autres bestioles qui causent ou aggravent les maladies ? Le mal logement nuit gravement à la santé et plonge ses victimes dans le désespoir, la désolation et le désarroi. Alors que le désespoir se caractérise par un abattement total, une affliction profonde de la personne, la désolation est cause de peine et d’ennui extrêmes. Le désarroi est un trouble moral et une anxiété profonde que ressent la personne qui vit dans des conditions précaires. Selon les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) relatives au logement et à la santé, « un logement précaire est un facteur de stress, d’anxiété et de dépression. » « Les températures intérieures peuvent entraîner des maladies liées à la chaleur. La pollution de l’air intérieur nuit à la santé respiratoire et cardiovasculaire et provoque des réactions allergiques et irritantes comme l’asthme. » « L’insuffisance de l’approvisionnement en eau potable et le manque d’installations sanitaires compromettent la sécurité sanitaire des aliments et l’hygiène personnelle et engendrent des maladies transmissibles. » Celles-ci incluent la diarrhée, le choléra, la dysenterie, l’hépatite A et la fièvre typhoïde. Le mauvais assainissement du milieu favorise le paludisme qui est transmis par le moustique anophèle femelle. La mauvaise aération et le surpeuplement véhiculent les agents infectieux de la tuberculose et de la bronchite. Le mal-logement est une question de santé publique qui, hélas, ne fait pas l’objet de l’attention qu’il mérite. Il suffit, pour s’en convaincre, de se rendre dans les « matitis » (quartiers sous-intégrés) où les occupants des lieux manquent de tout. Et que dire des sans-abris qui investissent les broussailles ou les rues pour y dormir au péril de leur vie ? L’état de santé précaire des mal-logés et des sans-abris est une bombe à retardement. Les défis sont de taille et interpellent l’ensemble de la société à agir vite, l’enjeu étant de sauver des vies au prix d’une réelle promotion des droits à la santé et au logement.

LA RÉVOLTE SILENCIEUSE DES FEMMES ET

Le sport transcende les disciplines physiques régies par des règles, pratiquées individuellement ou collectivement. Il incarne des valeurs humaines essentielles y compris le vivre-ensemble, l’unification des peuples et des communautés, le droit des invisibles à la parole et l’ouverture de portes que la société maintient closes. La révolte silencieuse des femmes et des personnes handicapées retrace les initiatives inspirantes d’Atlético Akanda pour le football féminin et le témoignage émouvant de Waldhys, coach en situation de handicap. Ce reportage met en lumière les défis persistants et les appels à un soutien institutionnel accru. Atlético Akanda : un tremplin pour le football féminin Fondé en 2018 par Freddhy Koula, le club Atlético Akanda s’engage résolument pour la pratique féminine du football. Sa section féminine, championne du Gabon, accompagne une vingtaine de joueuses vers l’insertion professionnelle dans le cadre du projet « ÉDUQUER ». Michael Doussengui, directeur du club, s’explique : « Nous prenons en charge le parcours scolaire et universitaire de nos joueuses. Le suivi de leurs examens et leur intégration dans des centres de formation, y compris celle qui décrochent relèvent également de nos responsabilités. » Sur le plan sportif, social et professionnel, « Atlético Akanda mène des actions concrètes qui transforment les talents en carrières, l’objectif étant de briser le tabou d’une femme footballeuse professionnelle vivant de sa passion. » ? Michael Doussengui lance un appel aux autorités sportives afin « d’accompagner les clubs favorisant l’épanouissement de la jeunesse, vecteur de bonnes valeurs et de socialisation. » Témoignages : Passion, études et préjugés Marielle, ex-capitaine d’Atlético Akanda et milieu défensif en 1ère division équato-guinéenne, évoque une « expérience extraordinaire » qui l’a fait progresser socialement et professionnellement. Emyllie, étudiante en études ibériques à l’université Omar Bongo, concilie football et études : « Cours le matin, entraînements l’après-midi. » Lara, gardienne au club, a dû affronter l’opposition paternelle : « Mon père craignait les idées préconçues sur le football féminin.» Elle interpelle l’État : « Rendez le championnat féminin régulier, au-delà de quelques matchs sporadiques. » À l’instar du directeur du club, Mareille, Emyllie et Lara rêvent d’un environnement optimal. Si Atlético Akanda incarne le lien entre passion, études et avenir, elles attendent néanmoins une reconnaissance et soutien institutionnels. Waldhys : Le coach en situation de handicap qui inspire Passionné de football, Waldhys est président de l’ONG BAGNAMASSEBE (« Que l’on ne se moque pas de moi » en Nzebi). Il vit avec un handicap depuis l’enfance. Diplômé en sociologie de l’université Omar Bongo, il s’est intégré grâce au football : « De 2005 à 2013, j’ai coaché les Vieux Poumons de Koula-Moutou et une équipe universitaire. » Il plaide pour une structuration du sport adapté basée sur « la dotation des fédérations en équipements spécifiques et l’instauration d’un dispositif national de compétitions ». Le gouvernement, dit-il, « doit voir l’utilité du sport dans la société gabonaise. Sous la 5 ème République, Waldhys rêve d’un « miracle, de l’inclusion sportive des personnes en situation de handicap, avec moyens roulants et plus. » En larmes, il exhorte ses pairs : « Croyez en vos rêves, dépassez-vous, rejoignez les miraculés de la vie. » Dans un Gabon où le sport féminin végète sans championnat depuis trois ans et où les vulnérables restent cantonnés à la marge, Atlético Akanda et Waldhys incarnent une révolte silencieuse. Leur message est clair : « Investir dans les talents oubliés, c’est non seulement briser des tabous, mais c’est forger une société plus inclusive et unie par l’effort commun. » Aux autorités de transformer la voix des invisibles en écho national.

« ÊTRE FILLE MÈRE AUJOURD’HUI »

Être fille-mère au Gabon, c’est faire face aux préjugés, à la stigmatisation et à de lourdes responsabilités à un très jeune âge. Avoir un enfant quand on a moins de 21 ans est un combat quotidien entre angoisse, pression sociale et difficultés financières. Ngwègnango en sait quelque chose. Voici son histoire. « Ma grossesse a été une période mêlée de peur, d’incertitude, mais aussi d’espoir. J’ai traversé des moments de solitude et de questionnements profonds, mais le fait de porter la vie m’a aussi donné une force intérieure que je ne soupçonnais pas. » Comment votre situation a-t-elle évolué au fil du temps ? « Ma situation a évolué à la fois en bien et en mal. Les difficultés ont été nombreuses, surtout sur le plan émotionnel et matériel. Mais cette expérience m’a aussi rendue plus mature, plus responsable et plus déterminée à me battre pour mon avenir et celui de mon enfant. » Comment vivez-vous votre situation au plan personnel et face au regard des autres ? « Personnellement, j’ai appris à m’accepter et à assumer mon parcours. Le regard des autres n’a pas toujours été facile à supporter, mais avec le temps, j’ai compris que l’essentiel était mon bien-être et celui de mon enfant, pas les jugements extérieurs.  Avez-vous souffert en silence ? Dans l’affirmative, pourquoi ? « Oui, j’ai beaucoup souffert en silence à certains moments et je souffre encore à certains moments, par pudeur, par peur d’être jugée ou incomprise. Il n’est pas toujours évident de parler de ses douleurs quand on se sent déjà fragilisée. » Comment vous en êtes-vous sortie ? « Je ne m’en suis pas sortie seule. J’ai bénéficié du soutien de ma famille et de quelques proches. Leur présence morale et matérielle a été essentielle pour m’aider à tenir et à avancer. » Que vous a apporté ce soutien et quels enseignements en tirez-vous ? « Ce soutien m’a apporté du courage, de la confiance et l’envie de ne pas abandonner. J’ai appris que demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, mais de lucidité et de force. » Êtes-vous une mère épanouie ? « Oui, aujourd’hui je peux dire que je me bats pour être une mère épanouie. Malgré les difficultés, mon enfant est ma plus grande source de motivation, de bonheur et de fierté. » Que faites-vous aujourd’hui dans la vie ? « Aujourd’hui, je m’efforce de construire un avenir stable, que ce soit à travers la lecture, des formations ou des projets personnels, l’objectif étant d’assurer une vie meilleure à mon enfant. » Que souhaiteriez-vous dire pour clore cet entretien ? « Je voudrais dire à toutes les filles-mères qu’elles ne sont pas seules, qu’elles ont de la valeur et qu’elles ont le droit de rêver et de réussir. Chaque parcours est différent, mais avec du courage, du soutien et de la détermination, il est possible de se relever, de réussir et d’avancer. »

LE DROIT AUX SOINS PSYCHIQUES

On ne repère pas une urgence seulement au bruit qu’elle fait. Il existe des urgences muettes, qui avancent sans sirène, sans communiqué officiel, sans statistiques mises en vitrine. La santé mentale au Gabon appartient à cette catégorie : elle se voit dans la rue, dans le regard de celles et ceux qui errent, dans les familles qui taisent, dans les couloirs hospitaliers où l’on renonce faute de moyens. Elle se voit surtout dans un paradoxe : le droit existe dans les textes, mais il peine à s’inscrire dans les faits. La santé mentale reste reléguée au second plan. Pourtant, le droit y afférent est un droit humain fondamental, porté par des engagements internationaux et la loi nationale. Mais entre la proclamation et l’accès réel aux soins, l’écart est devenu une forme d’injustice silencieuse. Dans les familles, la maladie psychique est encore trop souvent interprétée comme une honte, une faute, une menace pour la réputation. On cache “par pudeur”, on retient “pour éviter le qu’en-dira-t- on”, on enferme parfois “pour protéger”. Résultat : la souffrance devient clandestine, et ce qui est clandestin s’aggrave. Dans les écoles, dans les prisons, sur les lieux de travail, les troubles restent mal compris, peu diagnostiqués, rarement pris en charge avec dignité. La rue, elle, ne cache rien. À Libreville comme dans certaines villes de l’intérieur, des personnes en détresse psychique dorment dehors, exposées à la faim, aux violences, aux intempéries, aux abus. Et cette scène répétée finit par produire un poison social : l’habituation. On finit par ne plus voir, ne plus entendre, ne plus sentir au risque de renoncer à agir et faire valoir le droit. Pour ne citer que l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être… » Mais au-delà de ce texte, le défi est d’appliquer de manière effective et concrète le droit. Melen : Un test pour l’État de droit Symbole le plus criant de l’abandon des personnes souffrant de troubles mentaux, le centre psychiatrique de Melen. Créé en 1982, cette structure fait face à des défis majeurs (vétusté des infrastructures, manque d’équipements et de personnels, abandon des malades par les familles). Melen est un révélateur des conditions de traitement de ceux et celles dont la fragilité et la vulnérabilité bousculent l’ordre social. L’état des lieux du Centre de Melen appelle à : la réhabilitation du centre basée sur l’allocation d’un budget substantiel, la formation de personnels, l’intégration de la santé mentale aux soins de base, notamment en zone rurale, l’organisation de campagnes de sensibilisation. A l’échelle nationale, le Gabon gagnerait à se doter de centres dans chaque province. La santé mentale est un test pour l’Etat de droit. Non un test moral, mais un test institutionnel. L’État se reconnaitra à sa capacité à : protéger les personnes exposées aux troubles psychiques ; à rendre compte de ce qui est fait, de ce qui n’est pas fait, des moyens mobilisés et mis en en œuvre, et des résultats  des actions menées.

QUI SOMMES-NOUS ?

« Vivre », votre magazine trimestriel sur les droits humains au Gabon, est disponible en ligne. Cette publication didactique, pratique et factuelle traite exclusivement, en toute clarté, impartialité et rigueur, et avec l’appui d’analyses de professionnels du droit, de l’ensemble des droits humains. Ce dispositif inclut les droits sociaux, économiques, culturels, civils, politiques et collectifs. À cet égard, votre magazine entend vous édifier sur les événements, les avancées et l’évolution des droits humains et des lois promulguées en République gabonaise. Nous prodiguons également des conseils pratiques sur les limites à ne pas franchir dans la jouissance de vos droits. Nul, en effet, ne peut en user s’il ne respecte ses devoirs vis-à-vis d’autrui. « Vivre » est né de la volonté d’une équipe de journalistes et de spécialistes du droit qui a à cœur de vous informer dans les règles de l’art, de collecter des informations fiables et de faire de votre magazine une référence en matière d’information, de communication, de promotion des droits humains et leurs valeurs. Au sommaire de cette première édition, nous nous penchons sur la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH), le droit à la santé et au travail, la violence domestique sous toutes ses formes, qu’elle soit physique, sexuelle, psychologique ou économique. Pour accéder à votre magazine, connectez-vous dès à présent via le lien https://magazine-vivre.com

CITATIONS

« Nous devons ne pas perdre espoir. Chacun doit avoir foi en ce qu’il entreprend. Nous devons être convaincus du combat qui est le nôtre. Personne d’autre ne le fera à notre place. Personne d’autre. » Gregory N. Mintsa, défenseur gabonais des droits humains (1957-2014) « La restauration de la République gabonaise passe par le respect de l’expression de la souveraineté du Peuple. Ce moment charnière de notre histoire nous commande de continuer de lutter, ensemble, en toute responsabilité. » Fabien Méré, avocat et défenseur gabonais des droits humains (1959-2021) « Priver les gens de leurs droits fondamentaux revient à contester leur humanité même. » Nelson Mandela, militant sud-africain des droits civiques(1918-2013). « La moindre injustice, où qu’elle soit commise, menace l’édifice tout entier. » Martin Luther King, militant afro-américain des droits civiques (1929-1968) « Rappelons-nous: un livre, un stylo, un enfant et un professeur peuvent changer le monde. » Malala Yousafzai, militante pakistanaise pour l’éducation « Les droits sociaux ne concernent pas tout le monde. Je nourris mes enfants grâce à mon maigre salaire de ménagère.» Bernadette, mère de famille et employée de maison.

TÉMOIGNAGE

Issue d’un milieu très modeste, Leaticia, la vingtaine révolue, a grandi sans son père. A cause du dénuement, elle abandonne l’école et se lance à la recherche d’un emploi. Persévérante, elle en trouve un. Désormais indépendante, elle se réjouit de faire valoir son droit au travail.. « Ma mère n’avait pas suffisamment de moyens financiers. Elle n’avait personne pour l’aider et devait se battre pour entretenir les siens. J’ai décidé de ne plus aller à l’école et de m’inscrire dans un centre de formation. Quand je lui en ai parlé, elle s’y est opposée. « Tu es trop jeune pour aller dans un centre de formation », m’avait-elle dit. « Estimant que j’étais assez grande, j’ai décidé de travailler pour subvenir à mes besoins. J’ai commencé dans des bars avant de monter un commerce de production et vente de gâteaux. Ma sœur m’a orientée vers l’Office national de l’emploi (ONE). Une femme m’a demandé de lui apporter mon acte de naissance. Alors que je continuais à vendre mes gâteaux, j’ai reçu un appel de l’ONE. J’ai participé à des ateliers de formation. J’avais 80000 francs CFA de bourse dont 20000 étaient versés sur mon compte épargne. C’était en 2020. » Reconnaissante, Leaticia évoque sa rencontre avec Danielle A. Mboumba, la présidente de l’ONG Jeune Femme Ose (JFO). « Cette rencontre a changé ma vie. Travaillant du lundi au vendredi, je n’avais pas vraiment le temps d’assister aux réunions. Mme Mboumba venait me voir à la maison, m’encourageait et me donnait des conseils. » Selon Leaticia, ce n’est pas toujours facile de trouver un emploi : « Il faut de la volonté et de la foi. Vous avez des jeunes filles qui ne veulent pas se prendre en charge, qui ne veulent pas travailler et qui se laissent aller. La liberté ne consiste pas à aller chercher les hommes, à être dans les bars. J’ai dit non à tout ça. Ça ne m’a rien donné. Quand je suis partie de chez ma mère, j’ai loué un tout petit studio et j’ai rencontré quelqu’un. » « Aujourd’hui, je vends du poisson et je suis indépendante financièrement. Je ne me plains pas. J’invite mes sœurs à ne pas dépendre des hommes. Elles doivent se battre, créer quelque chose qui rapporte, qui peut leur être bénéfique et les aider à subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles. Elles peuvent faire du commerce ou des tresses. Quelque soit le million que monsieur vous donne, mangez à la sueur de votre front, soyez heureuses et indépendantes. Ne baissez pas les bras. »

ILS ONT DIT

«Nos valeurs culturelles et sociales font de notre société ce qu’elle est et de l’identité que nous sommes ce que nous sommes. Elles sont le fondement de la nation gabonaise. Il est bon qu’on les exerce, qu’on les respecte et qu’on rappelle l’importance qu’elles revêtent pour l’existence des droits de l’homme.»    Me Homa Moussavou, président de la Commission nationale des droits de l’Homme  « Si les textes juridiques garantissent l’accès des jeunes aux droits sociaux, il n’en demeure pas moins que la difficulté se situe au niveau de leur effectivité.» Patrice T. Mezui M’Evoung, président de la  Ligue estudiantine des droits de l’Homme  à l’UOB  « Les victimes des violences domestiques ne sont pas des figurants, des laissés pour compte. Je les exhorte à connaître leurs droits et devoirs et à se joindre à nous pour faire appliquer toutes ces belles lois établies par les autorités, mais qui sont appliquées pour certains et pas pour d’autres. »  Jeanne Clarisse Dilaba, présidente fondatrice de l’ONG Femme Lève-Toi « L’école la plus proche de chez moi est située à plusieurs kilomètres. Mes parents n’ayant pas les moyens d’assurer mon transport, je n’ai pas d’autre choix que de rester à la maison. » Juliana, 13  ans. « J’ai un conseil à donner aux jeunes non scolarisés. Que vous soyez lettrés ou illettrés, ayez la volonté d’apprendre parce qu’avoir un métier s’apprend, que ce soit à l’école ou dans le cadre d’une formation. Il faut s’engager à fond et y mettre du cœur. » Guy Mbina, régulateur des transporteurs terrestres

SANTÉ ET DROITS DES MALADES

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité». Au-delà de cette définition, l’OMS établit que « la jouissance du meilleur état de santé qu’il soit possible d’atteindre » est un droit fondamental de tout être humain, quel qu’il soit. Si le droit à la santé est un concept assez connu au Gabon, le droit des malades, par contre, l’est peu. Ce concept est encadré par l’ordonnance no 6/2017 du 27 février 2017 portant réforme hospitalière en République gabonaise. Il est régi par les articles 33, 34 et 35 du chapitre 4 de ladite ordonnance. L’article 33 renvoie à la liberté du malade de choisir son établissement hospitalier et son praticien. Toutefois, ce droit connaît des limites au Gabon en raison des capacités techniques des établissements hospitaliers et de leur mode de tarification, et des critères d’autorisation de dispenser des soins remboursables aux assurés sociaux. L’article 34 est relatif à l’établissement d’une charte du patient indiquant les droits et les devoirs du malade vis-à-vis de l’établissement et des personnels de santé. Cette charte est établie par un arrêté conjoint des ministres de la Santé et de la Protection sociale. L’article 35 renseigne sur la notion du droit à l’information du malade par le personnel de santé en ce qui concerne son état sanitaire. Les différents types de droits du malade De prime abord, le droit du malade renvoie au concept du consentement. En effet, le consentement du malade est obligatoire pour tout ce qui concerne les modalités encadrant son traitement. Aucun acte médical ni aucun traitement ne peuvent être pratiqués sans son consentement libre et éclairé. Le malade a des droits dits fondamentaux qui encadrent les conditions d’accès aux soinsmédicaux. Il s’agit de : ​Le droit des malades renvoie aussi au droit à leur information. Un malade peut demander à tout moment, à son médecin traitant, des informations concernant son état de santé et les traitements qui lui sont prescrits. Il peut notamment poser des questions concernant la nécessité d’un traitement ou ses conséquences. Enfin, en cas de préjudice physique, moral ou matériel à la suite d’un acte médical, toute personne malade a droit à une indemnisation. A cet égard, elle peut saisir la justice afin d’obtenir réparation.

VIOLENCES À DOMICILE ET DROITS DES VICTIMES

Derrière les portes closes, loin des regards, ou en présence de leurs proches, les victimes des violences domestiques crient au secours. Dans la majorité des cas, elles traînent à vie de graves traumatismes physiques et psychologiques, conduisant parfois à la mort. La notion de violence domestique comprend « toutes les formes de violence physique, sexuelle, psychologique ou économique et peut toucher des personnes des deux sexes et de tout âge. Elle survient généralement au sein de la famille et du ménage, mais peut aussi toucher des personnes dans une relation présente ou passée et qui ne vivent pas dans le même ménage». Si les femmes sont les plus exposées, de plus en plus d’enfants et d’hommes sont des victimes. Lewanga – « Au plan physique, j’ai pris un coup de vieux. Sur le plan psychologique, les violences provoquent des chocs. Tenez, quand on me parle du mariage, ça me refroidit. J’ai des angoisses. Ceci dit, on peut refaire sa vie. Il suffit de prendre son courage à deux mains, s’adresser aux bonnes personnes, en parler, témoigner. » Darleine – « Jusqu’à présent, il m’arrive de me souvenir des scènes de violence. J’ai subi des traumatismes. Par la grâce de Dieu, j’arrive à reprendre le dessus, à oublier. Mon premier enfant est également une victime. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai quitté la maison. » Me Farafina Boussougou-Bou-Mbine, avocat au barreau du Gabon – « Toute victime de violences domestiques a des droits. Le premier d’entre eux est le droit à la parole. La victime doit parler, décrire ce qui lui arrive. Qu’elle soit une victime directe ou indirecte, elle doit tirer la sonnette d’alarme afin que la cellule familiale et la société dans son ensemble soient mieux protégées. Passé le stade de la parole, il faut saisir la bonne institution. De ce point de vue, tout dépend du milieu dans lequel on vit. Si l’on habite dans un village qui est très éloigné d’un poste de police ou d’une gendarmerie, davantage d’un tribunal, il faut saisir les autorités déconcentrées telles que les chefs de quartier, les chefs de village et les sous-préfets. Ces autorités, ainsi que les parents et les témoins du mariage vers lesquels les victimes doivent se tourner, peuvent donner suite à un acte de violence afin d’y mettre un terme. A travers l’éducation et l’information, les victimes et leur entourage, appuyés par les pouvoirs publics et la société civile, peuvent émerger. » Darleine et Lewanga – « Les gens ne doivent pas avoir peur de partir. Il faut frapper à la bonne porte. On peut s’en sortir pour peu que l’on prenne conscience de ce qu’on est capable de faire». Pour preuve, ils ont repris leur destin en main grâce à leur volonté et au soutien de l’organisation non gouvernementale Femme Lève-Toi (ONG-FLT). Dans le cadre du programme gouvernemental « Gabon Egalité », et en guise de réponse aux violences basées sur le genre, le Gabon a inauguré un Centre d’accueil pour secourir les victimes en leur assurant une prise en charge gratuite des services d’accompagnement.